‹ Histoire de la grandeur et la décadence de César BirotteauChapitre 14 sur 24 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LE »>ER>flKR JOIR B UN FAlLLÎ.

Itinidt'.iii n\iiii clic/, lut navr»';. sans s'a|>^'i'<'cvoîr (jut' l«'s l»aii(|iiici's s<' le ii'iivoyai<'iil «omiii*im Yolaiil siir<l(S iai|ucllcs ; mais (]oijslancc avait «li'jà (Icvim- i|iic Iniii cic'dil «Mail iiii|K>ssihl«'. Si «l»îjà Irois UaiM|iii('rs avaiciii rciust'. Ioiin «lcvai«»iil s'Aln' •{iir'slinimcs ^iir un liouuur aussi eu \ut' tiu»*

l'adjoint , el conséquemmeul la Banque de France n'élaii plus une ressource.

— Essaie de renouveler, dit Constance, et va chez M. (^laparon, ton co-associé , enfin chez tous ceux à qui tu as remis les effets du quinze, et propose des lenouvellemens. Il sera toujours tenqjs de revenir chez les escompteurs avec du papier Popinot.

-r- Demain le treize', dit Birotteau loui à fait a!)allu.

Suivant lexpiession de son prospectus, il jouissait de ce tempérament sanguin qui consonune énoruK'mciit ])ar les émotions ou par la pensée, el (jui veut absolument du sommeil pour ic'- [larer ses peites. Césarine l'amena dans le sîdon ci lui joua i>oui' le récréer le Soiujc de Rousseau , 1res joli morceau d'Hérold. Constance travaillait auprès de lui. Le pauvre honuiie se laissa aller la tète sui- niîcoltomane. et toutes les fois cpi'il levait les yeux sui' elle, il la voyait un doux sourire sur les lèvres, il s'endormit ainsi.

— Vauvie homme! dit Constance, :i quelles

CÉSAR BIROTTEAU. ITil

tortures il osl réservé! pourvu qu'il y résislc.

— Eh! qu'as-tu, maman? dit Césarine on voyanl sa mère en pleurs.

— Chère iille, je vois venir une l'ainiîe. Si ton f)ère est obligé de déposcison \nhm. il faudra u'huplorer la pitié (!e personue. Mon entant, sois pn''parée à devenir uih' simple tille de mai^'asiii. Si jeté vois prendre ton ]»arîi ron rageusement, j "an rai la forée de recommen'.er- la vie! Je connais ton père, il ne soustraira pas un deniei-, j'aljaiidonncrai mes droits, on vendra tou! ce ([iie nous possédons. Toi, mon enfant, jjorte demain tes bijoux n ta garde-robe (liez Ion oncle l^slleratdt. car In n < s obligée il rien.

(]ésarine fut saisie d'uii eilroi siinsbor-nes (>ji eiitendanl ces ])aroles diles ;ive<- nne sim[>liciîé religieuse. Elle forma le projet d'jiller Ironver Anselme, mais sa (î(''lica(esse [\'\) empèclia.

Le lendemain, ii neidlieui-es. lîij'oHe;in se h'oiivailrue de Provenc<', en pi'oie ii des an\i(''l(''s Imii autres «pie celles par lesquelles il avail j»ass(''. Demander (U) cr('dil esl nne action lonle simple en

«commerce. Tous les jours, en entreprenant une al- * faire , il est nécessaire de trouver des capitaux ; mais demanderdes renouvellemens est, dans la jurisprudence commerciale, ce que la police correctionnelle i^st à la cour d'assises, un premier pas vers la faillite, i3omme le Délit mène au Crime. Le secret de votre impuissance et de votre gêne est en d'autres mains ({ue les vôtres. Un négociant se met pieds et poings liés à la disposition d'un autre négociant, et la charité n'est pas une vertu pratiquée à la Bourse. ï^ parfumeur qui jadis levait un œil si ardent de coniiance en allant dans Paris, maintenant affaibli par les doutes, hésitait à entrer chez le banquier (^laparon : il commençait à comprendre que chez les banquiers le cœur n'est qu'un viscère. Claparon lui semblait si brutal dans sa grosse joie, et il avait reconnu chez lui tant de mauvais , ton qu'il tremblait de l'aborder.

