LIVRE IX. — CHAPITRE II
s'assemblèrent dans la colonie Agrippinienne, dans une 69 maison particulière, car la masse des Unes était encore lu>n éloignée do pareils desseins. Cependant il se trouva plusieurs notables de cette nation, ainsi que des Tungres; mais le plus grand nombre furent des Belges, principalement Trévires et Lingons.
L'assemblée se montra pleine d'enthousiasme ; on y délibéra peu, tant la confiance semblait fermement établie, tant d'ailleurs pressait la nécessité d'agir. « Que tar- « dons-nous? s'écriait-on; la rage des discordes possède « le peuple romain; voilà ses légions massacrées les unes « par les autres, l'Italie dévastée, Rome prise; toutes les « armées extérieures^ ont chacune leur guerre qui les « absorbe : il nous suffit pour le moment de garder et de « fortifier les Alpes. Notre liberté une fois consolidée, « nous n'aurons plus qu'à fixer à notre puissance le « terme que nous voudrons y mettre l. » Ces discours eurent l'assentiment général, et l'assemblée ne montra d'indécision qu'à l'égard des légions du Rhin. Plusieurs opinaient pour s'en défaire, pour tuer des séditieux perfides, souillés du sang de leurs généraux ; mais les raisons de clémence prévalurent : « En perdant l'espoir « du pardon, leur opiniâtreté, pensait-on, s'irriterait. Il « valait mieux les attirer dans les intérêts de la Gaule ; « quand on aurait fait disparaître les commandants, la « multitude, liée par le crime et par l'espérance de l'im- « punité, céderait sans peine. »
Tel fut le résultat de cette première assemblée : les conjurés retournèrent à leurs postes et continuèrent dans leur feinte soumission, afin de mieux surprendre Vocula.
1. Despecturas Gallias, quem virium suarum terminum velint» Tac, Hist., iv, 55.
C9 Toutefois les avis ne manquèrent point à ce général ; c'était la force pour réprimer qui lui manquait, avec des légions si incomplètes et si peu sûres. Placé entre des soldats suspects et des ennemis cachés, ce qu'il crut le plus convenable pour le moment, fut de se défendre comme on l'attaquait. Dissimulant donc aussi, il se replia vers la colonie Agrippinienne. Là, il vit arriver Labéo, qui, arrêté par Civilis, comme nous l'avons dit, et envoyé dans la Frise, avait gagné ses gardes, et s'était sauvé ; il se faisait fort, moyennant quelques troupes qu'on lui fournirait, d'aller chez les Bataves, et de ramener la majeure partie delà nation à l'alliance romaine. Vocula lui donna un très-petit corps d'infanterie et de cavalerie, avec lequel il ne put rien entreprendre chez les Bataves mêmes : il séduisit quelques bandes nerviennes et bétasiennes avec lesquelles il inquiéta les Ganinéfates par des incursions furtives, qui ne méritaient pas le nom de guerre. Pour Vocula, entraîné par les insinuations des chefs gaulois, il marcha contre Givilis, qui bloquait toujours Vétéra1.
Il n'était pas loin de la place, lorsque Classicus et Tutor, prenant les devants, sous prétexte d'observer l'ennemi, s'abouchèrent avec le chef germain; puis, se détachant des légions, ils allèrent camper et se retrancher séparément. Vocula eut beau se répandre en menaces et en invectives, et s'écrier « que les guerres civiles n'avaient pas « affaibli la puissance romaine, au point de la rendre « méprisable à des Trévires et à des Lingons; qu'il restait « à Borne des provinces fidèles, des armées victorieuses, « sa fortune, et des dieux vengeurs ; que pour faire tom- « ber jadis Sacrovir et les Édues, tout récemment Vinde.v