‹ Histoire de la gravure en FranceChapitre 11 sur 16 · L-'iyili^oo by GoÔglc · texte numérisé non relu

L-'iyili^oo by GoÔglc

iuée, et donnent bien la physionomie de deux personnes distin^ëes et spirituelles.

Quoiqu'il fût élève de Ch. Nie. Cochin, Simon- Charles Miger (1 756-1 820) ne sut pas transmettre à ses gravures la gentillesse des œuvres qu'il copiait. Sa gravure, toujours lourde, est quelquefois maladroite et manque absolument «rélégance. Cependant dans une suite de portraits de musiciens et dans les portraits de Gluck (Gat. de Toeum de Niger, par E. B. de la Chavignerie, n' 223) et à' Hubert Robert (Cat., n" 276), Miger donna un peu plus de liberté à son outil et il réussit alors plus heureusement.

Après ces arlislos, qui cherchaient tous, avec des talents différents, à continuer la manière adoptée par teurs prédécesseurs, trois graveurs semblent vouloir mettre en vigueur un genre nouveau, qui consiste à reproduire le plus finement possible et dans les plus petites dimensions les portraits des hommes illustres. Élienne Ficquet fut le premier qui tenta celte expérience : après avoir gravé un assez grand nombre de portraits pour le marchand d'estampes Odieuvre, il voulut ^écuter des œuvres qui fussent capables d'attirer sur lui l'attention, et c'est alors qu'il grava les portraits de Molière^ de la Fontaine^ de Comédie et de Boilem; il employa un burin très-fin, et, au mo^n de tailles innombrables, il arriva à rendre avec un certain bonheur la physionomie des personnages qu'il voulait représenter. U faut encore dter comme les meilleures planches d'Ët. Ficquet les portraits de Lmis X]\ de

Madame de MamtenoUf de Fénelm et de Lamotlie le VuyeTy et, parmi les nombreuses estampes qui ornent la Vie dcfi peintres jlamainh et hollandais de J. B. Descamps, le portrait de Vandtrmeulen^ œuvre ' vraiment remarquable. Pierre Savart tenta en vain de suivre la voie tracée par Él. Ficquet; il ne put atteindre à cotte finesse excessive de burin qui fait le principal mérite des œuvres de Ficquet, et il resta fort loin de son maître. Cependant les portraits de Madame Deshoulières^ do Itarine ol Colhcrt, copiés, iJ est vrai, d'après des estampes gravées antérieurement, prouvent une certaine habileté d'outil et une main exercée.

En voulant exagérer la finesse du burin, Jean-Baptiste Gratcloup (1755-1815) grava quelques petits portraits qui ont pour principal mérite leitréme ra* reté; il arriva, en effet, à force de serrer des tailles imperceptibles, à imiter avec le burin le travail que Ton obtient avec le berceau dans la manière noire ; aus^i, grâce à cette minutie excessive et presque ridicule, J. B. -Grateloup passa-t-îl toute son existence à graver neuf portraits qui furent décrits par nous dans les Archivei de l'art français (tome Y, Documents, p. 205). Parmi ceux-ci, le portrait de Bmuet^ d'après Rigaud, est le mieux réussi ; encore mérite-t-il bien peu d'éloges si on le C()mi»arc au superbe portrait du même personnage que Pierre 0revet le fils grava d'une façon tout à fait magistrale.

Au xviu* siècle, la gravure à Peau-forte,' en même

EN FUAISCE. o4l

femps qu'elle était employée par presque tous les

peintres, d(>vint h la mode, ^n*àce à une circonstance fortuite : Madame de Pompadour, grande protectrioe des arts, , voulut elle-même manier la pointe, et elle exécuta quelques planches à l'eau-forte qui ne sont pas sans valeur. Outre une suite de pierres gravées qu'elle reproduisit d'après Jacques Guay, Madame de Pompadour traça d'une pointe spirituelle trois ou quatre planches que n'auraienl pas l eniécs plusieurs graveurs en renom; cellcs-cî sont même traitées avec une liberté telle, qu*il ne faudrait pas s'étonner si l'on apprenait un jour que François Boucher ou que Ch. 2iic, Cochin aient mis la main à ces ceuvres presque royales. Il est bien difficile d'admettre, en effet, qu'une femme journellement occupée des affaires publiques ait pu consacrer à l'art de la gravure un temps suffisant pour obtenir cette sûreté de pratique à laquelle des artistes de profession n'arrivent pas toujours. Quoi qu'il en soit, les estampes signées Pompadour iculp$U doivent, jusqu'à nouvel ordre, conserver l'attribution que Ton n'a pas encore pu démentir d'une façon formelle. Une fois l'impulsion donnée, les grands seigneurs voulurent faire leur cour à celle qui menait TËtat, et l'on vit paraître à cette époque nomhre de petites vignettes qui n'ont pas un mérite sufQsant pour être examinées ici. Si Madame de Pompadour avait reçu des leçons d'iiiustresartistes et avait eu peut-être des aides fort habiles, le comte de Bretcuil, la marquise de Caumont, le duc de Ghevreuse,

le chevalier de Yieuville et le chevalier de Valory avaient été réduits à eux-mêmes et avaient produit des^ oeuvres sans aucune valeur d'art.