— Il est plus près du peuple, il aura peut-Afte plus d'ame !

Tel fut le premier mot accusateur que la ms^e de sa position lui dicta. César puisa sa dernière

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dose de courage au fond de son ame, et monta l'escalier d'un méchant petit entresol , aux fenêtres duquel il avait guigné des rideaux verts, jaunis par le soleil. 11 lut sur la porte le mot Bureaux gravé en noir sur un ovale en cuivre ; il frappa , personne ne répondit, il entra.

Ces lieux plus que modestes sentaient la misère, l'avarice ou la négligence. Aucun employé ne se montra derrière les grillages enlailon, placés à hauteur (l'appui , sur des boiseries de bois blanc non peint qui servaient d'enceinte à des tables à pupitres en bois noirci. Ces bureaux déserts étaient encombre 's d'écriloires où l'encre moisissait , de plumes fainéantes, ébourifTées comme des gamins, tortilh'^es en forme de soleils, enfin couverts de cartons, Ao pa|»iers. d'imjnimés, sans doute inutiles. Le parquet du passage ressemblait à celui d'un parloir- de pension, tant il était râp^*, sale et humide.

La seconde pièce dont la porte était ornée dti mot Caisse, sharmoniait avec les sinistres facéties du premier bureau. Dans un coin il se trou-

ivait une grande cage en bois de chêne treillissée en fil de cuivre, à chatière mobile , gai-nie d'une énorme malle enfer, sans doute abandonnée aux cal)rioles des rats. Cette cage dont la porte était ouverte contenait encore un bureau fantastique , <'t son fauteuil ignoble, troué, vert, à fond percé, dont le crin s'échappait comme la perruque du patron, en mille tire -bouchons égrillards. Cette pièce, évidennnenl autrefois le salon de l'apparteinent avant qu'il ne fût converti en bureau de banque, offrait pour principal ornement une table ronde revêtue d'un tapis en drap vert autour de hi(pielle étaient de vieilles chaises en maroquin noir et à clous dédorés. La cheminée assez élégante ne présentait ii l'œil aucune des morsures noh'cs que laisse le feu, sa plaque était propre: sa glace injuriée par les mouches avait un air mesquhi, d'accord avec une pendule en bois d'acajou qui provenait de la venle de quelque vieux notaire et qui ennuyait le regard, attristé déjà })ar deux Handjeaux sans l)ougies et par une poussière ghiante. Lepa})icr de tenture, gris de souris, bordé

(le rose, annonçait par des teintes fuligineuses le séjour malsain de quelques fumeurs. Rien ne ressemblait davantage au salon banal que les journaux appellent Cabinet de rédaction. Birotteau <?raignant d'être indiscret , frappa trois coups brefs k la porte opposée à celle par laquelle il était entré.

— Entrez ! cjia Clapai-on dont la tonalité révéla la distance à parcoui'ir par sa voix et le vide de cette pièce où le parfumeur entendait péîilli^' \m bon feu , mais où le banquier n'était pas.

Cette chambi'e lui servait en eflet de cabinet particulier. Entre la fastueuse audience de Kellei- <*t la singulière insouciance de ce prétendu giand industriel j il y avait toute la différence qui existe entre Versailles cl le vigbam ^W\\\ clief de Hurons. Le parfumeur avait vu les grandeurs de la Banque, il allait en voii- les gamineries.

Couché daîis une sorte de bouge oblong prati- •<pié derrière le cabinet, <'t où lesli;ibiludes d'une vie insoucieuse avaieni nbîiiK', jx'idn , confondu, décbiré, encrasse'', luini' loiit un niobiliei- à peu

près élégant dans sa primcnr, Claparon, à l'aspect (le Birotteau, s'enveloppa dans sa robe de chambre crasseuse , déposa sa pipe , et tira les rideaux du lit avec une rapidité qui fit suspecter ses mœurs par l'innocent parfumeur.

— Asseyez-vous, monsieur, dit le banquier ([ui, sans perruque et la tète enveloppée dans un foulard mis de travers, lui parut d'autant plus hideux, que la robe de chambre en s'entr'ouvrant laissa voir une espèce de maillot en laine blanche tricotée, rendue brune par un usage infiniment tiop prolongé.

