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Envisagé à Tunique point de vue de la gravure, son importance est, sans doute, amoindrie partant d'œuvres éminentes que nous avons eu l'occasion d'apprécier. On ne peut contester, cependant, qu'il n'ait fallu une somme de talent très-peu ordinaire pour créer un travail de cette portée et lui conserver, dans toutes ses parties, un entrain et une légèreté que semblait avoir exclu des œuvres de l'espèce, l'amour de la précision de l'École anversoise.
Rubens fut appelé, sans aucun doute, à contrôler l'exécution d'une partie des planches de son élève. Van Thulden avait été souvent son auxiliaire et, reproduisant un vaste ensemble créé par le génie du peintre, il est impossible qu'il ne recourût pas aux conseils de l'expérience de celui-ci K
S'il fallait démontrer, d'ailleurs, le talent remarquable dont le graveur fit preuve dans un
1 La dédicace du volume est datée du 18 des calendes de juillet (14 juin 164-1). Résulte-t-il de là que, comme l'assure M. Schoy (p. 562), l'œuvre « demeura toujours un mythe » pour Rubens? Cela est contraire aux probabilités comme aux faits. Van Thulden avait soumis un spécimen de ses planches au magistrat d'Anvers dès le mois de mai 1635. Pendant les cinq années qui s'écoulèrent avant la mort de Rubens, il dut produire un bon nombre de planches.
travail qu'il avait , en outre, le mérite d'avoir dessiné lui-même, un point de comparaison des plus sérieux naîtrait d'une planche de S. à Bolswert, souvent insérée dans la Pompa Introitus Ferdinandi et représentant un théâtre érigé à Anvers sur le Vieux Marché aux Grains !. Malgré son talent, Bolswert produisit une planche d'Un trèsmédiocre effet , dénuée d'expression et de caractère, répondant, en un mot, d'une manière insufsante à sa destination.
C'est que, bien réellement, le procédé de l'eauforte pouvait seul donner à l'art de l'illustration ses vrais caractères, et la Pompa Introitus, comparée aux livres du même genre qui avaient paru antérieurement, accuse une supériorité dont la bonne part doit revenir, sans aucun doute, à l'intervention de Rubens.
Le jugement favorable que nous portons sur les travaux de Van Thulden n'ira pas, cependant, jusqu'à nous faire proclamer comme digne de Rubens, une suite de vignettes illustrant la parabole de Y Enfant prodigue, vignettes publiées en Hollande sous le nom du maître, et dont il a été fait mention dans un précédent chapitre. Ces petites plan-
1 Pompa Introitus, p. 145.
ches qui, certainement, sont de Van Thulden, ne peuvent être mises en parallèle avec les eauxfortes du livre publié par la municipalité d'Anvers.
Parmi les peintres-graveurs qui travaillèrent aux côtés de Rubens, le dernier fut, probablement, Rombaut Eynhoudts qui avait vu le jour à Anvers en 1613 !, et fut encore l'élève d'Adam Van Noort, dans l'atelier duquel sa réception eut lieu l'année 1626 2. Nous le qualifions de peintre-graveur sur la foi des registres de la gilde de S^Luc qui le mentionnent, à plus d'une reprise, en cette qualité.
Les planches d'Eynhoudts ne sont pas sans analogie avec celles de Jordaens, élève comme lui, de Van Noort. Bien dessinées, elles sont tracées d'une pointe assez lourde.
De Bie ne fait pas mention d'Eynhoudts qui, cependant, a dû laisser des tableaux.
Le nombre de ses eaux-fortes ne va pas à la vingtaine, bien que l'artiste ait survécu de qua-
1 Histoire de la gravure d'Anvers, p. 165.
2 Liggeren, I, p. 636.
rante ans à Rubens d'après lequel il a presque exclusivement gravé K
Malgré le peu d'importance des travaux d'Eynhoudts, il est permis de croire que Rubens lui fournit personnellement des sujets de gravure. Cette supposition se fonde sur la circonstance que ses eaux-fortes sont les seules, ou les plus anciennes reproductions , de certaines œuvres qui ont, dans la carrière de Rubens, une véritable importance.
V Adoration des Mages (B. 14; S. 59) reproduit un tableau peint en 1624 pour l'abbaye de S^Michel 2, et constitue encore la meilleure gravure d'une toile célèbre dès l'époque de son exécution. Le tableau de la chapelle du tombeau de Rubens : La Vierge adorée par plusieurs saints et saintes (B. 17; S. 48), est aussi la première planche exécutée d'après cette œuvre capitale, et la rend mieux que l'indifférente traduction de Pontius. Le Saint Christophe (B. 8; S. 17), d'après le volet extérieur de la Descente de croix; le Pape saint Grégoire et d'autres Saints devant un por-
1 Deux planches d'Eynhoudts sont insérées dans le Teatro de Pinturas de David Teniers. Bruxelles, 1660.
2 Ce tableau est aujourd'hui au Musée d'Anvers, n° 298.
tique orné de l'image de la Vierge (B. 4; S. 64), reproduit la célèbre composition peinte à Rome pour l'église de Santa Maria Nuova 1 et, plus tard, placée par Rubens sur le tombeau de sa mère à Anvers. Le tableau de Saint Pierre et Saint Paul que Rubens avait donné à la confrérie des Romanistes 2, ne fut jamais gravé depuis, non plus que Cambyse et le Juge prévaricateur, ni la composition allégorique sur la Paix et la félicité d'un Etat (B. 58; S. 155)?.
Les œuvres de R. Eynhoudts acquièrent, par cette circonstance, une somme d'intérêt plus grande que leur valeur artistique ne comporte. D'autre part, il y aurait injustice à leur méconnaître l'élan et la fermeté de fort bons croquis.
C'est incontestablement dans cette classe qu'il faut ranger la plupart des eaux-fortes dont il a été parlé dans ce chapitre.
1 Voir au sujet de cette toile actuellement conservée au Musée de Grenoble : Alf. Michiels : L'Art dans lest et le midi de la France, p. 553.
2 On sait que celte confrérie se composait exclusivement d'artistes ayant fait le voyage d'Italie. Elle était placée sous l'invocation de S'-Pierre et de S'-Paul.
3 Pinacothèque de Munich, n° 273.