‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 423 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE III

Pétilius Gérialis, furent désignés pour commander, l'un no la haute, l'autre la basse Germanie; et comme on craignait qu'ils ne fussent pas en état de soutenir le poids d'une guerre si importante, il fut convenu que le fils même de l'Empereur, Domilien, se rendrait auprès d'eux. Sept légions reçurent l'ordre de marcher en toute diligence sur la Gaule -, quatre se trouvaient en Italie, deux en Espagne, et une dans l'île de Bretagne. L'armée • d'Italie se mit en route sur trois divisions par les Alpes Pennines, Graïes et Cottiennes l.

La défaite des Lingons par les Séquanes avait commencé d'affaiblir la confiance des cités non encore déclarées ; l'approche de troupes si formidables leur fit faire de plus sérieuses réflexions. On parla beaucoup de la nécessité de convoquer une assemblée générale, où la question de l'indépendance serait discutée en commun, et où l'on s'occuperait de régler le nouveau gouvernement, si la majorité des suffrages était pour lui. Les Rèmes en firent la proposition officielle et obtinrent que la convocation eût lieu dans leur capitale. C'était déjà un point important de gagné pour les amis de la paix, car la nation rémoise, sans être, comme les Séquanes, adversaire décidée de la cause nationale, penchait vers un parti modéré, par défiance du succès et par politique : traitée toujours avec faveur pendant le régime romain, elle voulait ne rien perdre de cette faveur si les Gaules étaient destinées à rentrer sous le joug.

La plupart des députés des cités arrivèrent à l'assemblée déjà découragés; mais les Belges montraient plus de résolution que jamais. Les Trévires se trouvèrent les premiers au rendez-vous ; ils avaient à leur tête Tullius

t. Tac, Hist., iv, 08.

70 Valentinus, le plus chaud partisan de la guerre. Tullius, orateur entraînant, génie fougueux et populaire, puissant à remuer les passions des masses, récapitula, dans une harangue préparée 1, tous les maux que la Gaule souffrait et avait soufferts, et se déborda en invectives contre Rome. Julius Auspex, un des chefs rémois, lui répondit. Il exalta les avantages de la paix ; il représenta avec force la puissance des Romains, maîtres du monde entier, leur discipline, leur courage, leur prodigieuse activité. « Nous délibérons sur la guerre, disait-il, et déjà sept « légions sont sur nos têtes 2. » Ses ro palesamères et injustes semblèrent aussi attaquer son rival, lorsqu'il ajouta « que souvent les lâches fomentaient des troubles « dont tout le péril était pour les braves. » Ce discours fit impression sur des esprits disposés d'avance à fléchir. Des considérations d'habitude, de respect et de devoir agissaient sur les uns, l'idée du péril sur les autres : on loua le courage de Valentinus, on suivit le conseil d' Auspex 3. Ce qui contribua peut-être plus que tout le reste à détourner de la guerre les cités. de l'est et du midi, c'est que les Trévires et les Lingons s'en faisaient les plus ardents provocateurs : Vindex, et la bataille de Vésontio, et les excès des vitelliens, étaient encore présents à tous les esprits 4. D'ailleurs, entre tant de cités jalouses et à peu près égales en force, qui conduirait la guerre ? après la victoire, où serait le siège de

1. Turbidus miscendis seditionibus, et plerisque gratus vecordi facundia... meditata oratione... Tac, Hist., iv, 68.

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