Honoré Fràgoiaard, né à Grasse en 1732« vint fort jeune à Paris, entra, à son arrivée, dans l*atelier de Boucher, et, après avoir étudié quelque temps chez cet artiste, il se rendit à Rome, où il copia un grand nombre de peintures italiennes* On rencontre aujourd'hui encore quelques-uns de ces dessins faits à la plume et lavés, et on peut d'ailleurs se convaincre par les gravures qu'en fit Tabbé de Sainte-Non combien ces études profitèrent peu à Fragonard, né pour un art tout différent. Aussitôt après son retour en France, Honoré Fragonard adopta un genre bien personnel qui doit faire estimer son talent { il composa avec esprit des sujets galants qui lui valurent l'entrée à l'Académie en 1765, et il ne sortit jamais de cette voie, dans laquelle il réussissait. Non contentd'obtenir de véritables succès pour ses œuvres peintes, Fragonard voulut également manier la pointe et il s'en acquitta avec bonheur. U faut même classer parmi les malleures eaux-fortes que l'art du xviii* siècle produi* sit les Quatre Bacchanales (Beaudicour, 6-9), et VAr-

moire (B., 2). Ces estampes, quoique d'un dessin plus pittoresque que précis, sont composées avec faeilité, et révèlent un artiste qui met plus de soin à l'exécution matérielle qu'à la correction du dessin. Plusieurs graveurs, Flipart, Beauvarlet, Née, Delaunay, Maeret et Ponce, reproduisirent les compositions que Fragonard

ë;« FRANCE. SIS

ne grava pas lui-même. Maurice Blot grava son chefd'œuvre d'après un tableau de cet artiste, que 1 oa désigne généndemenlsous le nom du Verrou. Un jeune garçon à moitié déshabillé lient dans ses bras une jolieblonde, qui, amoureusement étreinte, feint de vouloir l'empêcher de fermer au verrou une porte qui peut tout trahir ; il est impossible de rendre avec plus de vérité ce combat involontaire entre cette fille qui veut contraindre son amour et ce jeune homme qui ne se connaît plus : l'œuvre fut simple, aussi fut-elle abso* lument réussie. H. Fragonard échoua toutes les fois^ qu'il voulut aborder un sujet historique ou allégorique; il devient tout de suite théâtral et vulgaire, témoint l'estampe qu il composa en l'honneur de Franklin^ et que grava le peintre Parizeau. Après avoir été Fun^ des peintres les plus appréciés de son temps, HonorcV Fragonard mourut dans la misère en 1806, ne laissant qu'une seule élève, mademoiselle Marguerite Gérard. Celle-ci grava d'une pointe tout à fait analogue à celle de Fragonard M. Fan fan jouant avec M. Poliiàinelle et compapiie (Beaud., 5), eau-forte fine eH spirituelle qui passa longtemps pour être l'œuvre de* Fragonard lui-même.

&ms cesse le crayon à la main, Gabriel de Saint- Aubin dessinait tout ce qu*il voyait, et ri^ n'est plu» curieux que les catalogues de ventes de tableaux qui ont aj^rtenu à cet artiste : on voit en marge esquissé» en quatre coups de craymi les tableaux ou les statues que l'huissier priseur allait adjuger. Les gravures de

Gabriel de Saint-Aubin sont exécutées aussi librement que SCS dessins sont indiqués; plus désireux de montrer l'ensemble des scènes auxquelles il assiste que la forme même des objets, il trace d'une pointe inexpérimentée, mais toujours spirituelle, la Vue du Salon du Lomre m 1 753 (Beaudicour, 19), ou la Foire de Be* sœi (Beaud. ,17), Y Incendie de la Foire SaintrGemmn (Beaud., 7-12), ou le Spccladc des Tuileries (Beaud., 15-14). Les milliers de petits personnages qu'il introduit dans ses compositions babillent à ravir, chaque groupe vit et agit, cbacun occupe la vraie place et concourt à l'intérêt de l'action. Ces eaux-fortes, tirées jl quelques exemplaires seulement, étaient destinées sans doute h être données plutôt que vendues ; de là leur rareté, et de là aussi le prix relativement assez élevé qu'elles atteignent aujourd'hui dans les ventes.

Les compositions de Jean-Baptiste-Marie Pierre (1715-1789) sont dessinées avec une incorrection telle, que l'on ne saisit pas toujours au premier abord les objets que le pemtre-graveur a voulu représenter, défaut grave plus apparent encore dans les estampes que dans les peintures. Pierre mania, comme k plupart de ses contemporains, Teau-forte avec une certaine habileté, mais on doit reconnaître que c*est dV près les dessins de Subleyras qu'il exécuta ses meilleures planches. En effet, le Frère Luc, la Courtisane amùureiiuet le Faucon et les (He$ du frère Philippe (Beaud., 32-35), estampes destinées à orner une édition des Contes de la Fontaine^ sont traités avec une

pointe grasse qui sied à merveille aux dessins. On n'en peut dire autant du BcU improvisé (Beand., 9), du

Charlalati {hcnud. y 51), cl de quelquos autres pièces qui sonl en mcmc Icnips dessiuécs el gravées par Pierre. Cependant, pour la Mascarade chinoise (fieaud. , 27), qu'improvisèrent les pensionnaires de l'Académie de France à Uome, l^ierre, dessinant d'une façon moins incorrecte, fit une œuvre meilleure ; cette estampe d'ailleurs est curieuse en ce qu'elle constate un fait, petit (Ml lui-nièni(^, il i^st vrai, niais dont il n'est fait mention nulle part ailleurs. On grava un assez grand nombre de planches d'après les dessins de J. B. Pierre, et les artistes qui surent le mieux rendre la manière assez dévergondée de ce peintre furent Nie. Dupuis, Chédei, Pelletier et Preisler ; encore ces artistes ne purent-ils pas améliorer le goût des dessins «ju'ils avaient sous les yeux.

