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CHAPITRE XII

Les graveurs à l'eau-forte dans leurs rapports avec Rubens. — Importance secondaire de leur rôle. — François Van den VVyngaerden, graveur et marchand d'estampes. — Théodore Van Kessel. — Guillaume Panneels, peintre-graveur; son portrait de Rubens. — L. Van Uden, peintre-graveur. — Théodore Van Thulden, peintregraveur. — La Pompa Introitas Fcrdinandi. — Romrout Eyniioudts, peintre-graveur.

L'École des graveurs de Rubens semblait prédestinée à épuiser ses efforts et son intelligence dans la traduction des œuvres du maître. La perfection absolue était moins encore son idéal que l'accomplissement fidèle d'une tâche imposée par le chef illustre de l'École anversoise.

Et ce n'était pas un rôle sans honneur que cette association intime avec le peintre le plus acclamé de son temps, celui que ses contempo-

rains qualifiaient à l'envi de « prince des peintres » et de « merveille de son siècle ! » Sous sa direction, la gravure était devenue vraiment un art nouveau; elle avait pu emprunter à la peinture même une partie de son éclat et l'égaler souvent en expression pittoresque.

Combien, aussi, s'était transformé le rôle assigné à l'estampe parmi les œuvres d'art! Par son intermédiaire la foule se voyait admise à partager les jouissances réservées jusqu'alors à la richesse, et que de fois, même, ne vit-on Rubens reprendre et développer dans des dessins, préparés tout exprès pour ses graveurs, la pensée première d'une œuvre peinte, ou chercher à s'éclairer par l'estampe sur l'effet à rendre dans un travail plus vaste?

De telles circonstances nous expliquent que la gravure au burin, la grande gravure, si l'on peut s'exprimer ainsi, dut tenir la première place dans les faveurs du public, et que les préférences intimes de Rubens fussent de même pour elle.

Le degré surprenant d'adresse pratique atteint par les graveurs de l'École anversoise n'était pas de nature à faire naître, chez aucun d'eux, le désir d'abréger, en les simplifiant, les procédés d'exécution. 11 n'en est aucun qui se signale à la fois

comme graveur à l'eau-forte et comme graveur au burin, et le mélange des deux procédés, dans une œuvre unique, est lui-même très-peu fréquent chez les Anversois. Les peintres seuls eurent quelque penchant pour l'eau-forte.

Van Dyck, Jordaens, Van Diepenbeke, Snyders, Van Thulden manièrent la pointe en maîtres consommés, mais les planches de la plupart d'entre eux ne furent jamais que des tentatives, des horsd'œuvre, à peine moins rares à l'époque de leur production que de nos jours.

Les graveurs de profession ne les suivirent pas et le nombre d'eaux -fortes exécutées d'après Rubens, de son vivant, fut très-borné.

Aucun connaisseur ne songe, pensons-nous, à contester l'intérêt de certaines planches gravées par Van Uden, G. Panneels, F. Van den Wyngaerden ou R. Eynhoudts.

On ne peut se dissimuler, toutefois, que ces artistes, dans la branche spéciale qu'ils cultivent, ne soient éclipsés par des personnalités si éminentes, que le principal intérêt de leurs travaux ne réside dans le fait d'avoir été inspirés par Rubens ou d'avoir été gravés par des peintres.

On peut se demander, aussi, si le glorieux artiste eut une part quelconque à la production de

ces planches. Celte part, assurément, ne put être que très-limitée.

Le Cabinet de Paris conserve une épreuve de la planche des Noces de Thétis et de Pelée (B. il; S. 98), gravée à l'eau-forte par François Van dën Wyngaerden, et qui a pu faire croire aux relations de Rubens avec ce graveur J. L'épreuve dont il s'agit est inachevée et quelques retouches à la plume y ont été faites. C'est ainsi, notamment, que le trident de Neptune a été dessiné sur la planche même.

Mariette qui connaissait cette épreuve pour l'avoir vue au Cabinet du Roi, parle des retouches, et est amené à dire : « elle en avait grand besoin, » car Van den Wyngaerden n'était pas un grand » grec et je doute fort que ce soit lui qui ait ter- » miné la planche au burin et qui l'ait mise dans » l'état où elle se trouve 2. » Il incline donc à croire que Rubens est lui-même l'auteur des reprises.

Mais ces retouches, encore, n'ont pas donné une haute valeur à la planche et elle ne tient dans l'œuvre de Rubens qu'une place insignifiante.

1 Van den Wyngaerden était élève de Pontius; il fut reçu franc-mai tre de la gilde de S'-Luc en 1656-1657. Il est plus connu comme marchand que comme graveur.

