‹ Histoire de la grandeur et la décadence de César BirotteauChapitre 15 sur 24 · LE DEPOT D IL\ BILAN · texte numérisé non relu

LE DEPOT D IL\ BILAN

r>ir(»ll«';ii( ioufn;i dutis les rues de ce (jiKirtirr «•omiiic un iioiniuc ivj'c. ('.('[icndanl il linit par se leouvei' sur l<'([ii;ii . le snl vil ri alla jusqu'à Sèvres, où il passa l;i iiiiil tliiis une auberge, iuseus»' de douleur.

Saieinme ellra^'c n'osa le faiie eljei'(li*'r mille

180 CÉSAPi BiaOTÎEAU.

part. Eli semblable occuiTeiice , une alarme impruileiîiment domiëe est fatale. La sage Constance .immola ses inquiétudes à la réputation commerciale ; elle atlendit pendant toute la no itj entremêlant ses prières aux alarmes. César était-il mort? Etait-il allé faire queïque course en deliors de Paris . à la piste d'un dernier espoir? Le lendemain matin, elle se conduisit comme si elle connaissait les raisons de cette absence ; mais elle manda son oncle

et le pria d'aller à la Morgue , en voyant qu à cinq heures Birotteau n'était pas revenu. Pendant ce temps, la courageuse créature était à son comptoir, sa fille brodait auprès d'elle. Toutes deux, le visage composé, ni Irisle ni souriant, répondaient au public.

Quand Pillerault rcvir/l , il revint accompagné de César. Au retour de la Bourse, il l'avait rencontré dans le Palais-Koyaî, hésitant ànïonter auj eu . Ce joui • était le qiuitorzé.Âdiner", César né put manger : son estomac , trop violemment contracté', 'rejetait les alimens. L' après-dîner fut encore horrible. Le négociant éprouva, pour la' cenlième^ fois , une de ces

, CÉSAR BiaOTTEA^. 1 SI

îiiTreuses alteriia'tives d'espî)!^ et felB/O^sespoii' qui, on faisaatmonter à l'âme toute la; gamme des seasations joyeuses et la précij)itanl; à la dernière des sensations de la dôuijem', usent cès>ri:atnres faibles. Der ville , avoué di?Birôïtieaii,r tint efc s'élança dans le salon spleiiclide où madameijCésar retenait de tout soii pouvoir, son pauvre- mari qui youlait aller se coucher. 'au cinquièE'e ' étage :« pour ne pas voir les monumens de, ma folie ! » diaait-il .

— Le procès est gagné, 'dit Der ville.' ., , , X ces mots ; la figuri^, crispe'e de .Gésar se détendit, mais sa joie^ èlfrayad' oncle Piilerault et Dei^ ville. Les femmes soi:tireht: épouvantées ^^ • i"- •" npleurer dans la chambre .de Cesarine.

•^ Je puis, c'^-"^"'"'^'^' ■:''■"•■■/'*'>":'*'! ''^ i.x..rn lueur.

. vjvj .SCx n..^ ^^ I i , ■ (1 m, V..JI j>.. 1...» . -11 iniL/l""

j(;tlent appel, la cour peut réformer le jugement , mais en un moÎM nous auroiis*.';î" ■'. »

— Un mois ! ; ,

. César tomba dans Uii .i^.M'i!i.ir..ic:iii.m vi- i^i iktsonne ne tenta de î * '•':•. Celte ('•-•' ■}o cala-

