LIVRE IX. — CHAPITRE III
Telle était la situation des affaires, quand Céiïalis 70 arriva à Moguntiacum. A son arrivée, les légions de Rome prirent une nouvelle ardeur. Ce général, qui aimait les batailles, enflammait le soldat par l'audace de ses discours, bien résolu, sitôt qu'il pourrait joindre les insurgés, de ne pas différer le combat d'un instant. Des levées avaient été faites dans les Gaules, par ordre des gouverneurs des provinces ou des généraux de l'armée ; il les renvoya toutes à leurs cités, proclamant avec fierté « qu'il suffisait à l'Empire de ses légions; que les alliés « pouvaient reprendre tranquillement les occupations « de la paix, et regarder comme finie une guerre dont « des bras romains s'étaient chargés l. » Cette hauteur, disposa les nations gauloises à plus de soumission : le renvoi de leurs soldats leur fit d'ailleurs supporter les tributs plus facilement. Cependant Civilis et Classicus, apprenant la défaite de Tutor à Bingium, et les succès de l'ennemi, coururent rassembler leurs forces éparses dans l'ouest de la Belgique ; et, en attendant, ils dépêchèrent courriers sur courriers à Valentinus, pour lui recommander de bien se garder d'une action décisive. Cérialis, se pressant d'autant plus, manda les légions retirées chez les Médiomatrikes, ainsi que celle qui était en garnison à Moguntiacum, afin de les réunira son armée ; pourtant il se mit en marche sans attendre les premières; en trois jours il arriva à Rigodulum. Valentinus, avec un corps considérable de Trévires, avait pris ce poste fermé par des montagnes et par la Moselle, et y avait joint un double fossé, avec des barricades de rochers. Ces ouvrages n'effrayèrent pas les Romains :
1. Sufficere imperio legiones : socii ad munia pacis redirent, seeuri, velut confecto bello quod romana? manus excepissent. Tac, Hist., iv, 71-
70 Cérialis ordonna à son infanterie de forcer le retranchement, à sa cavalerie de monter en bataille sur les hauteurs. Les assiégeants éprouvèrent en gravissant un peu
- de difficulté, tant qu'ils furent en butte aux armes de trait; mais, dès qu'ils arrivèrent à portée de l'épée, les Gaulois furent culbutés : une partie de la cavalerie, ayant tourné par des pentes moins escarpées, fit prisonniers les principaux Belges, entre autres Valentinus *.
Cérialis, dès le lendemain, entra' dans la capitale des Trévires ; les légions demandaient à grands cris de saccager cette ville. « C'était, disaient-elles, la patrie de Glasce sicus, celle de Tutor, dont la perfide révolte avait causé « l'investissement et le massacre des légions : qu'avait « fait de plus Crémone, effacée du sol de l'Italie pour « avoir retardé d'une seule nuit la marche des vainqueurs? « Et on laisserait subsister sur les confins de la Germanie « une ville qui se glorifiait d'avoir massacré des généraux « romains et dépouillé des légions! Nous abandonnons « au fisc tout le butin, s'écriaient les soldats; il nous « suffit de l'embrasement et des ruines d'une colonie « rebelle, pour nous dédommager de la destruction de « tous nos camps2. » Cérialis, craignant pour sa réputation s'il paraissait nourrir la licence et la cruauté des soldats, contint leur fureur.
L'attention de l'armée romaine se reporta ensuite sur les malheureuses légions qui arrivaient du territoire médiomatrike. Accablés par la honte et le repentir, ces vieux soldats se tenaient immobiles, les regards fixés contre