‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 418 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE IL

« et les Gteules, il n'avait fallu chaque fois qu'un seul 09 « combat; que les mêmes dieux, que la même destinée, « puniraient encore les infractèurs des traités; que le « divin César et le divin Auguste avaient mieux connu « les Gaulois ; que c'était Galba, en supprimant leurs tri- « buts, qui leur avait soufflé cet esprit de rébellion 1 ; qu'ils « étaient ennemis maintenant, parce qu'on les traitait « avec douceur; qu'une fois ruinés et dépouillés, ils rede- « viendraient amis2. » Ces déclamations ne produisirent aucun effet. Alors Vocula rebroussa chemin, et se retira à Novesium.

Les troupes gauloises, suivant sa marche, vinrent camper pacifiquement à deux milles de lui sous l'étendard nouveau de Vempire des Gaules. A cette proximité, les légionnaires romains, centurions et soldats, ne cessant d'aller et de venir d'un camp à l'autre, il s'établit entre les deux armées des pourparlers et des propositions d'alliance3. « Toutes nos cités s'arment pour la liberté, « disaient les Gaulois ; si vous persistez dans la guerre, « c'en est fait de vous, vous êtes perdus sans ressource. « Et quand, par impossible, vous seriez vainqueurs, reflète chissez à votre inévitable destinée; n'avez-vqus pas a brisé les images de Vespasien? Et l'ami de cet empe- « reur, le lieutenant qui le proclama au milieu de vous, « Hordéonius, qu'en avez-vous fait? Déjà sans doute les « légions de l'Illyrie et de l'Orient sont en marche pour « vous décimer ; osez vous soustraire à tant d'humilia-

1. Galbam et infracta tributa hostiles spiritus induisse. Tac, Hist., iv, 57.

2. Hostes, quia molle servitium : quum spoliati exutique fuerint, amicos fore. Id., ibid.

3. Illuc commeantium centurionum militumque emebantur animi, ut romanus exercitus in externa verba juraret. Id., ibid.

69 «tion! Quand l'Italie appartient à vos ennemis, écoutez « la Gaule qui vous offre un refuge. Prêtez serment à la « patrie adoptive, au sein de laquelle vous avez vécu tant « d'années, et qui vous a aidés à élever un empereur de « votre choix. Depuis si longtemps vos compagnons d'ar- « mes et vos alliés, les Gaulois, vous demandent d'être « leurs frères. » Des discours de ce genre, répétés chaque jour, ébranlaient le soldat romain; le danger présent, la honte du passé, la haine de Vespasien, la crainte de ses vengeances, décidèrent enfin les légions de Novesium : elles promirent de prêter serment à l'empire des Gaules, et s'engagèrent à tuer d'abord et à mettre aux fers leurs généraux. Le complot ne fut pas tellement secret, que Vocula ne le découvrît ; ses amis lui conseillaient de fuir sans délai-, mais lui, après avoir tenté vainement de ramener ses soldats au devoir, se retira dans sa tente et songea à quitter la vie. Ge furent ses affranchis et ses esclaves qui l'empêchèrent de prévenir ainsi une mort plus violente, car Classicus ne tarda point à lui envoyer yEmilius Longinus, déserteur de la première légion, qui le massacra au milieu du camp. Pour lesdeux lieutenants Mummius et Hérennius, on se contenta de les mettre aux fers et de les traîner ainsi au camp gaulois. C'était le gage de l'accession définitive des légions. Classicus arriva bientôt, orné des décorations des lieutenants impériaux \ et faisant porter près de lui les étendards de la Gaule. Quoiqu'il fût d'usage en pareil cas de prononcer une harangue, et que le chef trévire en eût préparé une, son trouble était si grand, qu'il ne put prononcer d'autres mots que la formule du serment ;

1. Sumptis romani imperii insignibus, in castra venit. Tac, Hist., iv, 59.

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