‹ Histoire de la grandeur et la décadence de César BirotteauChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES DEUX A8TKES.

Possédé do <oHr magnétique ardeur que produit l'aftluenoe du lluide nerveux et qui fait du diaphragme un brasier chez les gens ambitieux ou amoureux agités par de grands desseins, Popinot si doux et si tran(|uille avait ]>iairé conmie un eheval de race avant ht eourse, dans la bouti([ue , au sortir de table.

— Qu'as-tu donc? lui dit Célestin.

— Quelle journée ! mon cher, je m'établis, lui dit-il à l'oreille , et monsieur César est décoré.

— Vous êtes bien heureux , le patron vous aide ! s'éiTia Célestin.

Popinot ne répondit pas, il disparut poussti comme piu* un vent furieux , le vent du succès !

— Oh ! heureux , dit à son voisin qui vérifiait des étiquettes un commis occupé à mettre des gants par douzaines, le patron s'est aperçu desjeux que Popinot fait à mademoiselle Césarine , et connne il est très-ûn , le patron ! il se débarrasse d'Anselme, il serait difficile de le refuser, rapport ii ses parens. Célestin prend cette rouerie pour de la générosité.

Anselme Popinot descendait la rue Saint-Honon' et courait rue des Deux-Écus , pour s'empar»T d'un jeune homme que sa seconde vue connnerciale lui désignait comme le principal inslrumenl Je sa fortune.

Le juge Popinot avait rendu service au plus h.ibile conunis-voyageur de Paris, à celui que sn

CÉSAR BIROTTEVr. 253

Irioinphaiite loquèle et son activité firent plus tard surnommer V illustre. Alors voué spécialement à la ( hapellerie et à VArticfe Paris, ce roi des voyageurs se nonnnait encore purement et simplement (laudissart. A vingt-deux ans, il se signalait déjà }iar la puissance de son magnétisme commercial. Alors fluet, l'œil joyeux, le visage expressif, une HH-moirc infatigable , le coup d'œil habile à saisiiles goûts de chacun, il méritait d'être ce qu'il fut (i«'[)uis, le roi des commis- voyageurs , le Français [jar excellence. Quehpies jours auparavant, Popinot avait rencontré Gaudissart qui s'était dit sur le point de partir ; l'espoir de le trouver encore à Paris venait donc de lancer l'amoureux sur la rue des IK'UX-Écus. où il apprit que le voyageur avait retenu sa place aux Messageries, et pour faire ses adieux à sa chère capitale, ('tait allé voir une pièce nouvelle au Vaudeville : Po})inot résolut de l'att»;ndre. Ojnlier le placement de Ihuile de noisette à (e précieux metteur en œuvre des inventions uiai'chandes, déjà < liové' [>ar 1rs [tins riches mait>c>ns, était tirer une lettre de < hange sur la for-

"254- CKSÀR BIROTTEAU.

tune. Po[tinot possédait Gaiidissart. Le commisvoyageur, si savant dans Tait d'entortiller les ^ens les plus rebelles, les petits marchands de province, s'était laissé entortiller dans la première < .(inspiration tramée contre les Bourbons après les Ont-Jours. Gaudissart , à qui le grand air était iiidispensal)le, se vit en prison sous le poids d'une accusation capitale. Le juge Popinot, chargé de l'instruction, avait mis Gaudissart hors de cause en reconnaissant que son imprudente sottise l'avait seule compromis dans cette affaire. Avec un jng<^ désireux de plaire au pouvoir ou d'un royalisnu' exalté, le malheureux commis allait à Véjhal'aud. Gaudissart. qui croyait devoir la vie au juge d'instruction, nourrissait un profond désespoir <le ne pouvoir porter à son sauveur qu'une stérile reconnaissance. Ne <levant pas remenier un juge d'avoir rendu la justice, il avait été chez. Il s Itagon se (It'clarer honnne-lige des Popinot,

Kn attendant, Poimiol alla naturellement revoir sa bouii([U(' d«' la nie des Cinq-Diamans , demander Vadn'ssi' du propriétaire, afm de traiter du

eÉSAK BIROTTEAU. 255

l>ail. En errant dans le dédale obscur de la grande Halle, et pensant aux moyens d'organiser un lapide succès, Popinot saisit rue Aubry-Bouchei- une »x:casion unique et de bon augure avec laquelle il ♦•«►mptait j'égaler César le lendemain. Enfaclionà la porte de l'hôtel du Connuerce, au boni de la vnedesDeux-Ecus, veis juiinut, Popinoî enlendii. dans le lointain de la rue de Grenelle, un vaudeville final chanté par Gaudissart avec acconipagurinent de canne signifie anvement lraîn<''e sui' les pavés.

— Monsieur, dit Anselme en débouchanl <!«• la porte ri se juontranl soudain . deux mois?

— Onze, si vousvoidrz, dit h'conuuis-voyag< iir ru levant sa canne |>l()Uïbtc sur ragresseur.

— Ji' suisPopinol. dil le pauvre Anselme.

— Suffit, (ht(iaudissijrl en le rçixumaiss^iiil. OikvnHS faul-il? dr l'argcnl ! absent par- <ong<'' . luais • Mien tr<^)MV('r'a. Vion braspoiu'un diul ? loul à vous. dos[)i<'ds:« l'occipiil. El il chanta :

/ oilà , voilà

ht vrai soldat frmvraiê J

— Venez causer avec moi dix minutes, non pas iïnns votre chambre , on pourrait nous écouter, mais sur le quai de l'Horloge, à cette heure il iTy a personne , dit Popinot , il s'agit de quelque «hose de plus important.

— Çà chauffe donc ! marchons.

¥a\ dix minutes , Gaudissart , maître des secrets vtie Popinot, en avait reconmi l'importance.

Paraissez parfumeurs, coiffeurs et dcbitans!

s'écria Gaudiss.ut en singeant Lafonl dans le lole <lu Cid. Je vais empaumcr tous les boutiquiers d*' France et de Navarre ! Oh une idée ! J'jdlais partii-. j4' reste, et vais prendre les connnissions de la jtaifumerie parisienne.

— Et pourquoi ?

— Pour étrangler vos livaux , innocent ! En ^yant leurs commissions, je puis faire boire d<* riiuile à leurs perhdes cosmétiques, en ne m'oi i îq)ant et ne parlant (pie de la vôtre. Un fameux tour de voyageui' î Ah! ah! nous sommes les diplomates du commerce ! Fameux ! (.>uant à votiv

prospectus, je m'en charge! J'ai pour ami d* enfance Andoche Finot , le fds du chapelier de la me du Coq, le vieux qui m'a lancé dans le voyage pour la Chapellerie. Andoche, qui a beaucoup d'esprit, il a pris celui de toutes les têtes que coiffait son père, il est dans la littérature , il fait les petits théâtres au Courrier des Spectacles. Son père, vieux chien plein de raisons pour ne pas aimer l'esprit, ne croit pas à l'esprit : impossible de lui prouver que l'esprit se vend, qu'on fait fortune dans l'esprit ; en fait d'esprit , il ne connaît que le trois-six. l^e vieux Finot prend le petit Finot par famine. Ancloche, honune capable, nion ami d'ailleurs, <'t je ne fraye avec les sots que commercialement , Finot fait des devises pour le Fidèle Berger qui |)aie, tandis ([ue les journaux où il se donne un mal «le galérien le nourrissent d(^ rouleuvres! Sontils jaloux <lans cHU) pprtie-là ! (Test comme dans V article Parts. Finot avait une superbe comédie en un acte pour mademois(îll(» Mars , la [)lus fameuse des fameuses! Ah! «ii voilii une que j'aime! Kh bien ! poui* se voir jouer, il a été forcé de la porter u 17

