‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 94 sur 454 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Romains s'organisent sur le territoire séquanais; mécontentement des nations gauloises; grands préparatifs d'armes en Belgique. — Puissance et intrigues des Rèmes. — Guerre de César contre les Gaulois. — Première campagne : les Suessions, les Bellovakes, les Ambiens sont soumis; résistance opiniâtre des Nerves et des Aduatikes; siège et sac d'Aduat. — Promenade de P. Crassus dans l'Armorike. — Deuxième campagne : Galba se retire devant les montagnards des Alpes pennines. — La guerre éclate dans l'Armorike. — Combat naval ; les Vénètes sont défaits. — Cruautés de César. — Soumission de l'Armorike. — Expéditions de Crassus en Aquitaine , de César contre les Morins. — Troisième campagne : deux peuples germains, les Tencthères et les Usipètes, passent le Rhin; mouvement de la Gaule en leur faveur ; César marche contre eux et les bat. — Caton accuse César de perfidie envers les Germains. — Le proconsul prépare une descente dans l'île de Bretagne.

La défaite d'Arioviste et l'expulsion des Germains firent éclater d'un bout de la Gaule à l'autre de vives démonstrations de joie et d'enthousiasme pour César. Mais lorsqu'on vit qu'il ne remmenait point avec lui en Italie ses légions victorieuses; que, loin de là, il les organisait sur le territoire affranchi, comme sur sa propre

conquête1; qu'il gardait les otages remis entre ses mains à l'ouverture de la guerre-, qu'il levait des contributions et ramassait de toutes parts des vivres, un morne abattement succéda tout à coup à l'élan de la reconnaissance publique : on craignit de n'avoir fait que changer de tyran 2.

Les Édues eux-mêmes, au profit de qui principalement la guerre paraissait avoir été entreprise, ne manquaient pas de sujets de plainte. A la vérité ils étaient délivrés d'un tribut et de déprédations ruineuses; leurs enfants, otages d'Arioviste, leur étaient rendus; une partie des nations qui les avaient abandonnés aux jours de leurs revers, pour passer sous le patronage des Séquanes, s'empressaient de retourner à eux, et la protection de César leur avait même gagné quelques nouveaux clients 3 : en un mot , ils avaient recouvré à peu près leur ancienne puissance, mais ils avaient perdu leur liberté. Des agents de l'armée romaine , établis à Bibracte, dirigeaient leurs magistrats, surveillaient leurs assemblées4; nulle mesure de quelque importance ne pouvait être prise sans l'assentiment du lieutenant de César; et le gouvernement éduen siégeait en réalité dans le prétoire de Labiénus. Une parole imprudente du proconsul contribuait fortement à répandre l'inquiétude. Il avait parlé, disait-on, de donner un roi aux Édues ; et Dumnorix, qui avait révélé ce propos, s'était vanté en plein conseil que, comme frère de Divitiac, le choix des

1. Caes., Bell. Gall., i. — Liv. epit., civ. — Plut., Caes., 19, 20, 21. — Dio, xxxix, 1. — Flor., m, 10. — Oros., vi, 7.

2. Populi romani excrcitum biemare alque inveterascere in Gallia moleste ferebant. Caes., Bell. Gall., n, 1.

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