‹ Histoire de la grandeur et la décadence de César BirotteauChapitre 7 sur 24 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

:j22 LiîS.',K UlilOTliîAr.

ijîio, la ciièro Ciiiaijl . avait eiiipioyc luul son petit trésor, cent louis, à îiclieler des livres à soii père. M. Roliaiilt lui avait un matin cohu<'' ([u"il y aurait deux coj'ps de bibliothèque dans !a ebanibre de son père, laquelle formait cabine! , une surprise d'architecte. Césarine a-^ait jeté toutes ses économies de jeune lille dans le comptoir d'un Hbraire, pour oiï'rir à son père : Bossuet , liacine. Voltaire , Jean-Jacques Rousseau. Montesquieu. 3[olière. liullbn, Fénélon . Deiille. Bernardin de Saint- Pierre, î.a Fontaiui'. (Corneille, Pascal. La Harpe, enfin ceîte bil)liothèque vulgaire qui se irouvc parloiit et que son père ne lii'aii jamais. Il devait y avoir un lej'i'ible mr'moire de relime : Finexacl et célèbre artiste Thouvenin avait piomis de livrer les volumes le seize;», midi. Césarine avaii confié son embarras à son oncle Pilleratdt . eî l'oncle s'élail ( !iari4<'' du mémoire. La surprise de Césai'à sa lénune élail une rolu^ de veloui'S ceiise garnie de d(!nlel!es, don( il venait <le parler à sa fdle, sa (•o)n[>lice. La sm-prise de in;ii!ani(' lîiroKeau pom- le nuHNcau (li''\alicr cnsilairc luif juiired*' boudes

Œt<\n I5!H(.>!T!:SL'. 323

(JOr H un soJiluire en épingle. Enlin il \ avail poui' toute la laniille la surpi'lse de i'appai'tenient , la- (pjelle devait être suivie dans la ([uinzaioe de la grande suiT;)rise des mémoires à })ayer.

César [)esa mûrement quelles in>itaiions devaient être laites en personne el quelles poitées par Raguet. le soir. Il pi'it l'ii ilacre, y init sa lénmie enlaidie d'uncliapeau à j)}umcs et du dernier eliàle donné, le eaclieniire qu'elle avait désiré pen<lanl quinze ans. Les paj'l'umeurs en grande lenue s'ae(piillèrenl de vingt-deux visites dans mie niatini'e.

César avait lait graee à sa lennne des dit'iieidlés (pie présentait au logis la eonfeciion bourgeoise des diné'iens (<nneslil)les exigés pai- la splendeur de la l'èle. lu irailtî diplomatique avait eti lieu en- Ire lilluslre Clievetet lîirutteau. Chevet lournissail une supcihe ai-genteiie, qui rapporte autant qu'une teire [»ar sa loealion : il lourniss;u( le dîner, les vins, les gens de service couniiaudes j»ai- m\ inailre-d'liùtel daspeei ( (niveMal>l<' . I<»ns respon-

sd>l<'s d«' leurs l';n(s, ri i.M'sie ,. C.lic ,(•( <|eMiandait la

324 TKSAR mnorTFAU.

ciiisi!!!' i'i 1;! ^a'ic ;« iiiuu.ucr tl'.'l eiUresol poui" y éta- "UWv 9(n\ (|uailier-îiéiu*ia!. il devail ne j>as (l<%c*iiip;ini' jKHir servit' lia (lincj* tic Niiigl personnes à six li»Miie>. <'i it um' htMirr du malin un inagniliquc ambigu. liiroUeaii sélail cnH'ndii avcr le cale de Foy [Mjiii- les glaces r{ap))ées en IVnil . servies sur «le jolies lasses, cuillers en Aejineil , j»la(eanx d'aïgenl. Tani'ade . aulro illnslialion . l'ournissai! les rari'aielii>S''n!ens.

— Sois iian<[uille . dil Ci'sar ii sa lennne (>n la V(»\anl liii p<it 1iMp iiupiirle rava.nl-veille. (ilK^Nel. Taurade e( ic t;\Çv d»- \ùt\ ()((n[»ernni l'eniresol . Virginie iiai(!eia le second . la Itonlique sera bien (V'ian'.'e. ^on'^ n'anr()n!> plus tpi a nous cari'er au prctniiT.

Le sci/.e . A i\r\i\ heures . M. de La Uillardif're vint prendre O'sar poin- \c mener a la (^lianeellerie delà Légioa-rrHoinieur où il devail èUe revu chevalier par monsieur le eoinle de Lacépède avec une dizaine d'autres chevaliers. Le maire trouva le parfumeur les larmes aux yeux : sa femme venait de lui faire la surprise des boucles d'or et du solitaire.

CÉSAR birotteaU 325

— Il est hien tîorix d eu e aimé ainsi ùii-W en Mionlanten (iacre. en lucsencedeseseoiinnisatlrouj)és,(le Césarine ei de Constance qui regardaient César en enlotte de soie iioiie. en l)as de soie el le nonvel habit bleu barbeau sni- le(juei allait briller le ruban qui, selon Molineux. voulait du sang.

Quand César rentra |»(»ur diner. il était ]>àle de joie, il rei>ai'«lail sa croix dans toutes les glaces. cardans sa première ivresse il ne se eonienla pas du ridian . il fui glorieux s:nis lausse modestie.