258 TKSAR birotti:aï. .

à la Gaîté. Andoche eonnaîl le prosj)C< tus, H entre dans les idées du niarrfiand . il n'est pas fier, it lûnousinera notre prospectus gratis. Mon Dieu , avec un bol de punch et des gâteaux on le régalera, carPopinot. pas de farces : je voyagerai sans commission ni frais, vos concui'rens paieront . je les diiKloimerai ! Kntendons-nous bien. P()ur moi ce suc(ès est um«' aiîaîrr dhonnrur. Ma rtNompense «si d èlre i^arçon de noces ii vôtre mariage! J'irai en Italie, en Allemagne, en Angleterre! .lemporle avec moi des affiches en toutes les langues , les fais apposer partout . dans les villages, à la porte des Eglises, à tous les bons endroits (|ue je connais dans les villes de province ! Elle brillera . «.'Ile s'allumera cette huile, elle sera sm* iout<'s les tètes. Ah! votre mariage ne sera pas un mariage en détrem[)e, mais un mariage à la biuigoule! Vous aurez votre G'sarine ou je ne m'appellerai pas I'illustre ! nom que m'a donné le père Finot, [>our avoir fait réussir ses chapeaux gris. En vendant votre huile, je reste dans ma partie, la lete humaine ! L'huile et

Ci'SAK HïRoTliAI. ^ô^

le chapeau sont («jiimis pour <«)iiscivei' I;» cIk'vclure publique.

Popinor revint chez sa tante, où il devait aller coucher , dans une telle fièvre , causée par sa prévision du succès , que les rues lui semblaient être des ruisseaux d'huile. Il dormit peu , rêva que ses cheveux poussaient follement, et vit deux anges qui lui déroulaienl , comme dans les mélodrames, une rubrique où était écrit : Huile Césarienne. 11 se réveilla , se souvenant de ce rêve o\ résolut de nommer ainsi l'huile de noisette , en considérant cette fantaisie (bi sonnueil comme im ordi'e céleste.

César et Popinoi [uin'hI dans leur atelier au faubourg du Temple . bien avaiil l'arrivé»' (!<'> noisettes; en adendani les p(»rl('urs de iiiadaiih' Madou . P<>|Hnol raconla li'iom|)li:d< iii< ni son traité d'alliance ave*- (landissai'(.

— Nous avons fillustre Gaudissari . nous s(nnmes millionnaires ! s'écria le parlumeui- en («Mulant la main à son caissier, d»* fair qnr <lui prendre

âeO d:.-4AH JiIROTTE\r,

Louis \ÏV en ucruoillant le îii.uéchal do Yillars

au retour (le Denaiu.

— Nous avons bien autre chose encore! dit l'heureux commis en sortant de sa |>oehe une bouteille à (orme écrasée en l'açon de citrouille el à côtes , j'ai trouvé dix mille llacons semblables à ce modèle, tout fabriqués, tout prêts, à... quatre sous... six moisd<' terme.

— Anselme, dit Birotleau contemplant la forme mirilique du Hacon, hier il piil un ton grave), dans les Tuileries, oui, pas plus lard qu'hier, tu disais : — Je r<'Missirai. Moi. je dis aujourd'hui : — Tu réussiras! Qualre sous ! six mois de terme! une lorn»e originale! Macassar braide dans le manche, quelle botte portée ii l'huile vie Macassîirî Ai-je bien l'ait de m'enqiarer des seules noisettes (jui soient à Paiisî Où <lonc as~tu trouvé ces flacons?

— .l'atlendais rix^mr de parler à G;Uidissart el je lia nais...

— (^omme moi jadis! s'écria Hirotteau.

— \\u desceudant la rue \id>rY-F>on<'her j'aper-

CKSAa WIROTTEAC, 261

çois chez \m verrier en gros, im marchand de veiTes bombés et de cages qui a des magasins ûnnieoses, j'aperçois ce flacon... Xh ! il m'a crevé les yeux comme une lumière suWt^, une voix lua eiTé : Voilà ton atfaire !

— iVé conuueix'ant ! Il aura «la iille. dit Césai* en gwmmelant.

— J'entre, cl je vois des iiiiHiei*s de ces llacons dans des caisses.

— Tu t'en rntbinies ?

— \'ous ne me croyez pas si gniole! s écria douloureusement Anselme.

— Né commerçant ! répéta Hiiotleau.

— Je demande d(*s cages à mettre des petits Jésus de cir^p. Tout ea maichandant les cages, y blâme la l'orme de ces llacons. Conduit à une c<infession g(Mi<Malc . moii marchand avoue de iil en aiguille, que Faille et Bouchot, qui ont manqué dernièrement, allaient entr«'pi'endre un cosuKHique et voulnieiU des llncons de Jorm<^ et rang»;: il s<' nK'liait d'eux , il exige nioi(i<' « ompKnil . Faille et Uoucliot dans Tcspoii de niissir làclienl

26*2 CÉSAU BlROTTEAl.

l'argent , la faillite éclate pendant la fabrication , les syndics sommés de payer venaient de transiger ave(^ lui en laissant les llacons et l'argent touché, comme indemnité d'une fabrication prétendue ridicule et sans placement possible. Les llacons coûtent huit sous , il serait heureux de les donner ;» quatre . Dieu sait combien de temps il aurait en magasin une forme qui n'est pas de vente. — Voulez- vous vous engager à en fournir par dix mille à quatre sous? je puis vous débarrasser de vos flacons, je suis commis chez M. Birotteau. VA je l'entame, et je le mène, et je domine mon homme, et je le chauife. et il est à nous.

— Oi'!il'<' sous, dit Birotteau. Sais-tu que nous pouvons mettre l'huile à trois francs et gagner (rente sous eu en laissant vingt à nos détaillans.

— L'huile Césarienne! cria Popinol.

— L'huile (Césarienne! ah! monsieur lamoiii-eux. vous voulez llatter le ])ère et la lille! Eh bien soi( ! L huile ('é'sniieuiie! les ('('snis avai<Mil le monde, ils (IcvnicMl ;jvoii- dr fameux cheveux.

<:ksae piRoiiiAi. 268

— (A'sar émit chauve I dit Popinol,

— Parce qu'il ne s est pas servi de notie huih'I Ou le dira! A liois lianes l'huile Cësaiieiuie . Ihuile de Macassar eoùle le double, (iaudissarl est lii . nous aurons cent mille francs dans l'année . car nous iin}»osons toutes les tètes, qui se respectent , de douze flacons par an. dix-huit francs I Soit dixhuit mille tètes? (eiu quaU'e-viuL»! mille francs. Nous sojiuues luillioiuKiiresI

l^s noise II es livrè<'s, Uai;uet . les ouvriers, Po piuoi . ('.ésar en éphichèrenl une ({uantit<' suffisante, et il y eut avanl <juatre heures quelques livres d'huile. Popinol alla présenter le produit :« Vauquclin <pii lit pi<*s<'nl à Popinol d une formule |>our mêler lesseiKc «le noisette ii des corps oléairincux ujoins chers ei la parfumer. Popinol se mit aussitùl en instan<e poui' ol»lenir im hicvei d'inveiuion el de perleclionnenienl. Le dévoué (iaudissarl prêta rari^''nl j)our le droit liscal ;i Popinol. tpii .-t\:iit I ;nnhilion de p:i\er sa moitié dans les frais d'('lal)liss4.'nienl.

