LIVRE IX. —CHAPITRE III
« viendra des légions qui ne nous laisseront, ni moi sans "îo «vengeance, ni vous sans châtiment. »
Ces plaintes élaient fondées : leurs préfets, leurs tri buns, les accablaient des mêmes reproches : ils en furent honteux. Ils s'arrêtent et se reforment par cohortes, car ils ne pouvaient donner un grand front à leur ligne , les Gaulois s'étant débordés de toutes parts, et leurs tentes et leurs bagages les gênant dans cette enceinte du camp, où l'on se battait. Tutor, Classicus et Civilis, chacun a son poste , animaient la bataille : ils excitaient les Gaulois par les cris de liberté, les Bataves, par l'amour de la gloire, les Germains par la vue du butin1, et tout les favorisait, lorsqu'enûn une des légions, ayant trouvé un espace plus découvert, et s'étant rassemblée toute en un seul corps, soutint leur choc, puis les fit reculer. Les cohortes, dispersées au commencement de l'attaque, s'étant ralliées sur les hauteurs, revinrent alors sur leurs pas , et mirent le trouble dans l'arrière-garde des assaillants. Ce qui nuisit le plus à ceux-ci, et empêcha vraiment leur victoire , ce fut l'avidité des Germains pour le butin : au lieu de pousser l'ennemi, et de poursuivre leurs avantages, ils n'avaient songé aussitôt qu'à piller et à se disputer les uns aux autres les dépouilles des Romains. Ainsi Cérialis, après avoir presque ruiné les affaires de Rome par sa négligence , les rétablit par sa fermeté, et, profitant de la fortune, il prit, dès le même jour, le camp ennemi et le rasa.
Les Agrippiniens n'étaient entrés que malgré eux, comme on l'a vu, dans la ligue gallo-germaine; dès qu'ils se virent en liberté de suivre leur inclination,
1. Gallos pro libertate, Batavos pro gloria, Germanos ad prœdain instigantes. Tac, Hist., iv, 78.
io voulant donner une garantie de leur retour a leurs premiers engagements, ils massacrèrent tous les Germains répandus dans leurs villes. De plus, ils offrirent à Cérialis de lui livrer la femme et la sœur de Civilis et la fille de Classicus, laissées chez eux comme gage d'alliance et d'amitié. En même temps, ils imploraient son secours contre un ennemi irrité dont ils redoutaient la vengeance. En effet, Civilis avait tourné ses pas de ce côté, comptant trouver à Tolbiac1, sur le territoire ubien, une cohorte de Gaukhes et de Frises vaillante et dévouée, qu'il y avait laissée en garnison. Mais il apprit en chemin que sa cohorte avait été détruite tout entière par la trahison des Agrippiniens, qui, ayant distribué aux Germains des viandes et du vin pour les enivrer, pendant leur sommeil avaient refermé les portes , et mis le feu aux maisons ; et tous avaient été consumés 2. Cette triste nouvelle changea la marche de Civilis ; d'ailleurs, Cérialis avançait en toute diligence au secours de ses alliés.
Une autre inquiétude survint à Civilis : la légion mandée de Bretagne arrivait, et il craignit que, soutenue .de la flotte qui l'avait amenée, elle ne tombât sur les Bataves du côté où leur île touchait à l'Océan. Il fut bientôt délivré de cette crainte. Fabius Primus, commandant de la légion, entra sur les terres des Nerves et des Tungres, qui se soumirent; quant à la flotte, elle fut elle-même attaquée par les Caninéfates, et la plupart des bâtiments pris ou coulés bas. Ces mêmes Caninéfates battirent aussi une troupe de Nerves, qui d'eux-