— Ma lémme . dii-il . Monsieur le grand-chancelier est un homme charinanl : d a, sur mi mot de La IVillardière . ac<e|>l('' mon invitation. Il vient avec monsieur ^all(|l>e^m. M. de Luct'pède esl un grand lionune . oui, ;m[;uiL t|iie monsieur \auquelin . il a lail (|uai;mle volumes! Mais aussi «"'est un nuleiir pair de Knmce. N otd>li(»n-s pas de lui dire : \ olre seigneurie on MonsieiU' leiomle!

— Mais mange donc, lui dil sa feunn»- ; d est pire qu'un enlanl l(»u per<-. <li( (ioiislaneea Ce.>arine.

— Connue < ('la laii bien a ta hoiUonmere. dil

320 rÉSAP. lîIROTTEAU.

Césai'iup. On tp liortf'ra donclps aniies el mn\^ sortirons onseiii])lp ?

— On me |)ortera !rs armes, paiioiiî oà il y mira des l'aclionnaires!

En ce moment , Rohanll descendit avec Braschon. Après dîner. >ionsienr, Madame et iSïademoiselle pouvaient jouir du coup d'œil des apparlemens . le preiiiiei- garçon de Braschon achevait d"v clouer quelques palcres. eî irois lioinnies allumaient les })ougies.

— W \\\\\{ («'ni vingi !);>ug!es, dit Braschon.

— I II inëmoire de deux cenls IVancs cijcz Trndon! dit madame César dont les plaintes furent arrêtées par un regard du chevalier Birotteau.

— Votre fête sera magnilique! dit Braschon. César ne compj'it pas ce que voulait dire le riche

tapissier <le la j'ue Saint-Antoine. Braschon lit onze tentatives inutiles pouj' cire invité', lui, sa femme, sa fille, sa helie-mère et sa tante. Braschon devint l'ennemi de Birotteau. Sur le pas de lay>orte , il raï)pela monsieur le chevalier.

Birotteau sr <lil m Ini même : — n<'jà les

f:i':>AR EIROTÏEAl"- 327

llMUeiu's! L'abl)'/' Loraiix iifa bien engagé à in* pas doimei' dans leurs pièges el à rester moileste. Je me souviendrai de mon origine.

La répétition générale commença. César, su femme et Césarine sortirent de ia bontique et eiitrèrent chez eux par îa rue. La porte de la maison avait été i-efaite dans un grand style, à deux ventaux, divisés en panneaux égaux et cairés, au milieu desquels se trouvait u!i oi-nement arcliitectural de Tonte coulée et peinte. Cette porte. (i« venue comnnme à l^aiis . (Hait alors dans tonte sa nouveauté. Au lond du vestibule, se voyait Tescalier divisé en deux ramjM's droites entre lesquelles se trouvait ce socle doiU s inquiétait Birotteau , el qui formait une esjièce d<' boîte où pouvait loger une vieille lennn(\ Ce vestibule dallé en marbre blanc el noir, peint en marbre, était éclairé par inic lampe antique ii <[uali'e becs. L'architecte avait uni la richesseà la sinq^licité. In (Hroit tapis rouge relevait la blancheur des m.'irches de l'escalier en liais poli h la pierre ponce. Vi\ premier palier doimail une entrée à l'entresol. La porte <les

328 CÉSAR BIROTTHAU.

appai lenieiiséLu! (Îiiun le pvnic (!«' dAh sur- la rue-. mais en menuiserie.

— Quelle grâce! dil Césanne. Et cependant . il n'y a rien qui saisisse i'œil.

— Précisément, mademoiselle, la grâce vient des propoi'lions exactes entre les stylobates, les plinthes, les corniches et les orneniens, puis je rfai rien doré , les couleurs sont sobres et n'of- IVent point de tons éclatans.

— C'est une science , dit Césarine.

Tous entrèrent alors dans une antichambre de bon goût, parquetée, spacieuse, simplement décorée. Puis venait un salon à trois croisées sur la rue , blanc et louge , à corniches éiéganmient profilées, à peintures fines, où rien ne papilloliail . Sur une cheminée en marl)re l)lanc à colonnes était une garniture choisie avec goût , elle n'oftVait rien de ridicule, et concordait aux autres détails. Là régnait enfin cette suave harmonie que les artistes seuls savent établir en poursuivant un système de décollation jusque dans les plus petits accessoires, et que les bourgeois ignorent , mais qui

l<s sri»'|»i<nnf'H(. I n lusire à viiii^l-=qiiatro. hougies faisait resplendir les draperies de soie rouge, le parquet avail un air agaçanl qui [)rovoqua (A^sarine à danser. Un boudoir vert et blanc donnait passage dans le cabinet de César.

— .l'ai mis là un lit, dit Rohault en dépliant les poi'les d'une alcôve habilement cachée entre les deux bibliothèques. Vous ou madame vous pouvez eti'c malade, et alors chacun a sa chanibre.

— Mais celle bibliolhèque garnie de livres reliés!... Oîi ! ma ienmie! ma femme! dit César.

— iSou , ceci est la surprise de (^ésarine. I^e parrumcm- (^nbrassa sa (ille.

— Pardonne/, monsi<'ur, dil-il à I archiiecle , à i'(''moli<^n d'un ])ère !

— Mais faites, laites donc, monsieur, ilil Rohault. Vous êtes chez vous.

