‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 437 sur 454 · LIVRE IX.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IX.— CHAPITRE III

« elle, je les ai conçus et allaités dans les tombeaux, to « afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes « genoux l. » Ses paroles, sa douleur, son héroïsme , arrachèrent des larmes à tous les assistants ; mais Vespasien , inflexible, ordonna de traîner sur-le-champ Sabinus au supplice. Éponine alors se releva, et d'une voix forte et pleine de dignité, elle réclama que des destinées si longtemps communes ne fussent point désunies à ce dernier instant. « Fais-moi cette grâce, Vespasien, « s'écria-t-elle, car ton aspect et tes lois me pèsent mille « fois plus que la vie dans les ténèbres et sous la (( terre 2 ! »

Tel fut le dernier sang versé pour la cause de la vieille Gaule, le dernier dévouement public à un ordre social, à un gouvernements une religion dont le retour n'était ni désirable ni possible. Nous avons vu combien d'obstacles firent avorter cette malheureuse tentative : ils allèrent croissant et se fortifiant de plus en plus. Chaque jour davantage la haute classe sépara ses intérêts et ses sentiments des sentiments et des intérêts de la masse; les druides eux-mêmes firent leur paix; ils s'éclairèrent et devinrent professeurs de la science romaine, prêtres du polythéisme gallo-romain 3. L'amour de l'ordre s'insinua peu à peu dans tous les esprits, et la Gaule fut résignée : vint bientôt le christianisme, qui accéléra et consolida l'ouvrage.

De cette situation nouvelle sortit une nation qui ne manqua point d'originalité. Le rôle que joua la Gaule

1 . Taùta, Kaïaap, -/.aï iyéwrpa. èv tû> (j.vïifjLîûo, xai Ëôpctjia, îva at tc^eioveç

ÎXET£Û<ja)[AE7. Dio, LXVI, 16.

2. B£6iwx£vai yàp Ù7tô oxôtw xai xaTa yr); vioiov ^ (3a<7 '.XïÛGVTa èxeïvov. Plut., loc. cit.

Page 1