La pi'osperil<' porle :i\ec elle une iMcssc a la-

264 CÉSA» BIROTTEAU.

quelle les hommes inférieurs ne résistent jamais. Cette exaltation eut un résultat facile à prévoir. M. Rohault vint , il présenta le croquis colorié d'une délicieuse vue intérieure du futur appartement orné de ses meubles. Birotteau séduit consentit h tout. Aussitôt les maçons donnèrent les coups de pic qui firent gémir la maison et Constance. Son peintre en bàtimens, monsieur Lourdois , un fort riche entrepreneur qui s'engageait à ne rien négliger . parlait de dorures poui* le salon. En entendant le mot, ('onstance intervint.

— Monsieur Lourdois, dit-elle , vous avez trente mille livres de rente . vous habitez une maison à vous, vous pouvez y faire ce que vous voulez; mais nous autres....

— Madame , le commerce doit briller et ne pas 86 laisser écraser par l'aristocratie. Voilà d'ailleurs monsieur Birotteau dans le gouvernement, il est en évidence...

— Oui, mais il est (»ncore en bouti(|ue. dit Constance devant ses commis et les cinq f>ersonnes qui

CÉî»AR BJROITEAL. 265

récoutaient , ni moi ni lui , ni ses amis , ni ses ennemis ne Toublieront.

Bipotteau se souleva sur la pointe des pieds en retombant sur ses talons à plusieurs reprises , les (nains croisées derrière lui.

— Ma tennne a laison , dit-il. Nous seions modestes dans la prospérité. D'ailleurs . tant qu'un homme est dans le commerce , il doit être sage en ses dépenses, réservé dans son luxe, la loi lui en lait une obligation , il ne doit pas se livrer à des (lépcmes excessives. Si l'agrandissement de mon local et sa décoration dépassaient les bornes , il .serait imprudent à moi de les excéder, vousmême vous me blâmeriez , Loui'dois ! Lv quartier a les yeux sm* moi , les gens qui réussissent ont des jaloux . des envieux ! Ah vous sam*ez cela bientôt jeune honnne, dit-il à M. Ruliault , s'ils nous calomnient ne leur donnez pas au moins lieu de médire.

— Ni la calomnie, ni la médisance ne peuvent vous atteindre , <lit Louidois. vous è(os dans une position hors lign(; et vous avt-z une si grande ha-

266 CÉSAR BJROTTEAU.

bilude du commerce que vous savez raisonner vos entreprises . vous èles tin malin.

— C'est vrai , j'ai quelque expérience des atlaires, vous savez pourquoi notre agrandissement ? Si je mets un Tort dédit relativement à l'exactitude, c'est que....

— - Non.

— Hé bien , ma t'emm»' et moi nous réunissons quelques amis autant pour célehi'er la délivrance du territoire que pour lèter ma [)romotion dans l'ordre de la Légion-d'Honneur....

— Comment, connnenl! dit Lourdois! ils vous ont donné la croix î

— Oui . peut-être me suis-jc rendu digne de cette insigne et royale l'aveu!'. <^n siégeant au tribunal (onsulairc. et en cond)attant pour la cause royale au Tieize vendémiaii'e i» Saint-Ho('b , où je (us blessé par Napoléon : venez avec votre l'emme <'t votre demoiselle....

— Enclianté de l'honneur ([ue vous daignez me laîre . dit le libéral Lourdois. Mais vous èt<'s un larceur, papa Birolteau. vous voulez être sîir que

CÉSAR BIROriKAl. 267

je ne vous manquerai pas de parole, el voilà pourquoi vous m'invitez. Eh bien! je prendrai mes plus habiles ouvriers , nous ferons un feu d'enfer pour séchei" les peintures, nous avons des procédés dessicatifs , car il ne faut pas danser dans un brouillard exhalé par le plâtre. On vernira pour ôter toute odeui*.

Trois jours après . le commerce du quartier était en émoi pai* l'annonce du bal que préparait Birotteau. Chacun i)ouvait. d'ailleurs, voir les étais extérieurs, nécessités parle changement rapide de l'escalier, les tuyaux carrés en bois par où tombaient les décombres dans des tombereaux qui stationnaient. Les ouvriers pressés qui travaillaient aux flambeaux . car il y eut des ouvriers de jour et des ouvriers de imil, faisaient arrêter les oisifs, les curieux dans la rue, et les commérages s'appuyaient sui* ces prc'paralils |)Our annoncer d'»'?normes somptuosités.

L<' dimanche indi(|ii(' |)our la conclusion de l'afiaiic. monsieur el iiiadanK* llagon . l'oncle Pilleraull vinrent sur les quatre heures après vêpres.

i68 CÉSAR WROTTEAC.

Vu ies démolitions , disait €ésar, il ne put inTi^- c^ jour-là qtie €barles Claparon , Crottat et Roguin. Le notaire apporta le Journal des Débats , où M. de la Bittaixlière avait fait insérer l'article suivant :

« Noua apprenons que ia déUcrcmœ du ierri- » loire sera fêtée avec enthousiasme dmns toute fa » fronce ; mais â Pwis . les membres du corps » municipal ont senti ipie le moment était venu » ée rendra à la capilale ceibe splendeur , qui ]xir » un sentiment de convenance , avait cessé pen~ » ^nt roccupation étrangère. Chacun des maires » H des adjoints se propose de donner un bal , » l'hiver promet doue d'être 1res brillant , ce mou- » vement national sera suivi. Parmi toutes les fêtes » ^m se préparent , il est bea^œoup question du bal » de M. hirolteau , nommé chevalier de la Légion- » d'Honneur , et si connu par son dévoûment à la » cause 7'oyale. M. Birotleau, blessé à l'affaire » de Saint -Roch . au treize vendémiaire, et l'un » des juges consulaires les plus estimés . a dou- 0 btement mérité cette foreur. »

— Comme on écrit bien aujourd'hui . s'écria (^ésar. L'on |>arle d^e nous dans le journal , dit-iî à Pillerault.

— Eh bien, après! lui répondit son oncle à qui le Journal des Débats était particulièrement antipathique.

— Cet article nous fera peut-être vendi'e de la Pâte des Sultanes et de l'Eau Carminative, dit tout bas madame Césai* à madame Ragon, sans fartag^r l'ivresse de son mari.

Madame Ragon , grande lemme sèche et ridée ^ au nez pincé, aux lèvres minces, avait un faux air d'une marquise de l'ancienne cour. Le tour de ses yeux était alteiKlri sur une assez grande circon- IV'rence comme ceux des vieilles femmes qui ont éprouvé des chagrins. Sa contenance sévère el (ligne, quoique allable , imprimait le respect. Elle avait d'ailleurs en elle ce je ne sais quoi d'étrange (jui saisit sans exciter le rire , et que sa mise, ses laçons ex|>liquaienl : elle portait des mitaines, elle marchait en tout tenq)savec une ombrelle à caime semblable :« celle doiu s«* servait la r*Mne Mar^f*-

270 rÉSAR BIROTTEAr.

