‹ Histoire de la grandeur et la décadence de César BirotteauChapitre 21 sur 24 · II · texte numérisé non relu

II

^#0 CÉSAK UIUOITFAP.

]a: (Muifcsseui al(a< lia le ruhaii rouge à la boiiiDuuièi <' (!'* l eiii[)l<>\(' qui se regarda pendant la snirre il vini^t reprises dans les gîaees du salon, en iiînuiîeslaui un jilaisir dnnl auraient ri des gens iliù se croient sn[>rrieuj's, el (jue ces bons bouru^t l'is iroiivaient naturel.

Le l(>n leinain Kiroîîeau , se rendit eliez niadanu* V.adou.

— Ali vousNoilii, bon sujet, dit-elle, je )ie \ .Us iT('.>ntîaissais pas, tant vous avez blanchi ! i>ft< udaut >ous ne [>àtisse/ (>as vous autres! vous ;î e-r des pla es , moi je me donne un mal de c\ûvn cuiiclî!' <|ni lourne une ni<xani«}ue , et cjui },;rj ifc le hapJènte.

-- Mais, juadauH*...

— H<' M' n'es! i>as un reproche, dil-elle, vou,s -.i ^'f. quittance.

— U' NJeiis \(»us annon<i*r que je vous paierai < lit / MaîlK' (".rodai , iiotaire, aujourd'hui, le reste <ie vîire ctt-ance el les inti-rèls...

— Ksi <•*• vrai ?

— S()\i.v' ciie.' \\\\ à i.tJize 1)eure> el denn**...

CÉSAR I{IKOTTEAt\ 291

— Ea voiKi de rhoiineui-, à la bonne mesure el Ir's qualn"MiQQ\\i\ dit-elle en atlmiranl avecnaïvelt* Birotteau. Tenez, nion eher monsieur, je fais de bonnes afl'a ires avec voire peut rouge, il <'st gentil, il me laisse gagner gios , saris chicaner les prix alin de ni'indenmiser , eh bien! je vous donnerai quittance, gardez voire argent, mon pauvn* vieux! La Madou s'allume , elle est jtiailleuse , [nais elle a de ça... ! dit-elle en se irappant les }»liis vohnuineux coussins de ( liair \i\e qui aienl vW comms aux halles.

— Jamais, dil Birotleau. la loi csl pr< Vise, je veux vous payer inlégralemenl.

— Alors, je ne me ferai pas priei- long-temps, lîit-elle. Va demain à la Halle , je cornerai votrt' homieui! Klle esl raie, la farce!

I.e bonhommr eut la nï«'m»* .mviu> (ht/, le p«'infje ««n bâliuiens. I(^ bmu-père d»; Croltal, mai> .n ('<(!( -s vaiianlrs. Il j>leuvail. (V-sar Liissa son pai-apluie dans un ( oin de la porte «'i lr ptinli-'enri<hi, voyant letui faire son rh<iuin danslabi^Ue

202 CÉSAR BirxOlTEAU.

salle à manger où il déjeûnait avec sa femme, ne lui pas tendre.

— Allons, que voulez-vous, mon pauvre père lUrotteau ! dit-il du ton dur que beaucoup de gens j>rennent pour parler à des mendians importuns.

— Monsieur , votre gendre ne vous a donc pas dit...

— Quoi ? reprit Lourdois impalientë , en croyant à quelque demande.

— De vous trouver chez lui ce matin, à onze heures et demie, pour me donner quittance du paiement intégral de votre créance...

— Ah! c'est difterent , asseyez- vous donc là, monsieur Birotteau , mangez donc un morceau aveiuious...

— Faites nous le plaisir de partager notre déjeuner, dit madame Lourdois.

— Ça va donc bien , lui demanda le gros Lourdois....

— Non, monsieur, il a fallu dc^euner tous les jrturs avec une nûlc à mon bureau }X)ur amasser

quelque argent, mais avec le temps, j'espère ré^JUrer les dommages fîiiis à mon prochain.

— Vraiment, dit le peintre en avalant une tartina chargée de pâté de foie gras, vous êtes nn hoîume d'honneur.

— Et que lait UKidanie Birotteau? dit niadamc Lourdois.

— Elle tient les livres et la caisse clioz monsieur Anselme Popinol.

