CHAPITRE III
Ambition de Civilis. — Véléda; ses prophéties, son autorité. — Succès da l'empire gaulois sur les bords du Rhin.— Sabinus se fait proclamer César; il est battu par les Séquanes; sa retraite sur le territoire des Lingons. — Divisions parmi les cités. — Assemblée générale des Gaules; le Trévire Tullius Valentinus et le Rémois Julius Auspex. — Arrivée d'une armée romaine. — Défection des cités de l'est; revers et constance des Belges. — Discours de Cérialis aux Trévires et aux Lingons; ils se soumettent; fin de l'empire gaulois. — Résistance de Civilis et des Germains. — Civilis fait sa paix. — Admirable dévouement d'Éponine; elle est tuée avec Sabinus. — La Gaule se résigne au joug, son rôle ultérieur comme province galloromaine. — Conclusion.
Civilis, voyant la ruine des légions consommée, se TO fit couper cette longue chevelure rouge que, depuis le commencement des hostilités, il avait laissée croître par un de ces vœux ordinaires à sa nation1. Les Romains débitèrent, pour le rendre odieux, qu'ayant armé son fils, encore enfant, de flèches et de javelots proportionnés à son âge, il lui donna pour but des légionnaires prisonniers. Au reste on remarqua que ni lui ni aucun de ses Ratavesne prêtèrent serment à l'empire gaulois2. Il avait de vastes projets d'ambition personnelle, et n'aspirait pas à moins qu'à dominer à la fois la Germanie
1. Civilis, barbaro voto, post cœpta adversus Romanos arma, propexum rutilatumque crinem, patrata demum cœde legionum, deposuit. Tac, Hist., iv, Cl.
2. Ceterum neque se, neque quemquam Batavum, in verba Galliarum adegit, fisus Gcrmanorum opibus. Id., îbid.
70 et les Gaules. Mummius Lupercus, lieutenant d'une légion, fut du nombre des captifs qu'il envoya à Véléda : cette femme, née chez les Bructères, exerçait une domination très-étendue , fondée sur cette ancienne superstition des Germains, qui faisait de quelques-unes de leurs femmes des prophétesses, et ensuite des déesses. Le crédit de Véléda s'accrut encore parce qu'elle avait prédit les succès des Germains et la ruine des légions. Lupercus fut massacré en route par son escorte. Quelques centurions et quelques tribuns, nés dans l'est de la Gaule, furent réservés comme otages pour cimenter l'alliance des cités galliques avec les Belges et les Germains. Le camp des cohortes, celui de la cavalerie, celui des légions , furent détruits et brûlés : on ne laissa subsister que les murailles de Woguntiacum et de Vindonissa 1.
La seizième légion, qui avait fait partie de l'armée de Vocula, reçut ensuite de Ciassicus l'ordre de passer de Novesium à Augusta, capitale des Trévires-, le Gaulois lixa d'avance le jour et l'heure où elle quitterait son camp. Elle se mit en marche dans le plus profond silence, morne, accablée par le sentiment de son ignominie, traînant des enseignes déshonorées, déchirées, sans image impériale, tandis que les drapeaux gaulois resplendissaient de toutes parts2. Ciassicus lui avait donné pour la conduire Claudius Sanctus, borgne, imbécile, d'une physionomie hideuse 3. Ce. fut bien pis lors-
1. Moguntiacum, Mayence. — Vindonissa, Windisch, dans le canton de Berne.
2. Revulsae imperatorum imagines, inhonora signa, falgentibus hinc inde Gallorum vexillis. Tac, Hist., iv, G2.
3. Dux Claudius Sanctus, eiïosso oculo, dirus ore, ingenio debilior. Id., ibid.