‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 70 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE III. SI · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III. SI

sur les bords de la Save et du Danube, qu'il habita cent 59 trente ans; d'autres guerres malheureuses lui firent perdre cette au Ire pairie', et le rejetèrent sur le Norique, au moment même où les Helvètes terminaient leurs préparatifs. Une des tribus boïennes, trouvant l'occasion favorable, se réunit aux émigrants, tandis que le corps de la nation s'emparait de Noréia et s'établissait à demeure dans le pays2. Tels furent les alliés qui vinrent grossir la bande helvétienne.

Le rendez-vous général ayant été fixé pour le vingt- 53 huit du mois de mars, à la pointe méridionale du lac Léman, il s'y trouva quatre-vingt-douze mille hommes portant les armes, et, tout compris, trois cent soixante-huit mille têtes, savoir : deux cent soixantetrois mille Helvètes, trente-six mille Tulinges, quatorze mille Latobriges, vingt-trois mille Raurakes, et trentedeux mille Boïes. Les registres du recensement, écrits en caractères grecs, et contenant deux états nominatifs séparés, l'un des guerriers, et l'autre des vieillards, des enfants et des femmes 3, furent déposés et gardés soigneusement dans le camp.

Pour sortir de l'Helvétie par le midi, les émigrants n'avaient que deux routes à suivre. La première, qui passait par le territoire séquanais, était une gorge étroite et roide, tellement resserrée entre le Rhône et le Jura,

1. Le pays qu'ils abandonnèrent prit le nom de désert des Boïes. Pline, in,27.

2. In Noricum agrum transierant, Noreiamque urbem oppugnarant. Caes., Bell. Gall., i, 5. — La contrée occupée en dernier lieu par les Boïes prit le nom de Boioaria; c'est aujourd'hui la Bavière.

3. In castris Helvetiorum tabula? repertae sunt, litteris grœcis confectœ, et ad Csesarem relata?, quibus in tabulis nominatim ratio confecta erat, qui numerus domo exisset eorum qui arma ferre possent : et item separatim pueri, senes, mulieresque. Caes., Bell. Gall., i, 29.

58 que deux chariots n'y pouvaient marcher de front-, dominée qu'elle était d'un côté par la montagne, et bordée de l'autre par le précipice, quelques hommes suffisaient pour l'intercepter. La seconde, plus courte et plus facile, s'ouvrait par la province romaine. Le Rhône offrait dans cette portion de son cours plusieurs gués praticables, et Genève, ville des Allobroges, contiguë aux frontières de l'Helvétie, avait un pont sur le fleuve. Les Helvètes s'étaient flattés queles Allobroges, par haine pour la république romaine, leur accorderaient volontiers le passage, et qu'en tout cas il leur en coûterait peu pour l'obtenir à main armée. Mais César, que nous avons vu, durant son consulat, organiser avec les nations transjuranes la ligue défensive contre les Helvètes, chargé du gouvernement de la Province pour cinq années, venait d'arriver à Genève -, il avait fait rompre d'abord le pont, et rassemblait en toute hâte les garnisons et les milices de la Narbonnaise.

Ces mesures contrariaient les Helvètes; car l'ambassade d'Orgétorix aux Édues et aux Séquanes pour obtenir l'entrée de leur territoire avait été mal accueillie par les magistrats de ces cités, et les émigrants ne voulaient s'aventurer dans les défilés du Jura qu'à la dernière extrémité. Ils envoyèrent donc au proconsul des députés choisis parmi les plus nobles chefs, et l'orateur de la députation, nommé Vérudoctius, exposa en ce peu de mots les demandes de ses frères : « Les Helvètes, dit-il, veu- <; lent traverser la Province, mais sans y causer le moin- « dre dommage; ils n'ont pas d'autre chemina prendre, « et ils espèrent que César ne leur refusera point son « consentement1. » César n'avait pas oublié la mort du

4. Sibi esse iu animo sine ullo maleficio iter per Proviiiciam facere,

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