Le xvni' siècle fut fécond en nouveaux procédés de gravure. J. Ch. François avait inventé, avons-nous dit, la gravure au (avis; Jean-Baptiste Leprince perfectionna encore cette invenlion el grava, au moyen de ce procédé un grand nombre de dessins de sa composi-

* On doit lir(^ sur Ji an-Baptiste Leprince nue fort intéressante notice <Ie M. Alfred Ilnrcel. parue dans les Vorirails inédits d'ar listes français que publie M. Ph. de Chennevières. Nous avions, ï cette époque, communiqué & rauteur de raiiic!e une note que nous croyons utile de reproduire ici :

L^nceayait &it» et se propoeait de publier, en 1780, un trtîté de la grawre au lavis, et il lit paraître à eette époque un prwpeetus dans kquè! it n'oublia pas de faire voir teus les avantaget qu'on pouvait re-

lion. Ayant longtemps s^ourné en Russie, J. B. Leprince rapporta plusieurs vues, des costumes et de» scènes de mœurs du pays qu'il avait habité. Chaque

tirer de ce genre de gravure. Dans ce |)ro6i>cclus il annonce rinlenlion où il est de faire paraître son livre par souscription, et dit que, «d'un»saute chancelante, il se regarderait comme coupable envers les arts et sa nation s'il ensevelissait avec lui sa découverte ; mais qu'il n'est pasas84a fovorisé par la fortiiii« poiirftirele tacrificfi dteaes tmaux et pour renoncer à un gain permis; Û s^est donc déterminé è ofGrir ime 80U8Grip« tioo comme le mojen le ploa aimple de coocHier IHnlâ^t général wee des droits légitimes. • ta mort de Leprinoe a eropêdié reiécnUon de ce projet, et puisque depuis cotte époque le manuscrit n*a pasétépublié, il nous a semblé cuiieux d'indiquer ici le plan de roorragc et les conditioas de souscription. Nous empranlemis toujours ces détails an ntaie prospectus.

fl PUM DU laAITÉ DE LA CBAVURB AD LAVIS.

«Gomme les procédés les phis simples ont lonyours besoin d'appreolis- Oage, et que souvent on perd du temps ii la redierelie de h meiOeure manière de s^ prendre» M. Leprincea cm devoir compossr un tnâté de la marche qu^il fimt tenir dans son procédé. Il conduit, pour ainsi dire, par la main ceux qu*il initie dans son secret : k chaque pas il y donne le précepte et Texemple, c*e8t-li-dire une pbnche démonstratife de c» qui sera avancé dans le texte.

« L'ouvrage contiendra trente à quarante estampes, que l'auteur s'eilM*cera de rendre intéressantes, et qui seront, ainsi que le texte, imprimées sur de très-beau papier. C'est sans doute ici le lieu de remarquer que cet ouvrage, dépouillé môme de la découverte du secret, sera eu lû-mème une collection nouvelle de dessins et de planches faisant suite et complément de rouvre de H. Leprince.

« il sera libre auxsousBripleurs d*avoir des estampes imitant le feîsire oa renere de Chine, pourvu qu^ils aieni la précaution d avertir en souscrivant.

« Chacune de ces estampes sera encadrée h Timilaliea dee dessins-

collés.

« L'auteur, dans le même volume, insérera diflercnts procédés. de gravure qui sont le fiuit de ses recherches, tous susceptiblee d'une exirémo

figure était spirituellement dessinée et gravée avec légèreté; à Taide de cette gravure au lavis , Leprince put rendre en fao-sîmile les dessins qu'il avait foîts d'après nature. Ne pouvant suffire à graver luimême tous ses croquis, Leprioce confia à plusieurs de ses contemporains le soin de graver les plus impoi^ tants, et Robert Gaillard, N. Delaunay, Watlelet, Saint- Aubin et J. B. Tilliard rendirent avec un burin intelligent nombre de scènes polonaises et quelques costumes

promptitude, et princi paiement dans la iii;mière qui ajipro< lie lo plus de Rembrandt. Â la tin de ce volume il ajoulr ra un traité suLcinct sur lu manière d'imprimer et de préparer les coule ur:> et les huiles propres à ce genre de gravure.

«UprixdehsooBcriptiiMisttidelSOlmei. iMaouMripleQrsd^ seront 48 Unes m ti*mg»gmi chei H. Lesaeher, notaire, rue Sainl- Ibrliiiy au ooio de la rue de TÊgout, qui les remettrait aux souscripteurs, dans le cas où des événemeots imprévus empêcheraient TexécnUon deTeuvrage. Lors de son enlière exécution, qui sera annoncée dans les journaux, le resto de la somme sera fourni par les souscripteurs en retirant Toinrage chez le même notaire.

« L'auteur se }iroposr d'avoir entièrement rempli ses engagemeots dans Tespace de huit mois.

« La souscription sera ouverte pendant quatre mois, à partu* du jour de la puhlication du prospectus.

« MoTA. — Les personnes qui n'auraient point encore eu connaissance dee «rtampes eiéontées par ee procédé poommt en voir guelguoe-unes que rauteor a bit déposer, pour la commodité du publie» au Cale de rAcadémie» place du Louvre (1780). »

* Soit que le aeeret ait été perdu, soit que lo iiraoédé employé par Leprinee fàt difficile à imiter, dopais la mort de cet artiste on n'a vu pa* raltre aucune estampe en ce genre, et si le manuscrit, qui existe encore aiiÔourd''hni, croyons'nous, entre les mains de M. Fréd. ViUot, conservateur de la peinture au Musée du Louvre, si ce manuscrit était publié, le graveur trouverait peut-être un nouveau moyen d'agraod r le domaine de son art.