— Pauvres sens ! dit madame i.ourdois à voix basse à son mari.

— Si vous aviez besoin de moi, mon cher monsieur Birolteau, venez me voir, dit Lourdois, je pourrais vous aider...

— J'ai besoin de vous à onze heures, monsienr. dit Birotteau qui se retira.

Ce premier rc-sullat donna du comagc au lailli. sans lui rendic le r<'|)Os. Le désir de i-econipu'i'ir Viionncui' agita d(''mcsur(''ment sa vie. H perdit entièrement la llcur (pii ch'corail soîi visage, ses yeux s'éleigniicnt et son visag<' se creusa. Quand d'ancieimes comiaissimces le ivnconliMicnt le ma-

294 CÉSAR BIRÙTTEAU.

lin il huit houres, ou le soir à quatre heures, allant à hi rue tle TOratoirt; ou on revenant, vêtu i\c la l'odingote qu'il avaiî au moment de sa chuti' rt qu'il ménageait connue un pauvre sous-lieutenant ménage son uniforme, les eheveux entièn^nient hlaucs, pâle, eraimir, quelques-uns larréraient malgré lui, car son œil (Hait alerte, il se «oulait le long des nnns à la façon des volein*s.

— On connaît votre conduite, mon ami , disaiton; fout le monde regrette la rigueur aA'ec laquelle vous vous «lailez vous-même, ainsi que voue fille et votre lemme.

— Prenez un peu })lus dr temps, disaient les autres, plaie d'aigent n'est pas mortelle !

— Non . mais bien la plaie de Tame ! répondit un jour à Matifat le pauvre César afl'aihli.

Au commencement de l'année 1822, le (anal Saint-Martin fut décidé. Les tenains situés dans le Faubourg du Tenqile arrivèrent à des prix fous. Le projet coujKi précisément en d(Mi\ la propriété d»* du Tillet, autielbis celle de (Y'sar Birolteau. î.» compagnie à qui fut concc'dé h' canal accéda à

un prix exorbitanl . si !«' ImiKiifiiT nni;v;ii! Hvff ^ son terrain <l;»ns nn î<m!I|)s <lnnin>. Te ]>;iil <• sisciUi pai' C('sa!' :j )^»|!!H()f , cnsprchail I ;«!V.sii<'. !, ' haiiquicr vint nio des (jnq-DiaiMans voii' !<* -h <;t^iiiste. Si Popinol f'iail inditVcrcnl à (iii Tiilcl . !• liancë de Cesarine poi'tail à ccl honnnr mu- haiiu' inslinotive. 11 ii^noF'ail le vol et les iisfànics nmibinaisons eoiumises par riieiuenv banquier, mais i?ne voix intérieure bii ei'iail : ('el iioinuie est un voleur impuni. Vopinot n'eut [)as l'ail la nx-inlic atVaire avec lui, sa pn''sen(<' bu rîail odif^isf, Fin ce ïnouM'Ut surtout . il voyaii lUi Tillet s^nriehir des deixMÙlles de sou ancien patron, r.sr les terrains de la Magdeleinc conuncncaient à s'clever il des prix (pii |>r(''sai»eaient les valc'us cnoibilantes au\(juelles ils alleipinircnt m lS-27, An^si quand le baucpiicr eut explicpie le luolil de s» visite , Pojinnol le r-cLiarda-t-il avec un»' indi;.;iiaîi(iu ronrontrj'c.

— Je Fie veu\ point vous l'efuseï' mon dîsi-;!»^nieut du bail, mais il me l'aiU soixante mi!l bancs, et je lU' raballrai pas un liard.

296 CKSAR BIROTTEAU.

— Soixante mille francs! s'écria duTilIet en faisant un monvenient de reliaite.

— J'ai encore quinze ans de Ijail , je dépenserai par an trois mille francs de plus pour me remplacer une fabrique. Ainsi soixante mille francs ou ne causons pas davantage, dit Popinot en rentrant dans sa baraque où le suivit du Tiîlet.

La discussion s'échaufta , le nom de Birolteau fut prononcé, madame César descendit et vit du Tillet pour la première fois depuis le fameux bal. Le banquier ne put î-etenir un mouvement de surprise à l'aspect des cbangemens qui sétaient op(''rés cliez soji ancienne patronne , et il baissa les yeux, etîrayé de son ouvrage.

