UN VRAI PHILOSOPHE
wm (SMi© (ssïiiîsgf î
Cluii(l('-.los('i>li IMlleraull , aiUrd'uis iiiai( iiaiid (juinraillicr à rcnsciyiUMlcIadllorhe-trOr, ('lail niic (le CCS j>hysi(ni(niii(*s belles eu ce qircllcssonl : ( o^;- Imncel luauirs, iiilcllii:;eiiceet cœiirJani»amM'i pciis('e, loul s'hannoiiiail cm lui. Seul cl iini(|uc |)arcnl <!(.' madame Jjiiolleaii, IMlleraull avail coik t'iiir»'
toutes ses affections sur elle et sur Césarine , apiès avoir perdu dans le cours de sa carrière comniei merciale sa fennne et son fils , puis un enfant adoptif , le fils de sa cuisinière. Ces pertes ciuelles l'avaient jeté dans un stoïcisme chrétien, belle doctrine qui animait sa vie et colorait ses derniers jours d'une teinte à la fois chaude et froide comme celle dont sont dorés les couchers du soleil en hiver.
Sa tête maigre et creusée, d'un ton sévère, où l'ocre et le bistre étaient harmonieusement fondus , ofTrait une frappante analogie avec celle que les peintres doimenl au Temps ; mais en le vulgarisant, les habitudes de la vie commerciale avaient amoindri chez lui le caractère monumental et rébarbatif exagéré par les peinties , les statuaii'es et les fondeurs de pendides. De taille moyenne, Pillerault était plutôt trapu que gras, la nature l'avait taillé pour le travail et la longévité, sa < airure accusait une forte charpente , car il était d'un tempérament sec , sans émotion d'épiderme, mais non pas insciisiblc. Pillcraidl peu (K'inuJis-
CÉSAR BIROTÏEAU. 207
tratif ainsi que l'indiquaient son attitude cahne €tsa figure arrêtée, avait une sensibilité tout inté-rieure, sans phrase ni emphase. Son œil à prunelle verte mélangée de points noirs était remarquable par une inaltérable lucidité. Son front ridé par des lignes droites et jauni par le temps, était petit, serré , dur, couvert par des cheveux d'un gris argenté , teims courts et comme feutrés. Sa bouche fine annonçait la prudence et non l'avarice. La vivacité de l'œil révélait une vie contenue. Enfin la probité, le sentiment du devoir, une modestie vraie lui faisaient conmie une auréole en donnant à s;i figure le relief dune belle santé.
Pendant soixante ans , il avait mené la vie dure et sobre d'un travailleur acharné. Son histoire ressemblait à celle de César, moins les circonstances heureuses. 11 avait été conmiis jusqu'à trente-deux ans, ses fonds étaient engageas dans son commerce; au moment où (]ésar employait ses écouomies eu rentes; enfin il avait subi le maxinnnn, ses pioches, etsesfers avaient <''((' niis(Mi i'(''([uisiti(>ii. Sun car.-Htèresageel iMJservi'', sa pii'Noyanee el sa i('lle\inii
luathématique avaient agi sur sa manière de IraraiHer. La plupart de ses affaires s'étaient conclues sur parole , et il avait rarement eu des difficultés. Observateui* comme tous les gens méditatifs, il étudiait les gens en les laissant causer ; il refusait alors souvent des marchés avantageux pris par ses voisins qui plus tard s'en repentaient en se disant <[ue Pillerault flairait les fripons; il préférait 1^ gains minimes et sûrs à ces coups audacieux ([ui mettaient en question de grosses sommes. Il tenait les plaques de cheminée, les grils, les chenets grossiers, les chaudrons en fonte ou en Icr, les houes et les fournitures de paysan. Cette [iartie assez ingrate exigeait un travail mécanique' excessif. Le gain n'était pas en raison du labeur^ il y avait peu de bénéfice sur ces matières lourdes , difficiles à remuer, à emmagasiner. Aussi avait-il cloué bien des caisses, fait bien des eniloHages, déballé, reçu bien des voitures. Aucune foilune Ji'était ni plus n(jblement gagnée , ni [dus légitime , ni i)lus honorable que la sieime. 11 n'avait jamais surfait , ni jamais couru après les alfaiies. Dans
les derniers jours , on le voyait fumant sa pipe •levant sa porte, regardant les passans et voyant iravailler ses commis. En ÏHW, époque à laquelle il se retira, sa fortune consistait d'abord en soixantedix mille francs qu'il plaça sur le grand-livre, et dont il eut cinq mille et quelques cents francs de rente ; puis en quarant(^ mille francs payables en cinq ans sans intérêt, le prix de son fonds, vendu à l'un de ses commis. Pendant trenîe-trois ans, en faisani .junuellement pour cent mille francs dalfaires. il avait gagné sept pour cent de celte sonmie, el sa vie en absorbai! cin(i. Tel fut son bilan.
S(»s voisins, peu envi(.'ux de cette médiocrit(' . louaient sa sagesse sans la comprendre. Au coin de la rue de la Monnaie et de la rue Saint-Honore se trouve le caf(n)avid, où quelques vieux négocions allaient comme Pillerault piendre leui- café le soir. \Ài , parfois radojjliou du fils de sa (misinière avail é{(» le sujet d(! (piehpies plaisanteries, de celles <pi'on adresse à un hou une respecte'. » ar il inspirait une estime respectueuse, sans l'avoir clier- ( iM'e, la sic )ie lui sulTisait. Aussi , quand il i)ei'cHi
no CÉSAR BIROTTEAU.
1 e }>auvre jeune homme, y eut-il plus de deux t+'iitspersomies au convoi, qui allèrent jusqu'au rimetière. En ce temps, il fut héroïque. Sa douleui* j on tenue conmie celle de tous les honmies forts sans faste, augmenta la sympathie du quartier |H»ur ce brave homme , mot prononcé pour Piller:tnh avec un accent qui en étendait le sens vi 1%'imoljlissait.