Dans ce cabinet dominaient les couleurs brunes, relevées p;ir des ;ign'mens verts. < ar les [)lus habiles transitions de I harmonie liaient hMites les |)iè- (cs de rap[»:ntemenl Tuiu' à laiilre. Ainsi la couleur (pii faisait le fond d'une pièces servait à l'a-

330 Cl^SAR EIROTTEAU.

grémeiit de l'aulio, e( ricc versa. La gravure dH( r< » et Léandre brillait siir \\\i panneau daris le eabiiiel de César.

— Toi, lu paieras loiil eela. dil gaîiiient Birolleau.

— Celle belle eslampe vous est donnée \ku' monsieur Anselme, dit Césarine.

Anselme aussi s'élail permis une surprise.

— l^auvre enfiinl . il n fail coiiinx' moi |)ov!i' monsieur Vauquelin.

\a\ chambre de madame Birolleau venait ensuite. L'archileeîe y avait déployé des magnilicenees de nature h plaire aux braves gens qu'il voulait empaumer, car il avait tenu paroleen étudiant cette /vs/«Mrrt^/oy^ La chambre était tendue en soie bleue, avec des ornemens blancs , le meuble était en casi- Hiii' blanc avec des agrémens bleus. Sur la cheminée en marbre blanc , la ])endule re})résentait la V('nus accroupie sur un beau bloc de marbre , un joli tapis en moquette et d'un dessin luic unissait cette pièce à la chambre de Césarine tendue eu perse et fort coquette: im piano, une jolie armoire

rï:SAR BIROTTEAT'. 331

h glace, un [)Cti[ lit chasle à rideaux srmples et tous les ]>eîils meuhles qu'aiment les jeunes personnes.

La salle à ujanger était derrière la ehambre de fiirotteau et eeîle de sa fennue , on y entrait par l'escalier, elle avait été traitée dans le genre dit Louis \1V. avec la pendule de Bon lie, les bu ftot s de cuivre et d'écaillé, les nuu's tendus eu <''(olVe à clous dorés.

La joie de ces trois pei'sonnes ne saurait se décrire, surtout quan<l en l'cvcuanl dans sa chambre, madame Biroiicau îiouva sur son lit sa lobe de velours cerise garnie (ni dentelles que lui olTrait son mari, et que Virginie y avait apportée en veuaul sur la pointe des jtieds.

— Monsieui', cet appartement vous feia beaucoup dhomieur, dit (;onsl;mce :i M. RoliauU. Nous aurons cent et qu<'l(pies pei'sonnes d(Mnain soir, cl vous recueilleiHV. les éloges de tout le monde.

— .levons recommanderai, dit (](''sar. Vous verrez la li'lr dn c<)mmer<c, cl vous serez «'onnu dans

une ïienio Noirr-t' j)!ti> «jiu- si vous .ivirz Imfi conj maisons.

Constance émue ne pensait plus à la dépense ni à critiquer son mari. Voici pourquoi.

Le malin en apportant îïéro et Léantlre, Anselme Popinot , il <pii Constance accordai! une haute intelligence et de grands moyens, lui avait affirmé le succès de Tiluile Céphalique. auquel il travaillait avec un acharjiemenl sans exemple: il avait |>romis que, maigri' la jondcur du (IniVre au(piel s'élèverai<'nt les (olies de lliiolleau . dans six mois ces dépenses seraient couvertes par sa part dans les l)én('lic(>s donnes |)ar llmile. A[)rès avoir tiemhh' pendant dix-neulaus . il était si doux de se livi'ei' un seul jour à la joie . ([ue Constance promit à sa Mlle de n'empoisomxM' le bonheur de son mari par aucune réllexion . ri de s'y laisser aller tout entière.

Quand V(ms onze heures M. Ijoiiaull les quitta, elle se jetia <lonc au cou de s(Hi mari et versa tpielqui's pleuis de coiiteuleuieul eu disaul : — César! Ah! lu me i-ends hieu folle e( l)i<Mi heureuse.

CÉîiAR BIROTTEAl. 333

— Pourvu quecela dure , u'csl-re pas? dit en sourianl O'sar.

— Cela dînera, je liai j>lus ({<• erainles. dil madame Biiolleaii.

— A ia bojHK' heiîre. dil !e jtarrmueui'. \u m a[»précies enlin.

Les i;«'iis ;isse/. grands \hhw iceoimaitre leurs laiblesses;ivoueroul (|n une |)auvre <)r[)lieliu<* (|ui di\hiiil ;(us aii|tai;iv;iiil el:iii première demoiselle ;ui l*elit-.M:ilelol . île Saiiii-i.ouis. (piiiu pauvre puvs.m veuu (le Touraiiie il Paris avec un bàlou ;i la maiu. a jtied. eu soulier.-. Terres, devîiicut èlre Mailes. Ih'ureux de domui- une paicilN' lèle |KHir d'aussi louables molif's.

— .Mon Dieu, je [»erdrais l»i<'n eeul IVjuk s . dil (.<'s:u'. piMU tpi il nous vini luic \isile.

— \ oila M. I aMir Loraux! dil \irL!,iui<'.

L ahbe Loi'aux se moiUra. (.c prelre èiait alor.s vicaire de Sainl-Sulpiee. Jamais la j)uissan(c de Tame no so n'-véla mieux qu'eu ce saint prêtre dont le comuierec laissa de [)rofou(les enipreinles dans la mémoire d<' tous ceux «|ui le eonnui'enl.

