LIVRE IX.— CHAPITRE III
l'empire? Le triomphe était encore incertain et déjà 70 éclatait la discorde1. Tantôt c'étaient les alliances, tantôt la richesse et le nombre, quelquefois l'antiquité d'origine que les peuples et les villes s'opposaient avec aigreur. Tant d'embarras pour l'avenir firent qu'on s'en tint au présent. On écrivit à la cité trévire, au nom de la Gaule, de quitter les armes ; que son pardon, si elle se repentait, pouvait s'obtenir, et que les intercesseurs étaient tout prêts. Mais les Belges inébranlables fermèrent l'oreille à tout accommodement ; Valentinus crut devoir parcourir le n-j-s pour remonter les esprits, mettant d'ailleurs peu d'activité dans les préparatifs de la guerre, et ne songeant qu'à haranguer.
pourtant ni les Trévires, ni les Lingons, ni aucune des autres cités qui persistaient dans la lutte, ne firent des efforts proportionnés à la grandeur du péril. Il n'y avait pas même de concert entre les chefs. Civilis, occupé de sa querelle particulière, s'opiniàtrant à vouloir prendre ou chasser Labéo, se perdait dans les forêts de la Belgique. Classicus le plus souvent se tenait dans une molle inaction , comme s'il eût été en pleine possession du succès et qu'il n'eût eu qu'à en jouir. Tutor ne se pressa pas non plus de fermer le passage du Rhin, ainsi que celui des Alpes. Dans l'intervalle, l'armée qui avait pris route par les Alpes Pennines était déjà en Helvétie. Tutor marcha au-devant d'elle, avec des troupes composées de Trévires, de . Vangions, de Caracates 2, de* Tribokes; il les renforça d'un corps de vétérans romains, infanterie et cavalerie, tiré de ces légions qui avaient
1. Deterruit plerasque provinciarum aemulatio : quod bello caput? quam, si cuncta provenissent, sedem imperio logèrent? Nondum Victoria, jam discordia erat. Tac, Hist., iv, 69.
2, Peuple germain du diocèse actuel de Mayence.
70 prêté serment à l'empire des Gaules. Ces Piomains se battirent d'abord avec ardeur contre l'avant-garde de l'armée romaine ; mais , à l'approche delà légion, ils repassèrent sous leurs vieilles enseignes. Leur désertion fut suivie de celle des Tribokes, des Vangions et des Caracates. Réduit aux seuls Trévires, Tutor se retira à Bingium, se fiant sur la force du lieu, parce qu'il avait fait couper le pont de la Nave ; mais les cohortes romaines ayant trouvé un gué, il fut surpris et mis en fuite. Cette défaite jeta le découragement parmi les Trévires, et le peuple, quittant les armes, se dispersa dans la campagne : plusieurs des chefs, afin de paraître avoir cessé la guerre les premiers, se réfugièrent dans les cités qui n'avaient point rompu l'alliance avec Rome.
Sur ces entrefaites, les légions qui, après avoir prêté serment à l'empire des Gaules, avaient été transférées, comme nous l'avons dit, de Novesium et de Bonn dans la capitale des Trévires, relevant le drapeau romain, proclamèrent d'elles-mêmes Vespasien. Tout cela se passait pendant l'absence de Valentinus. A son retour, les affaires se rétablirent un peu ; il ranima la confiance des chefs, et rappela la multitude dispersée-, la colère et l'ardeur patriotiques succédèrent tout à coup à l'épouvante. Alors les légions parjurées, inquiètes pour leur sûreté, saisissant une occasion de quitter Augusta, sortirent brusquement, et se réfugièrent chez les Médiomatrikes, qui avaient persisté dans l'amitié de l'Empire. Valentinus et Tutor firent égorger dans leur prison les lieutenants Hérennius et Numisius, afin que les Trévires, n'ayant plus de pardon cà attendre, se rattachassent plus fortement à la cause d'où dépendait tout leur salut *.