LIVRE V. — CHAPITRE III
« nos résolutions, sont connus d'avance. Plus forte que 56 « mon autorité, plus forte que les lois, je suis hors d'état « de la réprimer; je sais môme à quels dangers ces « aveux m'exposent, et voilà pourquoi j'ai gardé si long- « temps le silence1. »
Quoique aucun nom n'eût été prononcé, César vit bien que ces révélations tombaient sur Dumnoiïx, dont il n'ignorait ni le crédit ni l'ambition; mais pour ne point ébruiter la chose devant tant de témoins, il se hâta de rompre le conseil, et retint seulement le Vergobret. Lise alors parle plus hardiment2. « C'est en effet Dumnoiix « qu'il a désigné, il détaille tous les projets , toutes les « manœuvres de cet homme ambitieux; comment il « s'était adjugé d'autorité le monopole des péages et des « contributions publiques ; ses largesses corruptrices ; « ses relations avec Orgétorix et tous les factieux des « États voisins; le mariage de sa mère et de sa sœur, le « sien avec une fille helvétienne ; d'ailleurs il nourris- « sait contre César et les Romains une haine person- « nelle, parce que leur intervention, en rétablissant « Divitiac dans sa fortune et dans son rang , diminuait « d'autant le crédit et la popularité de Dumnorix. Si « les Romains succombaient, il pouvait espérer de par- « venir à la royauté, par l'assistance des Helvètes ; sous « l'influence romaine, au contraire, il craignait de perdre « jusqu'à sa situation présente. C'était pour trahir César « qu'il s'était fait décerner le commandement de cette « cavalerie auxiliaire qui avait tourné bride devant cinq « cents chevaux helvétiens : dans ce combat honteux,
1. Intelligere sese quanto id cum periculo fecerit, et ob eam causam, quamdiu potuerit, tacuisse. Caes., Bell. Gall., i, 17.