34S niSTOlRE D£ LA GRAVURE

russes, consultés aujourd'hui avec fruit par les archéologues.

Ijoutherbourg passa en Angleterre une assez grande partie de son existenct , et grava à la manière anglaise

quelques facéties (jui rappellent les œuvres d'Hogarth sans les valoir. UExhibUion et V intérieur de la boutique du Perruquier ou du Cafetier sont des charges un peu i^rossières qui ne peuvent passer que parce qu'elles sont exécutées d'une pointe hardie, mais farouche. Subleyras, qui donne souvent à ses tableaux une grande limpidité de ton, exécute à Teau-forte deux planches qui ne sont que lourdes, le Serpent d'airain et les Noces de Cana, Antoine Rivalz naît et meurt à Toulouse (1667-1755) ; il peint pour sa ville natale plusieurs toiles que l'on nous affirme élre d'une belle couleur, et il grave, pour le ïraité de Peinture de Dupuy du Gres, quatre fines allégories que décrit M. Robert Duménil (tome I, page 273). Hubert Robert dédie à Marguerite Lecomte une suite de douze planches, les Soirées de i^ome, qui joignent à une composition agréable une exécution pittoresque. Charles Trémollièi e, dont nous avons déjà noté l'hahiletc à rendre les dessins d'Ant. Walteau, compose deux sacrements, le Baptême dh, ConfirmaUoHf qu'il grava avec une pointe exercée, mais tout à fait incorrecte. Claude-Henri Waltelel tente d'imiter dans ses estampes le clair-obscur de Rembrandt, et reste bien loin du maître qu'il affectionne: il grave en efietson propre portrait, à rimitation du BourguemeUre Six, et ne donne

Digitizec! 1

aucune transparence aux ombres que Rembrandt avait su rendre claires. Wallelet réussit plus heureusement quelques estampes de sa composition et quelques portraits dessinés par Gochin ; maïs sa pointe est toujours pesante et quebjuelois bien monotone. Waltelet fut d'ailleurs un graveur amateur, et on trouve plus de bien à dire du Dictionnaire de peinture, qu'il composa avec le concours de Levèqne pour V l'ju ijcht' pédie^ que des eaux-fortes nombreuses qu'il exécuta. Cet ouvrage, recherché à juste titre, contient sur lesartistes de tons les temps et de tous les pays des appré- • dations justes et des jugements clairement énoncés. Marguerite Lecomte imita le travail de Watteiet et grava quelques planches qui pourraient être signées du nom de cet artiste. Les l)ords du 1-oiret orfrii'(înt à un amateur d'Orléans, Agman Thomas ûesfriclies, des sites gais et charmants qu'il fixa sur le cuivre avec une pointe naïve. L. C. de Carmontelle grava d*une eau-forte sincère et spirituelle plusieurs portraits pleins de gaieté ; Voltaire à Femei/ et Hameau semblent de véritables caricatures, et le Duc de Chartregt le Baron de Ikzem al et VAhlK' Allaire, esquissés légèrement, charment par l'rsprit avec lequel il sont traités. J. B. Joseph Dehifosse, N. Bansonnette, Houel et Niger se chargèrent de graver les dessins que Carmontelle ne grava pas lui-même, et c'est à ces artistes que Ton doit les portraits de BadiaumunU, de Jacqua de Lioncy, du jeune Mosartj de la Famille CaloM, du Comte de AJilly et de quelques autres personnages

350 UISTOIRË DE U GRAVURE

que Gannontdle sot montrer pleins de yîe et de naturel .

Antoine Marcenay de Ghuy voulut chercher à imiter le travail de Rembrandt et ne fit rien de bon; il grava, d'après différents maîtres, tels que Poussin, 6. Dov^, Joseph Vernet et Remhrandt, des estampes sans transparence ; il en est de même des portraits de Bayard^ du Chamelier de PHopikd^ de Turenne^ du Mwréthai de Saxe et de Jeanne d'Arc, Ceux-ci, dessines sans exactitude, n'ont ni un caractère bien tranché ni une exécution agréable'. Ënfin, au nombre des plus féconds graveurs du xvin* siècle il faut ranger le comte . de Caylus (1692-1765), un des amateurs les plus intelligents qu'ait vu naître la France. Possesseur d*une grande fortune, le comte de Caylus put voyager quand bon lui semblait, et, doué de connaissances aussi étendues que variées, il rapportait de toutes ses excursions quelques découvertes nouvelles qu'il publiait à son retour à Paris. Pour nous, qui ne devons envisager ici le comte de Caylus qu'au point de vue de la gravure, nous dirons que le 'plus souvent il se contenta de reproduire les œuvres dWrui; c*est ainsi qu'il grava, en fac-similé^ alors que presque personne ne songeait aux maîtres de la Renaissance, une grande quantité de dessins de Raphaël, de Michel-Ânge, de Léonard