2 A becedario, V, p. 1 1 1 .

Van den Wyngaerden n'était pas dénué de mérite, nous le reconnaissons, et se montra vraiment artiste dans une composition assez curieuse de Rubens, connue sous le nom de Satyre à la vaisselle. On voit le vieux Silène endormi à l'entrée d'une grotte, sur le devant de laquelle sont étalées des merveilles d'orfèvrerie qui, peut-être, faisaient partie de la collection de Rubens.

La pointe est ferme, assez brillante et détaille, non sans goût, les richesses accumulées par le peintre.

Van den Wyngaerden, qui ajoute à son nom les mots fecit aqua forti, avait produit, cette fois, une œuvre originale et que l'on compare sans trop de désavantage aux bacchanales de Soutman et de Suyderhoef.

Plus marchand que graveur, Van den Wyngaerden publia presque toutes les eaux-fortes qui parurent de son temps en Belgique et bon nombre de planches gravées par Wenceslas Hollar, pendant son séjour à Anvers, furent, sans doute, exécutées à ses frais.

Non moins incertaine est la participation de Rubens à l'exécution de quelques eaux-fortes de Théodore Van Kessel. Nous n'ignorons pas l'existence, au Cabinet de la Bibliothèque nationale de

Paris, d'une épreuve, retouchée au pinceau, de la Chasse de Méléagre (B. 21; S. 31-10), une eau-forte de mérite. Mais la simple présence de quelques retouches ne démontre pas nécessairement que le pinceau qui les trace est celui de Rubens. Selon toute apparence, Van Kessel vit le jour en Hollande, seulement en 1620, et ne vint s'établir à Anvers que vers 1652 1. Les registres de Sfc-Luc renseignent à Tannée 1679, la réception comme franc -maître, d'un Théodore -André Van Kessel, imprimeur en taille-douce, docteur en médecine et, par-dessus le marché, « juge de la Chambre des droits de sortie et d'entrée de S. M. » Aucun autre artiste du même prénom ne se trouve mentionné antérieurement. Nous ne disons pas que Van Kessel, le docteur, soit l'auteur des eaux-fortes qui figurent dans l'œuvre de Rubens. Toutefois, le maître a produit peu de chose : quatre estampes en forme de frise, la Chasse que nous venons de mentionner, Y Abondance (B. 27; S. 82), une médiocre eau-forte publiée par Hendrickx, sont les principales planches que l'on a de lui. Nous ne pensons pas qu'il y ait là assez de mérite pour faire croire à l'intervention de Rubens.

1 Histoire de la Gravure d'Anvers, p. 469.

J. Meyssens publia plusieurs estampes de Van Kessel, notamment un beau portrait de Charles V, d'après le Titien.

Mais, fort au delà des Van den Wyngaerden et des Van Kessel, se signale un autre graveur à Peauforte, élève de Rubens et — chose trop rare pour être passée sous silence — inscrit comme tel à la gilde de S^Luc: Guillaume Panneels d'Anvers.

Panneels, était peintre, ce qui ne l'empêcha pas d'être aussi un graveur assez fécond et Van den Wyngaerden eut occasion d'éditer un bon nombre de ses planches.

C'était une habitude, en quelque sorte invariable, chez ce graveur, de rappeler par ses eauxfortes qu'il était l'élève de « l'Apelle anversois » .

S'il fit peu d'honneur à l'illustre maître, l'on n'en est pas moins touché du sentiment d'admiration et de respect dont il était pénétré pour l'artiste dont il avait obtenu les conseils et qui l'honora de sa constante amitié.

La meilleure œuvre que nous ait laissée. Panneels, est un portrait de ilubens. Cette planche, qui porte la date de 1630, était exécutée l'année même du second mariage du peintre. Un tableau de la Pinacothèque de Munich démontre que le

graveur rendait le grand artiste, tel que lui-même s'était représenté dans une toile charmante, se promenant avec sa jeune et gracieuse épouse dans leur jardin d'Anvers *.

Le texte de la planche mérite d'être considéré. On remarquera que, bien que Ruhens eût quitté Londres seulement au mois de mars, après avoir été créé chevalier par le roi d'Angleterre et avoir reçu de ce souverain l'épée royale qui venait de lui donner l'accolade, Panneels ne dit rien de l'honneur conféré à son illustre maître et affirme, même, que son épée, il la tient du roi d'Espagne 2.