— Voulez- vous dt-jeùner avec moi? dit Clap;iron en se rappelant le bal du parfumeur et voulant autant prendre sa revanche que lui donner le change par cette invitation.

En effet une table ronde d(''barrassée à la hâle de ses papiers , accusait une jolie compagnie en montrant un pâté , des huîtres, du vin blanc , cl les vulgaires rognons sautés au vin de Champagne liges dans leur sauce. Devant le foyer à charbon de terre, le feu dorait une omelette aux trufl'es. Enfin (hn\

couverts et leurs serviettes tachées par le souper de la veille eussent éclairé l'innocence la plus pure. En homme qui se croyait habile, Claparon insista malgré les refus de Birotteau.

— Je devais avoir quelqu'un , mais ce quelqu'un sest dégagé, s'écria le malin voyageur de manière à se faire entendre d'une personne qui se serait ensevelie dans ses couvertures.

— Monsieur, dit Birotteau , je viens uniquement pour affaire, et je ne vous tiendrai pas "oijg-temps.

— Je suis accablé, répondit Claparon en montrant un secrétaire à cylindre et des tables encoml»rées de papiers , on ne me laisse pas un pauvre moment à moi. Je ne reçois que le samedi, mais |.K)ur vous , cher Monsieur , on y est toujours ! Je ne trouve plus le temps d'aimer ni de flâner, je perds le sentiment des affain s qui pour reprendre son \if veut une oisiveté savamment calculée. On ne m{' voit plus sur les boulevarts occupé à ne rien faire. Bah ! les affaires m'ennuient, je ne veux phi> ejtnendre parler d'aflnires . j'ai assez d'argent vi

n'aurai jamais assez de bonheur. Ma foi ! je veux voyager, voir l'Italie! Oh chère Itahe! belle encore au milieu de ses revers, adorable terre où je ren^ contrerai sans doute une Italienne molle et majestueuse ! j'ai toujours aimé les Italiennes î Avez- vous eu jamais une Italienne à vous? Nonî Eh bien, venez avec moi en Italie. Nous verrons Venise , séjour des doges, et bien mal tombée aux mains inintelligentes de rAutriche où les ai'ls sont inconnus ! Bah ! laissons les affaires , les canaux , les emprunts et les gouvernemens tranquilles. Je suis bon prince quand j'ai le gousset gai'ni. Tonnerre ! voyageons !

— Un seul mot , monsieur, et je vous laisse , dit Birotteau. Vous avez passé mes effets à monsiem' Bidault.

— Vous voulez dire Gigonnet ? ce bon petit Gigoimet, un homme coulant... comme un nœud.

— Oui, reprit César. .le voudrais... et en ceci je compte sur votre honneur et votre délicatesse...

Claparon s'inclina.

— Je voudrais pouvoir renouveler...

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< — Impossible, répondit nettement le banquier, je ne suis pas seul dans l'affaire. ?»tous sommes réunis en conseil, une vraie chambre, mais oii l'on s'entend comme des larrons en foire. Ah! diable! nous délibérons. Les terrains de la Madty leine ne sont rien , nous opérons ailleurs. Eh ! cher monsieur, si nous ne nous étions pas engag(^ dans les Champs-Elysées, autour de la Bourse qui va s'achever, dans le quartier Saint-Lazare et à Tivoli, nous ne serions pas, comme dit le gros Xucingen, dans les iffires. Qu'est-ce que c'est donc que la Madeleine? une petite souillon d'à tlaire. Prr! nous ne carottons pas, mon brave, ditil en IVaiJpant sur le ventre de Birotteau et lui serrant la taille. Allons, voyons, déjeunez, nous causerons, reprit Claparon alin dadoucir son rel'tui.

— Volonlieis , dit Birotteau. Tant pis pour le <onvive, pensa le parfumeur en méditant degriseï; (llaparon alin d'apprendre quels étaient ses vrais associés dans une affaire qui conmienvait à lui [laraître l(''iiébr<nise.

— Bon ! \ i'.toire! cria le banquier.

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A ce cri parut une vraie Léonarde attiffée comme une marchande de poisson.

— Dites à mes commis que je n'y suis pom* per- ^<:)nne , pas même pour Nucingen , les Keller, Gigonnet et autres !

— Il n'y a que monsieur Lempereur de venu.