La sobriété de Claude Pillerault devenue habiilude , ne put se plier aux plaisirs d'une vie oisive , ijuand, au sortir du commerce, il rentra dans ce repos qui all'aisse tant le bourgeois parisien ; il ciMitinua son genre d'existence, et anima sa vieillisse par ses convictions politiques qui , disonsle , étaient celles de l'extrême gauche. Pilleraull iqppartenait ii cette jiartie ouvrière îigrégée pailu révolution ;» la bourgeoisie. J^a s(nd(* tache de son caractère cHait riin|>ortance ipiil atlachaii à sa conquête : il tenait à ses droits, à la libert«'. ^<u\ fruits de la révolution : il croyait son ais;mce et sa consistance politique compromises par les jésuites dont les libéraux annonçaient le secret pou-
voir, menacées par les idées que le Constiliitionnel prêtait à Monsieur. Il était d'ailleurs conséquent avec sa vie, avec ses idées; il n'y avîiit rien d'étroii dans sa politique, il n'injuriait point ses adversaires, il avait peur des courtisans, il croyait aux vertus républicaines : il imaginait Manuel pur de tout excès, le général Foy grand homme, Casimir Périer sans ambition, Lafayette un prophète politique, Courier bo»} honnne. Il avait enfin de nobles chimères. Ce beau vieillaid vivait de la vie de famille, il allait (liez les Hagon et chez sa nièce, chez le juge Popinot , chez ,lose[>h Lebas et clicz les Malifal. Personnellemeni <:}uinze cents francs iaisaient raison de tous ses besoins. Quant au reste de ses revenus, il l'employaii à de bonnes œuvres, en pi-ésens à sa petite nièce; il donnait h dîner quatre fois par an à ses amis cJiez Roland , rue du Hasard, et les menait au spectacle. Il jouait le rôle de ces vieux gai'çons sur qui les fennnes mariées tirent des lettres de change à vue pour leurs fantaisies : une partie di' lampagne, l'Opéra, les montagnes Beaujon. Pill»^rault élail alors heureux du plaisir qu'il donnait, iJ
jouissait dans le cœur des autres. Après avoir - vendu son fonds, il n'avait pas voulu quitter le quartier où étaient ses habitudes /et il avait priï>" rue des Bourdonnais un petit appartement de trois |)ièces au <iuatrième dans une vieille maison.
De même que les mœurs de Molineux se peignaient dans son étrange mobilier, de même la vie pure et simple de Pillerault était révélée par les dispositions intérieures de son appartement composé d'une antichambre , ("un salon et d'une chambre. \ux dimensions prci. , c'était la cellule du charireux. L'anlichambrL^ au cari-eau rouge et frotté n'avait qu'une fenêtre ornée de rideaux en percale à bordures ronges, des chaises d'acajou garnies de basane rouge et de clous dorés ; les murs étaient tendus d'un papier vert améj'icain et décorés (hi Semient des Américains, (hi porliait de Ronapaile en premier consul , et de la bataille d'Auslerlitz. Le salon , sans doute arrangé par le tapissier, avait un meid^le jauîie à rosaces, un lapis, la içarniture de cheminée en bronze sans dorures , lin devant de chemini'-e peint, une console avec un
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vase à fleurs sous verre, une table ronde à tapis sur laquelle était un porte-liqueurs. Le neuf de cett<* pièce annonçait assez un sacrifice fait aux usages du monde par le vieux quincaillier qui recevait rarement. Dans sa chambre, simple comme celle d'un religieux ou d'un vieux soldat , les deux hommes qui apprécient le mieux la vie , un crucifix à bénitier placé dans son alcôve frap[)ait les regards. Cette profession de foi chez un républicain stoïque émouvait profondé'uient. Une vieille femme venait faire son ménage , mais son respect pour les femmes était si grand qu'il ne lui laissait pas cirer ses souliers, nettoyés par abonnement avec un décrotteur.
Son costume était simple et invariable. 11 portail habituellement une redingote et un pantalon d<' (h'ap bleu , un gilet de rouennerie , une cra, vate blanche, et des souliers très couverts; les jouis fériés, il mettait un habit à boutons de métal. Ses habitudes "pour son lever, son déjeuner, ses sorties, son dîner, ses soirées et son retour au logis étaient marquées au coin de la plus
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stricte exactitude, car la j'(''gularité des mœurs fait la I«)iigue vie et la santé. ïl n'était jamais • fuestion de politique entre César, les Ragon , l'abbé Loraux et lui , car les gens de celle société se connaissaient trop pour en venir à des attaques suj' le terrain du prosélylisjiie. Comme son neveu et comme les Ragon, il avait une grande con- (iance en Roi^uin. Pour lui. le notaire de Paris était I oujoui's un elrc vénéral)îe , une image vivante delà {•robité. Dans radaire des t<n'rains , PillerauU s'était livré à un contre-examen <|ue moîivaient la Juudiesse de César et le courage avec lequel il avait ciunbatlu l<'s pressentimens de sa leinme.
Le par-fumeur monta les soixante-dix-huilmar- < fies qui menaient à la pelile porle l)rune de l'apf)artement de son oncle , en pensant que ce vieillard devait être bien verl pour toujours les monter sans se plaindr'c. Il trouva la redingote et le pantalon f'iendus sur h; porle-manteau placé à l'extérieui- ; iiiadauK' Vaillant les brossait et frottait pendant «jue ce vrai j)liilosoplie enveloppi'' dans une redin- 'ji,*Ao en molleton gris d('jeunait au coin de son feu,
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fil lisant les do'bats parlementaires dans le (>>/•<titutiomel ou Journal du Commerce.
Mon oncle, dit ('.ésar, laiïaire est faite . <*!>
va dresser les actes. Si vous aviez cependant qiM l- (fues craintes ou des regrets , il est encore tenjj^ de rompre.
— Pourquoi romprais-je ? l'afTaire est bonne , mais longue à réaliser, comme toutes les aft'aires sûres. Mes cinquante mille francs sont à la Banque, j'ai touché hier les derniers cinq mille fran. .s de mon fonds. Quant aisx Ragon ils y mettent touu-. leur fortune.
— Eh bien , comment vivent-ils ?
— Enlin, sois Irampiille, ils vivent.