182 CÉSAR BIROÏTEAr.

lepsie retournée, pendant laquelle le corps viviiii fî souîïrait, tandis que les fonctions de l'intelligence étaient suspendues , ce répit donné par le hasard fut regardé comme un bienfait de Dieu pai- C.onstance, Césarine, Pilîerault et Derville, qui jugèrent bien. Birotteau [)Ut ainsi supporter les déchirantes émotions de la nuit. 11 était dans une !»ergère au coin de la cheminée, à l'autre se tenait sa femme (jui l'observait attentivement, un tloux sourire sur les lèvres, un de ces sourires qui prouvent que les femmes sont plus près que les hommes de la nature angélique , en ce qu'elles savent mêler une tendresse infinie à la plus eolière compassion , secret (pii n'appartient qu'aux anges aperçus dans quelques rêves providentiellement semés à de longs intervalles dans la vie humaine. Césarine assise sur un petit tabouret était aux pieds de sa mère , et frôlait de temps en temps avec sa chevelure les mains de son père en lui faisant une caresse où elle essayait de niellic les idées (pic dans ces ( rises la voix rend impoi-

lUJJCS.

CÉSAR BIROTlEAl'. 18,']

Assis dans son fauteuil comiiie le chancelier de 1 Hospital est dans le sien au jx^ristyle de la rhamtire des députés. Pi Hérault, ce philosophe prêt à lout, montrait suj- sa iiiiçure cette intelligence gradée au iront des sphinx égvpticris , el causait avec Oer ville h voix basse. Constance avait été d'avis de consulte! la vom'' dont la discrétion nt'lait pas à sus[>ecter: ayaiU son bilan écril dans sa Icte , elle avait exposé sa situation ;» I (neille de Derville. Après une conlérencc d'une heure environ , tenue sous les yeux du pailunieur lu'bété, l'avoue' hocha la tète en regardant Pilleraull.

— Madame, dit-il avec Ihoriible sang froid des gens d'affaires , il iaul dé[>oser. Kn supposant (pie, par luiarliiice (pielcoinpie , vous aiiivie/ n [)ayeidemain . vous devez solder au moins liois < cni mille francs, avant de pouvoiieuiprunleL- surlous vos terrains. A un passif de cin(| < eut cinc^umle n»ille francs , V(>us oj)[)Osez un actif très-beau . Irès-productif , mais non réalisable, vous su< coudK'rez dans un temps donn»'-. Mon avis est qu il

Ji!aiit mieux sauter pur la ienètrc que de se laisser j'ôiiler dans ies escaliers.

raiil't.

Bèrvir iduit par mai.] <î

par Pjlierauil.

— Pauvre père, dit Césarinc r a douc'.-

î lient pour mettre iv : ' ' su r le front de Cesa; • . Anselme n'a donc rien pu? e i-t-elle quand

son oncle et sa mère re vinrent .

— ..... : s'écria; César frappé, par ce nom daiis 1 ' • 'î endi'oit vivant de son souyenii', Ciomme une

t . ^:o de pin- M) s^oiit ]o' nmrîean va r5:'api!ei" sa

Depuis le;mou^ -^^ i ce mot l... - ... , . .oinme im anathême , le petit Popinot n'avait, pas eu un momeiït. de, sommeil, ni un instant de tranquillité. %e malheureux enfant maudissait sou ôiicle et i'a- \îait ^té trouver. Pour /aire capitjilér, cette vieille expérience judiciaire , il Avait déployé l'éloquence de l'amourj-^spérant séduire l'iiomnie sur ^[lû les

.CÉSAR BIROTTEAU. iSô

[taroies humaines glissaient comme l'eau siu' U!r; toile, un juge!

, — Gomiiiércialemenl pariant, lui- dit^il, l'usage; permet à l'ass iit de régler une cerîainti

soinme à l'associé commanditaire par anticipation sur les bénéilces , et notre société doit en réaliser. Tout examen fait de mes aiîaires, je me sens les reins assez forts pour payer quarante mille francs eii trois mois ! La probité de monsieur César permet de croire que ces quarante mille franco vont être employé3;à solder ses billets. Ainsi les créanciers, s'il y a'. faillite, n'auront aucun reproc' nous adresser ! D'âiiEeurs, mon oncle, j'aime mieux |ierdre quarante mille francs que de perdre Gésaline. Au moment où je parle, elle est sans dout<^ instruite de mon refus , et va me mésestimer. J'ai promis de donner mon sang pour mon bienfaiteur ! Je suis, dans le cas d'im jeune matelot qui doit som- I)r(T.en!tenant la main de .son capitaine, du soldat qui doit périr avec son général.

