LIVRE IX. — CHAPITRE III
d'accepter ces conditions, ni leur situation présente de 70 les rejeter ouvertement. Voici la réponse qu'ils firent : Dès l'instant que l'occasion d'être libres s'est présentée,
< nous l'avons saisie avec plus d'ardeur que de pru-
< dence, et nous nous sommes réunis à nos frères, vous ( et tous les autres Germains. Loin d'abattre nos murs, ( dans un moment surtout où les Romains rassemblent
leur armée, il serait plus sage d'en construire de nouveaux. Le peu d'étrangers de l'Italie ou des pro-
< vinces, qui se trouvaient sur notre territoire, ont été détruits par la guerre, ou ont regagné chacun son pays ; et quant à ceux qui ont formé anciennement
1 la colonie, qui ont contracté des mariages avec nous, et ont laissé des descendants, c'est ici leur patrie ;
< et nous ne vous croyons point assez injustes pour 1 exiger que nous massacrions nos pères, nos frères, nos
enfants. Les droits d'entrée, toutes ces entraves de commerce, nous les supprimons. Vous passerez libre- % ment, mais de jour et sans être armés, jusqu'à ce que ( des liens si nouveaux soient resserrés par l'habitude et le temps. .Nous prendrons pour arbitres Civilis et Véléda : ce seront eux qui rédigeront le traité. » Les Tencthères ainsi apaisés, ils envoyèrent à Civilis et à Véléda des députés avec des présents, et tout se conclut selon le désir des Agrippiniens ; mais les députés n'eurent pas la permission de voir Véléda ni de lui parler. Se dérobant aux regards pour augmenter la vénération, elle se tenait cachée au haut d'une tour : c'était un parent de confiance, qui, en qualité d'interprète de la divinité, recevait les demandes et rapportait les réponses l. Tandis que l'empire gaulois triomphait sur les bords
1. Sed coram adiré, alloquique W-lledani aegatum. Arcebantur as-
du Rhin, dans l'intérieur, la folio de Julius Sabinus lui fit essuyer un rude échec. Sabinus était parvenu sans peine à soulever ses compatriotes les Lingons ; ils avaient brisé les statues des empereurs, les tables où leurs traités mutuels élaient gravés, en un mot, tous les monuments de leur alliance avec Rome. Fier de ce succès, le chef lingon aspira à gouverner le nouvel empire; et, par un bizarre mélange d'ambition patriotique et de honteuse vanité pour son origine adultère, il prit le nom et le titre de César 1 : puis, à la tête d'une troupe nombreuse, mais mal disciplinée, il se jeta sur le territoire séquanais. Les Séquanes persistaient dans leur refus de rompre avec les Romains ; ils acceptèrent le combat, et la fortune se déclara pour eux : Sabinus s'enfuit au milieu de la bataille, avec autant de lâcheté qu'il avait mis de précipitation et d'imprudence à la livrer. Sentant toute l'ignominie de sa conduite après un si grand éclat, et n'osant plus reparaître au milieu de ses compatriotes irrités, il fit mettre le feu à la maison dans laquelle il s'était réfugié, afin de répandre le bruit de sa mort. On crut en effet qu'il avait péri ; mais il échappa par une issue secrète, et sut depuis, en se cachant, prolonger sa vie pendant neuf années. Le généreux dévouement de sa femme Éponine et leurs communs malheurs trouveront place un peu plus tard dans ce récit.
Cependant les nouvelles de la Gaule, grossies encore par la renommée, produisirent à Rome les plus vives inquiétudes. Deux généraux illustres, Annius Gallus et
pectu, quo venerationis plus inesset. Ipsa édita in turre : delectus e propinquis consulta responsaque, ut internuncius numinis, portabat. Tac, Hist., iv, 65.
1. J. Sabinus, projectis fcedeiïs romani monumentis, Cœsarem se salutari jubet. Tac, Hist., iv, 07.