Anioinelte ii Trianon; sa robe, donl la conleui' favorite était ce l)run pâle nommé feuille-morte, s'étalait aux hanches par des plis inimitables et dont les douairières d'autrefois ont emporté le secret; elle conservait la mantille noire garnie de dentelles noires à giandes mailles carrées, ses bonnets de forme antique avaient des agrémens qui rappelaient les déchiquetures des vieux cadres sculptés à jour ; elle prenait du tabac avec cette exquise propreté et en faisant ces gestes dont peuvent se souvenir les jeunes gens qui ont eu le bonheur devoir leurs grand'tantes et leurs grand'mères remettre solennellement des boîtes d'or auprès d'elles sur une table, en secouant les grains de labac égarés sur leur fichu.

Le sieur Ragon était un petit homme de cinq ])ieds au plus, à figure de casse-noisette où l'on no voyait que des yeux, deux pommel tes aiguës, un nez et un menton; sans dents, mangeant la moitié de ses mots, d'une conversation pluviale, galant, prétentieux et souriant toujom-s du sourire qu'il prenait pour recevoir les belles dames que difterens

<:tJ>AR BlROTTEAi:. 27 1

hasards anicnaioiu jadis à la porte de sa boutique. La poudre dessinait sur son crâne une neigeuse demi - lune bien ratissée , flanquée de deux ailerons, que séparait une petite queue serrée par un nd\^n. Il portait l'habit bleu barbeau, le îj;ilet blanc , la culotte et les bas de soie , des souliers à boucles d'or, des i>auts de soie noire. Le irait le plus saillant de son caractère était daller par les rues tenant son chapeau à la main. 11 avait l'air d tm wiessager de la cliand)re des pairs , d'un huissier du cabinet du roi , d'un de ces gens qui sont placés auprès «l'un pouvoir quelconque de manière à lecevoir son reflet, tout en restant fort peu de chose.

— Kh bienî Birotteau, dit-il d'un air magistral, le repens-tu, mon garçon, de nous avoir écoutés dans ce temps-là? Avons-nous jamais douté de la reconnaissance de nos bien-aimés souverains?

— Vous devez êtes bien heureuse, ma chère petite, dit madame Ragon à madame Birotteau.

— Mais oui, madame, répondit lai belle parfumeuse , toujours sous le charme de «ctie ombrelle

$0% dtSX^ BlROTTKAl*

à canne , de ces bonnets à papillon , des manches justes et du grand fichu à la Julie que portait madame Raeon.

— Césarine est charmante, venez ici la belle enfant! dit madame Ragon de sa voix de tête et d'un air protecteur.

— Ferons-nous les affaires avant le dîner, dit l'oncle Piller ault.

— Nous attendons monsieur Claparon , dit Roguin , je l'ai laissé sliabillant.

— Monsieur Roguin, dit César, vous l'avez bien prévenu que nous dm ions dans un méchant ])e{h entresol....

— Il le trouvait superbe il y a seize ans, dit Constance en murmurant.

— Au milieu des décombres et parmi les ouvriers.

— Bah! vous allez voir, dit Roguin, un bon enfant qui n'esl pas difficile.

— J'ai mis Raguet en faction dans, la boutiqUiÇ, on ne passe plu^ par notre porte , vous avez vu tout démoli . dit Cc'sar au notair<*.

CÉSAR BIROTTEAr, 2T3

—Pourquoi n'avez-vous pas ameuë votre neveu, dit Pillerault à madame Ragon.

— Le verrons-nous, demanda Gësarine.

— Non , mon cœur, dit madame Ragon. Anselme travaille, le cher enfant, à se tuei'! Cette rue sans air et sans soleil , cette puante rue des Cinq- Diamans m'elîraie , le ruisseau est toujours bleu , vert ou noir. J'ai peur qu'il y périsse. Mais quand les jeunes gens ont quelque chose en tête ! dit-elle à Césarine en faisant un geste qui expliquait le mot tête par le mot cœur,

— Il a donc passé son bail ? demanda César.

— D'hier et pardevant notaire , reprit Ragon. 11 a obtenu dix-huit ans , mais on exige six mois d'avance.

— Eh bien! monsieur Ragon, êtes- vous content de moi ? fit le parfumeur. Je lui ai donné là le secret d'une découverte .. . entin !

— Nous vous savons [»ar cœur. César, dit le polit Ragon en prenant les mains de Césai* et les lui pressant avec une religieuse amili<'*.

Ro^uin n'élnil pa*-'. sans iiKjnii'liide sur rentrée I. IS

274 CÉSAR BIROITEAI-,

eu scène de ClapiU'on dont les niœuis et le ton pouvaient effrayer de vertueux bourgeois, il jugea donc nécessaire de prépaier les esprits.

— Vous allez voir, dit-il à Ragon , à Pillerault et aux dames , un original qui cache ses moyens sous un mauvais ton effrayant , car d'une position très intérieure, il s'est fait jour par ses idées! Il ])rendra sans doute les belles manières à force de voir les banquiers. Vous le rencontrerez peut-être sur le boulevard ou dans un café, godaillaiU, débraillé , jouanl au billard , il a l'air du 'plus grand lîandrin... Eh bien! non. il étudie , et pense alors à remuer l'industrie par de nouvelles conceptions.

— Je compiends cela , dit Birotteau . j'ai trouvé mes meilknu'cs idée^ en flânant . nest-ce pas , ma biche?

— Claparou . ivpiil lloguhi, regagne aloi-s pendant la nuit le temps employé à chercher, à combiner des aflaires pendant le jour. Tous ces gens à grand talent ont une vie bizarre , inexplicable. Eh bien ! à travers ce décousu , j'en suis témoin , il ar- ! ivc a son but : il .i Uni par faire céder tous nos

CÉSAR BIROITLAU. 275

propriétaires, ils ne voulaient pas, ils se doutaient de quelque chose , il les a mystiliés , il les a lassés , il a été les voir tous les jours , et nous sommes , pour le coup, les maîtres du terrain.

Un singulier broum! broiml particulier aux buveurs de petils verres d'eau-de-vie et de li^queurs fortes aimonça le personnage le plus bizarre de cette histoire, et Tarbitre visible des destinées futures de César. Le parfumeur se préci|)i[a dans le petit escalier obscur, autant pour dire à Maguet de fermer la boutique, que [)our faire ii (Jlaj>aron ses excuses de le recevoir dans la salle k manger.

— Comment donc ! mais on est 1res bien là pour chiquer les %...pour cbilfrer, veux-je dire, les affaires.

Malgié les habiles [)répar"alions de Hoguin. monsieur et ruadame Kagon , ces bourgeois de bon ton, l'observateur PillerauU , ('('sarincd s;t uièiuî fui-ent d'abord assez d(*sagr(''ablcm('iil allcciés p;ir («■ prc'lemlu banquieide h IwuUe voicc.

A r;'<|/«^ de vingt-buit mit- envjiuH . vv\ anricti

27(> CÉSAR BIKOTTEAU.

