LIVRE V. — CHAPITRE III
vaudrait de leur part une reconnaissance éternelle1. Mais si César se retirait, lui laissant la libre possession de la Gaule, il le payerait de retour, et se chargerait de toutes les guerres que César voudrait entreprendre, sans fatigue ni danger de sa part2. »
César alors insista sur les motifs qui ne lui permettaient pas de se désister de son entreprise. « Les principes de la république et les siens s'opposaient à ce qu'il abandonnât des alliés dont il n'avait qu'à se louer, et il il ne voyait pas pourquoi la Gaule appartiendrait plutôt à Arioviste qu'aux Romains. Quintus Fabius avait vaincu les Arvernes et les Rutènes sans que Rome leur eût ôté leur indépendance et les eût réduits à la condition de sujets et de tributaires. Par la propriété de ces droits, le peuple romain avait les plus légitimes prétentions sur la Gaule ; par la décision du sénat, elle devait demeurer libre, le vainqueur lui ayant permis de se gouverner selon ses lois. » Pendant ce colloque, on vint avertir César que la cavalerie d' Arioviste, se rapprochant de la hauteur, venait caracoler autour des Romains et commençait à lancer des pierres et des traits. Le proconsul rompit la conférence, se retira vers les siens et leur défendit de riposter par aucun acte de représailles. Lorsque le résultat de cette conférence et la manière dont elle avait été rompue furent connus dans le camp romain, l'animosité s'accrut, et il n'y eut plus qu'une voix pour combattre. Deux jours après, Arioviste fit dire à César qu'il
1. Quod si eum interfecerit, multis sese nobilibus principibusque populi romani gratum esse facturum : id se ab ipsis per eerum nuntios compertum habere. Caes., Bell. Gall., i, 4i.
2. Quod si discessisset, ac liberam sibi possessionem Galliœ tradidisset, magno se il lu m preemio remuneraturum ; et qusecumqae bella geri vellet, sine ullo ejus labore et periculo confecturuni. Id., ibid.
il. 1
5s désirait reprendre avec lui les négociations entamées; qu'il fixât lui-même l'instant de la nouvelle entrevue, ou que, s'il le préférait, il lui envoyât un de ses lieutenants. César ne jugea à propos d'accepter une seconde conférence, ni pour lui, ni pour un de ses lieutenants. Il crut plus convenable d'envoyer un Gaulois dont nous avons déjà parlé, G. Valérius Procillus, jeune honime distingué, dont le père C. Valérius Caburus avait été fait citoyen romain par G. Valérius Flaccus, en retour de services rendus aux Romains durant les guerres civiles de la Province ; sa fidélité était connue de César, et il possédait parfaitement la langue gauloise, qu'Arioviste avait eu le temps- d'apprendre depuis son séjour dans les Gaules. César lui adjoignit M. Mettius, qui avait été hôte d'Arioviste, et il le chargea de recevoir et de lui rapporter les propositions du roi germain. Mais aussitôt que celui-ci les vit entrer dans son campi il leur cria devant toute l'armée : « Qui vous amène? Venez-vous ici pour « nous espionner1 ? » Et sans leur donner le temps de s'expliquer, il les fit mettre aux fers.
Le même jour, il changea de position et vint s'établir au pied d'une montagne à six mille pas du camp ennemi; le lendemain, il fit défiler son armée à la vue des retranchements romains et alla se poster à deux milles par delà , dans le but d'intercepter les convois de grains et de vivres qui venaient de Bibracte et de la Séquanie. Cinq jours de suite, César tira ses légions de son camp et les mit en bataille, offrant le combat, si Arioviste voulait l'accepter; mais celui-ci retint constamment son infanterie derrière ses lignes, quoiqu'il
4. Quid ad se venirent? au speculandi causa? Cœs., Bell. Gall., i,47.