Excellentissimus Dm D. Petrus Pauhis Rubenius pictorum Apelles, decus hujus sœculi, orbis miraculum. A ulam Hispanicam, Gallicam, Anglicam, Belgicam penicillo suo illustravit. Quem gladio donavit Philippus Quartus Hispaniarum et statuit sibi a Secretis in sanctiore suo Consilio Bruxcllcnsi ac jam ad Rcgem Angliœ Légat um cxiraor dinar ium misit. FecilD. V. studios issimus Guilclmus Panneels 4650.

Cetle inscription est surtout curieuse lorsque

1 Kalalog (1er àlleren Kôniglichen Pinakolhek , i872, n° 287.

2 C'est ce portrait qui figure en tcle de notre volume.

l'on considère combien il était facile à Panneels d'être complètement renseigné sur ce qui concernait Rubens, non par la notoriété publique, mais par le maître lui-même. Involontairement, en lisant ces lignes, on songe aux doutes qu'un écrivain belge des plus consciencieux \y émet au sujet de l'authenticité du diplôme de chevalier de Rubens, diplôme encore conservé par les descendants du maître 2, et dans lequel est relatée la

1 Alphonse Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles : P.-P. Rubens. L'Art, troisième année, 1877, t. III, p. 206.

2 Ce diplôme a figuré à l'exposition organisée a Anvers en 1877 lors du centenaire de Rubens. Le texte original en latin et la traduction ont été publiés par M. André Van Hasselt : Histoire de P.-P. Rubens. Bruxelles, 1840, p. 147.

Voici cette traduction :

« Charles, par la grâce de Dieu, roi de la Grande-Bretagne, de France et d'Irlande, défenseur de la foi, etc., à tous ceux Bois, Princes, Ducs, Marquis, Comtes, Barons, Grands, Seigneurs et Nobles, qui ces présentes verront , Salut. Comme notre nature n'a rien de meilleur que de pouvoir dignement récompenser la vertu et comme nous savons que nous avons été élevé si haut en dignité par la Grâce Divine, afin que les bons sachent qu'ils possèdent, après Dieu, un rémunérateur public des mérites humains, — nous avons choisi dans Je nombre des bons Pierre-Paul Rubens, issu de la ville d'Anvers *, secrétaire du sérénissîme, roi d'Espagne Philippe, et membre de son Conseil privé en Flandre, Gentilhomme de la

* Ex urbe Ântverpiœ oriundum. M. Van Hasselt dit : « né dans » la ville, etc.

circonstance de la remise de l'épée par le roi d'Angleterre.

Hollar fit du portrait de Panneels une copie

Cour de la Sérénissime Infante Ïsabeîle-Claire-Eugénie. lequel nous est aussi particulièrement cher par son affection et ses mérites envers nous et nos sujets, qu'il s'est rendu recommandable à notre Cour par son insigne fidélité au Roi son maître, par la sagesse et par les connaissances pratiques qui rehaussent si éminemment la noblesse de son esprit et la gloire de sa race; comme, en outre, nous prenons en considération l'intégrité et l'intelligence qu'il a montrées en s'employant à la paix récemment conclue entre nous et le Roi son maître, — nous avons, en souvenir des bonnes qualités dont il a fait preuve et de notre affection spéciale, ajouté à la noblesse de famille dudit Pierre-Paul Rubens la dignité de Chevalier de l'Éperon d'or, et lui avons librement conféré ce grade selon son mérite, et fait présent de l'épéc avec laquelle nous l'avons affilié à l'ordre, et afin qu'il reste à ses descendants une preuve évidente de notre faveur, nous avons, après mûre délibération, avec connaissance de cause et selon la plénitude de notre pouvoir royal, ajouté au blason dudit Pierre-Paul Rubens une augmentation d'armes prise dans notre blason royal, à savoir un canton de gueules au lion d'or, tel qu'il se trouve plus clairement dépeint en marge des présentes lettres; voulant et confirmant que ledit Pierre-Paul Rubens, et ses héritiers maies légitimes puissent porter et employer à perpétuité ladite augmentation d'armes en leur blason, ne doutant pas que toutes ces choses et chacune d'elles eu particulier ne soient agréables au sérénissime roi d'Espagne et à la sérénissime archiduchesse d'Autriche. En foi de quoi nous avons fait dresser ces lettres patentes. Ainsi fait en notre palais de Westminster, le quinzième jour du mois de décembre, l'année mil six cent trente

amplifiée (B. 49; S. 37), très-inférieure à l'œuvre originale.

Rien de plus gracieux ni de plus fin que celle-ci. Rubens, vu de face, est, comme toujours, coiffé de son chapeau; il s'incline légèrement et fixe sur nous ce même regard intelligent qui donne tant de charme au beau portrait gravé d'après Van Dyck.

