‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 431 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE III

mêmes s'étaient mis à faire la guerre pour les Romains. Classions remporta encore un avantage sur un détachement de cavalerie que Cérialis avait envoyé en avant de Novesium : pertes légères, mais répétées, qui effaçaient en détail l'honneur acquis au général romain par son dernier triomphe.

Cependant Domitien, qui, dans l'incertitude du succès, avait suivi de près Cérialis et les légions, reçut, comme il approchait des Alpes, la nouvelle de la victoire sur les Trévires; elle était confirmée par la présence de Yalentinus, qu'on lui amenait chargé de chaînes. Le patriote trévire ne paraissait nullement humilié de sa disgrâce , et la fierté de son âme se montrait empreinte sur son visage. Domitien l'interrogea par curiosité pour connaître son caractère et son éloquence, puis il le condamna à mort. Au milieu des tortures de son supplice, quelqu'un ayant dit pour' l'insulter que sa patrie était prise : « Voilà , répondit-il , ce qui me con- « sole de mourir i ! » Domitien, rassuré par la situation des affaires, se rendit à Lugdunum, mais n'alla pas plus loin.

Sur ces entrefaites, l'arrivée de la légion britannique et des légions espagnoles doubla l'armée romaine, tandis que les insurgés, réduits presque aux seuls Germains, ne recevaient que de faibles renforts. Néanmoins Civil is tenta une affaire décisive : retranché dans ce fameux fort de Vétéra qu'il avait assiégé si longtemps, il se mesura deux fois avec Cérialis. A la première, il eut le dessus; mais ensuite, battu, écrasé, il évacua le continent de la Gaule et se retrancha dans l'île des Bataves. Son

1. Inter ipsum supplicium, oxprobranti cuidam patriam ejus captam, i* accipere se solatium mortis, » respondit. Tac, Hist., iv, 85.

70 premier soin fut de détruire la digue élevée autrefois par Drusus à l'endroit où le Rhin commence à se partager en deux bras. Ces branches sont inégales , et la pente des eaux se portant sur le Vahal, le bras droit, qui conserve le nom de Rhin, demeure le plus faible. Drusus, aux vues duquel il convenait de grossir cette branche droite, qu'il joignait à l'issel par un canal, avait dirigé sa digue de manière qu'elle rejetait les eaux du côté de la Germanie. Givilis, ayant un intérêt contraire, la ruina ; et de cette opération il tira deux avantages : en grossissant le Vahal , il fortifiait la barrière qui le séparait des Romains; et le bras qui bornait l'île au nord, se trouvant réduit presque à sec, ouvrait une libre communication entre les terres bataves et la Germanie. Givilis, Tutor, Glassicus, et cent treize sénateurs trévires, parmi lesquels on comptait Alpinus Montanus et son frère Décimus Alpinus, y passèrent pour recruter des troupes parmi les tribus teutoniques. L'argent qu'ils distribuaient et la pitié qu'inspiraient leurs noms si puissants naguère leur attirèrent aisément des compagnons d'armes, au sein de cette race avide de dangers. Cérialis profita de leur absence pour attaquer l'île des Bataves ; il passa le Vahal malgré la résistance des insurgés, et s'empara de postes importants que Givilis ensuite tenta vainement de lui enlever l.

Par suite de ces succès, Cérialis se laissait aller à une confiance téméraire dont les chefs ennemis songèrent à profiter. Il était allé visiter les camps de Bonn et de Novesium, qu'on rétablissait pour l'hivernage des légions, et il s'en revenait par eau, son escorte toute dispersée, la garde se faisant mal. Cette négligence fut

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