LIVRE V. — CHAPITRE I
ris1, garnison tout à fait insuffisante, malgré la force no naturelle du lieu, si les coalisés n'eussent pas compté sur l'amitié des nations belgiques.
Tous les désastres de l'invasion allèrent donc s'appesantir sur la Gaule centrale : les champs furent dévastés, les villes brûlées; le peuple, désertant les campagnes, se pressa de toutes parts dans les enceintes fortifiées où la faim ne tarda pas à le suivre ; mais sa résistance fut héroïque. On vit dans plus d'une ville les assiégés, réduits à une effroyable nourriture, plutôt que de céder, sacrifier ceux d'entre eux que l'âge ou la faiblesse rendaient inutiles à la commune défense; ces épouvantables calamités durèrent près d'un an2.
Voyant la Gaule, à l'exception des places de guerre, 109 ravagée de fond en comble, les Kimro-Teutons s'acheminèrent vers la nouvelle province romaine, que gardaient les milices du pays et plusieurs légions; mais ils n'osèrent pas en toucher la frontière3. La puissance que le seul nom de Rome exerçait sur eux les arrêta devant la faible barrière du Rhône, comme elle les avait arrêtés, dans les Alpes noriques, devant les passages ouverts de l'Italie. Cette puissance même n'avait fait que s'accroître depuis la journée de Noréia, malgré la défaite de Carbon; car partout, durant ses courses vers l'Orient, la horde avait rencontré lesRomains, en Illyrie, en Macédoine, en Thrace; et voilà qu'aux extrémités de l'Occident, c'étaient encore les Romains qu'elle trouvait devant elle ; une domination si gigantesque la frappait d'un respect
1. Custodiœ ex suis ac praesidio sex millia hominum reliquerunt. Cses.,Bell. Gall., h, 29.
2. In oppida compulsi, ac inopia subacti, eorum corporibus qui œtate inutiles ad hélium videbantur vitam toleraverunt. Id., ibid., vu, 77.