1 Jfgurccnay publia sur son art une notice qui n'oflre qu'un bien mince intârèt; elle parut sont ce titre, en 1764 : Idée de la gravure. Lettre mr rSncyclopédie, au mot Omiem, H Catalogue rakmd det pUm" cku de Cœume de Ifor^cnay de Ghuy, Mt\

de Tinci et de Rubens. On doit même peut-être ?oir dans cette série de travaux du comte de Gaylns un indice de la réaction qui allait s'opérer bientôt en France. Les fac^nmik que grave le comte de Gaylus ne sont pas correctement dessinés; cependant, malgré une interprétation presque toujours incomplète, on ne laisse pas de retrouver aisément le dessin du maître, et on doit s-esiimer heureux de posséder ces reproductions , qui ont conservé le souvenir de quelques eompo* sitions qui couraient risque d'être perdues. Caylus inventa peu; mais, lorsqu'il inventa, ses dessins étaient toujours spirituels, et, pour se faire une idée juste du (aient de cet artiste, il suffit de connaître les vignettes i\m ornent les ChaU^ par Moncrif. Cayluff a trouvé dans ce volume Toccarion d'toe gai, et il a su donner un entrain diannant aux scènes intimes de la vie du <^hat. Les contemporains du comte de Caylus, sans dcmte détournés de leur voie accoutumée par les travaux pleins d*intérét du noble artiste, ont été pour lui fort sévères : Watlelet l'accuse, dans son Diclionmire^ d'être exclusif et de n'aimer que les croquis, et Diderot composa cette épitaphe, qu'il voulait voir sur le tombeau de Tanliquaire :

Ci-git un antiquaire acariâtre et brusque.

Ah! qiTH est bien logé dans oetto cmdie étrasque !

Le xvin" siècle sut inventer un genre jusqu'alors tout à fait inconnu : la vignette, g^re petit en lui-

mène, il est vrai, mak mené si loin par quelques -

artistes, qu'il mérite une place honorable dans Fhisloire de l'art Irançais. Est-il possible, en effet, de voir rien de plus gracieux et de plus élégant que les petites compositions qu'invente Gravelot ' pour les Cimia moraux de Marmontel (1765), pour le Décaméron de Boccace (1757), ou pour VEdition de Corneille reom par Voltaire (1764)? Jamais l'esprit français, cet esprit lin et subtil qui transpire de tous côtés, ne se montra davantage. Â coté de celte interprétation spirituelle d'un poëme ou d'tin roman, il faut examiner aussi cette minutie dans les objets qui entourent la composition et qui concourent à la faire considérer. Hubert Gravelot présente les scènes qu'il dessine dans des salons de son temps ; il étudie soigneusement l'architecture de ses contemporains, et c'est devant des lambris dorés, devant une table en rocaille, que raction se passe. Aussi savant omemanisle que ^irituel dessinateur, Gravelot dépant les mœurs de son époque en même temps qu'il interprète l'œuvre d'autrui. Tout le xviu* siècle apparaît dans les vignettes qu'il invente, avec sa coquetterie, avec sa frivolité et avec son entrain. Gravelot exécuta lui-même, d'une pointe pittoresque,

* La notice que M. Charles Blanc a consacrôc à Hubert Gravelol ilans le Trésor de (n Curiosité, tome 1", p. '251, c^t sans contredit un des \Am jolis morceaux de critique d'art qui aient jamais paru sur un ar- Iwte du xvui* ûècle. L'ingénieux auteur de la Grammaire des ÀrUdu Dettm a esquissé de la plume la plus vive et la pins élégaole cette in* téressante biograpliic, que nous regardons comme un petit chef-d'œuvre de stjle et de goftt.

Digitizc

quelques planches, el flt quelques griffonh; mais il eut le bonheur de trouver dans un grand nombre de ses contemporains des interprèles fidèles. Laurent Cafs, J. Ph. Lebas, Cl. Duflos, Nie. Delaanay, Augastin de Saint-Aabin, GhofTart et d'autres encore, gravèrent très-souvent d'après les dessins de Gravelot, et oeux-cî, dessinateurs eux-mêmes pour la plupart, surent faire passer dans leurs petites estampes tout l'esprit des originaux.

Le dessin d'£isen est plus grêle que celui de Gravelot,; il est moins précis anssi et semble plus pénible; cependant Eisen fait preuve d'un yéritable taieaX de compositeur dans une suite considérable d'estampes pour les MéUmwfhùm à'Omde que gravent Ponce, Delaunay, Baquoy, de Ghendt et Noël Lemire. On retrouve la même facilité de travail dans quelques planches allégoriques, dans un poëme sur la hécla' ifiolfo» théâtrale^ par exemple, qui fournit à de Ghendt l'occasion de graver cinq charmantes petites planches. La Henriade^ de Voltaire, et les Baisers ^ sont ornés aussi de spirituelles vignettes dessinées par Ëisen et gravées par les artistes que nous citions plus haut. Eisen était élève de François Boucher, et quelquesunes de ses compositions rappelleut tout à fait le maître; l'Âmour apparaît presque toujours avec ses gracieuses compagnes, et les vignettes que dessine £isen semblent faites exprès pour servir d'en-téte à un madrigal ou â un sonnet à Ghloris. Quelques essais d'eaii-forte furent ^leamH tentés par Eisen ; oeuM

ss

n'ajoutent rien au talent du dessinateur, quoiqu'ils

dénotent une verve étonnante et un esprit toujours alerte et toujours facile.

