‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 435 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE III

« Vitellius, je sens que ni ma conduite n'obtiendrait de « pardon, ni mes discours de créance. Ce n'a été entre « Vitellins et moi qu'inimitiés, qu'hostilités; Vitellius « commença, moi, j'aggravai. Pour Vespasien, il a- eu « de tout temps mes hommages ; et lorsqu'il était « homme privé, il m'honorait du nom de son ami. C'est « ce que savait Antonius Primus, lorsque dans ses lettres « il m'exhortait à la guerre, de peur que les légions de « Germanie et les troupes de la Gaule ne franchissent « les Alpes. Si donc j'ai pris les armes, c'est parce « qu'Antonius dans ses lettres et Hordéonius de vive « voix m'y excitaient sans cesse : je n'ai fait en Ger- « manie que ce que firent en Syrie Mucien, Aponius en a Mésie, Flavianus en Pannonie, et toi-même, Cérialis, « aux portes de Rome. » Tout son système de justification roula sur des arguments de cette nature. « L'in- (( térêt seul de Vespasien, les vives sollicitations de son « parti lui avaient mis les armes à la main : il se flattait (( d'avoir puissamment contribué à la fortune du nouvel « empereur. Une fois l'étendard levé, il n'avait plus été « en son pouvoir d'arrêter la guerre. Les passions de la « multitude, la révolte subite des Gaules, ses succès <( même contre les légions vitelliennes, l'entraînant et « le compromettant de plus en plus, l'avaient contraint « de garder les armes alors même que son désir et son « but étaient remplis, puisque Vespasien triomphait. « Cependant, au milieu de cette lutte acharnée des Bata- « ves, des Gaulois et des Germains contre les armées de « Rome, Civilis n'avait jamais oublié qu'il avait en face « d'anciens alliés ; Cérialis en pouvait porter témoignage. <c Dernièrement encore, quand son armée, surprise par « l'inondation dans l'île des Bataves, pouvait être exter- « minée sans peine, qui l'avait sauvée, sinon Civilis,

70 « qui n'avait pas craint de s'exposer à tous les soupçons, « à toute la colère des Germains ? »

Ces raisons probablement n'auraient pas suffi seules à convaincre Cérialis , mais les promesses quïl avait fait faire en secret au Batave, les engagements pris avec Véléda, et surtout le besoin de terminer les bostilite's avant l'hiver, le forçaient à s'en contenter. Civilis, reçu en grâce, obtint la permission de vivre tranquille dans sa patrie. Il n'en fut pas de même des chefs gaulois, de Classicus, de Tutor, des deux Alpinus, de cette foule de nobles tré vires et lingons qui, inébranlables à toutes les séductions et à toutes les menaces, suivirent le drapeau de l'indépendance tant qu'il resta debout : il n'y eut pour eux ni justification ni merci. Plusieurs de ces infortunés se réfugièrent chez les plus lointaines tribus germaniques ; la plupart se tuèrent; quelques-uns furent pris et livrés aux Romains *. Une recherche ordonnée par Vespasien, dans chacune des cités de la Gaule, contre ceux qui avaient joué un rôle marquant durant l'insurrection, fit disparaître tout ce que les hauts rangs de la société gauloise contenaient encore d'ennemis du joug romain, d'amis de la liberté, de la gloire, de l'ordre social de la vieille Gaule.

Il en était un surtout dont les Romains auraient voulu tirer un châtiment exemplaire, c'était Julius Sabinus, ce fou ambitieux qui s'était affublé du nom et de la pourpre des Césars ; le vrai César regrettait vivement qu'une mort volontaire lui eût arraché ce rival. Pourtant Sabinus vivait. Après sa ridicule usurpation de

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