‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 429 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE III

« encore, l'élite de la nation, les Belges, étaient tous pour to « les Romains, ouvertement ou de cœur. » Tator, blessé des prétentions germaniques de Civilis et confiant dans la vaillance de ses troupes, répondait « qu'en différant, « on laissait les Romains se fortifier; que leurs armées se « rassemblaient de toutes parts; qu'une légion de Bre- « tagne avait repassé la mer; qu'on en faisait venir deux « d'Espagne, qu'il en arrivait d'Italie, et toutes de vieilles « troupes sachant la guerre ; que les Germains, sur les- « quels on comptait tant, étaient incapables de la moindre « soumission, de la moindre discipline ; qu'ils n'agissaient « qu'au gré de leurs caprices; qu'il y avait avec eux un « grand moyen de corruption, l'or et les présents, dont « les Romains étaient mieux pourvus, et que, tel amour « qu'on eût pour la guerre, il n'était personne qui, au « même prix, ne préférât le repos au péril ; que si l'on « attaquait dans ce moment, Cérialis n'aurait à opposer « que les restes de l'armée du Rhin, ces misérables légions « vendues à la confédération des Gaules; et que même, « avoir battu en dernier lieu, contre leur propre attente, « cette troupe indisciplinée de Valentinus, serait pour « eux et pour leur général un aiguillon à plus d'audace; a qu'ils attaqueraient de nouveau, et qu'alors ils seraient « reçus, non par un enfant inexpérimenté, qui s'occupait « de mots et de harangues bien plus que de guerre et de « combats, mais par Civilis et par Classicus; que le seul « aspect de ces deux hommes retracerait à leur imagi- « nation la peur, la faim, la fuite, et leur vie tant de fois « à la merci des Gaulois; que ni les Trévires ni les Lin- « gons n'étaient retenus par l'attachement ; qu'ils repren- « draient les armes sitôt que la crainte serait passée1. »

1 . Neque Treveros aut Lingonas benevolentia continçri : reswmpluros arma, ubi metus abscesserit. Tac, Ilist., iv, 76»

Classicus trancha cette diversité d'opinions en se déclarant pour l'avis de Tutor, et sur-le-champ on se prépara à livrer bataille.

Cérialis ne les attendait pas, il n'avait pas même passé la nuit dans sa tente. On vint lui annoncer, tandis qu'il était encore dans sa chambre et dans son lit, à Augusta des Trévires, que les insurgés avaient surpris brusquement le camp et mis les légions en déroute. D'abord il refusa de croire à cette nouvelle, accusant de pusillanimité ceux qui la lui apportaient. Mais bientôt il put voir de ses propres yeux toute l'étendue du désastre. Le camp était forcé, la cavalerie en fuite : le pont sur la Moselle, au milieu de la ville, et qui en joignait les deux extrémités, était au pouvoir de l'ennemi. Cérialis, intrépide dans un si grand péril, saisissant les fuyards par le bras et se jetant presque nu au travers des traits, rallia autour de lui quelques braves, reprit le pont, et y plaça un poste d'élite, Arrivé ensuite au camp, il voit les légions parjui ées de Bonn et de Novesium rompues et éparses, à peine quelques soldats autour de leurs enseignes, et les aigles sur le point d'être enlevées. Enflammé d'indignation, il le m* reproche amèrement leur honte passée. « Non, « s'écrie-t-il, ce n'est point un Hordéonius, ce n'est point a un Vocula que vous abandonnez. Vousnepouvez m'im- « puter de trahison ; mon seul tort est d'avoir dit trop tôt « que vous aviez oublié votre serment à l'empire des « Gaules, d'avoir cru légèrement que des Romains se « ressouvenaient du serment prêté à leur patrie. J'aurai « donc le sort des Numisius et des Hérennius-, tous vos u lieutenants auront donc péri, ou par vos mains, ou par « celles de l'ennemi? Aile/, courez dire à Vespasien, ou « mieux encore, à Civilis et à Classicus, que vous avez « abandonné votre général sur le champ de bataille : il

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