‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 71 sur 454 · LIVRE V.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V.— CHAPITRE III

consul L. Cassius, et l'ignominie des légions, que les 58 Tigurins avaient fait passer sous le joug, dans le lieu même où ils venaient solliciter l'entrée du territoire romain. Il jugeait d'ailleurs bien difficile que cette multitude indisciplinée pût s'abstenir de la violence et du brigandage ; mais, comme il ne se voyait pas assez en force (il n'avait avec lui qu'une légion), il répondit, afin de gagner du temps, qu'il réfléchirait sur la demande des Helvètes, et il fixa une nouvelle conférence pour le 13 du mois d'avril1. Cependant, avec sa légion et les troupes qui lui arrivaient chaque jour de tous côtés, il fit élever un mur haut de seize pieds et long de dix mille pas, qui, suivant les sinuosités du Rhône, en fortifiait la rive gauche, depuis l'endroit où le fleuve sort du lac, jusqu'à celui où il se creuse un lit étroit et profond entre les dernières sommités du Jura2.

Ce travail achevé, César plaça ses postes, munit ses redoutes, prit toutes ses dispositions pour résister à une attaque de vive force, et quand, au jour indiqué, les députés helvétiens parurent, il leur déclara que, d'après les usages du peuple romain, il ne pouvait permettre à qui que ce fût l'entrée de la Province. Les Helvètes, déchus de cette espérance, construisirent des radeaux, attachèrent ensemble des barques, cherchèrent les gués praticables, et à plusieurs reprises, soit de jour, soit de nuit, s'efforcèrent de traverser le Rhône ; mais toujours

propterea quod aliud iter haberent nullum... Caes., Bell. Gall., i, 7.

1. Diem se ad delibcrandum sumpturum ; si quid vellent, ad Idus Aprilis reverterentur. Cses., Bell. Gall., i, 7.

2. A lacu Léman no, qui in flumen Rhodanum influit, ad montem Jurani, qui fines Sequanorum ab Helvetîis dividit, millia passuum decem novem, murum in altitudinem pedum sexdecim fossamque perducit. Id., ibid., 8.

58 arrêtés par le retranchement, toujours repoussés par les postes romains, ils renoncèrent à leur projet..

Il ne leur restait plus que la route du Jura, route si difficile, qu'ils n'osaient s'y engager sans le consentement formel des habitants. Ne se flattant pas de l'obtenir directement des magistrats séquanais, qui s'étaient montrés, comme nous l'avons dit, très-défavorables à leurs projets, ils imaginèrent de réclamer la médiation de l'Éduen Dumnorix, qui, par sa femme, était devenu l'allié de leur nation1. Dans la catastrophe dont Orgétorix avait été la victime, l'ambitieux Dumnorix avait ressenti bien plus vivement la ruine de ses espérances qup. la perte d'un beau-père ; il ne lui resta donc plus aucun fiel contre les Helvètes, du moment qu'il put intriguer encore avec eux, -et espérer encore par eux. Il ne savait pas bien au juste quel genre de service il devait attendre de la horde émigrante, ni quel résultat produirait son introduction en deçà du Jura, puisque la mort d'Orgétorix avait déjoué leurs anciennes combinaisons ; mais pour ce fauteur infatigable de nouveautés, tout désordre était une chance à saisir. Il s'employa donc chaudement en faveur des Helvètes auprès du gouvernement et du peuple séquanais ; et comme il y jouissait d'un grand crédit2, et que Castic le seconda de tous ses moyens, les magistrats furent gagnés à prix d'argent ou forcés par la multitude; et, au mépris du traité conclu avec Rome, le passage fut accordé aux Helvètes. Des otages ayant été livrés de pa'rt et d'autre, les émigrants franchirent paisiblement la périlleuse barrière du Jura3.

1. Legatos ad Dumnorigem ^Eduum mittunt, ut eo deprecatore a Sequanis hoc impetrarent. Cses., Bell. Gall., i, 9.

2. Gratia et largitione apud Sequanos plurimum poterat. Id., ibid.

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