LIVRE V. — CHAPITRE III
« Les Helvètes ont appris de leurs pères à se fier plus 5s « au courage qu'à la ruse et à compter peu sur les stra- « tagèmesde la guerre1. Que les Romains ne s'exposent « donc pas à voir le lieu où nous nous trouvons, comme « un autre bien connu, s'illustrer par la honte de leur « république et la destruction de leur armée2 ! »
A ces paroles dures pour la fierté romaine, César répondit « qu'il n'avait point oublié ce que les Helvètes « prenaient à tache de lui rappeler, qu'ainsi sa conduite « était tracée d'avance -, qu'il conservait de ce revers « d'autant plus de ressentiment, que le consul Gassius, « attaqué à l'improviste, avait été victime d'une perfidie. « Quand lui César oublierait cette ancienne injure, pour- « rait-il perdre aussi.le souvenir d'affronts plus récents? « Les Helvètes n'avaient-ils pas voulu s'ouvrir, malgré « lui, un chemin par la Province? N'avaient-ils pas « porté la désolation chez les Édues, chez les Ambarres, « chez les Allobroges, dont ils avaient saccagé les eta- « blissements et les propriétés sur la rive droite du « Rhône3? Une armée romaine verrait-elle de sang-froid « ravager les champs des sujets ou des alliés de Rome, « envahir leurs villes, traîner leurs enfants en servitude? ' « — Cet insolent orgueil que vous inspire une victoire, « ajouta le proconsul avec colère, cette lenteur de la « vengeance dont vous avez droit d'être surpris, entrent, « n'en doutez pas, dans les desseins de la Providence. « Quand les dieux veulent châtier les hommes, ils leur « accordent de temps en temps quelques succès, pour « les enivrer de leur impunité, et leur rendre par là le
1. Se ita a patribus majoribusque suis didicisse, ut magis virtute quam dolo contenderent, aut insidiis niterentur. Ca?s., Bell. Gall., i, 13.