Tac, Bist., v
;o « Si c'était pour Vespasien qu'on avait fait la guerre, « Vespasien était empereur; si c'était au peuple romain « qu'on en. voulait, qu'était-ce que les Bataves contre « tout le genre humain ? Qu'il n'y avait qu'à jeter les o jeux sur les Rliètes et les Noriques, et sur les tributs h dont on chargeait les autres alliés; que, pour eux, « on ne leur en imposait aucun ; qu'on ne leur deman- « dait que du courage et des hommes; qu'il n'y avait « aucune situation plus voisine de la liberté, et qu'après « tout, s'il fallait qu'ils reconnussent des maîtres, il y « aurait encore moins de honte à supporter les princes « de Rome que les femmes des Germains. » Ainsi s'expliquait la multitude. Les grands murmuraient encore plus : « C'est la rage insensée de Civilis, s'écriaient-ils, « qui nous a précipités dans cette guerre ; Civilis, pour « sauver sa personne, a perdu la nation. Il fallait que les « dieux fussent bien irrités contre les Bataves le jour « qu'ils leur laissèrent assiégei les légions, tuer les lieu- " tenants, entreprendre une guerre utile à un seul, « latale à tout le reste. Réduits aux plus déplorables « extrémités, il est bien temps de revenir à nous-mêmes, (( et, en sacrifiant une tête coupable, de prouver notre « repentir1. »
Civilis n'ignorait pas cette disposition des esprits, et il résolut de prendre les devants : au dégoût de ses malheurs se joignait aussi un peu de cet attachement pour la vie qui, dans beaucoup de moments, subjugue les plus fermes courages; il demanda une entrevue. On coupa le milieu du pont sur le Vahal, et les deux chefs s*étant avancés aux deux extrémités, Civilis commença ainsi : « Si j'avais à me justifier devant un lieutenant de