— Monsieui" , dit Popinot ;i madame César . trouve de vos terrains trois cent mille francs, et il nous refuse soixante mille l'raïus diïidenmitépour notre bail...

— Ti'ois mille francs de rente ! dit du Tillet avec emphase.

— Trois mille francs! répt'la madame César d"n>i ton simple et pénétrant.

Du Tillet pùlit , Popiiiot regarda madame Birotleau. Il y eut un moment de silence profond qui rendit celle scène encore plus inexplicable pour Anselme.

— Signez-moi voire désistement (piejai rail[)réparer par Crottat , dit du ïillel en liianl un papier timbré de sa poche de coté , je vais vous donner un bon sur la Banque de soixante mille francs.

Popinot regarda madame César sans dissimuler son profond élonnemcnt; il croyait rêver. Pendant que du Tillet signait son bon sur ime table à pupitre élevé, Constance disparut et remonta dans l'entresol. Le droguiste et le banquier écliangèrent leurs papiers. Du Tillet soilit en saluant Popinot froidement.

— K.uliu, dans quelques mois , dit Po[)iiiot qui regarda du Tillet s'en aller rue des Lombards où son cabriolet ('tait arrêté, grâce à (clte singulière alfaiic , j'aurai ma (^icsaiiue. ^la pauvre petite; femme \u^ se brûlera ()lus le sang ;i travailler. Comment, un regard île madame Ci'sar asulîil Huy a-

:iOS C^:SAK BIKOTTEAU.

l-il entre elle et ce brigand! Ce qui vient de se passer est bien exli'aordinaire.

P<)[nnot envoya toucher le bon à la Banque et remonta pour parler à madame Birottean , il ne la trouva pas à la caisse ; elle était sans doute «hiîîssa chambre. Anselme et Constance vivaient comme vivent un gendre et une belle-mère quand un gendre et une belle-mère se conviennent ; il alla donc dans ra[>partement de madame César avec l'empi'essement naturel à un amoureux qui touche au bonheur. Le jeune négociant fut prodigieusement surpris de trouver sa future bellemère , auprès de laquelle il aiTiva par un saut de rhat , lisant une lettre de du Tillet, car Anselme I «'connut l'écriture de l'ancien premier commis de llirottrau. Une chandelle allumée, les rantômes nims et agih'S de letti'es brûlées sur le carreau lii'ent frissonner Popiiiot qui, doué d'une vue perçante, avait vu sans le vcudoir, celte phrase arj commencement de la leltre que tenait sa belle-mère :

Je ix)us adore! 71011s le sai^ez. amjo de ma vie, et pourquoi. . .

— Quel îisœinlanl avez- vous doiio sur du Tillot , pour lui fairo ronclure une semblable aflairc? tiit-il «Ml riant de ce rire convulsif que doinie un mauvais soupçon léprimé.

— Ne jiarlons [tas de «ela , dit-elle en laissant voir un horrible trouble.

— Oui, répondit Popinot lonl <'tom'di . parlons de la lin de vos peines?

Anselme pirouetta sur ses talons (;t alla jouer du tambour avec ses doigts sur les vitres , en regardant dans la cour.

— Hé bien ! se dit-il , quand elle aurait aim('' du Tillet , pourquoi ne me conduirais-je pas en bonn«'"te honune?

— Qu'ave/ - vous ukhi «'ufanl , «lit la [lanvu' IV'uime.

— I^e «ompte «les lu-iK-liccs nets d«i l'iluib' (](■pbali(pie se mont«' à deux rvu\ «juarantc-dcux mill«' IVancs , la moilic' est «l('«i'nl \iiigt-un . dit brustpM'incnt Popinot. Si je r('lian< lie d<' «cttc somme les (piarantc-buil njllc francs domi<-s à

M. Birolleau , il en reste soixante treize mille, qui joints aux soixante mille lianes de la cession du bail , vous donnent cent trente-trois mille francs. Madame César écoutait dans des anxiétés de bonheur qui la (ireul palpiter si violemment que Popinot entendait les battemens du cœur.