— Il recevra le beau monde , dit Claparon. Le tretin ne passera pas la première pièce < On dira que je médite un coup... de vin de Champagne !

Griser un ancien commis-voyageur est la chose impossible. César avait pris la verve du mauvais ton pour les symptômes de l'ivresse , quand il essaya de confesser son associé.

— Cet infâme Roguinest toujours avec vous, dil lîirotteau , ne devriez- vous pas lui écrire d'aider nn ami qu'il a compromis, un homme avec lequel il dînait tous les dimanches et qu'il connaît depuis

vmgt ans.

— Roguin ?. . . nn sot! sa part est à nous. Ne soyez \v\s triste , mon brave , tout ira bien. Payez le quinze , et la première fois nous verrons! Quand je dis nous verrons... (un verre de vin!) les fonds

no DU' com.eriH'jii <'U aiirunc maniera. AI»', nmumj^' f)aieriez pas, je ne vous feiais point la mine, je ne suis dans l'aflaire que pour une commission sur les achats et pour un droit sur les réalisations, moyennant quoi je manœuvre les propriétaires. . . Comprenez-vous? vous avez des associés solides , aussi n'ai-je pas peur, mon cher monsieur. Aujourd'hui les affaires se divisent ! Une aftaire exige le concours de tant de capacités ! Mettez-vous avec nous dans les affaires? ne carottez pas avec des pots de pommade et des peignes? mauvais ! mauvais ! Tondez le public, entrez dans la Spéculation.

— La spéculation? <Jil le parlunieur , quel est c+* commerce?

— C'est le commerce abstrait, reprit (^laparon, un commerce (jiii rcîstera secret pendant une dizaine encoie, au dire <Ui grand Nucingen. le Napoléon de la linance , cl par lequel un honmie embrasse les lolaliU fs des chiffres, écréme les revenus avant cpi'ils n'existent, une conception gigantesque , une fa(;on de mettre lespérance en

fi. M

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ooupes réglées, onlin une nouvelle Cabale! Nous ne sommes encore que dix ou douze tètes fortes initiées aux secrets cabalistiques de ces magnifiques combinaisons.

Césai" ouvrait les yeux et les oreilles en essayant de comprendre cette phraséologie composite.

— Ecoutez , dit Claparon après une pause , de semblal)les coups veulent des hommes. Il y a l'homme à idées qui n'a pas le sou , comme tous les gens à idées. Ces gens là ils pensent et dépensent, sans faire attention à rien. Figurez-vous un cochon qui vague dans un bois de truffes? Il est suivi par un gaillard, l'homme d'argent qui attend le grognement excité par la trouvaille. Quand l'homme à idées a rencontré quelque bonne affaire, Thommo d'argent lui donne alors une ta|>e sur l'épaule et lui dit : Qu'est-ce que c'est que ça ? Vous vous mettez dans la gueule d'un four, mon bravf , vous n'avez pas les reins assez l'orts , voilà mille francs et laissez-moi mettre en scène <?ette affaire. Bon! le banquier convoque les indusl riels. Mes amis , à l'ouvrapie! des prospectus! la Magu e à mort! On

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prend des cors de chasse et on crie à son de trompe : Cent mille francs pour cinq sous ! ou cinq sous pom' cent mille francs, des mines d'or, des mines de charbon. Enfin tout Vesbrouffe du commerce. On achète l'avis des hommes de science ou d'art, la parade se déploie, le public entre, il en a pour son ai'gent, la recette est dans nos mains. Le cochon est chambré sous son toit avec des pommes de terre, et les autres se chafriolent dans les billets de banque. Voilà , mon cher monsieur. Entrez dans les aflaires? que voulez- vous être? cochon , dindon , paillasse ou millionnaire ? Réfléchissez à ceci : je vous ai fornnilé la théorie des emprunts modernes. Venez me voir, vous trouverez un bon garçon toujours jovial. La jovialiU' française, grave «^t légèjo, ne nuit pas aux alfaires, au contraire;! Des honnncs (pii trinquent sont bien faits pour se comprendre ! Allons ! encore un verre de vin de Champagne ? il est soigné, allez! Ce vin est envoyé par un homme d'Epernay même, à qui j'en ai bien fait vendie, et

à bon prix. (Jetais dans les vins.) Il se montre

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vecomiaissaiii en se soilvienl do moi dans ma prospérité. C'est rare !