Personne mieui que P. P. Ghofiard (i 750-1 809) ne sait composer et graver un cul-de-lampe ou une téte de page. Il entoure de petits cadres ravissants une Imitation de bal pour lundy à six heures^ l&i dames um$ panier^ ou des adresses telles que celles de Prault, le libraire du quai des Augustîns, de Danlliiau^ un horloger de Tabbaye des Prés, d'Aubert, un marchand d'estampes de la rue Saintnlacques^ au Papillon, de Yallayei'^ orfèvre autrefois aux Gobelins, présentement rue du Roule, au Soleil d'or; puis enfin il compose pour lui-même une carte de visite qu'il distribue aux éditeurs et aui: marchands d'estampes : Choffard, rue de$ Franeg-Beurgem^ place Saint-Michel ^ entre une porte cochère et un pâtissier j à Parii» P. P. Giioiïard possède au plus haut degré la facilité de main que nécessitcle métier de graveur de vignettes; il a assez de ressources dans l'esprit pour savoir saisir le trait caractéristique d'un roman et le passage important d'un chapitre. Quatre ans avant sa mort, en i805, Pierre-Philippe ChofTard publia une Notice sur /'art de la gravure en France ; c'est le seul travail en ce genre que l'on ait songé à publier jusqu'au commencement de notre siècle, et, malgré son peu d'étendue, il i:cnfemie de très-bonnes observations, que l'on aurait tort de négliger. P. P. Choffard grava son propre portrait d'un burin souple et facile;

il 8*«t représenté de profil, ooifTé d une perruque fH-

sée, dans un médaillon soulcnu par des guirlandes de fleurs ; son œil est vif, sa bouche intelligente, et sa physionomie animée donne une idée juste de ce talent spirituel avant loul.

Charles Gaucher, comme presque tous les artistes ^i composèrent des vignettes, était aussi bien dessinateur que graveur. Il réussit heurensement à rendre les dessins que Ch. Nie. Cochin avait faits pour V Iliade d'Homère, mais il nous semble un peu lourd dans les vignettes qu'il grava d'après Eisen pour les Contes de la Fontaine. Soit que les dessins fussent eux-mêmes quelque peu dénués d'élégance, soit que le graveur ne sût pas les rendre avec assez de liberté, ceux-ci ne sont pas à la hauteur de certaines autres estampes que Gaucher exécuta. Vers la hn de sa vie, Ch. Gaucher grava trop sèchement quelques dessins de Moreau le jeune, et, appelé à reproduire un Sùcrate tur le point de boire la cvjuè^ que Monnet avait composé, il lit une œuvre froide et tout à fait faible. Dans quelques portraits et dans un grand nombre de cols-de-kunpe, Ch. Gaucher sait montrer un talent ingénieux et facile, et c'est à ces dernières œuvres qu'il doit la juste réputation dont il jouit. ^

Clément-Pierre Harîllier, au lieu de dessiner, comme ses contemporains, des sujets gracieux en rapport avec les mœurâ du temps, eut la malencontreuse idée de vouloir composer les dessins de TAucien et du Nouveau Testament. Cette suite de trois

cents sujets ne oonTenait nullement au talent enjoué

de l'artiste cl fut peu appréciée. Par bonheur, Marillier ne s'en tint pas là et sut montrer ses qualités dans quelques vignettes qu'il dessina pour les œuvres de Rousseau, et que gravèrent les artistes du temps. Choffard eut souvent recours aux dessins de Marillier, et fît passer dans ses gravures toute la fînesse des dessins, et on a une meilleure idée du talent de Marillier en considérant les estampes qui furent gravées d'après lui que œlles qu'il exécuta lui-même; cellesci, gravées au burin, sont quelquefois péniblement traitées et prouvent la difOculté qu'éprouve le dessinateur à manier un instrument qui exige une pratique liabituelle.

Quoique Moreau le jeune ait gravé longtemps sons

le règne de Louis XVI,- nous croyons préférable de le ranger à la suite des dessinateurs de vignettes que nous venons de nommer, attendu que son talent a une grande analogie avec le leur. Moreau possède au su* préme degré le don de représenter des scènes compliquées; il sait grouper avec adresse des milliers de personnages, témoin la très-remarquable gravure du Sacre de Louù XVI et les Fêtes données par la ville do Paris en 1782^ à roccasion de la naissance du Dauphin : il réussit également bien l'architecture et la foule; si, au contraire, il doit montrer les costumes de son temps, il contie aux meilleurs graveurs le soin de reproduire les Petits parrains^ la Dame du payait de la reine ou les AHeusùà l'Opéra, Il se distingue en

Oigitized

cela de ses contemporains, c'est qa*il peut dessiner en grand aussi bien qu'en petit, et la suite des costumes

à laquelle appartiennent les trois pièces que nous venons de citer constitue peut-être le chef-d'œuvre de Moreau le jeune. Cet habile artiste ne fit pas uniquement des dessins, il grava lui-même avec beaucoup d*esprît : l'adresse de Cliamot^ maitre et marcha lui êaUleuff demeurant rue de la Uarpe^ vis-à-vis la rue Percée, à Paris ^ est gravée par lui, ainsi que le titre du Catalogue du prince de Conli, et qu'une carte d'invitation jmur la fête de M. l'ambassadeur de France^ qui se damera le,.* Il nous serait facile d'indiquer encore ici plusieurs estampes gravées par Moreau Je jeune, mais l'énumération en est inutile et serait fastidieuse. Parmi les ouvrages que Moreau le jeune orna de vignettes, illustra, comme on dirait aujourd'hui, il Hiut citer le Jugement de /Mr/.v, poënie de M. Imberl, le Bon militaire^ par M. Boussaneile, et les CAomom, de Laborde, petits chefs-d'œuvre d'esprit el d*élégance.

