‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 89 sur 454 · LIVRE V. - CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE III

« honneur et en considération : comment souffrir qu'on m « leur ravît ce qu'ils avaient apporté dans l'alliance « romaine? » Il finit par réitérer les demandes déjà faites par ses envoyés : qu'Arioviste ne portât plus la guerre chez les Édues, ni chez leurs alliés; qu'il leur rendît leurs otages, et, s'il ne pouvait renvoyer chez eux les Germains qui avaient franchi le Rhin, qu'au moins il ne permît pas à d'autres de les suivre l.

Arioviste répondit peu de chose aux articles exigés par Gésar, mais parla beaucoup de lui-même et de sa puissance ; il dit « qu'il n'avait passé le Rhin que sur les sollicitations des Gaulois, et qu'il n'aurait pas quitté sa patrie et sa famille, s'il n'eût été sûr d'un ample dédommagement2; les établissements qu'il possédait lui avaient été cédés par les Gaulois, qui avaient donné des otages de leur plein gré ; quant à lui, il levait des contributions par le droit de l'épée, comme c'était l'usage du vainqueur en pays conquis. Ce n'était pas lui d'ailleurs qui avait commencé la guerre; toutes les nations de la Gaule s'étant levées en armes et étant venues l'attaquer les premières, il les avait vaincues dans une seule bataille; si elles voulaient se mesurer encore, il était tout prêt; si elles préféraient la paix, pourquoi refuser un tribut payé jusque-là de leur plein gré? Au reste, l'amitié des Romains devait lui apporter honneur et profit, et non détriment; il ne l'avait recherchée que dans cet espoir ; mais s'ils s'employaient à lui enlever ses subsides

1. Ne aut.-Eduis, aut eorum sociisbellum inferret; obsides redderet; si nullam partem Germanorum domum remittere posset, at ne quos amplius Rhenum trausire paterctur. Caes., Bell. Gall., i, 43.

2. Transisse Rhenum sese, non sua sponte, sed rogatum et arcessitum aGallis; non sine magna spe magnisque praemiis domum propinquosqne rcliquisse; sedes habere in Gallia ab ipsis concessas. Id., ibid., 4i.

58 et ses otages, il renoncerait à leur alliance aussi volontiers qu'il l'avait désirée1. En faisant passer clés Germains clans la Gaule, Aiïoviste pourvoyait à sa propre sûreté, et n'avait sur le pays aucun projet hostile ; ce qui le prouvait Lien, c'est qu'il n'était venu qu'appelé, c'est qu'il n'avait jamais été agresseur, mais s'était toujours tenu sur la défensive. Son entrée en Gaule avait précédé celle des Romains, qui jamais jusqu'ici n'avaient dépassé les limites de leur province. Que voulaient-ils ? pourquoi venaient-ils sur ses terres ? Cette partie de la Gaule était sa province, comme l'autre était province romaine-; sans doute, on ne trouverait pas juste qu'il fit une invasion de l'autre côté du Rhône ; on avait donc tort de venir le chercher chez lui. Quant au sénatusconsulte qui déclarait les Écîues amis et alliés du peuple romain, il n'était pas si barbare, ni si étranger aux événements de ce monde, qu'il ignorât que, dans la dernière guerre des Allohroges, les Édues n'avaient point donné de secours aux Romains, et qu'ils n'en avaient point reçu d'eux dans leur guerre contre les Séquanes et contre lui. Tout le portait à croire que, sous une apparence d'amitié, César destinait à sa ruine les forces qu'il avait dans la Gaule ; mais s'il ne s'éloignait et ne faisait retirer son armée, il le regarderait, non plus comme un allié, mais comme un ennemi. En se défaisant de lui, Àrioviste remplirait les vœux d'une foule de nobles et de chefs du peuple romain; il l'avait su d'eux par plus d'un message, et cet heureux événement lui

1. Si per populum roman um stipendium remittatur, et dedititii subtrahantur, non minus libenter sese recusaturuni populi romani amicitiam quam appetierit. Caes., Bell. Gall., i, 44.

2. Provinciam suaai esse hanc Gallium, sicuti illam nostram. Id., ibid.

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