Birotteaii, surpris de l;i légèreté, de Tinsoiiciance de cet homme à qui tout le monde accordait une profondeur étonnante et de la capacité , n'osait plus le questionner. Dans l'excitation brouillonne où l'avait mis le vin de Champagne, il se souvint cependant d'un nom qu'avait prononcé du Tillet . et demanda quel était et où demeurait monsieur Gobseck . banquier.

— En seriez-vous là ! mon cher monsieur? dit Ciaparon. Gobseck est banquier comme le bourreau de Paris est médecin! Son premier mot est le cinquante pour cent, et il est de l'école d'Harpagon : il tient à votre disposition des serins des Canaries, des boas empaillés, des fourrures en été, du nankin en hiver. Et quelles valeurs lui présenteriez- vous ? Pour prendre votre papier nu, il faudrait lui déposer votre femme, votre fille , votre parapluie , tout jusqu'à votre carton à chapeau , vos socques ( vous donnez dans le socque articulé), pelles, pincettes et le bois que

VOUS avez dans vos caves! Gobseck! Gobseck! vertu du malheur ! qui vous a indiqué cette guillotine linancière ?

— M. du Tillet.

— Ah ! le drôle , je le reconnais ! Nous avons été jadis amis . et si nous nous sommes brouillés à ne pas nous saluer , croyez que ma répulsion est fondée ? il ma laissé lire au fond de son ame de boue, et il m'a mis mal à mon aise pendant le beau bal que vous nous avez donné, je ne puis pas le sentir avec sou air fat. Parce (]u"il a une notaresse ! .l'a mai des marquises, moi! quand je voudrai, et il n'îuua jamais mon estime, lui ! Ah! mon estime est une princesse qui ne le gênera jamais dans son lit! Vous vies un farceui', dites donc, gros père, nous ilancpier un bal et vingt jours après demander des rmouvellemens ! Vous pouvez aller très loin ! Faisons des affaires ensemble? Vous avez une réputation, clic me servira ! Oh! du Tillet était né* pour comprendre Gobseck. Du Tillet finira mal sur la place! On l<* dit h* ntoi/fnit (!<• (■<• \i('(i\ Giibseck! !l nr jtcui |>as aller

loin. Gobseck est dans le coin de sa toile, tapi comme une vieille araignée qui a fait le tour du monde. Tôt ou tard! zut! l'usurier le sifflera comme moi ce verre de vin! Tant mieux! Du Tillet m'a joué un tour!... oh! un tour pendable !

x\pi'ès une heure et demie employée à des bavardages qui n'avaient aucun sens, Birotteau voulut partir en voyant l'ancien commis-voyageur prêt à lui raconter l'aventure d'un représentant du peuple à Marseille, amoureux d'une actrice qui jouait le rôle de la belle Arsène et que le parterre royaliste sifflait.

— « 11 se lève, dit Claparon, et se dresse dans sa loge: Artè qui Va sihlée.,. eut... Si c'est oune femme , je ramprise, si c'est oune homme , nous se verrons y si c'est ni l'un ni l'autie, que le troun di Mou le cure !... Savez- vous comment a fini l'aventure ?

— Adieu, monsieur, dit Birotteau.

— Vous aurez à venir me voir, hii dit alors •Claparon. La première ])roche Cayron nous est

revenue avec protêt et je suis endosseur, j'ai remboursé. Je vais envoyer chez vous, car les affaires avant tout !

Birotteau se sentit atteint aussi avant dans le cœur par cette froide et grimacière obligeance que par la dureté de Keller et par la raillerie allemande de Nucingen. La familiarité de cet homme et ses grotesques confidences allumées par le vin de Champagne avaient flétri l'ame de l'honnête parfumeur qui crut sortir d'un mauvais lieu financier. 11 descendit l'escalier, se trouva dans les rues, sans savoir où il allait. 11 continua les boulevards , atteignit la rue Saint-Denis , se souvint de Molincux , et se dirigea vers la cour Batave. 11 monta l'escalier sale et tortueux que naguère il avait monté glorieux et fier , il se souvint de la mesquine apreté de Molincux, et frémit d'avoir à l'implorer. Comme lors de la première visite du parfumeur, le propriétaire était au coin de son feu, mais digérant son déjeuner : Birotteau lui formula sa demande.