— M(m oncle , je vous entends , dit Birotteau n ivement énm et serrant les mains du vieillard austère.
— Comment se fera lalVaire? dit brusqufUj-Mi Pillcrault.
— J'y serai pour trois imilièmes , vous «'t les f!:i g(mpour un huitième ; jt^ vouscrt'dilcrai sur uw-
216 CÉSAR BIROTTEAir.
livres, jusqu'à ce qu'on ait décidé la question des ' actes notariés.
— Bon ! Mon garçon tu es donc bien riche . {>our jeter là trois cent mille francs ? Il me semble que tu hasardes beaucoup en dehors de ton «ommerce, n'en soufTiira-t-il pas? Enfin cela te regarde ! Si tu éprouvais un échec , voilà les rentes à quatre-vingts, je pourrais vendre deux mille IVancs de mes consolidés. Prends-y garde, mon garçon! Si tu avais recours à nioi, ce serait la fortune de ta fille à laquelle lu toucherais là.
— Mon oncle ! comme vous dites simplement les plus belles choses ! vous me remuez le cœur...
— Le général Foy me le renmait bien autrement lout-à-l'heure! Enfin, va, conclus: les terrains lie s'envoleront pas, ils seront à nous pour moitié; quand il faudrait attendre six ans, nous aurons toujours ({uelques intérêts, il y a des chaniK'rs qui donnent des loyers. On ne peut donc rien pfrdre. 11 n'y a qu'une chance, encore est-elle impossible! Roguin n'emportera pas nos fonds...
CÉSAR BIROTTEAL. 217
— Ma femme me le disait pourtant cette nuit . elle le craint.
— Roguin empoiter nos fonds, dit Pilleraull en liant, etpom^quoi?
— Il a , dit-elle, trop de sentiment dans le nez . et comme tous les honnnes qui ne peuvent pas avoir de femmes, il est enragé pour...
Après avoir laissé échapper un sourire dincrédulilé, Pillerault alla déchirei- d'un livret un pelil [)apier, écrivit la somme, et signa.
— Tiens , voilà sur la Banque un bon de cenJ mille francs pour Ragon et poui; moi. Ces pauvres i;('îis ont pourtant vendu à ton mauvais drôle de <lu Tillct leurs quinze actions dans les mines de VNoi'tschin pour conipléter la somme. De braves j;cnsdansla peine, cela sern* le cunn-. Et des gens si dignes, si nobles, la Heur de la vieille bourgeoisie cnliu. Leur frère Popinot le juge n'en sail jien , ils se cachent de lui pour ne pas l'empêcher de se livjci' à sa bienfaisauce. Des gens qui ont travailK', connue moi, pcudant trenle ans!
— Dieu veuille donc (pic l'Huile Comagènc réus-
sisse ! s'écria Birotteau, j'en serai doublement heureux ! Adieu . mon oncle , vous viendrez dîner dimanche avec lesRagon, Roguin et M. Claparon, ( ar nous signerons tous après-demain, c'est demain Acndredi, je ne veux faire d'af...
— Tu donnes donc dans ces superstitions-là ?
— Mon oncle , je ne croirai jamais que le jour où le fils de Dieu fut mis à mort par les hommes est un jour heureux. !0n interrompt bien toutes les affaires pour le 21 janvier.
— A dimanche, dit brusquement Pillerauh.
— Sans ses opinions politiques, se dit Birotteau en redescendant l'escalier, je ne sais pas s'il aurait son pareil ici-bas, mon oncle. Qu'est-ce que hii fait la politique? il serait si bien en n'y songeant pas du tout. Son entêtement prouve qu'il n'y a pas d'homme parfait.
— Déjà trois heures! dit César en entrant c\w/. \n\.
— Monsieui- . vous {>renez (vs valeurs-là? lui demanda Céleslin en montrant les broches du uiarchand de parapluies.
CÉSAR BIROTTEÀU. 2i!>
— Oui, à six, sans commission.
— Ma femme , apprête tout pour ma toilette , je vais chez M. Vauquelin , tu sais pourquoi. Une cravate blanche surtout.
Birolteau donna (pudiques ordres à ses commis, il ne vit pasPopinot, devina que son futur associé s'lia])illail, et remonta promptement dans sa chambre où il trouva la vierge de Dresde ma- L!:nifi(juement encadrée, selon ses ordres.
— Eh bien! c'est gentil , dil-il à sa fille.
— Mais , papa , dis donc que c'est beau ; sans quoi l'on se moquerait de toi!
— Voyez-vous cette fille qui gronde son père. Eb bien, [tour mon i-oûf j'aime autant Iléro etL(\mi\n\ La Vierge est un sujet religieux qui peut aller dans une chapelle ; mais Héio (M Léandre!... je la- <hèterai, car le flacon d'huile m'a donné des idées...
— Mais [>apa , je no le compi'cnds pas...
— Virginie, mi (iacre! ci'ia (V'sar «limr voix rrtenlissante (piand il eut fait sa barbe et ([iic l«limide l*opinol p:»ntt en Iraîiiaiil le jiied ;i caiisc tie Césarine.
L'amoureux ne s'était pas encore aperçu que son infirmité n'existait plus pour sa maîtresse. Délicieuse preuve d'amour que les gens à qui le hasard inflige un vice corporel quelconque peuvent seuls recueillir.
— Monsieur, dit-il, la presse pourra manœuvrei- demain.
— Eh bien ! qu'as-tu , Popinot ? demanda César « n voyant rougir Anselme.
— Monsieur, c'est le bonheur d'avoir trouvé une boutique, arrière-boutique, cuisine et des chambres au-dessus et des magasins pour douze cents francs par an , rue des Cinq-Diamans.
— Il faut obtenir un bail de dix-huit ans , dil Birotteau. Mais allons chez M. Yauquelin , nous causerons en roule.
César et Popinot montèrent en fiacre aux yeux dos commis étonnés de ces exorbitantes toilettes t't d'une voiture anormale, ignorans qu'ils étaient des grandes choses méditées par le maître de la Heine des Roses.
CÉSAR BIROTTEAU. 22t
— Nous allons donc savoir la vérilé sur les noisettes , se dit le parfumeur.
