‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 91 sur 454 · LIVRE V.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V.— CHAPITRE III

escarmouchât tous les jours avec sa cavalerie. Les Germains étaient particulièrement exercés à ce genre de combat. Ils avaient dix mille cavaliers, auxquels était attaché pareil nombre de fantassins agiles et braves, chaque cavalier ayant choisi le sien sur toute l'armée; ils combattaient ensemble. Les cavaliers, dans les moments difficiles, se repliaient sur leur infanterie qui, accourant à leur secours, environnait ceux d'entre eux qui tombaient de cheval grièvement blessés : fallait-il se porter en avant ou faire prompte retraite , ces fantassins avaient acquis par l'exercice une telle légèreté, qu'en se prenant à la crinière du cheval ils l'égalaient en vitesse l.

Voyant qu'Arioviste ne voulait pas sortir de son camp, César, afin de n'être pas plus longtemps séparé de ses moyens de subsistance , choisit et marqua une position avantageuse, environ six cents pas au delà de celle que les Germains occupaient, et ayant formé son armée sur trois lignes, il y marcha dans cet ordre. Arrivé sur le terrain, il ordonna que la première et la seconde ligne restassent sous les armes, tandis que la troisième travaillerait aux retranchements. Ce camp, ainsi qu'il vient d'être dit, se trouvait à six cents pas de l'ennemi. Arioviste ayant détaché seize mille hommes de troupes légères et toute sa cavalerie pour harceler les travailleurs, César ordonna aux deux premières lignes de repousser l'attaque, et à la troisième de continuer le retranchement. L'ouvrage terminé, il y laissa une partie des auxiliaires avec deux légions, et ramena les quatre autres au camp principal 2.

ii Caes., Bell. Gall., i, 48; 2. Id., ibid., 49.

58 Le lendemain, suivant la coutume, il fit sortir les troupes des deux camps, et, s' étant porté en avant du grand, il les mit en bataille et présenta le combat. Vers midi, voyant que l'ennemi ne bougeait pas, il les fit rentrer; alors seulement Arioviste envoya une partie des siens attaquer le petit camp, et le combat se soutint avec acharnement jusqu'au soir. Au coucher du soleil , Arioviste retira ses gens; il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre. Gomme César s'enquérait des captifs pourquoi Arioviste ne voulait pas combattre, il apprit que c'était la coutume des Germains de faire décider par les femmes, d'après les règles de la divination consacrées chez eux, s'il fallait ou non livrer bataille, et qu'elles avaient déclaré toute victoire impossible avant la nouvelle lune *.

Le jour suivant, César, ayant laissé une garde suffisante dans les deux camps, rangea en bataille tous les auxiliaires dans le nouveau; comme les légionnaires étaient peu nombreux en comparaison des Germains, les alliés lui servirent à déployer un front imposant. Il forma ensuite trois lignes, et marcha à l'ennemi. Se voyant forcés de combattre, les Germains sortirent alors de leur camp et se rangèrent par nations : Harudes, Marcomans, Tribokes, Vangions, Némètes, Séduses, Suèves , tous étaient à égale distance les uns des autres. Afin de s'ôter tout espoir de fuite, ils formèrent autour de leurs colonnes une enceinte d'équipages et de chariots; les femmes, placées dessus, tendant les mains aux soldats qui défilaient devant elles, les conjuraient

1. Non esse fas Germanos superare, si ante novam lunam praelio contendissent. Cœs., Bell. Gall., i, 50. — Oùx èwaat (jux/viv Ti6ec6cu rcpiv inù.â\).<\iM vï'av aeXïjv^v. Plut., Cœs., 19.

Page 1