<oiimiis voyageur Jie possédait pas un cheveu sur la l«'le. el portait une ]>ej'ruque Irisée en tirebouchons. Celle eoitlure exige une l'raîcheur île vierge, une transparence lactée, les plus charmantes grâces féminines, elle taisait donc ressortir ignoblement un visage bourgeonné, brun-rouge, échautîé comme celui d'un conducteur de diligence, el dont les rides prématurées exprimaient l>ai' les grimaces de leurs plis profonds el plaqiuvs une vie liberliiu' dont les rnalhems étaient encore attestés pas- le mauvais étal des dents et les points noirssemes dansune};eau rugueuse. Claparon avait îair d'un comédien de province qui sait tous les rôle^, lait la parade, sur la joue duquel le rouge ne tient j>his, éreinlé par ses fatigues, les lèvres pâteuses, la langue loiqours alerte, même pendant livresse. I<; regard sans puUeur. enlin conquomettanl par ses gestes. Cette ligure, allmnée paj' la joyeuse llamberie du punch , démentait la gravité des allahes. Aussi fallut-il à Claparon de longues études mimiques avant de parvenir à se composer un maintien en harmonie avec son importance pos-

CÉSAR BIHOITEAl. 277

licbe. Du Tillet avait assisté à la toilettf' de Claparon, comme un directeur de spectacle inquiet du début de son principal acteur, car il tiomblait que les habitudes grossières de cette vie insoucieuse ne vinssent à éclater à la suiface du banquier.

— Parle le moins possible , lui avail-il dit. Jamais un banquiei' ne bavarde: il ai>it. pense, médite , écoute et pèse. Ainsi , pour avoir bien l'air d'un banquier, ne dis lien. ou dis des choses insignifiantes. Éteins ton œil égrillai'd et rendsle grave, au risque de le rendre bète. En politique, sois pour le gouvernement , et jette-toi dans les généralités, comme : Le bmigel est lourd. Il n y a pas de Iransaclions possibles mire partis. Les libéraux sont dangereux. Les Bourbons doivent éviter tout conflit. Le libéralisme est le manteau d'intérêts coalisés. Les Bourbons nous ménagent une ère de prospérité, soutenons-les. si nous ne les aimonspas.La France a /'ail assi'z d'e.vpériences politiques, etc. i\e le vautre pas sur l(>ii(<'s les (ablts. songe que tu as à conserver la digniled Un niillionnaire. Ne iv-nifle pas ion lahac connnr lail un in\a-

âî8 (KSAR BIROTTEAT .

lide, jonc avrc la tabalièro. rogai'de souveni h tes pieds ou au plafond avant de j'épondre, enfin donne-loi l'air }>rofond. Surtout dëfiiis-toi de ta malheureuse habitude de toucher à tout. Dans le monde . un banquier doit paraître las de toucher. Ah ça! tu passes les nuits, les chiffres te rendent brute, il ÇmU rassembler tant d'élémens pour lancer une aifaire ! tant d'études. Surtout dis beaucoup de mal des affaires. Les affaires sont lourdes, pesantes, difficiles, épineuses. Ne sors pas de là et ne spécifie lien. Ne vas pas à table chanter tes farces de Béranger, et ne bois pas trop! Si lu te grises , tu perds ton avenir. Roguin le surveillera, tu vas te trouver avec des gens moraux , des boiu*geois vertueux , ne les effraie pas en lâchant quelques uns de tes principes desiaminel.

Cette mercuriale avait produit sur l'esprit de (Charles Claparon un effet pareil à celui que produisaient sur sa personne ses habits neufs. Ce joyeux sans-souci, l'îimi de tout le monde, habitué à des vétemens débraillés, commodes, et dans lesquels son corps u'éf.-nl pas plus gêné que sou es-

CÉSAR BÏROTTEAU. Î7f)

prit dans son langage , maintenu dans des habits neufs que le tailleur avait fait attendre et qu'il essayait, raide comme un piquet , inquiet de ses mouvemens comme de ses phrases , retirant sa main imprudemment avancée sur un flacon ou sur une boîte, de même qu'il s'arrêtait au milieu d'une phrase, se signala donc par un désaccord risible à l'observation de Pillerault. Sa figure rouge, sa perruque à tire-bouchons égrillards démentaient sa tenue, comme ses pensées combattaient ses dires. Mais les bons bourgeois finirent par prendre ces continuelles dissonnances pour de la préoccupation.

— 11 a tant d'alfaires ! disait Roguin.

— Les aflàires lui donnent peu d'éducation , dit

madame Ragon à Césarine,

M. Roguin entendit le mot et se mit un doigt sur les lèvres.

— Il est riche , habile et d'une excessive probité , dit-il en se baissant vers madame Ragon.

— On peut lui passer quelque chose en faveur de ces qualités-là , dit Pillerault à Ragon.

— Lisons les actes avant lo dîner, dit Roguin . nous sommes seuls.

Madame Ragon, Ccsaiine et Constance laissèrent les contractans, Pilierault, Ragon, César, Roguin et Claparon, écouter la lecture que fit Alexandi^e Crottat. César signa, au profit d'un client de Roguin, mie obligation de quarante mille francs, hypothéqués sur les terrains et les fabriques situés dans le faubourg du Temple ; il remit à Roguin le bon de Pilierault sur la banque , donna sans reçu les vingt mille francs d'effets de son portefeuille et les cent quarante mille francs de billets à l'ordre de Claparon.

— Je n'ai point de reçu à vous donner, dit Claparon , vous agissez de votre côté chez monsieur Roguin comme nous du nôtre. Nos vendeurs recevront chez lui leur prix en argent , je ne m'engage pas à autre chose qu'à vous faire trouver le complément de votre part avec vos cent quarante mille francs d'efiets.

— C'est juste, dit Pilierault.

— Eh bien, messieurs, rappelons les dames ,

CÉSAR BIROTTEAU. â81

car il fait froid sans elles , dit Claparon , en regardant Roguin comme pour savoir si la plaisanterie n'était pas trop forte.

— Mesdames ! Oh ! mademoiselle est sans doute votre demoiselle , dit Claparon en se tenant droit et l'egardant Birotteau , eh bien , vous n'êtes pas maladroit. Aucune des roses que vous avez distillées ne peut lui être comparée , et peut-être estce parce que vous avez distillé des roses que...

— Ma foi , dit Roguin , en inteirompant , j'avoue ma faim.

— Et bien , dînons , dit Birotteau.

— Nous allons dîner pardevant notaire, dit Cla- I)aron en se rengorgeant.

— Vous faites beaucoup d'affaires , dit Pillerault en se mettant à table auprès de Claparon avec intention.

