LIVRE IX. — CHAPITRE III
vaient point do vivres, et leurs tontes, sur ce terrain plat et sans abri, étaient emportées de tous côtés par la violence de l'inondation.
Civilis prétendit qu'il lui eût été facile alors de détruire les légions, que les Germains le voulaient, et il se donna auprès de l'ennemi le mérite de les en avoir détournés adroitement; le fait n'est pas invraisemblable, puisque le chef batave ne tarda pas beaucoup à se soumettre. Gérialis négociait secrètement. En même temps qu'il faisait offrir la paix aux Bataves, à Civilis sa grâce, il exhortait Véléda et ses proches à saisir l'occasion de gagner l'amitié de Rome, au lieu de s'obstiner dans une guerre où ils n'éprouveraient que des désastres. Il représentait « qu'il avait taillé en pièces les Trévires, repris « la colonie Agrippinienne, enlevé aux Bataves leur « patrie ; que les Germains n'avaient retiré de l'alliance « de Civilis que la perte de leurs frères, le massacre ou « la fuite de leurs soldats; que Civilis était un fugitif et « un banni, à charge à ses protecteurs; qu'ils n'avaient « que trop de reproches à se faire d'avoir passé le Rhin « si souvent; que s'ils continuaient, les torts et l'insulte « étant d'un côté, de l'autre seraient la vengeance et les « dieux1. »
Ces menaces entremêlées de promesses firent effet sur l'esprit de Véléda. Les Germains une fois ébranlés, les Bataves commencèrent aussi à se dire « qu'il ne fallait « pas consommer leur ruine, et qu'il était impossible à « une seule nation de briser les fers du monde entier. « Qu'avaient servi le massacre des légions et l'embrase- « ment de leurs camps, sinon à en susciter de nou- (( velles et plus redoutables et en plus grand nombre?