‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 50 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

au parti démocratique, qui ne voulait de lui que le signal 63 et les premiers coups d'une insurrection.

Mais Catilina avait associé à ses vues personnelles d'ambition, de rapacité e1 de vengeance, une troupe de jeunes débauchés, presque tous de la classe patricienne, hommes perdus de dettes et de crimes, et couverts de tous les genres d'infamie. Leur mission était de s'emparer de Rome aussitôt que la guerre civile éclaterait, de piller le trésor public et les maisons de leurs ennemis, de décimer le sénat, de massacrer Cicéron : c'était un complot de brigands, au sein d'une révolution. Ni le peuple de Rome ni celui des provinces ne pouvaient être et ne furent dans la confidence de ces horreurs.

Cependant les manœuvres de Catilina au dehors avaient eu plein succès: l'Étrurie, le Picénum, prirent les armes, et la Cisalpine menaçait de les suivre ; à l'autre bout de l'Italie, des révoltes éclatèrent en plusieurs lieux; au delà des Alpes, la Province était dans la plus violente fermentation1. Dès que ce chef audacieux parut, en Étrurie, une armée considérable se rassembla autour de lui; elle manquait pourtant de cavalerie. Catilina, pour cet objet, avait compté sur les Transalpins; mais le temps pressait. Les conjurés de Rome crurent qu'en mettant dans le secret de leurs desseins les ambassadeurs allôbroges qui retournaient dans leur pays désespérés et aigris contre le sénat, ceux-ci pourraient décider le soulèvement de la Province, et envoyer aux insurgés leur nombreuse et excellente cavalerie,

Voilà ce que révélèrent en partie aux députés gaulois les hommes réunis dans la maison de Sempronia, et qui étaient à la tête du complot de Rome. Ils insistèrent

l In Gallia niteriore motus erat. Sali. Catil., 42.

C3 sur les services que le peuple allobroge pouvait rendre à la conjuration, et promirent en retour de décréter l'abolition de toutes ses dettes et de l'élever au rang de peuple libre1. Échauffés par ces espérances, les ambassadeurs applaudirent à tout ; ils exigèrent seulement que leurs engagements respectifs fussent précisés dans un traité écrit qu'ils pourraient présenter à leur nation. La demande était juste, et une seconde conférence fut arrêtée pour débattre les bases du traité et procéder à sa rédaction.

A peine les Allobroges furent-ils seuls, que la grandeur du péril où ils allaient se jeter et l'incertitude du succès s'offrirent vivement à leur esprit. Si le désir de se venger du sénat, si l'espérance d'un sort meilleur pour leur patrie, les attiraient vers les conjurés, l'idée qu'ils étaient sans mission pour compromettre à ce point leurs frères dans une entreprise hasardeuse les retenait et les faisait pencher en sens contraire. Il leur vint même à la pensée qu'en révélant aux consuls un secret de cette importance, ils pourraient obtenir à coup sûr et immédiatement ces mêmes avantages que la conjuration leur faisait entrevoir dans un lointain et chanceux avenir. Leur foi, à la vérité, se trouvait engagée envers Umbrénus et ses amis; ils avaient juré d'avance de garder sur toutes ces confidences un silence absolu; mais ce serment n'avait-il pas été surpris? Prévoyaient-ils de quels projets on les rendrait dépositaires au péril de leur vie, au détriment de leur pays? Peut-être aussi se rappelèrent-ils que la nullité des serments prêtés par des Gaulois avait été soutenue naguère sérieusement devant les tribunaux romains. Toute la nuit, ils flottèrent dans ces incertitudes,

i. er7u<7y vo'J|j.svo'. xtjv è).ïyOîptav. Plut., in Cicer., 18.

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