— Excessivement, par douzaine! répondit le banquier ; mais elles sont lourdes, épineuses, il y a les canaux. Oh ! les canaux ! Vous ne vous figurez [>as combien les canaux nous occupent! Et cela se comprend. Le gouvernement veut des canaux. Le

canal est un besoin qui se fait généralement sentir dans les départemens et qui concerne tous les commerces , vous savez ! Les fleuves , a dit Pascal , sont des chemins qui marchent. 11 faut donc des marchés. Les marchés dépendent de la terrasse , car il y a d'effroyables teiTassemens, le terrassement regarde la classe pauvre, delà les emprimts qui en définitive sont rendus aux pauvres ! Voltaire l'a dit : Canaux , canards , canaille ! Mais le gouvernement a ses ingénieurs qui l'éclairent , il est difficile de le mettre dedans , à moins de s'entendre avec eux , car la Chambre! . . .Oh! monsieiu', la Chambre nous donne un mal , elle ne veut pas comprendre la question politique cachée sous la question financière. Il y a mauvaise foi de part de d'autre. Croyez-vous une chose ? Les Keller, eh bien ! François Keller est un orateur, il attaque le gouvernement à propos de fonds , à propos de canaux. Rentré chez lui , mon gaillard nous trouve avec nos propositions , elles sont favorables, il faut s'arranger avec ce gouvernement âito, tout à l'heure insolemment attaqué.

CÉSAR BIROTTEAL- 283

l/inlérêt de l'orateur et celui du banquier se choquent, nous sommes entre deux feux ! Vous comprenez maintenant comment les affaires deviennent épineuses, il faut satisfaire tant de monde : les commis, les chambres, les antichambres, les ministres...

— Les ministres ! dit Pillerault qui voulait absolument pénétrer ce co-associé.

— Oui, monsieur, les ministres.

— Eh bien ! les journaux ont donc raison, dit Pillerault.

— Voilà mou oncle dans la politique , dit Birotleau, monsieur Claparon lui fait bouillir du lait.

— Encore de satanés farceurs , dit Claparon que ces journaux. Monsieur, les joumaux nous embrouillenl tout, ils nous servent bien quelquefois , mais ils me font passer de cruelles nuits, j'aimerais mieux les passeï' autrement; enfin j'ai les yeux perdus à force de lire et de calculer.

— Revenons aux ministres, dit Pillerault espérant des révélations.

— Les ministres ont des exigences purement gouvernementales. M:iis (pTesl-fc ([ue je mange-

là, de l'ambroisie? dit Claparon eiis'iiiieiTompanl. Yoilà de ces sauces qu'on ne mange que dans les maisons bourgeoises, jamais les gargotiers...

A ce mol, les fleurs du bonnet de madame Ragon sautèrent comme des béliers, Claparon conipi-it que le mot était ignoble, et il voulut se rattraper.

— Dans la haute Banque, dit-il, on appelle gargotiers les chefs de cabarets élégans, Véry, les Frères Provençaux. Eh bien! ni ces infâmes gargotiers, ni nos sa vans cuisiniers, ne nous donnent de sauces moelleuses ; les uns font de l'eau claire acidulée par le citron , les autres font de la chimie.

Le dîner se passa tout entier en attaques de Pillerault qui cherchait à sonder cet homme et qui ne rencontrait que le vide, il le regarda comme un homme dangeieux.

— Tout va bien, dit Roguin à l'oreille de Charles Claparon.

— Ah! je me déshabillerai sans doute ce soir! répondit Claparon qui étoullait.

— Monsieur, lui dit Rirotteau , si nous sommes obligés de faire de la so Ile à manger le salon, c'est ((ue

CÉSAR BlROTTEAl'. 2^5

nous réunissons dans dix-huit jours quelques amis autant pour célébrer la délivrance du territoire....

— Bien, monsieur, moi je suis aussi l'homme du gouvernemenl. .rappailiens, par mes opinions, au stalH qito du giand homme qui dirige les destinées <le la maison d'Autiiche. un fameux gaillard î Cons<^rver pour ac(|uérir et surtout acquérir pour conserver.... Voilà le fond de mes opinions qui oiU I hormeur d'être celles du prince de Metternich.

— Q'H' [)Oui- fêter ma promotion dans Tordre de la Légion-d'Honneur, reprit César.

— Mais. oui. j<' sais. Qui donc ma pailé de cela . 1<'S Keller ou Xucingen ?

Koguiu, surpris de lanl daploud). (il un gcsir admiralif.

— VA\ non 1 ( «si a la Cliamhre.

— A la Chaudu-c. par M. de La Hillardière . d«'manda t^ésar.

— Précisément.

— Il est charmant, dit César à son oncle.

— Il lâche des phrases, des phrases, dit Pillerault , des phrases où l'on se noie.

286 CÉSAK BIROITEAU.

— Peut-ètie me suis-je rendu digue de celle laveur... reprit Birotieau.

— Par vos travaux en parfumerie, les Bourbons savent récompenser tous les mérites. Ah! sachons nous tenir à ces généreux princes légitimes, à qui nous allons devoir des prospérités inouies... Cai", croyez-le bien, la Restauialion sent qu'elle doit jouter avec l'empire , elle l'era des conquêtes en pleine paix . vous verrez des conquêtes !. . .

— Monsieur nous fera sans doute l'honnem'dassister à notre bal, dit madame Césai*.

— Pour passer une soirée avec vous, madame, je manquerais à gagner des millions.

— Il est décidémem bien bavard . dit César k son oncle.

Tandis que la gloire de la parfiunerie, à son déclin , allait jeter ses derniers feux , un astre se levait faiblement à l'horizon commercial : le petit Popinot posait à cette heure même les fondemens de sa fortune rue des Cincf-Diamans.

La rue des Cinq-Diamans, pelite rue étroite où les voilures chargées passent à gran'J'peine. donne

rue des Lombards d'un bout , et de Tautre rue Aubry - Boucher, eu face la rue Quincampoix , lue illustre du vieux Paris où l'histoire de France en a tant illustré. Malgré ce désavantage , la réunion des marchands de drogueries à l'entour la rend précieuse , et sous ce rapport Popinot n'avait pas mal choisi ; mais sa maison, la seconde du côté de la rue des Lombards, était si sombre , que par certaines journées, il y l'allaitde la lumière en plein jour. 11 avait pris possession la veille au soir des lieux les plus noirs et les plus dégoûtans , car son prédécesseur, marchand de mélasse et de sucre brut , avait laissé les stigmates de son commerce sur les murs , dans la cour et dans les magasins.

Figurez-vous une grande et spacieuse boutique il grosses portes feirées, peintes en vert dragon, ii longues bandes de fer apparentes, ornées de clous dont les tètes ressemblaient à des champignons, garnie de grilles Ireillissées en iil de fer, renflées par en bas comme celh^s des anciens boulangers, enliii dallée en grandes pierres blanches . la plu-

2S8 CÉSAfi filftOTTÉAtl.

part cassées, les murs jaunes et nus comme cetix d'un côrps-de-garde. Après venaient une arrière-^ boutique et une cuisine , éclairées sur la cour , eniin un second magasin en retour qui jadis devait avoir été une écurie. On montait, par un escalier intérieur pratiqué dans l' arrière-boutique , à deux chambres éclairées sur la rue, où Popinot comptait mettre sa caisse, son cabinet et ses livres. Au dessus des magasins , étaient trois chambres é'troites adossées au mur mitoyen , ayant vue sur la cour et où il se proposait de demeurer ; trois chambres délabrées qui n'avaient d'autre aspect que celui de la cour irrégulière , sombre , entourée de nnirailles où l'humidité , par le temps le |)lus sec. leur donnait l'air d'être fraîchement badigeounées : une cour entre les pavés de laquelle il se trouvai! nne ciasse noire et puante laissée par le séjour des mélasses et des sucres bruts. Une seule de ces chambres avait une cheminée, toutes étaient sans papier et carrelées en carreaux.

