‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 421 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE III

qu'une autre légion, forcée d'évacuer le camp de Bonn, io fut venue joindre celle-ci : leur honte commune parut s'en accroître. D'ailleurs, au premier bruit de ces événements, toute la population gauloise, à qui peu auparavant le nom romain inspirait tant d'effroi , était accourue des villes et des campagnes, bordait tous les chemins, et jouissait avec transport de ce spectacle si nouveau. La division de cavalerie du Picentin ne put tenir contre cette joie insultante, et, sans égard pour les promesses ou les menaces du chef, elle partit pour Moguntiacum. Sur sa route, ayant trouvé par hasard le meurtrier de Vocula, Longinus, elle l'enveloppa et le perça de mille coups. Les légions, sans rien changer à leur marche, vinrent camper devant la capitale des Trévires.

Civilis et Classicus, animés par tant de succès, avaient songé d'abord à livrer à leurs troupes le pillage de la colonie Agrippinienne ; ils fuient retenus par des raisons de guerre, et par l'idée qu'une réputation de clémence importe à qui fonde un empire. La reconnaissance agit aussi sur Civilis: il se rappela que son fils, détenu prisonnier dans cette ville au commencement des troubles, avait été traité avec distinction durant sa captivité. Mais les peuples d'au delà dii Rhin la haïssaient, à cause de ses richesses et de son importance. Us demandaient que la ville ou restât ouverte à tous les Germains indistinctement, ou fût détruite, et la population ubienne dispersée.

11 y eut à ce sujet une députation des Tencthères aux Agrippîniens ; et le plus fier de leurs orateurs exposa en ces termes, dans le conseil de la ville, les volontés de sa peuplade : « Vous voilà donc rentrés dans le corps et « sous la domination des enfants de la guerre ! Nous en « remercions nos dieux, qui sont les vôtres, surtout le

« dieu des combats, le premier de tous, et nous vous a. au

félicitons de ce qu'enfin vous virvez libres parmi des ( peuples libres. Car jusqu'à ce jour l'eau, la terre et l'air même avaient été, pour ainsi dire, empoisonnés par les Romains ; vos frères ne pouvaient ni vous parler ni vous voir ; ou bien, ce qui outrage cent fois plus les hommes nés pour les armes, il fallait subir une inspection, payer une taxe, se dépouiller de ses armes et presque de ses vêtements. Si donc vous voulez que notre amitié et notre alliance soient à jamais cimentées, nous exigeons que vous abattiez ces murs, boulevards de la tyrannie: il n'y a pas jusqu'aux animaux sauvages qui renfermés ne perdent le sentiment de leurs forces. Que tout Romain sur tout votre territoire soit égorgé : la liberté ne saurait compatir avec des :< maîtres ; que leurs biens soient mis en commun, sans que personne puisse avoir de butin ni d'intérêts séparés *. Qu'il soit libre et à nous et à vous d'habiter indistinctement l'une et l'autre rive, comme jadis le pratiquaient nos pères, comme le veut la nature, qui a départi le jour et la lumière à tous les hommes, la

< terre à tous les braves. Reprenez ies mœurs et les

< usages du pays, et abjurez ces voluptés par qui Rome

< tient asservis ses sujets, bien plus que par les armes. ( Alors, vraiment Germains, rentrant dans tous vos ( droits et perdant jusqu'au souvenir de l'esclavage,

< vous redeviendrez un peuple ou l'égal, ou le domi- ( nateur des autres. »

Les Agrippiniens prirent du temps pour délibérer; et en effet, ni la crainte de l'avenir ne leur permettait

i. Romanos omnes, in finibus vestris, trucidetis : haud facile Hbertas et domini miscentur; bona interfectorum in médium cédant, ne quis occulere quidquam, aut segregare causam suam possit. Tac, Hist., iv, Gï.

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