' — Des noisettes? dit Popinot.
— Tu as mon secret, Popinot, dit le parfumeur , j'ai lâché le mot noisette ! Tout est là ! L'huile de noisette est la seule qui ait de l'action sur les cheveux , aucime maison de parfumerie n'y a pensé. En voyant la gravure d'Héro et de Léandre, je me suis dit: Si les anciens usaient faut d'huile i)Our leurs cheveux, ils avaient un« raison quelconque , car les anciens sont les anciens! malgré les prétentions des modernes, jt» suis de l'avis de Boileau sur les anciens, .le suis j>arli de là pour arriver à l'huile de noisette.^ grâce au petit P)ianchon, l'élève en médecine. Ion parent; il nùi dit (ju'à l'école ses camarades cmployaienl riuiile de noisette pour activer ht croissanci' de leurs moustaches et favoris. 11 ne nous manque plus que la sanction de l'illustre >I. Vau- «pielin. éclairés par lui , nous ne tromperons pas le puMic. Tout à l'heure j'étais à la Halle, chez un^ marchande de noisettes, pour avoir la matière pre-
rnière, dans un instant je serai chez l'un des plus grands savans de France pour en tirer la ♦piintessence. Les proverbes ne sont pas sots ! les extrêmes se touchent. Vois, mon garçon! le commerce est l'intermédiaire des productions végétales et de la science. Angélique Madou récolte, mon- >jieur Yauquelin extrait , et nous vendons une essence ! Les noisettes valent dix sous la livre , monsiem* Yauquelin va centupler leur valeur , et nous rendions service peut-être à l'humanité, car si la vanité cause de grands tom-meris à l'homme , Mil bon cosmétique est un bienfait.
La religieuse admiration avec laquelle Popiuoi ^'coûtait le père de sa Césarine stimula l'éloquencr de Birotteau, qui se permit les phrases les plus sauvages qu'un bourgeois j)uisse inventer.
— Sois respectueux, Anselme, dit-il en entrait! dans la rue où demeurait Yauquelin, nous allons j)énétrer dans le sanctuaire de la science. Mets la Yierge en évidence, sans affectation , dans la salle à manger, sur une chaise. Pourvu que \e ne m'entortille pas dans ce que je veux dire ! s'»'*-
CÉSAR BIROTTEAL'. 22o
cria naïvement Birotteau. Popinot! cet houmir jue fait une impression chimique, sa voix nw chauffe les entrailles et me cause même une lëgèrr coHque. Il est mon bienfaiteur, et dans quelques iïislans, Anselme, il sera le tien.
Os paroles donnèrent froid à Popinot, qui posa ses pieds comme s'il eût marché sm* des œufs. é( regarda d'un air inquiet les murailles. M. Vautpielin était dans son cabinet, on hii annonça Birulteaii. L'académicien savait le parfumeur adjoint an maire et très en faveiu , il le reçut.
— Vous ne m'oubhez donc pas dans vos grandeurs? dit le savant, mais de chimiste à parfumeui, il n \ a que la main.
— IhUas! Monsieur, de votre génie à la sinq^liciltd un bon homme comme moi, il y a l'immensité! ,\r voiis dois ce que vous appelez mes grandeurs, «l ne roul)lierai ni dans ce monde, ni dans l'autre.
— Oh! dans l'autre, dit-on, nous serons tou*^ ♦'gaux , les rois et les savetiers.
— C'est-;i-dire les rois et les savetiers qui se seront saintement conduits, dit Birotteau.
22i CÉSAR BÎROTTEAU.
— C'est votre fils , dit Vanqueliii on regardaiH le petit Popinot hébété do no rion voir d'extraoïdinaire dans le cabinet oïi il croyait trouver des' monstruosités, de gigantesques machines, des métaux volans, dos substances animées.
— Non , Monsieur , mais un jeune homme que j'aime et qui vient imploi'or une bonté égale à votre (aient , elle est infinie. Nous venons vous consulter une seconde fois, à seize ans do distance, sur luio matière importante, et sur laquelle je suisignornm connue un parfumeur.
— Voyons, qu'est-ce ?
— Je sais que les cheveux occupent vos veilles , ('( que vous vous livrez à leur analyse. Pondanl ((ue vous y pensiez pour la gloire, j'y ponsars |)0ur le commerce.
— Cher monsieur Rirotteau, que voulez-vous <l(^ moi? l'analyse dos cheveux.
Il prit un petit papier.
— Je vais lire à l'Académie des sciences un mrmoire sur ce sujet. Les cheveux sont formés d'niio ([uantité assez gran<le do mucus, d'une petitequau-
CFSAK BIROTTEAL. 225
(itedhuile blanche, de beaucoup d huile noire verdàti'e, de 1er, de quelques atomes d oxide de manganèse, de phosphate de chaux, dune très petite <juantilé de carbonate de chaux, de silice et de beaucoup de soutre. Les ditiëientes proportions de ces matières font les dilîérentes couleuis des cheveux. Ainsi les rouges ont l'caucoup plus d'huile noire verdàtre que les autres.
César et Popinol. ouvraient des yeux d'une grandeur risible.
— Neuf choses ! s écria Hirotteau. Comment !il se trouve dans un cheveu des métaux et des huiles? il faut que ce soit vous, un honune que je vénère, qui me le dise pour que je le croie. Est-ce extraordinaire! Dieu est grand, monsieur \ auquelin.
— Le cheveu est produit par un organe folliculaire , reprit le grand chimiste , une espèce de poche ouverte à ses deux extrémités; par l'une elle tient à des nerfs et ii des vaisseaux, par l'autre sort le chev(.'u. Selon <|uel(pies uns de nos savans coufrères, <'t [)ai'mi eux M. de Hiainville. le cheveu
serait une partie morte expulsée de cette jXKhe i. 15
226 «JÉSAR BlROTTEAt.
OU cryple que remplit une uialiëie pulpeuse.
— C'est comme qui dirait de la sueur en bâton, s érria Popinol . à qui le parfumeur donna un petit coup de pied diuis le taloiu
Vauquelin souiit à l'idée de Popinol.