Depuis le matin Caudissart et Popinot, aidés

CKSAll BIHOrrtAU. 289

[)ar un ouviier collour que le coinmis-Yoy;{goiir avait «iU' cliorchor. teiulaient eux-mêmes un papier à quinze sous dans cette horrible chaui- }ne, peinte à la colie par l'ouvrier. Un lit de ( joUégien à < ourhetîe de ])ois rouge, une mauvaise lable de uuit , une commode antique, une table, deux lauteuiis el six chaises donnés par le juge Popinot à son neveu, coinposaient rameublenu'nf . (Jaudissart avait mis sur la chemiu'M^ un trumeau uarni d'une méchante glace, acheté de hasard. \ ers huit heur<'s du soir, assis devant la cheminée où brillait une falourde allumée , les deux amis allaient entame)* le reste de leur déjeuner.

— .\iTière le gigot froid ! ceci ne convient pas a ime pf^daison de crémaillèi'e, cria GaudissarL

— Mais, dit l\)j)inot en faisant sonner dans s<!n gousset les vingt francs qu'il gardait }iour paver le [)rospectus, je...

— Je... dit Gaudi.ssart en mcllanl un<» [îiècc dv quarante francs sur son leil.

In coup de marteau retentit alors dans la c^ur iiaturellement solitaire el sonore le dimanche, jour I. 19

^JO CÉSAR BIROTTFAt.

<Hi les iiuluslriels se dissipent «'t abandonnent leurs laboratoires.

— Voilà le fidèle de la lue de la Poterie. Moi . re|>rit l'illustre Gaudissart, fui! et non pas j>/

En eft'et . un garçon suivi de deux niarinitt)ns :*f)porta dans trois mannes un dînei' orni' de six Ivoiiteilles de vin ehoisies avec discernement.

— Mais comment ferons -nous pour mangnlîint de choses? dit Popinol.

— Et l'homme de lettres! s" écria Gaudissarl. Kioot connaît les pompes el les vanilt's ! 11 \a vtmir, enfant naiT! muni dun prospectus éhouliilimt. Le mol est joli? h<'in! Les j)rosi)ectus onl JiHiijours soil"; il faut arroser les graines si l'on veut des fleurs! Allez, esclaves, dit-il aux marmit«>fis en se drapant, voilà de l'or!

\\ leur donna dix sous par un geste digne de Nap»i«*on, son idole.

— Merci, monsieur Gaudissart. répondirent les marmitons plus heureux de la plaisanterie que d<* r:#rgent.

— Toi. mon fils, dit-il au garçon qui restail poiu-

CÉSAR BIROTTKAl'. 291

sfTvir, il est «ne portière, elle g\t tluns les prol'oiideiirs d'un antre où [jarfois elle cuisine, comnn' jadis Nausieaa faisait la lessive, par pur délassement. Rends-toi près d'elle , iinjilore sa candeur, intéresse-la, jeune hoinine, à la chaleur de ces i^lats. Dis-lui qu'elle sera bénie, et surtout res- [jectée , très respectée [)ar Félix Gaudissarl, fils (h- Jean-François Gaudissart . pctit-fils des Gaudissart. vils prolétaires fort anciens, ses aïeux. Marche et fais que tout soit bon, sinon, je le flanqu"un Ut majeur dans ton saint lucî

In autr<'coupde njarteau retenlil.

— Voilà le spirituel Andoche, dil G;ai lissart.

l:n gros garçon assez joufllu, de* taille ni(>yeniH' et qui , des pieds à la tète, ressenil)iail au 111s d'u!i chapelier, ii traits ronds où la (ines!-e était ensevelitsous un air gourmé, se montra souilain. Sa ligure. :d(rislee coFunie celle d'iui hoiuine eiuuiyé de mi- Sfl're , j»ril une rxjiression d'hilarité (piand il vit 'a table miseel les boiilcilles. Vu <ii de (iau lissarl , son pâle a;il bien jx-lilla , sa grosse tète en ust'c f>:u- sa ligure '•aluiou<pie alla d«' dioil»' ii gauche,

292 fKSAR BIROTTEAir.

tH il s.'jliia Popinot d'une manière étrange, sans servilité, ni respeel , (emnie nnlionnne qui ne se sent pas à sa plaee el ne l'ait aueunt^ eoneessioii. Il côninieneait alors à l'eronnaître en lui-même qu'il ne i>ossé(lait aneun talent lilt<''raire. il pensaitt ii rester dans la liltéralure <ni exploitateur , à \ monter sur l'épaule des gens spirituels, à y faire des affaires an lieu d'y faire dc^s o'uvres mal payées. 11 avait , en ee moment, éjmisti l'humilité desd(''marthes et Thumiliation des tentatives, il allait ei)mme les gens (\c haute portée Ihianeière, se retourner et devenir impertinent par parti ])ris. Mais il lui fallait mj<' pr(Mïiière mise de fonds . (iaiidissart la lui avait montn'e ;i toucher dans la mis<' en seène d<' l'huile Popinot.

— Vous traiterez pour son conqite avec 1rs journaux, mais n(* !<' rouez pas. autrement nous :mrions un duel à ntorl , domiez-lui en poiu' ^oM argent !

l'oiMUOt regarda routeur dun aii- inquiet mr les gens vraimrnr eominriciaux eousidrrenl un anleui-.'ivee un senlinxiit où il entie de la lerreiu-,

CÉSAR KlROTTEAl. 29^^»

«le la compassion et de la euriosilé. Quoique Popinoi eût ('té bien élevé, les hahiludes de sesparens, ii'urs idées, les soins bélilians d'une boutique e\ d'une caisse avaient niodilié son inielligence en la pliant aux us el coutumes de sa profession , pli(''- Momène que Ton peut observer en remarquant les métamorphoses subies à dix ans di; distance paicent camarades sortis à peu près somblables du collège ou de la pension. An<ioclie accepta ce saisissement conmie une profonde admiration.

— Eh l)ien ! avant le dinei", coulons ii fond le prospectus, nous [loui'i'ons boire sans arrièr(>-pensee, dit Gaudissarl. Après le dincr, on lil mal. la langue aussi digèi'e.

— Monsieur, dil I*(»j)inol . un prospectus esl soUMMit loul imr forlunc.

— Va souvent, dil Aiidoche. la forlunc n'est qu un prospectus!

— Ah! très joli! dit (laudissart. ilr far( cuitrAiidoclie a de l'esprit cojnmc les (piaranle.

— (loiiunc cent , dil Popinol slujx'fait de cette idée.

294 ŒSAR BIRO'iTEAU.^

L'impalleiit Gaiidissart prit le niaiiuscrh et hit à haute voi\ et avec emphase :

HUILE CÉPHAIJQUEî

— .lainierais mieux Huile Césarienne . dil P<tpiuot.

— Mou ami, «lit Gaudissarl , îu ne connais pas hîs gens de province. Il y a une opc'ration chirurgic:de qui porte ce nom-là, et ils sont si hètes qu'ils d'oiraienl ton huile ])rojir-e:t l'aciliter lesaccoucheuii'us. De là pour l(^s ramenci" aux «licvcux. il y aurait trop de lirage.

— Sans vouloir défendie mon mot. dil l'auteur, je vinis fcM-ai ohserver que Jhiile CrplKf/ique veut dire huile poui* la Icle et ri'sume vos idées.