— Eh bien! j'ai toujours considéré M. Birotteau comme mon associé , reprit-il , nous pouvons disposer de celle somme pour rembourser ses créanciers ! En l'ajoutant à celle de vingt-huit mille francs de vos économies placés par notre oncle Pillerault , nous avons cent soixante et un mille francs. Noire oncle ne nous refusera pas quittance de ses vingt-cinq mille ('ran( s. Aucune puissance humaine ne peut m'empêcher de prcler à mon l)eau-père . en compte sin- les bénéfices de Tannée prochaine, la somme nécessaire ii paiiaire les sommes dues à ses créanciers... El... il... sera... n'habilité.

— Réhabilité! cria madame (^('sar en pliant le genou sur sa chaise , joignant les mains et récitant une ])ii(''rc après avoir lâché la lettre. Cher Anselme, dit-elle après s'être signée! cher enfant!

CÉSAR BIROTÏEAU. 301

Elle le prit par la lète , le baisa au front , le serra sur son cœur et lit mille folies.

— (^ësarine est bien à loi ! ma (ille sera donc bien heureuse. Elle sortira de celte maison où elle se tue.

— Par amour, dit Popinot.

— Oui , i'(''pondit la mère en souriant.

— Écoutez un petit secret, dit Popinol , en regardant la fatale lettre du coin de l'œil. .Fai obligé Céleslin pour lui faciliter l'acquisition de vos fonds, mais j'ai mis une condition à mon obligeance. Votre appartement est connue vous l'avez laissé. J'avais une idée, mais j(» ne ci'oyais pas que le hasard nous favoriserail autant. Ci'lestin est tenu de vous soiis-louer votre ancien appai'lcinent , où il n'a pas mis le pied et dont tous les meubles seront h vous. Je me suis réserv('' le second (Mage |X)ur y demeurer avec (y'sariiie , qui ne vons(piiîlera jamais. Après mon mariage, je viendrai i)ass<'r ici l(^s matinées de huit heures du malin à six heures du soir. Pour vous Fcfain' iiiw fortune,

302 CÉSAK «IHOi-rEAU.

j'achetei'ai oeiil mille fmucs rinlérèl dv mousimir (Icsar, et vous aurez ainsi avec sa plac<*. hnil mille livres de renies. ?Se serez-vous pas lieur use?

— Ne me dites i>lus rieji , Anselme, ou je de- \iens folle.

j/ang('lique altitude de madame Césaj- et la pureté de ses yeux, riunoccnee de sou l»eau frimi démentaient si magnifiquement les nulle idées qui tournoyaient dans la cervelle de lamoujeux, (juil voulut en finir avec les monstruosités de sa pensée, lue laule était inconciliable avec la vie et les senlimens de la nièce de Pilleraull.

— Ma chère mère adorée, dit Anselme, il vieol dVnlrer malgré moi dans mou ame ur» liorrihle soupçon. Si vous voulez me voir heureux vous le détruirez à Tinstant même.

Popinoi avait avauciî la main sur la lelliv et s en était emparé.

— Sans le vouloir , reprit-il ellrayé de la îerreui' qui se }»eignaiit stn- le visage de Consfaurr,

CÉSAR BIROÏTEAU. 30:»

j'ai lu les premiers mots de cette lettre écrite pai- (ju ïillet. Ces mots coïncident si singulièrement avec l'elTet que vous venez de produire en déterminant la prompte adhésion de cet lionnne à mes folles exigences, que tout homme lexpliquerail «umme le démon me l'explique malgré m«»i. Yotje regard, trois mots ont sulïi —

— !S*acheve/ pas , dit madaiiu' César en reprersant la lellre et la hrùlaut aux yeux 'lAnselnK'. Vton enlanl, je suis bien cnielleuieiit [Kuiic <l une faute minimeî StKhez doue loiu , AuM'hur; je nt' ^îî'ux pas que le soupçon ins[ irt' par hi mèic nui?»»' à ia tille, et d'ailleurs je puis parler sans avoir l\ rougir, je dirais à mon mari ce que je vais vou^ avouer. Du Tilld a voulu me sé-duire, mon iniui i'nX aussitôt prévenu , du Tillel dut être renvoyé. 1 î' \(nii où umii mai'i allail l«' remercier, il nous a pcjs Irois mille IVancsI

— Haï j<' m en doutais, dit Popinol en «'\prii.ix^uit Joule sa haine par son aeeeul.