Si Pontius nous a fait connaître le chef d'école,

du glorieux accouchement de la Vierge (a Virginis parlusalutifero) * de notre règne le sixième.

Charles R. »

Voici ce qu'écrit M. Wauters «tu sujet de ce document : « Il est aussi faux qu'un acte peut l'être. Charles y prend le titre de roi de la Grande-Bretagne, titre qui n'a été adopté officiellement qu'en 1707, après l'union des deux monarchies, jusque-là complètement distinctes , d'Angleterre et d'Ecosse. Le roi qualifie notre peintre de secrétaire du roi d'Espagne et de conseiller de son conseil privé. Quand les rois d'Angleterre ont-ils accordé des augmentations d'armoiries à des étrangers en ajoutant une formule telle que celle-ci : « Cela ne déplaira pas sans doute aux sérénissimes roi d'Espagne et archiduchesse d'Autriche, » comme si l'infante Isabelle avait, après la mort d'Albert, octroyé des anoblissements? Enfin , peut-on admettre comme sérieuse une souscription où un roi anglais, un roi anglican emploie la formule : l'an... « depuis le salutaire accouchement de la Vierge » [a Virginis partu salutifero)? »

* M. Van Hasselt traduisait : De la glorieuse nativité de Notre Seigneur,

le grand Rubens, à l'apogée de sa gloire, si le portrait du Belvédère doit nous montrer dans peu d'années la figure soucieuse du diplomate 1, trêve pour le moment aux préoccupations ! C'est l'homme en quelque sorte transfiguré par le bonheur, et tel que, dans peu de jours, il conduira à l'autel l'adorable fille de seize ans que son pinceau a immortalisée.

La pointe de Panneels est en général très-maigre et, malgré leur brio, ses petites planches ont dans l'effet une certaine âpreté. 11 devait aller rondement en besogne, car on peut lire au bas d'une de ses eaux-fortes : Jupiter et Junon dans l'Olympe : « in horas F », ce que Mariette traduisait par : in horas vespertinas (!), et ce qui signifie évidemment, comme le font observer les éditeurs de Y Abécédaire: « in horas quinque » . Cela n'était pas irréalisable en somme.

Nous n'avons trouvé sur les planches de Panneels aucune date antérieure à 1630. En 1628 il travaillait encore chez Rubens, comme le prouve sa comparution en qualité de témoin à un acte

1 Ce portrait a été récemment gravé avec beaucoup de talent par M. Lindner pour la Société autrichienne fur Fervklfâlligende Kunst.

dressé , dans l'atelier même du maître, par le notaire Van Breuseghem 1.

La date 1631 apparaît sur un Saint Georges combattant le dragon (B. 22 ; S. 61). A cette époque le graveur était à la cour du margrave de Bade auquel la planche est dédiée.

Panneels semble, du reste, avoir fait en Allemagne un séjour assez prolongé et il date fréquemment ses planches de Francfort-sur-le-Mein. Celle intitulée : Cursus mundi, où l'on voit un enfant qui allume une chandelle à la lumière expirante tenue par une vieille femme, porte l'inscription : In aula rêver endissimi ac illustrissimi Principis ac Domini Dm Ànshelmi Casimiri Àrchiepiscopi Mogiintini... Principis ac Dni sut clemenlissimi } hœc pinxit Guillielmus Panneels Àntverpiensis quondam discip. excellent 'is simi picloris P. P. Rubenii inv. 4651.

Panneels était donc au service du prince-éveque de Mayence, à l'époque de l'exécution de cette œuvre qui reproduisait une peinture de sa propre main, et non pas lin tableau de Rubens. Inutile

1 De Bie: Gulden Cabinet, p. 157. Cet acte était un certificat demandé à Rubens par le peintre Déodat Delmont. Voir aussi Catalogue du Musée d'Anvers, troisième édition, p. i07.

de faire observer que la pensée même appartient à celui-ci.

On ne sait rien de plus concernant ce graveur. Andresen, le continuateur de Heller, assure qu'il vit le jour vers 1600 et travailla également à Cologne l; Le nombre de ses eaux-fortes s'élève à trente-six. Elles sont exécutées d'après Rubens à l'exception de la pièce citée en dernier lieu.

Toutes ces planches sont de petit format et il est improbable que l'illustre maître intervînt d'une façon quelconque dans leur exécution. Elles n'enrichissaient d'aucun élément nouveau les procédés ni le style de la gravure à l'eau-forte.

Van den Wyngaerden fut l'éditeur de presque toutes les eaux-fortes de Lucas Van Uden, un des meilleurs paysagistes de son temps, et le collaborateur ordinaire de Rubens pour les fonds de paysage de ses toiles 2.