— 11 a des moyens , n'est-ce pas? dit alors Césaien regardant Popinol. Mais, monsieur, si les cheveux sont morts-nés , il est impossible de les faire vivre, nous sonunes perdus! le prospectus est absurde, vous ne savez pas connne le public est di'ôle, Oïl ne peut pas venir lui dire...
— Qu'il a un fumier sur la tète , dit Popinot voulant encore faire rire Vauquelin.
— Des ratacombes aériennes, lui répondit le «hiniistc en continujuit la plaisanleiie.
— Ï'A mes noisettes qui sont achetées! s écria BiioLteau , sensible à la perle conmierciale. Mais pourquoi vend-t-on des?...
— Jiassurez-vous, dit Vauquelin en souriant, je vois qu'il s'agit de quelque secret pour empêcher les cheveux de tomber ou de blanchir, Ecoutez ,
ii.^Al{ BIKOITEAI. 2^7
voilà iiiuu opinion sur la înalièix* apits» louï> ma^ travaux.
PopiiiOt dressa les oreilles eoinnie tui lièvje eiliayë.
— La (iecoloralion <le cette substance nioile ou vive est , selon moi , produite par l'interruption de la sécrétion des niatièies colorantes . ce qui expliquerait connnenl dans les climats Iroids le poil des animaux à belles fourrures pâlit et blanchit pendant l'hivei'.
— lleni! Pojùnol!
— Il est évident, repiit Vauquelin. que I alléialion des chevelures est due ii deschangemens subits dans la tempéralnrc amhianlc..
— Aml>i;ml('. l'opiiK»! ! iciicii^I retiens! tria (lesar.
— Oui,dit Vauipielin, au IVoid «il diaud alternatil's, ou à des phénomènes intérieurs qui produiseut le même ellet. Ainsi probablement les mii^raines et les afleclions céplialalgi(pii's absorbent, dissipent ou dé'placciit les lluides générateurs. L'inléiieur
228 CÉSAR «IROTTEAU.
rf'iîuj'de les médecins. Quant iiTexiérieui'. arrivent vos rosmé tiques.
— Eh bien . Monsieur, dit Biroileau, vous nie r'endez la vie. .l'ai songé à vendre de l huile de noisette, en pensaiU que les anciens faisaient nsage d Ijuile pour leurs cheveux, et les anciens sont les anciens, je suis de lavis de Boileau. Pourquoi les alhlèles oignaient-ils. . .
— L'huile d'ohve vaut l'huile de noisette, dit Vauquelin qui n'écoutait j)as Birotteau. Toute huile est bonne pour prései'vei' le bulbe des ini- (»ressions nuisibles au\ substances qu'il contient en travail , nous dirions en dissolution , s'il s'agissait de chimie. Peut-être avez-vous raison? l'huile de noisette possède, ma dit Dnpuylren, un slunulanl. .!<' chercherai à connaîUe les dilïérences qui existent entre les huiles de faine, de colzii , d'olive, de noix . etc.
— Je n<' nie suis donc pas ironqu'! dit Hii'Otteau Iriomphalernent . je nie suis l'cMicontrc- avec un L^rau»! honunr. .Ma<assai- csl enfoncé! Macassar. iuoMsicui\ <'SMui < osin<'tiqiie donn<' . <'csi-à-dire
vendu et vendu cher, pour in ire pousser les cheveux .
— Cher monsieur Birotteau , dit Vauquelin , il n'est pas venu deux onces d" huile de Macassar en Europe! 1/ huile de Macassar n"a pas la moindre action sur les cheveux, mais les Malaises l'achètent au poids de l'or à cause de son inlluence conservatrice sui' les cheveux , sans savoir que l'huile de baleine est tout aussi bonne. Aucune puissance ni chimique, ni divine —
— Oh divine î ne dites pas cela . monsieur Vauquelin.
— Mais, cher monsieur, la pi'emière loi que Dieu suive est d'être conséqueni avec lui-même: sans unili'j pas de puissance...
— Ah , vn connue ça!
— Aucune puissance ne peul donc faire |X>usser de cheveux à des chauves, de même que vous ne teindrez jamais sans dauj^'er les cheveux rouges ou blancs; mais en vantant l'emploi de l'huile, v<»us iM' commettrez au( une erreur, aucun men-
230 rÉS\R BIROTTEAr.
songo , ot je penso «jup ceux qui son sorvironi pouironl conserver leurs cheveux.
— Croyez-vous que l' Acadéniie royale des sciences voudrait approuver. . .
— Oh! il n'y a pas là la moindre de'couverte, dit Yauquelin. D'ailleurs, les charlatans ont tant abusé du nom de l'Académie que vous n'en seriez pas plus avancé. Ma conscience se reiuse à regarder l'huile de noisette comme un prodige.
— Quelle serait la meilleure manière de l'extraire ? par la décoction ou par la pression , dil Bii'otteau.
— Par la pression enlie deux plaques chaudes . r huile sera plus abondante; mais obtenue par la pression entre deux placjues froides, elle sera de meilleure qualité. Il faut l'appliquer , dit Yauquelin avec bonté, sur la penu même et non s'en frol telles cheveux, autrement reflet serait manqué.
— Retiens bien ceci , Popinot , dit Birotleau «lans un enthousiasme qui lui enflammait le visage. Vous voyez, monsieur, un jeune homme qui comptera ce joui' parmi les plus l)eaux de sa vie.
CKSAB BIROTTEAU. ^t
II VOUS connaissait, vous vénérait, sans vous avoir vu. Ah ! il est souvent question de vous chez moi , le nom qui est toujours dans les cœurs arrive souvent sur les lèvres. Nous prions , ma fenmie ma fille et moi, pour vous, tous les jours, conmie on le doit pour son hienfaiteur.
— C'est trop pour si peu, dit Yauquelin gêné par la verbeuse reconnaissance du parfumeur.
— Ta , ta , ta ! fit Birotteau , vous ne }X)u vez pas nous empêcher de vous aimer , vous qui n'acce|)tez rien de moi! Vous êtes comme le soleil , vous jetez la lumière , et ceux que vous éclairez ne peuvent vous rien rendre.