— Anselme, votre avenir, \olie hoidieui' e\i- 'pt «il cette confidence: elle \hM m<ujrir dans v<^ln*

(^œur comme elle était morte dans le mien et dans <'elui de César. Vous devez vous souvenir de la gronde de mon mari à propos d'une ei-reur de <\iisse. Monsieur Birotteau, pour éviter un procès et ne pas perdre cet lionnne, remit sans doute à la caisse trois mille francs , le prix de ce châle de cachemire que je n'ai eu que trois ans après! Voilà mon exclamation expliquée. Hélas! mon cher enfant , je vous avouerai mon enfantillage : du Tillet m'avait écrit trois lettres d'amour, qui le peignaient si bien , dit-elle en soupirant et baissant les yeux, que je les avais gardées... comme curiosité. Je ne les ai pas relues plus d'une fois. Mais enfin il était imprudent de les conserver. En revoyant du Tillet, j'y ai songé , je suis montée chez moi pour les brûler, et je regardais la dernière quand vous êtes entré... Voilà tout, mon ami.

Anselme mit un genou en terre et baisa la main de madame César avec une admirable expression qui leur fit venir des larmes aux yeux à l'un et à l'autre. Sa belle-mère le releva, lui ten- <lit les bras et le serra sur son cœur.

Ce jour devait être un jour de joie pour César, ].e secrétaire particulier du roi, monsieur de Yandenesse vint au buieau lui parler. Ils sortirent ensemble dans la petite cour de la Caisse d'aniorlissement.

— Monsieur Biiotteau, dit le vicomte de Vandenesse , vos ellbrls pour payer vos créanciers ont, ♦'té par hasard connus du roi. Sa majestc". louchée d'une conduilc aussi rare, et sachant (jue. par humilité, vous ne porliez pas l'ordre de la L^'içiond'Honncur. m'envoie vous ordonner d'en reprendre rinsigne. Puis, voulant vous aider à rcm[)lir vos obligations , elle ma chargé de vous l'émettre cette somme, prise sur sa cassette parliculière, en regrettant de ne pouvoir faire davantage. \)ur ceci demeure dans un j)rorond secret , c;ar Sa Majesté trouv<' p«'U royale la divulgation ofïicielle de ses bonnes œuvres, dit le secrétaire intime en remettant six milh* trancs à rem[)loyé (jui, peiidani ce discours, ('prouvail des sensations inexprimables.

Birotteau n'eut sur les lèvres que des mots sims II. 20

suite à balbutier. Yaudeuesse le salua de la main eu souiianl. Le seuîiuient qui animait le pauvre César est si rai"e dans Paris, que sa yie avait insensiblement excité l'admiration. Joseph Lebas, le juge Popinot . Tabbé Loraux, Ragon, le chef de la maison importante où était Gésarine , Lourdois, mousieur de La Billardiëre en avaient parlé. L'opinion, déjii changée à son égard, le portait aux nues.

— Voilà un homme d'honneur! Ce mot avaii déjii plusieurs fois retenti à loreille de Césajquand il passait dans la rue, et lui donnait Témotion qu'éprouve un auteur en entendant dire : /c roilà ! Cette belle renommée assassinait du Tillel . Quand César eut les billets de banque envoyés par le souverain, sa première pensée fut de les eniploy<'r à payer son ancien conunis. Le bonhomme alla rue de la Chaussée-d'Antin , en sort*' <pie quand le banquier rentra chez lui de ses courses , il s'y rencontra ilans l'escalier avec son ancien patron.

— Eh bien ! mon pauvre Birotleau ? dit-il d*im Mv |tat^4in.

— Pauvre I s'écria fièrement le (lël)ileiii'. Je suis hien riche. Je poserai ma lèle sur mon oreiller ce soir avec la satisfaction de savoir que je vous ai payé.

(^elte parole pleine de probité fut une rapide lorîure pour du Tillet , car malgré lestime géiiéi'ale il ne s'estimait i)as lui-même , une voix inextinguible lui criait : — (]et îionune est sublime !

— Me payer, quelles alï'aires faites-vous donc ?