334 <:s:<Au Bii;(jrii:Ai.

Son visage rediigiié, laid jusqu'à repousser iacoii- ^lianœ, avait été rendu sublime paî- l'exercice des vertus catholiques: il y brillait par avance une splendeur célesle. Une candeur infusée dans le sang reliait ses traits disgracieux , et le l'eu de la charité puriiiail les lignes incorrectes par un phénomène contraire à celui qui , chez Claparon . avait tout animalisé, dégradé. Dans ses rides se jouaient les grâces des trois belles vertus humaines. l'Espérance, la Foi. la Charité. Sa parole était douce, lente et pénétrante. Son costume était celui des prêtres de Paris, il se permeltait la redingote d'un bruninarron. Aucune ambition ne s'était glissée en ce cœur j)ur, que les anges durent apporter à Dieu dans sa primitive innocence. Il fallut la douce violence de la fille de Louis XYÎ pour faiic accepter une cure de Pa lis, encore nue des plus modestes! ix l'abbé Loraux. îi regarda duii omI inquiet toutes ces magnificences, sourit ii ( es trois conimerçans enchant('s, et hocha sa tète blanchie.

— Mes <'nfaus, leur (li(-il . mou lole ir<^sl pas d assister ii. <les i*ics, mais <.l«; con^ojrr les alïligés.

CKSAu lîiKuiTKAr. :î3r>

Je viens remercier monsieur César, vous féliciter. Je ne veux venir ici que pour une seule fête , pour le mariage de cette belle enfant.

Après un quart cVlieuie . l'abbé se retira , sans que le parfumeur, ni sa fennne, osassent lui monirer les appartemens. Cette apparition grave jeta ([uelques gouttes froides dans la joie bouillante de Cx'sar. Cliacun se coucha dans son luxe, en prenant possession des bons jolis petits meubles qu'il avait souhaités. Césarine déshabilla sa mèi'c devaiil une toilette à glace en maibre blanc. César sétait donné quelques superfluités dont il voiiUil user aussitôt. Tous s'endormirent , en se représenlanl ))ar avance les joies du lendemain.

Après avoir été à la messe et lu ses vèpies, Césarine et sa mère s'habillèrent sur les quatre heures , après avoir livi('' l'entresol au bras S4'ruliei' des gens de (Chevet. Jamais toiletle n'alla mieux à madame Césai- (pi(^ celle lolic de velours cerise, gai'nie en dentelles il mMiulics coiirics. orncrs de jockeis : ses beaux bias eiicoïc liais et jeunes, sa H<)iliiije éluicelajile de blancheur, son col . sesépau-

les (1 un si joli dessin, élaienl rehaussés par eeUe riche étoile el par ce! te niai^uilique couleur. Le naïl' con(enïenieiil <[ue ioiiU' leinuie éprouve à se voir dans loule sa l)eaule donna je ne sais quelle suavité au prolil grec de la pariinneuse, dont la beauté païut dans ioule sa linesse de camée.

Césarijie . habillée en crêpe blanc , avait une coui'onne de roses blanches sur la tète , une rose à son côté . une écharpe lui couvrait chastement les épaules et le coisage, elle rendit Popinot fou.

— Ces gens-là nous écrasent . dit madame Rogiiin h son mari en parcourant Tappartement.

Elle était luiieuse de ne pas être aussi l)elle (|iie madame (j'sar . (ar huile femme sait loujoms en rile-même à quoi ^ (mi leiiii' sur la supériorilé- ou I inlV'riorilf d'iux' rivale.

— Lia h ! ça ne durera pas long-temps , et bientôt tu éclabousseras la pauvre femme en la rencontrant à pied dans les rues , ruinée ! dit Hoguin bas à sa femme.

Vauqueliu fut (Tune grâce parfaite, il vint avec

M. ilr j,:«i ('jièdi' . suil COll^ytK' <l'" I illSliuU qui

lavait été preiuijc cil voilure. En voyant la resplendissante parfumeuse . les deux savans tombèrent dans le compliment scientilîque.

— Vous avez , madame, un secret que la science ignore, pour rester ainsi jeune et belle , dit le chimiste.

— Vous êtes ici un peu chez vous , monsieur lacadëmicien, dit Birotteau. Oui, monsieur le comte, reprit-il en se tournant vers le grand chancelier de de la Légion-d Homieur , je dois ma fortune à M. Vauquelin. .l'ai riionneur de présenter k Votre Seigneurie , monsieur le président du tribunal de commercx^. C'est M. le comte deLacépède, pair de France , un des grands honunes de la France, il a édii (piaranle volumes , dit-il à Joseph Lebas qui accompagnait le président du tribunal.

Les convives lurent exacts. Le dîner fut ce que sont les dîners de commerçans , extrêmement gai , plein de bonhomie , historié par de grosses plaisanteries (pii font toujours rire. L'excellence des mets, la l)ont<'' des vins furent bien appréciées. Quand I. 22

338 riî;<VR BTROTTrAr.

I:» sori«'ié rvnlia dans les salons poiii' pi^emliY' le ^ café , ri élail neiil" luiires cl deiiîio. Qiî('l<|iios fiacics avaient amené d'iiiinationtes danseuses. Une heure après, le salon fut plein . et le bal piit un air de raout.