Le savant sourit et se leva . le parlumeurelPopinot se levèrent aussi.
— Regarde, Anselme, regaide bien ce cabinet! Vous permettez, monsieur? vos momens sont si précieux, il ne reviendra peut-être jilus ici !
— Eh bien! êtes-vous content des alVaires, dil Yauquelin à Birotteau , ("ir enliii nous sonnn<\s deux gens <le conuncrcc...
— Assez bien, monsieur, dil lîirolhMu s«' reli-
rant vers la salle à manger où le suivit Vauquelin. Mais pour laneer ceUe huile sous le nom d'Essence Comagène, il faut de grands fonds...
— Essence et Comagène , sont deux mots qui hnrienl. Appelez votre cosmétique , Huile de Hirolteau. Si vous ne voulez pas mettre votre nom en évidence, pi'(^nez-en un au In*! Mais voilà la Vierge de Dresde. Ah! uiousicui" Birotteau . vous voulez que nous nous quitlions brouillés.
— Monsi(>uj- \ au(jiicliu , dit j<* pai'fiuneur . PU prenant les mains du <liiniisle . celle rareté n'a de prix que par !a }>ersislanc<* que j'ai mise à la chercher. H a fallu faiic fouillei- toute rAllemagn*' pour la irouvei' sur papier de (^liine et avaiU la l<'llr('. h' savais (juevousla désiriez, vos occupalions ne vous j>ei"mettaient pas de vous la pi'ocurer. je ujcsciisfail voircconunis-voyageur: agréez donc, noji une méchante gravure, maisdcs soins, une sollicitude, des |)as et d(*marches qui prouveiu im d(''voûment absolu. J aurais voidii que vous souhaitassiez quehfues substances cpr'il fallût aller ehercher au fuiid (i<'s in'écipices. et
venir vous dire : Les voilà ! Ne me refusez pas î Nous avons tant de chances pour être oubliés , laissez-moi me mettre moi , ma femme , ma fille et le gendre que j'aurai , tous sous vos yeux. Vous vous direz en voyant la Vierge : H y a de bonnes gens qui pensent à moi.
— .l'accepte , dit Vauquelin.
Popinotet Birolteau s'essuyèi'ent les yeux, tant ils furent émus de raccenl de bonté que mil lacadémicien a ce mot.
— Voulez-vous <'ond)ler voire bonté, dit le parfumeur.
— Qu'est-ce? (il Vauquelin.
— .le réunis quelques amis... Il se souleva sur les talons, en prenant néanmoins un aii' humble... Autant pour célébrei- la délivrance du territoire, (juc [)Our fèlcr ma nomination dans l'ordre de la Légion-dlhmneur...
— Ah ! dit Vauipiclin é'Wumé.
— Pcul-élrc nie suis-jc rendu digne de cette insigne el rovaU' laveni- en siégeant an tribunal ionstdaire et en eond>allant poin* les Uourbons
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ï»iir les marches de Saint-Roch au treize vendémiaire , où je fus blessé par Napoléon. Ma femme doime un l)al dimanche dans vingt jours , venez-y, monsieur? Faites-nous l'honneur de dîner avec nous ce jour-là. Pour moi . ce seia recevoir deux fois la croix. Je vous écrirai bien à lavance.
— Eh bien , oui , dit Vauquelin.
— Mon cœur se gonfle de plaisir, s'écria le parfumeur dans la rue. Il viendra chez moi!.... J'ai peur d'avoir oublié ce quil a dit sur les cheveux? Tu t'en souviens Topinot?
— Oui, Monsieur, et dans vingt ans je m'en souviendrais encore.
— Ce grand honune! quel regard et quelle pénétration ! dit Birotteau. Ah ! il n'en a fait ni une ni deux ! Du premier coup, il a deviné nos pensées, et nous a donné les moyens «l'abattre l'huile de AFacassar ! Ah ! rien ne peut faire pousser les cheveux! Macassai', m mens! Popinot . nous tenons une fortune. Ainsi , demain, à sept heures, soyons à la fabrique, les noisettes viendroul et nous ferons <l<' I huile . <ar il a b<';ni dire (pic loule huile
CIKSAR BIROTTEAT . 235
osi bonne . nous serions perdus si le publie le savait. S'il n'entrait pas dans notre huile un peu de noisette et de parfum , sous quel prétexte pourrions-nous la vendre trois ou quatre francs les quatre onces !
— Vous allez être décoré . monsieur ! dit Popinoi. Quelle gloire pour...
— Pour le commerce , n'est-ce pas mon enfant.
L'air triomphant de César Birotteau sûr d'une fortune, fut remarqué par ses commis qui se firent des signes entr'eux , car la course en fiacre, la tenue du caissier et du patron les avaient jetés déjà dans les r<^mans les plus bizarres. Le contentement imuuel de O'sar et d'Anselme trahi par des regards diplomatiquement échangés , le coup d'œil plein d'espérance que Popinot jeta par deux fois à (^ésarine annonçaient (pielque événement grave et confirmaient les (onjcctures des commis. Dans cette vie ()ccu|)(''e cl (juasi claustrale, les plus petits accidens pienaienl rint<''rét que donne lin prisonni(M' à ceux de sa }>nson. L'attitude de madame César, qui répondait aux regards olvm-
piens de son mari par des airs de doute, accusait une nouvelle entreprise , car en temps ordinaiie . madame César aurait été contente , elle que les succès du détail rendaient joyeuse. Par extraordinaire, la recette de la journée avait été à six mille francs : on était venu payer quelques mémoires arriérés.