— Voyons! dit Pojûuol iuqKUienl.

Voi; i le j)rospe( tus tel (pie le commerce le vo- « (lit par uiillicrs <'ucore aujourd'hui. {Autre pièce jusiificalire. )

3IKDAILLE D OK A L EXPOSITIOA DE 1819.

fiÉlPIHii]LI®i©]E.

BREVET n INVENTION KT DV IKRFECTIONNEMKNT.

.\ii/ rnsm(''ti(juf' ne piiil [aire rroilrr tes chcrcii.r. fie mnnc tjnc nnUt' im''jnu(ilitni chimique ne /es teint sans danijetjKHir le siéffe de riuieUi(jevee. /.// science a déclaré reçoit meni qne les cher eu. c élaienJ

:i^H» CÉSAU KIIlOTTKAir.

iinr substance ninrtc. cl qw^ nul a(j< ni nr jnal /es eiupvcher de tomber ni de blanchir. Pour prévenir ia Aerasie et la Cahyitïe.il su/fil de préserver la bulbe d'où ils sortent, de toute influence extérieure atmosimérique, et de maintenir à la tête la chaleur qui lui i'sl jiropre. l'iiuili: céphalkh!. , basée sur ces prlnrij;cs établis par r Académie des sciences, produit ri'f important résultat . auquel se tenaient les anciens, les Romains, les Grecs cl les nations du

\o/(l au.i quelles la chcc-lure était /irécieuse. Des recherches saranics ani dèiinmlré que les n«fbles qui se distinijuaienl aulrt'jois à la loujjueu/- de leurs chereu.f . n'emi)lot/aient pas d'autre mo//en . seulement leur pnuédé , habilement retrouvé y.ar

\. Pojtinol . inventeur de /"m ni; ( i ru xi.iori: , iiniil été pe/du.

Conserver au lieu de chercher à pr<tVi>quer une slintulalion itnpossiftle ini uulsit)le sur le deruw <pu ntulienl les fnilf^es . Ii lie esl dtaïc la destination de I. III ii.i; (;i:iMi.\i.!ni i;. E}i e/fd . celle huile, <p(i s'oppose é( l e.cjolialion des pellici 1rs . qui e.rhale une odeur suavr , et qui par les suf>sl(ijires doul die

CÉSAR TJIROTTEAl. 297

f'sl composée, dans lesquelles enirr comme principal éiéwenl r essence de noiselle. empêche loulcactionde l'air extérieur sur les lé les , précienl ainsi les rhumes , le coriza , et loules les affections douloureus4's de l'encéphale en lui laissant sa température inlêrieure. De celle manière, les bulbes qui contiennent les liqueurs (jénéralricrs des chcreu.r , ne soni jamais saisies ni par le froid . ni par le chaud. ha chevelure , ce pnuluil mar,niftqui\ éi laquelle hommes et femmes (dtachcnt tant de j.ri.v , coiLscire alors jusque dans l'âge aeancé de la personne qui >v' vv7 de /iiiiLi: Ci'.iMiAi.KU i: , ce brillant . cette finesse , re lustre qui rendent si charuaintes les léles des en fans.

i.\ MAMÏJii: m: s'l.n siuvir est jointe éi chaque (lai liu et lui sert d envelttppe.

298 CtSAR BIROÏTEAU.

MAMÈRK I)i: SE SrUVIR 1)K l.'lU ILE CÉPIIAUQIJE,

// csf loul-ù-f((H iinitilc doùrlrc /es cheveux, rr ti'esl pas setilemenl nn préjuijt' ridiiïilc. mais encore une habitude fjènanfe. en ce sens que Je cosniéf/(/ue laisse partout sa trace. Il suffit tous les malins de tremper une petite éponge fine dans r huile, de se faire écarter les cheveux avec le peigne, cVimt)if)er les cheveux à leur racine de raie en raie, de manière à ce que la peau reçoive une légère couche, après avoir préalaf)lement nettoijé la tète avec la brosse et le peigne.

Celte huile se vend [lar flacon, portant la signaluiede r inventeur iHUir empêcher toute contrefaçon, et du prix de trois j rancs, chez A . POl*L\(H\ rue des Vinq-T)iamans, quartier des Lomt)ards, à Paris.

ON EST PHiÉ i>'i:<:kiue ekanco.

Yota. Ln maison A. Popinot Mont rgalrmonl les huiles tic la (lrogu(Mie , comme, nérolis, huile d'aspic, huile d'amande douce, huile de cacao, hiùUi de cal'é , de ricin et autres.

CÉSAR IHROTTEAU. 2^9

— Moucher ami. dit rillustro Gaudissarl à Fiiiùt, c'est parfaitement (krit. Saqiierlotte , comme vous abordez la liante sciene<'; nous ne tortillons |)as, nous allons dioit au fait. Ah I je vous fais mes sincèies com})liniens, voilà delà littérature utile !

— Le beau ]>rospe{'1usî dit Popinol «'lUiiousiasmé.

— Un prospectus «ionl le piemicj" mot tue Macassar, dit (JaudissîU't cm se levant d un air magistrai pour prononcer les paroles suivantes qu'il scanda |>ar des gestes });n'lenientaires :

On — ne — fail [»as — pousser les cheveux!

On — ne les — leinl [>as — sans danger!

Ah ! ah ! là est !<• succrs. La science moderne est d'acc(M'd av<'c l<'s hahiludcs des anciens. On peut s «'uU'ndic av<'c l«'s vieux <'t avec les jeunes. Vous, avez allaii'e à un vi<'illard. « Ah! ah! monsieni'. les an( iens. lestirecs, les lîomains avaient raison el n<f sont pas aussi hrles qnon veul le faire croire ! » Vous tiJiilez avec un jeune homme? « Mon cher gai'con, encore mie deeouverle due au progrès des himicîTs, n< us pi'ogi'essons. Que ne d(»il-

'M') CÉSAR lîIROTTE.Vr.

ifii ]ias attendre de la vapeur, des îélégraplies et ;^nîjes! Cette liuile est le résullal d'un rapport de *'!. \an<pielinî » Si nous iinjii'iniions un passage (hi nirnK»ii'(> de M. Yauqnelin :i l'-Viadéniie des MJenees, eonlinnant nos asseilions , hein! Fartuiixl Allons Finot, à tahle I (Jiiipmns les légumes î SaMons le Chanijiagne au sueeès de notre jeune iîiiii !

— J'ai [MUSC, dit l'auteur niodesteinenl, que \ép*>ipw' du pi'ospectus l(''ger (H }>a<liji (Hait passée; eoiis <'nli'ons dans la pc-riode de la seienee, il faut lin air dorîoïal. un Ion daut<»rili' pour s'imposer au puMie.

— Nous cliaunerons ((lie lujile-l;i. les pieds me tiJ/iuangenl et la langue aussi. Jai les commissions di' lous erux (jui font dans h's cheveux, aULUn ne donne plus de irenle {»our cent, il iaul lâcher quarajilepour ceiu de reuiise je réponds de cent mille l.tt*Ueilies eu st\ mois, .rallacpierai les pliarma- « i. ns. I( s é|ii( iei's. lescoilléurs ! Kl euleui' domiant (.piaraule pourceiil. lous englauderoul leur public.

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