M. de Lacépède et M. Vauquelin s'en allèrent au grand désespoir de Biiolîeaii. (pii les suivit jusque sur l'esealier en les suppliant de rester, mais on vain. 11 jéussil n maintenir M. Popinol , lejuLîC. t't M. de T.a Billardière. Al'excepiion de trois femmes qui repi"«''sen!;>.!(';)l ] Arislocia'i'-' . la Finnnc<' cl rAdmini-tralioii : madcmoisclic <!c Fontaine, madame Jules, madame Rabourdin. et dont l'éelalante beauté, la mise et les manières Iranchaienl ail milieu de celle r<'union ; les autres ("emmesolfraient à l'œil des l(iiietl'es !ourd(>s . solides, ce je ne sais (pioi de cnssu f|i!i donne aux masses bourgeoises uu aspeci comiwun, (jue la légèret<''. la graee d<' ces trois Icuunes faisaient eruellemeni i"essorlir. La bourgeoisie de la nie Sain(-T)enis s'étal;iit majcstueiiseuKMil eu se mniitiaul dans toul<' la ph'nitude de ses droils de spiriluelh' soltise.

r.ÉSAR BIROTTEAr. 330

C'était bien celle lioiirgeoisie qui habille ses eufans en lancier ou en garde national , qui acliète Victoii'es et Conquêtes, le Soldat laboureur, admire le Convoi du pauvre , se réjouit le jour de garde , va le dimanche dans une maison de campagne à soi, s'inquiète d'avoir l'air distingué , rêve aux honneurs municipaux; cette bourgeoisie jalousa* de tout, et néanmoins bonne, serviable, dévouée, sensible, compa lissante, souscrivant pour les enfans du général Foy , pour les Grecs dont elle ignore les pirateries, pour le Champ-d' Asile au moment où il n'existe plus, dupe de ses vertus et bafouée pour ses défauts par une société qui ne la vaut pas. car elle a du cœur précisément paire quelle ignore les convenances ; celte vertueuse bouigeoisiequi élève des lilles candides lompues au liavail , pleines de <]ualil('S tjue le conlacl des classes sup('rieur*es diminue aussilùl qni'lle les \ lance. c(N iilles sans espril parini lescpielles le boiihoniiut' (Jli'Vsale aiu'ail ])ris sa l'enune : eniiii une bourgeoisie admiiableniei.il représentée p.ir les Malil'at . les

droguistes (le l;i iiie de» L<md)ards. dont la ujai-

340 CÉSaU lUuuiîEAU.

M3n fouriilssaii la Rriiir iK's Kuso (lt'|»uis ^oix.uili' aiis.

Madame Malil'at , qui avait voulu se donner un air digne, dansait coiffée dun turban et velue d'une lourde robe ponceau lamée d'or, toilette en en harmonie avec un air fier, un nez romain et les splond' MUS d un teini cramoisi. M. Malilol. si superbe aune levue de garde nationale, oii ion ajiercevaii à cinquaiUe pas son ventre rondelet sur leipiel biillaient sa chaîne et son j»aquet de breloques, était dominé j)ar celte Catherine 1! de comjUoir. (ili'os{ l conrl, h;;m;îché de i)esicles, maintenant le col de sa chemise à la hauteur du cervelet, il se faisait remarquer par sa voix de basse-taille et {»ar la rich(^sse de son vocabniaiie. Jamais il ne disait Corneille . mais k^ sul)linie Corneille! Racine élail le doux liacine. Vollaireî Oh! Voltaire, le second dans tous les genres, jilus desprit <]ue de génie, mais néanmoins homme de génie! Rousseau, espi'il ombrageux, homme doué dorgueil et qui a lini par se pendre. 11 contait lourdement les anecdotes vulgaires sur Piron , qui passe pour un homme pro-

(ÉSAR BlROTTEAi:. 341

digieux dans lu bourgeoisie. Matil'al , passionné pour les acteurs, avait une légère tendance à lobs- «énité. Parfois njadann^ Malilal . en le voyant })rèt à eonler, lui disait : « Mon gros fais attention à ce <jue tu vas nous dire. » Elle le uonunait laniilièrejnent son gros. Celle voinminensc i-einedes dnjgues lit perdre ;i nsadcnjoiselie dr Fontaine sa contenance aiistix i;!!i(|ii'.' . lorgueiileuse lille ne put s'empêcher de soiirire en lui entendant dire it Matil'al : — Ne te jette pas sur les glaces, mon gros î c'est mauvais genre.

Il est pins i'acilr d e\pli(jin'i' la dilVérence (jui dislinuuc le gi'aiid inoiide de la lK)urgeoisie. (pTil ne l'est à h\ l>i>urgi'oisic de reitiucr. Ces l'emmes. gèni-es dans Irui'S loiletles . se savaient endinianclnTS d laissaif'nî \oir naïvemeiit une joie (pii prouvait (jue le !)a! <'iaii une l'arett* dans l'Mir vie occupe ' : tandis (pie les trois feinities (pli expriuiaieul ch;:( une iUie sj>!ièi'e du monde, elaieul alors conuiie elles dcvaiem èli-e le leudeinaiu. elles u'a\aieu! pas l'jijr de sétre