— Sois bon cœur , et mauvais négociani, lu n>' pcrdi-as pas mon esliiuc , dit. le juge i?n serrant l;r

iiiaiii de son neveu. J'ai beaucoup pensé à ceci, reprit-il, je sais que tu es amoureux fou de Césarine, je crois que tu peux satisfaire aux lois du cœur et aux lois du commerce.

— Ah ! mon oncle , si vous en avez trouvé le moyen vous me sauvez l'honneur.

— Avance à Birotleau cinquante mille francs en faisant un acte de léméré relatif à ses intérêts dans > otre huile, qui est devenue comme une propriété, je le rédigerai l'acte.

Anselme embi'assa son oncle , retourna chez lui. lit [îom- cinquante mille francs d'elfets , et courut de la rue des Cinq-Diamans à la place Vendôme , en sorte qu'au moment où Césarine , sa mère et leur oncle Pillerault regardaient le parfumeur, smp ris du ton sépulcral avec lequel il avait prononcé ce mot : Ingrat ! en réponse à la question de sa fille, la porte du salon s'ouvrit et Popinot parut.

— >Ion cher et bien aimé pali'on, dit-il en s' essuyant le front baigné de sueui- , voilà ce que vous m'avez demandé.

Il tendit les billets.

— Oui, j'ai bien étudié ma position, n'ayez aucune peur, je paierai, sauvez, sauvez votre honneur î

— J'étais bien sûre de lui , sécria Césarine en saisissant la main de Popinot et la serrant avec une force convulsive.

Madame César embrassa Popinot , le parfumeur se dressa comme un juste entendant la trompette du jugement dernier ; il sortait comme d'une tombe ! Puis, il avança la main p:n- un mouvemcnJ frénétique pour saisir les cinquante papiers timbrés.

— Un instant! dit le tenible oncle Pillerault en arrachant les billets de Popinot , im instant î

Les quatre personnages qui conq^osaient cette famille , César et sa femme , Césarine et Popinot , étourdis i)ar l'aclionde leur onde et par son accent le regardèrc^nt avec terreur déchirer les billets et les jeter dans le leii <pii les ( onsuuia , sans qu'aucun d'eux ne h's arrêtât au passage.

— Mon oncle !

— Mon oncle !

CESiR EÎROTTEAU.

— 31011 oncle !

— Monsieui- 1

Ce fiil quatre yoIx . quatre cœ^^r'^ '^n un seul, une effrayante «nanimité.

i L'oncle MHei'ault prit iè petit Popinot par 1 e cou , le serra sur son cœur et le baisa au front. .

— Tu es*^ digne tîé Fadoration de tous ceux qui ont du cœur ] lui dit-il. Si t\\ aimais ma lille , eiitelie un million , n' eusses-tu rien que i^a (il montra les cendres noires des effets) , si ellé't'ainKiîî,!Yous seriez mariés dans quinze jours. Ton patron y dit-il en désignant César , est fou ! Mon neveu , repHtiIe grave Pilleraùlt en s'àdressant au parfument*, moi; neveu', " plus jdiilusions ! On ' doit faire les affaires avec des* écus et non avec des sentimens. Ceci' est sublime..', mais inutile ! J'ai passé : deiix heures à la Bourse, tu n'as pas pour deux liàrds:de crédit, tout lé inonde parlait de ton désastre, de.renouvelleniens refusés , de tes tentatives ^ auprès : de plusieurs banquiers, de leurs refus, detesXolièsj six ('•tages montés pour aller trouver un propriétaire^ bavard comme une pie afin de renouveler douze