— Kenouvelor un rlfet de douze cents J'rancs !

dit Molineux en exprimant une railleuse incrédulité. Vous n'en êtes pas là, monsieur. Si vous n'avez pas douze cents francs le quinze pour payer mon billet , vous renverrez donc ma quittance de loyer impayée? Ah! j'en serais fâché, je n'ai pas la moindre politesse en fait d'argent , mes loyers sont mes revenus. Sans cela avec quoi paierais-je ce que je dois? Un commerçant ne désapprouvera pas ce principe salutah-e. L'argent ne connaît personne, il n'a pas d'oreilles, l'argent! Tl n'a pas de cœur , l'argent ! L'hiver est rude ! voilà le bois renchéri. Si vous ne payez pas le quinze , le seize un petit commandement à midi. Bah! le bonhomme Mitral , votre huissier , est le mien , il vous enverra son commandement sous enveloppe avec tous les égards dus à votre haute position.

— Monsiem-, je n'ai jamais reçu d'assigualion pour mon compte, dit Biiotleau.

— Il y a conimcnceiuent à loiU, (li( >?Mliiieiix. (>OnsU:'riH' |»:ir l;i ilnrc».'' 'In ^ icilSaid. i<' |':n)M -

CÉSAR BIROTTKAC. 169

nieui" fut abattu, car il entendit le glas <]c la faillite tinter à ses oreilles. Ciiaque tintement reveillait le souvenir des dires que sa jurisprudence impitoyable lui avait suggérés sur les faillis. Ses opinions se dessinaient en traits de feu sur la molle substance de son cerveau.

— A propos , dit Molineux , vous avez oublié de mettre sur vos effets valeur reçue en loyers, ce qui peut conserver nion privilège.

— Ma position me défend de rien faire au détriment de mes créanciers, dit le parfumeur hébété par la vue du précipice entr'ouvert.

— Bien, monsieur, très bien, je croyais avoir tout appris en matière de location avec messieurs les locataires. J'apprends par vous à ne jamais recevoir d'clïéls en paiement ! Ah ! je plaiderai , car voli'c l'éponse dit assez que vous manquerez à voire signatuio. T.'espèce intéresse tous les propriétaires de Pai'is.

îîirolleau sonil (l<''goût('' de h vie. Il csi dans la

!i;i(ii)e '!•' ces am/'S leiulivs ci llioilcs (le se irbmrj'

h un premiei' refus, de même qu'un premier succès les encourage. César n'espéra plus que dans le dé- Yoûment du petit Popinot auquel il pensa natm^ellement en se trouvant au marché des Innocens.

— Le pauvre enfant ! qui m'eût dit cela . quand il y a six semaines , aux Tuileries, je le lançais î

Il était envii'on quatre heures , moment où les magistrats quittent le palais. Par hasard, le juge d'instruction était venu voir son neveu. Ce juge, l'un des esprits les plus perspicaces en fait de morale, avait une seconde vue qui lui permettait de voir les intentions secrètes , de reconnaître le sens des actions humaines les plus indifférentes , les germes d'un crime , les racines d'un délit : il regarda Birotteau sans que Birotteau s'en doutât. Le parfumeiu* contrarié de trouver l'oncle auprès du neveu, lui parut gêné, préoccupé , pensif. Le petit Popinot toujours affaire , la plume à l'oreille , fut comme toujours à plat-ventre devant le père de sa Césarine. Les phrases banales dites i)ar César à son associé parurent au juge être les paiavents d'une demande

importante. Au lieu de partir , le rusé magistrat resta chez son neveu malgré son neveu, car il avait calculé que le parfumeur essaierait cle se débarrasser de lui en se retirant lui-même. Quand Birotteau partit, le juge s'en alla, mais il remarqua Birotteau flânant dans la partie de la rue des Cinq- Diamans qui mène à la rue Aubry-Boucher. Cette minime circonstance lui donna des soupçons sur les intentions de César, il sortit alors rue des Lombards, et quand il eut vu le parfumeur rentré chez Anselme, il y revint promptement.

— Mon cher Popinot, avait dit César à son associé, je viens te demander un service.

— Que faut-il faire? dit Popinot avec une généreuse ardeur.