hal>il|e''s expie», rllcs ne se e()ii|''|»lp|ai«'n| j»as

342 CÉSAR BlUOTTEAU.

daiisles lueiveilles inaccoutumées de leurs parures, ne sinquiélaienl pas de leur etlet, toul avait été accompli quand devant leur glace , elles avaient mis la dernière main à l'œuvre de leur toilette de bal; leurs tigures ne révélaient rien d'excessil, elles dansaient avec la grâce et le laisser-aller que des génies inconnus ont donnés à quelques statues antiques. Les autres, au contraire, marquées au sceau du travail , gardaieni leurs poses vulgaires et s'ajimsaient trop, leurs regards étaient inconsidéi»';ment curieux , leurs voix ne conservaient pointée légei' nmrnuire (|ui donne aux conversations du bal un piquant ininiilable : elles n'avaient pas surtout le sérieux inq)ertinen{ qui contient l'épigiamme en germe, cette tranquille attitude à laquelle se reconnaissent les gens habitués à conserver un grand «'inpire sur eux-mêmes. Aussi madame Rabourdin , madame .Iules cl mademoiselle de Fontaine , qui s'était promis une joie inlinie de ce bal de pai'i'umcui' , se dehsinaicnt-cllcs sui' toul»' la hourgeoi.^ie par leurs giaces molles, par l<' goût ex(iuis de leurs loilelles et par leur

(KSAll BJUOJTl-At . 343

jeu, coiniuc Iruis [)reuiiers sujels dv lOpér^ se détachent sur la lourde cavalerie des comparses. Elles étaieii! observées diui œil hébété, jaloux. Madame Roguii). Constance et Césarine foiuiaienl connne un lien qui rattachait les ligures commerciales à ces trois lypes du giand monde. Comme dans tous les bals, i! vint un jnoment d"animation où les iorrens de lumière, la joie , la musique cl lenljain de la danse, causèrent une ivresse qui lit disparaître ces nuances dans le crescendo du liilli. Le l)al allail devenii' bruyant, mademoiselle de Fontaine voulut se retirer, mais quand elle chercha le bras du vénérable Vendéen, Birolteau, sa lemine cl sa (ille accourui'enl pour (Mnpùchci- la désertion de ttjule l'aristoci-atie de leurassembléi'.

— Il v a dans (ri a|)[>a!(('ni('nl un pai luni de bon goût (|ui vrainiciil iiréloniir! dit l'inqK'rtinenle lilh' au parlinncnr. cl je vous en lais uion compliuiciU.

I5ir<»n<'aii «lail si î»i<'ii riiivi <• par les lelicilalions

publiques, qu'il no conqjrit pas : ninis sa temme rougit et ne sut que répondre.

— Voilà une fête nationale qui vous honore , lui disait le libéral M. Grasset, le marchand de soieries de la rue des Bourdonnais.

— .rai vu rarement un aussi l)eau bal , disait M. de La Billardière à qui un mensonge officieux tie coûtait rien.

Birotteau prenait tous les complimens au sérieux.

— Quel ravissant coupd'œil! et \r Inui orchestre! Nous donneivz-voiis souvent des l)als? lui disait madame Lebas.

— Quel charmant ap}>artement! ("csi de votie goût? lui disait madame Desmarels.

Birotteau osa menlir en lui laissant croire (pTil en était rordoimateur.

Césarine, qui devait être invitt'C ponr toutes les contredanses , connut combien il y avait de délicatesse chez Anselme.

— Si je n'écoulais que nnni d(''sir, lui <lii il à l'o rcillr en sortant di- tabi»'. je \«mis |>rirrais de me

laiiela Javeiir d'une contredanse; mais mon bon- Ix'ur eoûterail trop chei' à notie mutuel amourprojne.

Césarine, qui trouvait que les hommes marchaient sans grâce quand ils étaient droits sur leurs jambes, voulut ouvrir le bal avec Popinot. l*opinot. enhardi pai" sa taule qui lui avait dit d'oser . osa ])arler de sou amour à cette charmante lille pendant la contredanse: mais en se servant <les détours que prennent les am.'ins timides.

— Ma l'orlime dépend <ie vous, mademoiselle.

— Kt eonnnenJ ?

— Il n y ;i qu'un esjKtii' (pii piiisse me la faire l'aiic.

KsjXM'CZ?

— Sav<'/-V(jus ])irn (oui ce que vous venez de dire ou un seul mol? i('[)rit Pojmiol.

— Mspc'rez la lorluuc. dil (V-sarinc avec un sourire malicieux.

— (iaihlissarl î (iaudissarl ! dil ajirés la conlredimsf \ii>('hue;i von ami en lui pressa ul le bi'as a\ec inie ((i|(c Ih'ic til(-(niic . ivns.sis on je uie JMidi' la

366 CÉSAR BIKOTTEAL.

cervelle. Réussir, cesl épouser Cësiuiue. elle ine l'a dit , el vois eonuiie elle est belle !

— Oui , elle est joliment ficelée ! dit Gaudissait , el riche ! Nous allons la i'riie dans lluiile.

La bonne intelligence de madeinoiselle Lourdois et d'Alexandre Crollat , successeur désigné de Roguin. fui remarquée par madame Birolteau , (jui ne renonça pas sans de vIncs peines à iaire de sa lille la femme d'un notaire de Paris. Loncle Pillerault. (|ui avait échangé un salut avec le petit Molineux, alla s'établir dans un fauteuil auprès de la bibliothèque, il regarda les joueurs, é; ouîa les conversations et vint de temps (ni temps voir à la porte les corbeilles de fleurs agitées que formaient les tètes des danseuses au mouUnet. Sa ( ontenance était celle d'un viai [tltilosophe.

