CHAPITRE VI
Rubens, graveur à l'eau-forte. — Planches qu'on lui attribue. — Probabilité de sa collaboration à certaines d'entre elles. — Copies anciennes. — Lettre à Van Veen concernant les procédés de la gravure à l'eau-forte.
On a coutume d'assigner à Rubens un certain nombre d'estampes dont il importe d'examiner le caractère et les procédés au moment d'aborder l'étude des maîtres qui se sont illustrés sous sa conduite.
La plupart des élèves et des collaborateurs du grand peintre : Van Dyck, Jordaens, Snyders, Corneille Schut, Théodore Van Thulden, Abraham van Diepenbeke, Frans Wauters, ont manié la pointe avec un talent qui range leurs œuvres parmi les travaux estimés du genre. Le maître n'es-
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saya-t-il jamais de trouver lui-même dans les ressources du procédé quelques-uns des effets qu'il s'appliquait avec tant de soin à indiquer aux autres? Des auteurs le croient et si leur opinion ne repose sur aucun témoignage matériel , il ne semble pas cependant qu'on doive repousser d'une manière absolue la supposition.
Nous avons à cet égard l'avis d'un iconophile autorisé :
« On assure que Rubens a lui-même exécuté » quelques estampes. Cependant nous croyons » difficile d'admettre que toutes les gravures » accompagnées des signatures uniques : Rubens » fecit, invenit, excudit, soient effectivement du » maître et si une seule pièce, Sainte Catherine, » semble pouvoir lui être attribuée avec quelque » vraisemblance parce qu'elle renferme des qua- » lités de premier ordre, sans briller par une exé- » cution bien particulière, en bonne conscience, il » ne nous paraît pas raisonnable d'assigner la » même origine à aucune autre planche *. »
Un fait à noter tout d'abord, c'est que si
1 G. Duplessis : Les Merveilles de la gravure, p. 149. Il faut remarquer que l'auteur revint sur cette opinion lorsqu'il publia le texte des Eaux-fortes de Van Dyck reproduites par Armand Durand.
Rubens a réellement manié la pointe, aucune de ses planches n'a passé aux mains des marchands dans son état primitif, que chaque fois, un graveur de profession a été appelé à réparer ce que le maître a pu envisager comme des défauts résultant de son inexpérience du procédé.
La chose en elle-même devrait d'autant moins nous surprendre que Ton a vu dans la plupart des eaux-fortes de VanDyck la main de Vorsterman, de Pontius et d'autres graveurs intervenir, non sans doute pour donner aux œuvres une plus haute perfection artistique, mais pour y ajouter ce que les Anglais appellent the finishing touch, leur faire en un mot une « toilette » exigée par le public ou les éditeurs K
Écartant les pièces d'une médiocrité évidente : croquis de têtes, de paysages, etc., supercheries grossières, il subsiste dans les divers catalogues les pièces suivantes que l'on assigne parfois à Rubens:
1. Saint François d'Assise recevant les stigmates (B. 9; S. 22).
1 « Il sentait que ces estampes ne sont pas de celles qui plaisent à la foule et que, d'une exécution rude, d'un aspect désordonné, elles s'accordaient mal avec les productions brillantes du burin de Pontius ou de Vorsterman. » Weber : op. cit., p. 41.