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cents francs , ton bal 'donné pour cacher ta gêne. On va jusqu'à dire que tu n'avais rien chez Roguin. Selon vos ennemis, Roguin est un prétexte. Un de mes amis \ chargé de îfèiU apprendra j^ esf venu conjirmer mes soupçons : chacun pressen'f l'émission «l'es eifets Popiilot; îui'as établi tout exprès pour en hiire une planche à billets. Enfin toutes les calomnies et les médisances que^ s'attire uii homme qui ^ eut monter un bâton de plus sur l'échelle sociale louîent à cette heure dans le commerce ! Tu aurais colporté vainement pendant huit jours les

< inquante billets de Popinot sur tous les comploirs ; lu aurais essuyé d'îmmilians refus : personne n'en voudrait : rien ne prouve le nom- !tre auquel tu les émets, ci l'on s'attend à te voir sacriHer ce pauvre enfant pour ton saint. Tu aurais d('ljuit son ci'édit en pure perte! Sais-tu ce <jue le pkis liardi des escompteurs te donnerait de

< (^s cinquante mille francs? Vingt mille! vingt mille, enîends-tu! En connuerce, il est des insîans (Hi il faut pouvoir se tenir devai\t le nionde • Mois jours iruns manger, connue si Ton avaii une

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indigestion , et le quatrième on est admis au gardemanger du crédit. Tu ne peux pas vivre ces trois jours; tout est là. Mon pauvre neveu, du courage y il faut déposer ton bilan. Yoici Popinot , me voilà, nous allons, aussitôt que tes commis couchés, travailler ensemble afm de t'éviter ces angoisses.

— Mon oncle , dit le parfumeur en joignant les jtiains.

— César, veux-tu donc arrivera un bilan houleux où il n'y ait pas d'actif? Ton intérêt chez Popinot te sauve l'honnein*.

César, éclairé par ce fatal et dernier jet de lujiiière, vit enfin l'alheuse vérité dans toute son «'tendue, il retomba sur sa bergère , de là sur ses genoux , sa raison s'égara, il redevint enfant. Sa tèmme le crut mourant , elle s'agenouilla pour le relever, mais elle s'unit à lui, quand elle lui vil joindre les mains, lever les yeux cl réciter a vc<> une componction résigui'C en présence de son oncle, de sa fdle el de Poi>inot la sul)lime prière des cathorujues.

CÉSAR BÎROTTEAU. 191

« Noire Père qui êtes aux deux, que voire nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre sainte volonté soit faite dans la terre comme dans le ciel, doxxez-nols >otre pain QUOTIDIEN, et pardonnez -nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! Ainsi soit-il! »

Des larmes vinrent aux yeux du stoïque Pillorault. Césarine accablée , on larmes , avait la tél<^ |K'iichée sur l'épaule de Popinol, pale et l'aidc <()inme une statue.

— Descendons, dit l'ancien négocianl au jeune liommc vu lui prenant le bras.

\ onze heures cl demie, ils laissèrent C^sai- :tiix soins de sa femme et de sa lille.

En ce moment Célesiiii , 1(^ premier commis, qui durant ce secret orai^c in.iil (lirii;(' l.i m.iisoii. iiioiUa <laus les a[)ji.'ii'(eiiiens el enlia :ui salon. Vax enlcndanl son pas, (]('sai-iiie eonriil lui ouvrirpour (piil ne vîl pas ral»a!leiiM'nl du maître.

— Parmi les leltres de ce soir, dit-il. il v en

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avait mie venue de Tours, donî l'adresse élail mal mise, ce qui a produit du retard. Je pense <ju'elle est du 'frère de "mciiaieur ; je ne lai pas ouverte.

— jlon père, cria Césanne, Une lettre de in on oncle de Touio.

— Ah î je suis sauvé! cria César .^' Mon frère! mon (Vère! dil-iî en baisant la ]exU\\

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