Les hommes étaient affreux à l'exception de du Tiilel qui avait déjà les manières du monde , du jeune La Rillardièi-e. petit fashionable en herbe, de M. Jules Desmarets et des personnages olïiciels. Mais parmi toutes les ligiucs plus ou moins comiipu's aux«pielles celte asscnd)l<v devait sou caiacière .

(:!:SAR IJJROTTEAL. :U7

il s'<'ii trouvait une })articulièrement elïacëe comme une pièce de cent sous républicaine mais que le vêtement rendait curieuse. On a deviné le tyranneau de la Cour Batave , paré de linge lin jauni dans l'armoire, exhibant aux regaids un jabot à dentelle de succession attaché par un camée bleuâtre en éjùngle . j)0J'tant une culotte coiu'le en soie noire qui trahissait les fuseaux sur lesquels il avait la hardiesse de se l'Cpuser. César lui montra lrionq)haleiueut les (iuatre pièces créées [»ai- l'architecte au premier de ^a maison.

— Hé, hé, c'est alVaiie ii vous, monsieur , lui dit Molineux. Mon premier ainsi garni vau^lra plus de mille ('CUs!

Birotteau lépoudil par une [)laisanterie . mais il lut atteint connned'un c()n[) d'(''pingle par l'accent avec Ie(|uel I<^ petit vieillard avait prononcé celte phrase.

— .le renlrciai hiciiint dans mou picmici . cet liomnic se ruine 1 Ici clail \r sens du mol r(iii(l/(f que lança .Molincnx connue ini coup i\(' griflc.

La ligure pâlotte, lieil assassin du propiié-lairc

3^8 CÉSAR BIROTTEAi:.

IVappt'rt'iil (lu Tillel. dont l'attention avait ('lédabord excitée par mie chaîne de nit^ntre qni soutenait une livre de diverses breloques sonnantes et par un babit vert mélangé de j)lanc. :i eollet bizarrement retroussé . qui donnaitMil au vieillard laij' d'uji serpent à sonnettes. Le banquier vint doue intcrroi^er ee petit usurier p'Uir savoir par quel hasard il se i^audissait.

— Lii , nKjiisieur. dil Molint'ux t'W incltaul un pied dans k' boudoii', je suis dans la pi'Opriété de M. le conitc (i(* Gi'anvillc; mais ici. dit-il en monliant laulic, je suis dans !a mienne, car. je suis le propi'iétaire de ( cite maison.

Molineux se prêtait si coniplaisanunent à qui r<'coutait «pic. cliaruu' de l'air aKenîii" de du Tillet . il se dessina . laconia ses habitudes, les insolences du sieui" (ij.Muh'in . et ses aiTauj^cmens avecle pail'umeur. sans lesquels le bal naurail pas «ni li<'U.

— \Ii! nioiisii'ur C-esar voiisa r("t>lé ses îoyci-s . dil du Tilh'l . ii<')i ii <'^l plus <• »nîrairi' ii ses habih)des,

rtsvn liifionru". 349

— (Mi . je I ;t! iii'iiiantlc, je nu'is si ituh jtotir hh*s local aiies.

— Si le père Biiulleau {"ail faillite , se dit du Til~ let, ce petit drôle sera certes un excellent syndic ! Sa pointillerie est précieuse , il doit connue Domilien s'amuser à tuer des mouches quand il est seul chez lui.

Du Tillet alla se UK^llre au jeu, où Claparon était déjà par son oriire, car il avait pens<' que, sous le sarde-viK'd'un liand)eau de bouillole . son semblantde banquier ('rliapperail à ioiU examen, l.eiu' contenance (ni i'acc l'un de 1 autre lut si bien celle de deux étrangeis que Thomme le ]>lus soupçonneux n'auiait [>u rien découvrir qui décelât leur intelligence. Gaudissart, qui savait la fortune de (lla- ]»aroiï, n <)s;i pnini labordei- en )ec«'vanl du riche commis-voyageur le re^^ard solennelleinenl froid d'un parvenu qui n<' veul ]>a> ètic saUu' pai" un <ama)'ad<'.

Ce bal , connue une fusée brillante . s éteignit à cinq heures du malin. Veis celle heure , des cent et (piel(|ues liacres qui renq)lissaienl la rue

350 CÉSAR BIROTTEAr.

Saint-Honoré . il en resiaii environ quarante. A celle heiii'e on dansait la Iwulangère et les cotillons , qui plus lard furent détrônés par le galop anglais. Du Tillet , Roguin , le comle de Grandville, Jules Desmarets, jouaient à la bouillotte. Du Tillet gagnait Irois mille francs. Les lueurs du jour arrivèrent, tirent pâlir les bougies . et les joueurs assistèrent h la dei'nièie contredanse. Dans ces maisons bourgeoises , cette joie suprême ne s'accomplit pas sans quelques énormités. Les personnages imposans sont partis , l'ivresse du mouvement, la cbaleui' communicative de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes oui amolli les callosités des vieilles femmes qui , pai" complaisance, entrenl dans les quadrilles et se prêtent à la folie dnn momenl , les hommes sonl ('chaulfés , les cheveux «U'frisés s'alongent suiles visages <i leur donneni de gi'olesques e\[)ressions <pii prov(Kpieiu le lire, les jeunes femmes dcvicniicnl h'gèics . (piclcpies Heurs sont lond>ées d<' leurs coilVuics. Le Momus bourgeois apparaît suivi de ses larces ! Les lires ('claleiU . chacun se

CÉSAR BTROTTEAU. 331

livre h la plaisaïuerie on pensant que le lendemain le liavail reprendra ses droits. Matifal dansait avec un chapeau de l'emnie sur la tète, Cëlestin se livrait à des charges. Quelques dames frappaient dans leurs mains avec exagération quand l'ordonnait la figdre de cette interminable contredanse.