La salle à manger et la cuisine éclairée par une petite cour, et séparée de la salle à manger par un couloir où débouchait l'escalier pratiqué dans un coin de rarrière-l)ouli((ue , se trouvaient à l'en- Iresol , où jadis était Tappartement de César el de Constance ; aussi la salle à manger où s'élail ('coulée la lune de miel avait-elle l'air d'un petit salon. Durant le dîner, Raguei, le garçon de confiance, gardait le magasin ; mais au dessert les commis s'en allaient , redescendaient au magasin , et laissaient César, sa Teunne et sa iille achever leur dîner au coin du l'eu. Cette habitude venait des Ragon , chez qui les anciens us et coutumes du commerce toujours en vigueur, maintenaient entre eux ♦ 'l les commis r<'norm<' dislanc<' qui jadis existait
(îiitre les Maîtres ci l«'s apprenlis. Cësarine ou Onislance apprèlail alors au partuineur Sii lasse (le caté qu'il prenait assis dans une bergère au coin (lu IV'u. Pendant cette heure César mettait sa ienmie au Jait des petits tHéneniens de la journt^e . il lacoulaitce (|u'il avail vu dans Paris, ce (jui se passait au raul)0urg du Temple, les ditïicult(?s de sa l'abricatiou.
— Ma IcMunc . dil-il quand l('S(<>mmis turent descendus, voilii écries une des plus importantes journcîes de noire vie! Les noisettes achetées, la presse hyd]auli(pie pnHe à manœuvrer demain , l'ailaire des t(MTains conclue. Tiens, serre donc ce l»on sur la Banque , dit-il en lui remettant le mandat de Pilleiaull. La restauration de l'appartement d(''cid(''e. noire ap[)artement aui>inenté. Mon Dieu! i ai vu Cour Halave un homme bien singulier! Et il raconta monsieur Molineux.
— .le vois, lui ru'pondilsa lennucen rinleircjm- [>aiU au milieu diuie rnade.(|ue lu t'es endetté de dcii\ «cul mille IVanes?
— (-'est viai . ma lejumc , dii !<• parlumeur avec
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une fausse humililé. Comment payerons-nous cela, l)on Dieu? car il faut complei' pour rien les terrains «le la Madeleine destinés à devenir un jour le plus beau quartier de Paris.
— Un jour. César î
— Hélas ! dit-il en continuant sa plaisanterie , mes trois huitièmes ne me vaudront un million que dans six ans. Et conmient payer deux cent mille francs ! reprit César en faisant un geste d'effroi ! Eh bien ! nous les payerons cependant avec cela , dit-il en tirant de sa poche une noisette prise chez madame Madou , et précieusement gardée.
Il montra la noisette enlre ses deux doigts à (^ésarine et l\ (yonslaïKC. vSa femme ne dit rien, mais (](''sarine intriguée, dit en seivant le café à son père : — Ah ca , pa[)a . lu lis ?
Le parfumeur, aussi bien que ses commis , avait surpris pendant le dîner les regards jetés par Popinot à Césanne, il voulut éclaircir ses soupçons.
— Eh bien! firdlle, celle noisette est cause d'une
CKSAK BlROntAl. %^%
lévolutiou au logis. 11 y aura, dès ce suii". quelqu'un de moins sous noire loit.
Césarine regarda son père en axant l'air de dire : que m'imporie!
— Popinot s en va
Quoique César (ïil nu pauvre observateur et qu'il eût préparé sa dernière phrase moins pour tendre un piège i» sa (iile que pour arriver à sa création de la maison A. Popinot et compagnie , sa tendresse paternelle lui lit deviner les sentiniens confus qui sortirent du cœur de sa fille, lleurireni en roses rouges sur ses joues, sur son Iront , et colorèrent ses yeux quelle baissa. César crut alors à ({uelques paroles (échangées entre Césaiine el Popinol. Il n'en «'(ait rieii : (Cs deux eidans i» eiilendaienl . (omnie ions Icb aiuajis liinides. sans s être dit int uiol.
Quelques moi al istes pensent que lamoui- esl la j)assion la plus involontaire, la |>lus désintéressée, la moins caiculatriee de toutes, excepté toutefois l'amour mateinel. Cette opinion conquMle une erreur grossière. Si la i»luparl des hommes igno-
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renl les laisuiis qui IVml ainiei'. luiUe syiiipalhir physique ou luoiale n eu esl (>as uioins basée sur des calculs faits }»ai- l espril . le seuliuieut ou la brutalité. L'aïuour (^s( une passion essentiellement égoïste. Qui (lit égoj suie, (lit profond calcul. Ainsi, pour tout esprit i'rappé seulenieul des résultats, il peut sembler, au premier abord. iuvraisend)lable ou singulier de voir ime belle lille connue Césarine éprise d'un pauvre enianl boiteux et :i cheveux louges. Néanmoins, ce phénomène esl en harmonie avec rarithmétique des sentimens bourgeois. L'expliquer sera rendre compte des mariages toujours obsei'vés avec mie constante surprise et (]ui se font entre de giandes . de belles femmes et de petits hommes, entre de petites , de laides créatures et de beaux garçons. Toul homme atteint d'un défaut de conformation quelconque, les pieds-bots, la claudication, les diverses gibbosités, l'excessive laideur, les lâches de vin lépandu sur la joue, les feuilles de vigne, l'inlirmité de Roguin et autres monstruosités indepen<lantes de la volonté des fondateurs . n"a qu<' d<M!x partis à prendre;
OU se rendre redoutable ou devenir d'une exquise bonté; il ne lui est pas permis de flotter entre les moyens termes habituels à la plupart des hommes. Dans le premier cas, il y a talent , génie ou force : un homme n'inspire la terreur que paila puissance du mal , le respect que par le génie . la peur que par beaucouj) d'esprit. Dans le second cas, il se fait adorer, il se prête admirablemerit aux tyrannies féminines, et sait mieux aimer qur ii'aiment les gens d'une irréprochable coi^iorence, Élevé par des gens vertueux , par les Ragon . juodèles de cette si honorable petite bourgeoisie, <'t par son oncîe le juge Popinot . Anselme avait été conduit , et par sa candeur et par ses sentiniens religieux , à racheter son léger vice corporel \ïnv la perfeclion de son caractère. Frappés de cette tendance qui rend la jeunesse si attrayante, (À^nstance et César avaient souvent fait l'éloge d'Anselme devant Césarine; mestprms d'ailleurs, ils étaient grands par l'ame et <omprenaieni bien les choses du cœur. Ces ('loges trouvèrenf de l'écho chez une jeune fdle qui, uialgn* sou
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innocencf;, hn «ïans les yeux si purs d'An- M^liue mi sciHuixiit violent, toujours flatteur, «|uels que soient l'âge, le rang et la tournure de l'amant. Le petit Popinot devait avoir beaucoup plus <le raison qu'un bel homme d'aimer une femme. Si su femme était belle, il en serait fou jusqu'à sort »]«»rnier jour , son amour lui donnerjiit de l'and»!tion , il se tuerait pour rendre sa femme heureuse ', il la laisserait maîtiesse îui logis , il irait au devawf (le la domination. Ainsi pensait Césarine involoïTlairemeut et pas aussi cruement, elle entre voyjMi à vol d'oiseau les moissons de ramour (t ni}s^iunait pai' comj>araison : le bonheur de sa mè):»' «•tait devant ses yeux, <'lle ne souhaitait pasd'atiire vie, son insthictlui montrait dans Anselme iin autre César perfectionné par l'éducation , comrti)»^ (lie; ri'lait par la sienne : elle levait Popinot maÏKv iWm arrondissement, el se plaisait à se pein«fr^> quêtant un jour à sa paroisse connue sii ujèi'c iv S;iint-Ho<h. Kll«' avaitliui par ne plus s'apercevuRide la diflV'renre qui distinguait la jaml)e gauch»^ n><î la jambe droite ib<'/, INqiinot . elle eiU é'ié* e^ip:*!»!!"*."
