LIVRE IX. — CHAPITRE III
« que nous vous avons demandé de plus à titre de vain- « queurs, c'est de contribuer pour la paix : car pour « avoir la paix, il faut des soldats; pour des soldats, il « faut une solde; pour cette solde, des tributs. Le reste « est commun entre nous. Vous-mêmes, le plus souvent, « vous commandez nos légions; vous-mêmes, vous gou- « veniez nos provinces, et celles-ci et les autres. Nul « privilège, nulle exclusion1 : si nous avons de bons u princes, vous en ressentez également les avantages, « quoique dans l'éloignement; s'ils sont cruels, ce sont « les plus proches qui en soutirent. Gomme on supporte « la sécheresse, les pluies excessives et les autres maux « de la nature, supportez les prodigalités ou l'avarice de « vos maîtres2. 11 y aura des vices tant qu'il y aura des « hommes; mais ces fléaux ne sont pas éternels, et il « arrive des temps plus heureux qui dédommagent ; à « moins peut-être que, asservis à Tutor et à Ciassicus, « vous ne comptiez sur un gouvernement plus modéré,, « ou qu'il ne fallût moins d'impôts pour l'entretien des « armées qui vous garantiraient des Germains et des « Bretons. En effet, si (ce dont les dieux nous préser- « vent!) les Romains venaient à être chassés de la terre, « qu'y verrait-on, sinon la guerre universelle des nations? « li a fallu huit cents ans d'une fortune et d'une disci- « pline constantes pour élever ce colosse immense, qui ne « peut être détruit sans la ruine des destructeurs, et alors « le plus grand péril sera pour vous qui avez l'or et les « richesses, principale source des guerres3. Aimez donc,
\. Ipsi plerumque legionibus nostris pnesidctis : ipsi lias aliasvc provincias regitis. Nihil separatum, clausumve... Tac, Hist., iv, 74.
2. Quomodo sterilitatem, aut nimios imbres, et cetera naturae mala, ita luxum vel avaritiam dominantium tolerate. Id., ibid.
3. Sed vobis maximum discrimen, peues ijiios aurum et opes, Draecipuse bclloruni causa?. Id., loc. cit.
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542 HISTOIRE DES GADLOIS.
« chérissez donc la paix, et cette Rome qui se donne éga- « lement et aux vainqueurs et aux vaincus. Instruits par « Tune et par l'autre fortune, gardez-vous de préférer a l'esprit de révolte, qui vous perdrait, à la soumission, « qui assure votre tranquillité. »
Les Gaulois craignaient des paroles plus menaçantes et plus dures : ce discours leur rendit le calme et le courage.
L'armée victorieuse était en possession de la capitale des Trévires, lorsque Civilis et Classicus firent tenir une lettre à Cérialis : cette lettre portait « que Vespasien était « mort, qu'on s'efforçait inutilement de le cacher; que « l'Italie et Rome étaient la proie d'une guerre intestine-, « que si Cérialis voulait l'empire des Gaules, ils se con- « tenteraient des limites de leur territoire ; que s'il préfé- « rait de combattre, ils ne s'y refusaient pas non plus1. » Cérialis ne fit aucune réponse ; il envoya la lettre à Donatien avec celui qui l'avait apportée. Civilis et Classicus, comprenant qu'il fallait en venir à une affaire décisive, ramassèrent de tous côtés des renforts belges et germains. Cérialis, naturellement négligent, ne fit rien pour s'opposer à la jonction des forces ennemies; seulement ii ajouta des retranchements à son camp, qui jusque-là n'en avait aucun.
Civilis tint conseil avec les chefs gaulois et germains ; les avis furent divers, et soutenus tous avec chaleur. Civilis prétendait «qu'il fallait attendre les nations transrhé- « nanes, qu'elles écraseraient un ennemi vaincu par la « seule terreur qu'elles lui inspiraient. Qu'était-ce que « les Gaulois, sinon une proie pour le vainqueur? Et
i. Si Cérialis imperium Galliarum velit, ipsos finibus civitatum Buarum contentos : si prœlium mallct, ne id quidem abnueré. Tac, Hi-t , iv, 75.