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terre. Point de cris de bienvenue ni de salutation réciproque. Vainement cherchait-on à les consoler, à les encourager, ils ne répondaient rien, fuyant au fond de leurs tentes et se dérobant au jour ; et c'étaient moins le péril et la crainte que le remords et le sentiment de leur opprobre qui les plongeaient dans ce profond abattement. Il avait même gagné les autres légions qui, n'osant s'expliquer de vive voix ni par les prières, demandaient grâce par les larmes et le silence. Enfin Cérialis vint adoucir la commune douleur : il répétait à chaque instant aux légions parjurées « qu'il n'accusait que le des- « tin de tous les maux qu'avaient causés la discorde des « soldats et des chefs ou les artifices de l'ennemi ; qu'il « ne datait leur service ou leur serment que de ce jour; « que ni l'Empereur ni lui ne se ressouvenaient du « passé. » Alors elles furent admises à camper en commun, et le général fil publier par toutes les centuries que, dans aucun débat, dans aucune querelle, on n'eût à reprocher à ces compagnons amnistiés leur sédition ou leur défaite.
Les Trévires étaient vaincus ; les Lingons se soumirent1. Cérialis, ayant convoqué une assemblée des notables de ces deux peuples, s'y rendit et leur parla en ces termes :
« Je n'ai jamais cultivé les talents de l'orateur, et c'est « en soldat que j'ai maintenu la tranquillité du peuple « romain; mais puisque les paroles ont sur vous tant « d'empire, et que vous jugez des choses moins par elles- « mêmes que par les discours des séditieux, j'ai voulu « vous faire part de quelques réflexions. Maintenant que « la guerre est terminée, il sera plus utile à vous de les