de dire : Mais hoite-l-il ? Elle aimait celte prunelle si limpide et s'était plu à voir l'effet que produisait son regai'd sur ces yeux qui brillaient aussitôt d'un feu pudique et se baissaient mélancoliquement. Le premier clerc de Roguin . doué de celt« précoce expc'riencc due à l'halMtude des affaires , Alexandre Crollat avait un air moitié cynique, moitié bonasse qui révoltait Césai'ine, d(^jà révoltée par les lieux comnums de sa conversation, hn silence de Popinot trahissait un esprit doux , elle aimait le sourire à demi-mélancolique que lui ins- [)iraient d'insignifiantes vulgarités; les niaiseries qtii le faisaient sourire excitaient toujours quelque répulsion chez elle, ils souiiaient ou se contristaieni ensemble. Cette su[>ériorité n'empêchait pas Anselme de se précii»iter à l'ouvrage , et son infatigable :u'deur j)laisait à Césarine , car elle devinait que si les autres conunis disaient: « Césinine épousera le premier clerc «le M. Hoguin,» Anselme pauvre ^ boiteux et à cheveux roux, ne dés<'Spérait \xis «l'obtenir s,i main. Une grande espérance prouve
un grand amour.
— OÙ ya-t-il? demanda César iiic à son père en essayant de prendre un air indiflërent.
— Il s'établit rue des Cinq-Diamans, et ma foi ! à la ffrâce de Dieu ! dit Birotteau dont l'exclamation ne fut comprise ni par sa femme, ni par sa fille.
Quand Birotteau rencontrait une difficulté morale , il faisait comme les insectes devant un obstacle , il se jetait à gauche ou à droite ; il changea donc de conversation en se promettant de causer d» Césarine avec sa femme.
— J'ai raconté tes craintes et tes idées sur Roguin à ton oncle , il s'est mis à rire , dit-il à Conslimce.
— ïu ne dois jamais révéler ce que nous nous disons entre nous , s'écria Constance. Ce pauvre i'oguin est peut-être le plus honnête homme du Inonde, il a cinquante-huit ans et ne pense plus sins doute....
Elle s'arrêta court en voyant Césarine attentive, et la montra par un coup d'œil à César.
— J'ai donc bien fait de conclure , dit Birotteau ?
— Mais tu es le maître, répondit- cHe.
CFSAR BIROTTEAU. 245
César prit sa femme par les mains et la baisa ao front. Cette réponse était toujours chez elle v.n «onsentement tacite aux projets de son mari.
— .\llons , s'écria le parfumeur en descendant à son magasin et parlant h ses commis, la boutique se fermera à dix heures. Messieurs, un coup de main ! Il s'agit de transporter pendant la nuit tous les meubles du premier au second! Il faut mettre, comme on dit , les petits pots dans les grands , afin de laisser demain à mon architecle les coudées iranches.
— Popinot est sorti sans permission! dit Cés;ir i'iï ne le voyant [)as. Eh mais! il ne couche pas ici , je l'oubliais ! 11 est allé , pensa-t-il , ou rédiger les idées de M. Vauquelin , ou louer sa boutique.
— Nous connaissons la cause de ce d(fménag<'ment, dit Célestin en parlant au nom des d«ni\ autres commis et de Raguet , groupc's derrière Int. Nous sera-l-il permis de féliciter monsieur sur t»n honneur (jui rejaillit sur toute la b(>uli(|ue.. Popinot nous a dit que monsieur...
— lié' bien, mes enfaiis, (pie voulez-vous. ♦•»!
rti'a décore. Aussi non seulement à cause de la délivrance du territoire , mais encore pour fêter ma promotion dans la Légion-d'Honneur, réunissons-nous nos amis. Je me suis peut-être rendu aligne de cette insigne et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour la cause royale que j'ai défendue... à votre âge, sur les marches de Saint-Roch , au treize vendémiaire, et ma foi, Napoléon, l'empereur, m'a blessé! J'ai été blessé à la cuisse encore , et madame Ragon m'a pansé. Ayez du courage , vous serez récoml>ensés! Voilà, mes enfans, comment un malheur n'est jamais perdu !
— On ne se battra plus dans les rues! dit Célestin.
— Il faut l'espérer, dit César, qui partit de là pour faire ime mercuriale à ses commis , et il la termina par une invitation.
La perspective d'un hiû anima les trois commis , Kaguet et Virginie d'une ardeur qui leur donna \ii dextérité des équilibristes. Tous allaient et v«'naient chargés par les escaliers sans rien cas-
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sfr ni rien renverser. A deux heores du matin , If déménagement était opéré. César et sa femme rouehèrent au second étage. La cliambre de Popinut devint celle de Célestin et du second commis. Le troisième étage fut un garde-meuble provisHJire.