LIVRE V. — CHAPITRE III
avec des sanglots de ne pas livrer leurs familles en 58 esclavage aux Romains *.
César partagea la conduite des légions entre ses lieutenants et son quesleur, afin que chaque soldat eût parmi les chefs un témoin de sa valeur, et il engagea le comhat par son aile droite. Au premier signal , les Romains chargèrent si brusquement, et les Germains accoururent avec tant de précipitation à leur rencontre, que ni les uns ni les autres ne purent faire usage des javelots, faute de temps et d'espace pour les lancer; on tira le glaive, et on se battit corps à corps. Mais les Germains, ayant promptement formé leur phalange accoutumée2, soutinrent avec fermeté le choc des épées romaines. On vit alors des légionnaires s'élancer sur la voûte de boucliers qui couvrait cette phalange, les arracher avec leurs mains ou les briser à grands coups d'épée, et égorger l'ennemi dont ils foulaient la tête sous leurs pieds 3.
L'aile gauche des Germains , attaquée par César en personne, fut d'abord rompue et mise en déroute; mais leur aile droite fit plier la gauche des Romains et l'accablait, quand le lieutenant P. Crassus, commandant de la cavalerie, plus libre de ses mouvements que ceux qui étaient engagés dans l'action, envoya en avant la troisième ligne pour soutenir les légions épuisées. Par là,
1. Eo mulieres imposuerunt, qnœ in praslium proficiscentes milites passis crinibus fientes impîorabant, ne se in servitutem Romanis traderent. Cses., Rell. Gall., i, 51.
2. Germani celeriter, exconsuetudine sua, phalange facta. Id.,ibid., i,
3. Reperti sunt complures, qui in pbalangas insilirent, et scuta manibus revellerent, et desuper vulnerarent. Id., ibid. — Super ipsa scuta salierunt, et inde in jugulos gladiis descendebant. Flor., ni, 10. — Oros., vi, 7.
58 le combat fut rétabli. Enfoncés de toutes parts, les Germains prirent la fuite et ne s'arrêtèrent qu'au bord du Rhin, éloigné d'environ cinq milles du champ de bataille -, quelques-uns, se fiant à leurs forces, se hasardèrent à le passer à la nage ; d'autres eurent le bonheur de trouver des barques pour se sauver. De ce nombre fut Arioviste; il rencontra un esquif attaché à la rive, et parvint à s'échapper1. Tout le reste fut taillé en pièces par la cavalerie romaine. Arioviste avait deux femmes : la première était Suève ; il l'avait amenée de son pays; la seconde était native du Norique, et sœur du roi Vocion,qui la lui avait envoyée en Gaule pour l'épouser; elles périrent dans la déroute, et de deux filles qu'elles lui avaient données, l'une fut tuée, l'autre captive. Luimême ne leur survécut que peu de temps; il mourut bientôt en Germanie, ou dés suites de ses blessures, ou du chagrin de sa défaite2. Valérius Procillus était emmené, chargé de trois chaînes, par ses gardiens fugitifs; César le retrouva en poursuivant l'ennemi avec sa cavalerie; et si nous l'en croyons, cette rencontre ne lui causa pas moins de plaisir que la victoire elle-même. Procillus lui dit qu'il avait vu trois fois jeter le sort pour décider s'il serait livré aux flammes, ou si Ton renverrait sa mort à un autre temps, et que trois fois le hasard l'avait sauvé3. Meltius fut aussi ramené au camp.
A la nouvelle de cette victoire, les Suèves, qui étaient déjà sur les bords du Rhin, se mirent en devoir de re-
1. Naviculam deligatam ad ripam nactus, ea profugit. Caes., Bell. Gall., i, 53.
2. Magno esse Germanis dolori Ariovisti mortem... Id., ibid., v, 29.
3. Is, se praesente, de se ter sortibus consultum dicebat, utrum igni statim necaretur, an in aliud tempus reservaretur; sortium beueficio se esse incolumem. Id., ibid., i, 53.