— Comme ils s'amusent . disaif Iheureux Birotteau.

— Pourvu (piils ne cassent rien, dit Constance il son oncle.

— Vous avez donné \o plus n^agnilique bal <}ue j'aie vu, el j'en ai vu Ix'ajicoup. dit du Tillet à son ancien patron en le saluanl.

Dans Iceuvre des huit symphonies de Beethoven, il est une lantaisie. grande comme un poème, qui domine leiinale de la symphonie en Cl mineur. Quand après les hiMes préparations du sublime magicirij si bien compris par llabencck, un gesledu cherdOrclM'sire enlhoiisiasle lève la riclie (oile de cen<' décoralion, eu e\ci(aiil de son arciiel 1 éblouissanl luolit" vers le(pii'l îoules les puissances nmsicales on! conv<'rg(''. 1rs |i<M'(es doni Ir c«imu'

302 t:i:>AH rtmorii \i .

|>ai[)ilL' alors < <)ni(iir]i<iroiU uîif ii^^' lj;il «ic liiiolhati - produisail dans sa vi«' relTeUjut' produil sai' Jenis unies ce fécond moi il, auquel la symphonie en HT doit peut-être sa suprématie sur ses brillantes sœurs. Vue fée radieuse sélance en levant sa baguette ! On enlend le bruissement des rideaux de soie pourpre que des anges relèvent ! Des portes (for sculptées comme celles du Baptislère florentin tournent sur leurs gonds de diamanl! L'œil s'abîme en des vu'^'s splendid«^s , il embj'asse une enfilade de palais jnervcilleux d'oii glissent des êtres d'une nature suj)érieure î [;encens des prospérités luinc î laulct du bonbciir s'allume! un air parfunK* circule! Des êtres au sourire divin, vêtus de tuniques blanches bordées de bleu , passent légèremerU sous vos yeux en vous montrant des figures surhumaines de beauté, des formes d'une délicatesse infinie, l^es amours voltigent en répandant les flammes de leurs torches ! Vous vous sentez aim('', vous êtes heureux dun bonheur que vous asjjirez sans le com[)rendre en vous baignant dans les Ilots (i<^ c<'tt<' harmonie qui l'uissrvlle et verse

CÉSAR BIROÏTEAU. 353

en lame de chacun l'ambroisie qu'il s'est choisie. Vous êtes atteint au cœui- dans vos secrètes espérances qui se réalisent pour un moment ! Après vous avoir promené dans les cieux, l'enchanteur, par la profonde et mystérieuse transition des basses , vous l'eplonge dans le marais des réalités froides, pour vous en sortir quand il vous a donné soif de ses divines mélodies, H que votre ame crie : Encore !

L'histoire }»sychique du point !<■ plus brillant fie ce beau finale est celle des émotions prodiguées par cette fête ii Constance et à César. Collinet avait composé de son galoubet le finale de leur symphonie commerciale.

Fatigués mais heureux . les troit» Hirotteau s'endormirent au malin dans les bruissemens de cette fête, qui en constructions, réparations, ameublemens , <(ins<)nnnations, toilettes et bibliolhè((ue rembours(''e à Césarine, allait, sans que César s en doutât . à soixanl(MTiille fiancs. Voilà ce «jne coûtait !<• ImImI rubun ronge mis p.ir U' roi à la boulonnière d un paiinmcur.

354 CÉSAR nnuiilEAt'.

S'il anis ;.Hi un malheur à César Biioitt-au . oeihdépense folle saffisait pour le lendrejiîsiiciaj^le de la i)olice correclioniiclle. Un négociant est dans le cas de la bantiiieroiile siinple , s il fait des dépenses jugées excessives. Il est peui-ètre plus horrible d'aller à la sixième chambre pour de niaises bagarelles ou det> nudadj'esses. qu'en cour d'assises pour une inunense fraude. Aux yeux de cerl aines gens, i) vaut mieux être criminel que sot.

UN i>\ i'hVMlïR VOLUME.

"^ABÎLI IDli MiàTHftlEli

CONTl.M i:S DANS lE PRKMfJÎR VOLIMT.

Page».

Préface 5

PREMIKRK P4BTIE

CF.SAK A SfJN APOGKi:

.[liPiTRi, I''''. Fno Altercation de ménage 10

jfAPrTRi: II. Vntérédeus (le César BirnKean. . ^y*

fi M'iiHi; fn l,('s (iornif-; (In malhein 11i>

^riAViTr.K IV. Dépensesexcessives. ...„,. 1.'»'

:n \imi;i- v. l ii \rai Philosoj^lie. un j^rand r,liinii>(o. i05

Il \PiTHi \ I. J.i'SfIciix Aslns. . . , n . . - 'l'ïJ

ruPTTfiî \ ir. Le [{al. ..:,.... :îll

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