LIVRE V. — CHAPITRE IL
passant successivement d'une résolution à l'autre. Enfin, 63 n'y pouvant plus tenir, ils se rendirent, au point du jour, à la maison de M. Fabius Sanga, qui était, comme nous l'avons dit, le patron des Allobroges, et lui révélèrent tous les événements de la veille, déclarant qu'ils s'en remettaient à son avis. Fabius, citoyen pacifique et honnête, et d'ailleurs lié étroitement avec Cicéron, leur peignit sous les plus noires couleurs la conjuration et les conjurés, les effraya, et finit par les entraîner à se mettre en rapport avec le consul1.
Cicéron était la première victime désignée au poignard des amis de Catilina ; ce l'ut donc avec de vifs transports de joie qu'il accueillit la démarche des députés allobroges. Il lui était parvenu déjà, touchant ces projets de meurtre, de pillage et d'incendie, quelques révélations; mais, incomplètes et suspectes par leur source môme, elles ne pouvaient servir de fondement unique à une instruction judiciaire. La déposition des Gaulois était d'une autre nature; aussi le consul les combla de marques de gratitude et d'encouragements; comme chef de la république, il s'engagea formellement à remplir envers leur patrie toutes les promesses des conjurés, et, par ce leurre, il les persuada de se rendre aux conférences suivantes, et de conclure le traité, afin de le lui livrer aussitôt. Les ambassadeurs promirent et firent tout; en se dévouant aux volontés du consul, ils croyaient tirer leur malheureux pays de son désespoir et de sa ruine. Étant donc allés au rendez-vous, ils y trouvèrent les personnages les plus éminents du complot, entre autres les sénateurs Lentulus Sura et Céthégus 2.
1. Sali., Catil., il. — Cic, Catil., m. — Plut., ia Cicer., 18. — App., Bell, civ., n, i. — Dio, xxxvii, 34.