Augustin de Saint-Aubin, qui grava un nombre infini de portraits, dessina également beaucoup de vignettes justement recherchées; le Bal et le Concert, gravés par Courtois et par A. J. Diielos, et la Promenade des remparts de Paiis, sont peut-être môme les vignettes les plus importantes que produisit le xviit* siècle. A côté d'une composition ingénieuse on trouve dans ces trois planches les documents les plus authentiques sur les moBurs, sur les coetumes et sur l'ameu-

blement pendant le règne de Louis XV. L'œuvre d'Augustin de Saint-Aubin, qui existe au Cabinet des estampes de ll^aris, a été formé' par le graveur luimême, qui a inscrit au bas de quelques planches des^ notes manuscrites fort précieuses pour étudier le» transformations successives de son talent; ainsi on lit au bas d'un Christ entre la Vierge et saint Jean : J'ai faiit cette drogue la première semaine que je suis entré chez Étieme Fmard^ 1 775, et au bas d'une alJ^orie sur la peinture (i 757) : Cette planche a été commencée et finie dans un seul jour. Augustin de Saint- Aubin grava également d'après quelques maîtres anciens, tels que Yéronèse et Titien, mais alors il semble être dépaysé et ne sait pas rendre la couleur lumineuse de ces artistes, et il eût mieux vafu pour lui s'adresser toujours anx compositions spirituelles de ses contemporains.

Les grandes estampes que grava Noël Lemire sont généralement rendues froidement et sans énergie, témoin les portraits du général la Fayêtte et de Washington, d'après Lepaon ; mais les vignettes qu'i^ exécuta ne sont pas dénuées d'adresse. On reconnaît, en effet, un burin agréable et^gant dans les petitesplanches que N. Lemire grava d'après les desnns de Gravelot, et le crayon ingénieux du dessinateur est bien rendu. Noël Lemire avançait beaucoup ses planches à Teau-forte et usait du burin uniquement peur parfaire son œuvre.

Eieu n'est plus fatigant pour l'œil que de voir d'un

EN FRANCE. m

bout à Tautre l'œutre de Chafle^-Nicolas Cochiu fils. Les nombreuses estampes qu*il eontient sont bien corn- .

posées, mais elles sont trop semblables, et les physionomies des personnages mis on scène sont banales ou sans eipresnon. Là où G. N. Gochin est supérieur à Ja plupart de ses contemporains, c*est dans les vaste» composilions : personne mieux que lui ne sait remplir de personnages un grand espace, — Moreau seul fut aussi babile à représenter une foule, — et avee Taide d*une pointe a^j^réable et facile, Ch. Nie. Gochin grave d'après Slodtz, entre mille planches, la Pompe funèbre de madame la Dauphine dam l'églûe de Saintrlkmi. Parmi les vignettes de Gochin qui nous semblent le plus simplement composées, et à cause de cela même les meilleureSi nous citerons celles qu'il exécuta pour les Ccnki de la Fontaine, pour VÀminte du Tasse et pour les œuvres de Boileau.

Le nombre des vignettes que grava Nicolas Delaunay est très-considérable, et celles-ci sont exécutées avec' une certaine aisance qui les fait estimer. Outre Moreau le jeune, Eisen, Marillier et Ch. Nie. Cochin, qui fournissent le plus souvent à Nie. Delaunay des modèles, il faut aussi compter Beaudouin, d*après lequel N. Delaunay grava les Soiiis tardifs^ la SentineUe en défaut et VEpouse indiscrète^ puis Freudeberg pour le Petit jour et pour la CompLaiionee maternelle* Ces derniers artistes peignaient à la gouache et obtenaient par ce procédé des tons doux qu'une gravure moelleuse £en^ble seule en mesure de traduire.

Del vaux grava presque toujours d'après les dessins de Moreau le jeuiie; d'ordinaire fort spirituel dans ses eaux-fortes, il devient lourd lorsqu'il termine ses planches avec le burin. Emmanuel de Ghendt, graveur d* origine Ûâmande, a une manière analogue à celle de Del vaux; il commence ses planches mieux qu'il ne les finit; cependant les vignettes qu'il exécuta d*après Marinier pour les Idylles de Berquin sont fines et précieusement exécutées, i. B. Tiliiard et fien. Louis Prévost réussirent encore par les mêmes qualités de fidèle iutorprctation ; ils gravent toujours d'après les mêmes dessinateurs et avec une liberté fort louable. J. B. Sifflonnet, qui dessine correctement, se permet quelquefois de modifier les contours exagérés de ses modèles; il emploie un burin brillant qui fait paraître ses estampes plus colorées que celles de ses contemporains. C'est encore Eîsen, Godiin et Marillîer qui fournissent à J. B. Simonnet les sujets qu il grave, et ce sont eux aussi qui lui inspirent les planches les plus ehannantes. Joseph de Longueil, après avoir gravé les Conîes moraux^ de Marmontel, d'après Gravelol, les CofUei de la Fontaine, la Henriadc de Voltaire et plusieurs vignettes pour les œuvres de Dorât, voulut tenter d'imiter avec la gravure en pastel les dessins è la gouache^ tentative malheureuse qui ne produisit rien de bon, comme le prouve la seule planche que Longueil grava en ce genre, les Dont imprudenU* Nicolas Ponce est un des derniers graveurs de vignettes du xvjii' siècle, et, pour arriver un peu après les

autres, il n'en est pas moins habile à rendre les dessins spîrituélsde Gravelot, d*Eîsen et de Marillier; mais,

obligé quelquefois de graver d'après les froides compositions de Borel et (le Vafflard, il devient métallique et presque mauvais. Nicolas Ponee consacra une bonne partie de son temps à l'histoire de l'art, et composa nn livre (jui renferme sur 1 art antique et sur la gravure de très-bons jugements; il fut chargé, dans la Biogra* pim univerwlle des frères Nichaud, de rédiger les articles biographiques sur les graveurs, et il se lira avec honneur de ce travail.