Sûr que du Tillet n'irait jkjs ié}>éler sa contidence, l'ancien parfumeur dit : — Je ne rei)rendrai jamais les alVaires, monsieur. Aucune puissance * humaine ne pouvait prévoir ce qui m'est arrivé, t^i sait si je ne serais j)as victime d'un autre Roîïuin. Mais ma conduite ael('' mise sous les y<'ux du loi , son cœur a daigni' compatir à mes efîorts, cl il les a encouFagc's en m" envoyant à l'instant im»sonune assez im[>ortant(' qui...

— Vous faut-il mic quittance? dit du Tillel Cfi rinterronq)ant , [layiv.-vons...

— Intégi-nlemcnt , et même les intérêts , aussi

•i08 CÉSAR BIROTÏEAU.

vais-je vous prier de venir h deux pas d'ici , chez monsieur Crottat.

— Par devant notaire !

— Mais, monsieur, dit (^ésar. il ne m'est pas dé* fendu de songer à la réhabililaiion . et les actes auihenliques sont alors irrécusables...

— Allons, dit du Tillet (jui sortit avec Birotteau , allons, il n'y a qu'un pas. Mais où prenezvous tant d'argent? re})rit-il.

— Je ne le prends pas, dit César, je le gagne à la sueur de mon Iront.

— Vous devez une somme énoiine à la maison (^laparon.

— Hélas ! oui, là est ma plus forte dette, je <Tois bien mourir ;i la {leine.

— Vous ne pouifcz jamais le payer, ditdure- >nent du Tillet.

— Il a raison , pensa Birolleau.

Le pauvre bontmc, en revenant chez lui, passa par la rue Sainl-Honor<'', j)ar mcgarde, car il fais.iif. toujours un (i<''loui' pour ne pas voii" sa boulique ni les fenèircs df.' son apitarlcmenl. Vmw !a pre-

CÉSAR BIROTTE\r. 309

raière fois , depuis sa chiile , il revit cette maison où dix-huit ans de bonheur avaient ('lé eflacés par les angoisses de troisi mois.

— J'avais bien cru finir là mes jours, se dit-il en hâtant le pas. Il avait aperçu la nouvelle enseigne:

CÉLESTIX CREYEL,

SICCESSEIR U ŒSAK UIROTTFAl.

— Jai la I>erlne. N'est-ce pas, Césarine? s'écria-t-il en s<ï souvenant d'avoir apeiçu une tête blonde à la lcn<"*(rt'.

Il vit elîeclivemenl sa lille, sa lenime et IV>j)inol. I^s amoureux savaient <|ne lîirotlean ne passait jamais devant son ani ieinie maison. Incapables d imaL»iner c<.' (|ui lui ai rivait, ils elaieiil venus prendre cpielipics luian^eniens relatifs ii la fête qu'ils jnc'dilaienl dedoiuier à (lésai-, dette bizarre apparition <-iniina si \iveiiienl l>ii'olteau , (pi'il n.'sla plante sur ses jambes.

310 CÉSAR BIROTTEAC.

— Yoilîi M. Biroîteaii qui regarde son ancienne ►maison , dit M. Molineux au marchand établi en

l'ace de la Reine des Roses.

— Pauvre lionmie ! dit l'ancien voisin du parl'uineur, il a donné là l'un des plus beaux bals... Il y avait deux cents voitures.

— J'y étais ! Il a l'ait faillite trois mois après, dit Molineux , j'ai été syndic.

Birotteau se sauva , les jambes tremblantes , et accourut chez son oncle Pillerault.

Pillerault , instruit de ce qui s'était passé nie des Cinq - Diamans , pensait que son neveu soutiendrait dilïicilement le choc d'une joie aussi grande que celle causée par sa réhabilitation . car il était le témoin journalier des vicissitudes morales de ce pauvre homme, toujouis en présence de ses inlîexibles doctrines irlalives aux taillis, et dont toutes les forces étaient (»mploy(Vs à toute heure, f/honneur était pour Ci'sar un !nort (pii pouvait avoir son jour de Pâques. Cet espoir rcudail sa doulciu' iricessanunenl active»

Pillerault pril sur lui de préparer son Uiiveu. Quand Biiotteau rentra che/ son oncle, il le trouva pensant aux moyens d'arriver à son but. Aussi la joie avec laquelle l'employé raconta le lémoignage «l'intérêt que le roi lui avait donné parut-elle de bon augure à Pillerault , et l'étonnement d'avoir vu Césarine à la Reine des Roses fut-il une excellente entrée en matière.

