LIVRE V.— CHAPITRE III
« tiens à l'estime publique. Si tu le traites en toute ri- ss « gueur, nul ne cloutera, vu ton amitié pour moi, que « je ne sois Fauteur de sa mort; cette idée me pèsera et « me fera perdre l'affection de toute la Gaule. » Comme il continuait ses prières en pleurant, César lui prend la main, le rassure, lui dit qu'il n'avait pas besoin de solliciter davantage, et que, pour lui montrer le prix qu'il attachait à son amitié, il oubliait et ses propres ressentiments, et l'outrage fait à la république. Ensuite il mande Dumnorix, et l'avertit de ce qui s'est passé à son sujet : il entremêle aux menaces les exhortations et les promesses d'oubli; néanmoins il ordonne qu'on le garde à vue, pour savoir ce qu'il fait et à qui il parle1.
Pendant que ces débats occupaient vivement le proconsul, les Romains suivaient toujours la horde qui s'avançait à petites journées dans l'ouest. Une fois César crut avoir trouvé l'occasion de livrer bataille; mais un stratagème, qu'il jugeait infaillible, échoua par la lâcheté d'un de ses officiers. N'étant plus qu'à dix-huit milles de Bibracte, capitale de la nation éduenne, et la distribution des vivres devant avoir lieu dans deux jours, César, qui avait, avant tout, besoin de s'approvisionner, quitta la poursuite de l'ennemi, et se dirigea vers la ville. La nouvelle en fut apportée aussitôt aux Helvètes par des déserteurs de la cavalerie gauloise. Soit qu'elle attribuât à la peur celte marche rétrograde, soit qu'elle voulût empêcher l'approvisionnement, la horde revint sur ses pas et atteignit bientôt l' arrière-garde romaine, qu'elle attaqua2.
\. Dumnorîgi custodes ponit ut quse agat, quibuscum loquatur, scire possit. Caes., Bell. Gall., i, 20.