Pendant lont> le xm* siècle, U gravnre sur bois semble abandonnée; c*est à peine s^il paraît quelques ouvrages où Ton utilise même les bois publiés antérieurementi et le graveur au burin remplace absolument le graveur sur bois\ Au xmi' siède, un artiste fanatique de son art, Jean-Baptiste-Michel Papillon, emploie tout son temps à la réhabilitation de oet art déshérité : non content de graver lui-même sur bois une quantité prodigieuse d'estampes, il publie un Traité historique et pratique de la gravure sur hoh (1 756), livre bizarre, mais plein de renseignements précieux. Après avoir passé en revue tous les graveurs sur bois qui le précédèrent, et après avoir donné une énumération considérable de l'œuvre de ces artistes. Papillon en arrive à la partie pratique, qu'il traite en

< fidooard Ecmaa fat le seul artiste, en effet» dont on puisse citer quelques plancher. Ne serait-ce que pour ta gravure qu^il exécuta d'après GaUot pour les fêtes de Nancy, il niëriterail déjà une mention.

m HISTOIRE Dfi LA GRAVURE

eODBaissance de cause. Sous une forme singulière et abrupte, il explique assez daiiement les différentes phases par lesquelles la gravure sur bois a passé avant

d'arriver à l'époque où il la laissa, et il serait curieux de voir l'ouvrage de Papillon continué jusqu'à nos jours par un graveur sur bois. Malhearensenient le temps que l*apillon passa à faire ses recherches et à écrire son livre l'empêcha d eludier suilisamment le dessin, ete'està peine si Ton peut compter quelques estampes réussies dans l'œuvre immense qu'il produisit; d'ailleurs, sa façon de tailler le hois est grossière, et on ne retrouve dans aucune des estampes de J. B. Papillon le charme et la nàiveté que noua avons notés dans les gravures sur bois des artistes du xvf siècle.

U n'est pas possible d'avoir fait aussi, bon marché

de tous les principes reçus que ne le firent les architectes du ivui*" siècle. Est-ce à dire pour cela que les ouvrages qu'ils raécutèrent furent dénués de mérite et qu'ils ne soient pas dignes d'attention ? Telle n'est pas notre pensée, et nous osons même dire que l'art de la. décoration fut poussé à cette époque aussi haut que jamais. Si les architectes du ivui" siècle ont une antipathie marquée pour la ligne droite, — et les œuvres qu'ils ont laissés en font loi, — quelques-uns atteignirent, par des moyens différents, un résultat également satisfaisant. Ainsi Juste-Âurèle Meissonnier lit tout un volume de dessins que gravèrent G. Hu-

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quier, Babel et Chenu avec habilelé, dessins tout à fait déeoratife, et parfoitement appropriés au goût du ivm* siècle. Les compositions que Meissonnier exécuta pour le salon de la princesse Czartoriska, pour le cabinet du comte Bielenski, ou pour tout autre appartement, ont pour le moins le mérite, bien rare en tout temps, d'être absolument originales, et on chercherait vainement dans Técole de Fontainebleau^ et môme pendant le règne de Louis XiV, rien qui ressemble aux décorations flamboyantes de l'hôtel Soubise ou à la sobre ordonnance des appartements de Louis XY à Versailles. Gille-Marie Oppenort dessina également un grand nombre d^omemeilts, il entreprit même la décoration de plusieurs appartements; mais il sembl(* être moins heureusement doué que Meissonnier ; sou dessin est moins puissant et est aussi extravagant ; son goût est à peu près autant émoussé, et Oppenort, comme ses contemporains, surcharge d'ornements inutiles tous les coins de Tarchitecture, il ne laisse pas un lambris à nn, et recouvre de feuilles de céleri les meubles quels (ju'ils soient. Babel est plutôt dessinateur d'ornements qu'architecte proprement dit; c'est lui qui se charge de donner les dessins destinés à couvrir les murs ou à garnir les boiseries; il est graveur en* même temps que dessinateur, et graveur fort adroit. Les Guvilliés, quoique nés en France, à Soissons, passèrent la plus grande partie de leur existence à Munich, et ils furent pour le xvni' siècle ce que Daniel liarot avait été pour le xm\ Celui-ci avait passé un

m HISTOIRE D£ LA GRAVURE

long temps à Amsterdam et avait fini par unir la manière hollandaise au goût français qu'il avait de naissance; or les Guvilliés firent presque de même : les ornements qu'ils inventent offrent un mélange de l'élégance française unie à la lourdeur germanique, et le dessin souvent puissant des architectes français est devenu bien inaigre dans les œuvres des Guvillîés. Après avoir paru successivement, les différentes suites de lambris, de décorations intérieures, de panneaux exécutées par les Guvilliés furent réunies en volumes ; ces dessins furent gravés le plus souvent par Lespillier, parChoffart et par Guvilliés fils, et ces graveurs, malgré leur habileté à manier Teau-forle, ne purent rendre à ces dessins le caractère de nationalité qui leur manquait.

Baléchou grava également un livre d'ornements, mais il ne donna pas le nom du dessinateur qui avait

guidé son ])urin, et il nous paraît cependant impossible d'admettre qu'eu égard au travail habituellement pénible de ce graveur, il ait pu inventer des arabesques souvent assec bien composées. Nous sommes donc réduit à attribuer à un artiste inconnu le dessin de ces estampes, et nous ne pouvons louer Baléchou que de la gravure, qui est soignée et qui nous semble fidèle. Ant. Watteau et Fr. Boucher avaient mis à la mode les arabesques chinoises ; Pillement voulut profiter de la vogue qui entourait les œuvres de ces peintres et il composa une série d'ornements dont les motifs étaient empruntés à la Chine; les dessins sont largement Lra-

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