— Pdi ! tu me sauves la vie, s'écria le bonhomme, heureux de cette chaleur de cœur qui scintillait au milieu des glaces où il voyageait depuis vingt-cinq jours.

— Il faudrait me régler cinquante mille francs en compte sur ma portion d<^ Ix'néhces, nous nous entendrions pour le [)aiemen(.

172 CÉSAK BIROTTEAL.

Popiiîot regarda tixement César, César baissa les yeux. En ce moment le juge reparut.

— Mon enfani... Aii ! pardon, monsieur Birotleau ! . . . Mon enfanl. j'ai ouijlié de te dire. . .

Et par le geste impérieux du magistrat, le juge attira son neveu dans la rue, et le l'orça quoiqu'en veste et tèle nue , ;» l'écouter en marchant vers la rue des Lombards.

— j\lon neveu . ton ancien patron pouiiait se Irouvei- dans des a(iair<is tellement embarrassées qu'il lui fallût eu venir à déposer son bilan. Avant d'aiTÎver lii, les lionnnes qui comptent quarante ans de probité , les honmies les plus vertueux , dans le désir de conserver leur honneur, imitent les joueurs les plus enragés, ils sont capables de tout : ils vendent leurs lenmies, trafiquent de leurs filles, compromettent leurs meilleurs amis, mettent en gage ce qui ne leur appartient pas, ils vont au jeu, deviennent comédiens, menteurs, ils savent pleurer. Enfin j'ai vu les choses les plus extraordinaires. Toimême as été t(''moin de In bonliomie de Roguin à ijiii I nu ;iiii;iil iloiiî!)' )(• bon l>i<'n s:mis ('onfession!

rÉSAH liiuûfiTAr. 173

Je n'appiiqiu' pns ces tonciusioiis rigoureuses à monsieur Birotteau, je le crois honnête : mais s'il te demandait de faire quoi que ce soit qui fût contraire aux lois du commerce, comme de souscrire des effets de complaisance et de te lancer dans un système de circulations, qui, selon moi, estun commencement de friponnerie , c'est la fausse monnaie du papier, promets-moi de ne rien signer sans me consulter. Songe que si tu aimes sa fdle , il ne faut pas, dans l'intérêt même de ta passion, détruire ton avenir. Si M . Birotteau doit tomber, à quoi bon lomber vous deux? N'est-ce pas vous priver l'un et l'autre de toutes les chances de ta maison de commerce, qui sera son refuge?

— Merci mon oncle , à bon entendeur salut , dit Popinot à ((ui la navrante exclamation de son patron fut alors expliquée.

Le marchand d'huiles lines et autres rentra dans sa sombre l)ouli([ue, le front soucieux. Birotteau remarqua ce changement.

— Faites-moi l'honneui' de monler dans ma chambre, nous y serons mieux qu'ici. Les commis,

quoique très occupés, pourraient nous entendre. Birotteau suivit Popniot , en proie à des anxiéte's de condamné entre la cassation de son arrêt ou le rejet de son pourvoi.

— Mon cher bienfaiteur, dit Anselme , vous ne doutez pas de mon dévoûment , il est aveugle. Permettez-moi seulement de vous demander si cette somme vous sauve entièrement, si ce n'est pas seulement un retard à quelque catastrophe , et alors à quoi bon m'entraîner? Il vous faut des billets à quatre-vmgt-dix jours. Eh bien! dans trois mois, il me sera certes impossible de les payer.

Birotteau, pâle et solennel, se leva, regarda Popinot.

Popinot épouvanté s'écria : — Je les ferai si vous voulez !

— Ingrat ! dit le pai'fumeur qui usa le reste de ses forces pour jeter ce mot au front d'Anselme comme une marque d'infamie.

Birotteau marcha vers la porte et sortit. Popinot, revenu de la sensation que ce mot terri])lp produisit sur lui, se jeta dans l'escalier,

CÉSAR BIROTTEATT. 175

connu dans la rue , mais il ne trouva point le parfumeur ! L'amant de Césarine entendit toujours ce formidable arrêt , il eut constamment sous les yeux la figure décomposée du pauvre César, il vécut enfin, comme Hamlet, avec un épouvantable spectre à ses côtés.

CHÂPITPiR Xlfî.

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