— Eh bien! César, dit Pillerault, sais-tu d'où <;ela vient? De l'impatience qu'a Popinot d'épouser (>ésarine. Il n'y tient plus, et ne doit pas, pour tes exagérations depi'obiti', laisser passer sa jeunesse :« manger du pain sec à la fiunée d'un bon dîner. Popinot veut te donner les londs nécessaires au [)aiement intégral de tes créanciers. . .

— Il achète sa femme! (Ht lîirotleau.

— !N'est-C(; pas honoral>l<' de iaire réliabiliter son beau-père ?

— Mais il y aurait lieu à contestati!)U. ITailleurs...

' — D'ailleurs, dit lOncle, rn jouant l;i(<»ièi(', tu

312 CÉSAR birotteat:.

peux avoir le droit de tiniinoler , mais lu ne saurais immoler la fille.

Il s'engagea la plus vive discussion , que Pillelault cchaulîail à dessein.

— Eh ! si Popinot ne le prêtait rien , s'écria Pillerault, s*il t'avait considéré connue son associé , s'il avait regardé le prix donné à tes créanciers pour la part dans l'Huile comme une avance de bénéfices , afin de ne pas te dépouiller. ..

— J'aurais l'air d'avoir, de concert avec lui , trompé mes créanciers.

Pilleraull feignit de se laisser battre par cette raison. Il connaissait assez le cœur humain pour savoir que durant la nuit le digne homme se querellerait avec lui-même sur ce point; et celte discussion intérieure raccoutumerait à l'idée de sa réhal>ilitalion.

— Mais pourquoi , dit-il en dînant, ma femme et ma fille étaient-elles dans mon ancien ai)partemenl?

— Anselme veut le louer pour s'y loger avec

Césarine. Ta IVinme est de son parti. Sans t'en rien dire , ils onl (Hé taire publier les bans , afin (le te foreer ii eonsentir. Popinot dit qnil aura moins de nK'rile à épouser Cësarine après ta réhabilitation. Tu prends les six mille iranes du roi , tu ne veux ricMi aeeepler de tes parens! Moi, je puis bien te donner cpiitlanee de ce qui me revient , me refuserais-lu ?

— Non , dit César, mais cela ne ni'enipè('b(n\ail pas d'é'conomiser j»our vous payer, mali^re la quittanee.

— Subtilité que tout cela , dil Pillerault, et suites choses «le |)robi(«'' je dois élic cru. Quelle bêtise as-lu <lite tout ii llieui-e? Auras-tu ti'ouipé tes tréanciers quand tu lesauias tous [)ayés?

Kn ce iiionicut (V'sai" cxnuiiua Pillerault , et Pillerault lut é-mii de \oir. ajuès trois années, nu plein soui'irc aiiimei' [>oni- l:i [iremicre les traits altristt'S de sou j)auvre ik'Vcu.

— ("est Mai, dit-il. ils seraient jia\es! Mais c'est Ycudi-e uia lille I

314 «:ÉSAR BIROTTEAU.

— El je veux être achetée, nia Césariiie en apparaissant avec Popinot .

Les deux amans avaient entendu ces <lerniers mots en entrant sur la pointe du pied dans 1 antichambre du petit appartement de leur oncle. Madame Birolteau les suivait. Tous trois avaient couru en voilure chez les créanciers qui restaient à payer pour les convoquer le soir chez Alexandre Crottat, où se préparaient les quittances. La puissante logique de lamoureux Popinot triompha des scrupules de César, qui persistait à se dire débiteur, à |>rétendre qu'il fraudait la loi par une novalion. Il fit céder les recherches de sa «onscience l\ un cri de Popinot,

— Vous voulez donc tuer votre lill<» I

— Tuer ma lille ! dit César hébété.

— Eh bien! dit Popinot, j'ai le droit de vous faire une donation entre vifs de la somme que consriencieusement je rrois être à vous chez moi. Vte refuseriez-vous ?

— Non . dit O'sar.

r.ÈSAK BIROTTEAU. 315

— Eh bien ! allons che/ Vlexamhv Crollal ce soir aliii ([u'il n'y ait plus à revenir là dessus, nous y (Iccidcro.-îS en nirun' temps notr<' eonlral d«' mariage.

CHAPITKK XVI.

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