Une suite de quatre pièces, les plus grandes de l'œuvre de Van Uden, se compose de paysages d'après Rubens. Ces pièces passèrent peut-être

1 Handbuch fur Kupferstichsammler von Andréas Andresen. Leipzig, 1875, II, p. 255.

2 Catalogue du Musée d'Anvers, troisième édition, p. 508.

sous les yeux du peintre, mais on hésite à croire que lui-même eut part à leur exécution. Nous constatons , même, qu'au premier état, ces planches sont dépourvues du nom de Rubens.

Pratiqué de préférence par des peintres, le procédé de l'eau-forte ne fut jamais, nous l'avons dit, qu'un hors-d'œuvre pour les artistes flamands. Certains d'entre eux, doués d'une incontestable habileté, ne laissèrent qu'un très-petit nombre de planches.

Dans l'entourage de Rubens, Quellin et Snyders ne gravèrent que trois eaux-fortes; Abraham Van Diepenbeke n'en laissa même qu'une seule.

Par cela même, ce n'est pas sans surprise que Ton voit le procédé cultivé avec une véritable passion par un des aides les plus constants de Rubens : Théodore Van Thulden, et le talent que déploie ce graveur, rend assez étrange que le peintre n'ait, à aucune époque, songé à tirer parti de son habileté.

Plusieurs auteurs assurent que Van Thulden accompagna Rubens à Paris lorsqu'il y fut mandé par la reine-mère. Cet élève devait être alors bien jeune, étant né en 1607.

Quoi qu'il en soit, — et la question mériterait d'être élucidée — le jeune artiste décora à Paris

l'église des Trinitaires et reproduisit à l'eau-forte, non -seulement la série de ses peintures, mais encore, Tannée suivante — 1633 — Melchior Tavernier fit paraître de lui un recueil de cinquante-cinq planches retraçant, d'après les fresques exécutées à Fontainebleau par Niccolo dell'Abate, la suite des travaux d'Ulysse

On juge diversement ces planches 2. Nous trouvons, pour notre part, que dans le nombre il en est d'un fort bon style et qui valent les travaux de Pierre Testa. On devinait que Van Thulden, mis en présence des œuvres de Rubens, était homme à résumer avec assez de talent les grandes conceptions du maître.

L'occasion s'en présenta dès l'année 1635. Lorsque la ville d'Anvers, malgré le triste état de ses finances, couvrit d'arcs de triomphe ses rues et ses places, pour fêter l'arrivée dans ses murs de l'archiduc Ferdinand d'Autriche, Rubens fut appelé à diriger ce travail décoratif qui, dans son

1 Seconde édition : Errores Ulyssis... a Nicolo depicli et in œs incisi a Theodoro Van Thulden. Parisiis, 4654.

2 « Les gravures de l'Histoire d'Ulysse n'ont, à nos yeux, d'autre mérite que de conserver » le souvenir de compositions aujourd'hui disparues. » Duplessis : Merveilles de la gravure, p. ttio.

genre, fut une de ses œuvres les plus grandioses i.

la municipalité confia à Van Thulden la mission de reproduire à Teau-forte tous les arcs de triomphe, spectaculi, etc., en vingt-cinq planches simples et autant de planches doubles, octroyant de ce chef au graveur une somme de deux mille florins.

Deux cents exemplaires des eaux-forles accompagnées d'un texte de Gaspard Gevaerts, le secrétaire de la ville, devaient être remis avant la fin de Tannée, ce que Van Thulden accepta, quoique Ton fût au 25 mai °2.

Rien de mieux connu que ce grand recueil publié sous le titre de Pompa Introitus honori serenissimi Principis Ferdinandi Auslriaci S. R. E. carcL à S. P. Q. Antverp. décréta et ordonata, etc.

1 Dans un savant mémoire sur Y Influence de l'architecture italienne dans les Pays-Bas, M. A. Schoy assure « que Rubens ne retira de tout son travail architectural, décoratif et pictural, d'autre récompense que la visite gracieuse de Ferdinand d'Autriche» (p. 564); c'est une erreur. A la date du 50 avril 1655, il fut payé au grand peintre une somme de cinq mille florins pour deux peintures insérées dans l'arc de l'église Sl-Georges, la retouche d'autres peintures et l'ensemble de ses esquisses, Cf. Bull, des Archives d'Anvers, VII, p. 29# CXXX1X.

2 Bulletin des Archives d'Anvers, VU, p. 39. Van Thulden reçut le jour même un à-compte de C00 florins.

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