‹ Histoire de la gravure en FranceChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Là UHAVURE SOUS LOUIS XIV. —CHARLES LEBRUN ET SES GRAVEURS: GÉRARD AUDRAN, GÉRARD ÉDELINCK, ETC.

PIERRE VIGNARD, SÉB. BOURDON ET LEURS GRAVEURS. LES GRATËURS IHDÉPBNDAHTS.

LES PORTRAITISTES. — LA GRAVURE EN MANIÈRE NOIRE. — LA GRAVURE IIISTOHIOCE ET TOPOGR APIilOl E. — LES ORNËMAMSTES. — LE CABINET DU UOI.

Nous entrons maintenant dans une période où la gravure est en France à son apogée; aux mains d'artistes du pins grand talent, elle prend bien vite la première place que les autres nations lui disputaient jusqu'alors, et nous attribuerions volontiers à l'influence du talent de Charles Lebrun cette supériorité incontestable.

Ch. Lebrun était fils d'un sculpteur en bois dont les œuvres sont aujourd'hui complètement inconnues; né à Paris le 22 mars 1619, il entra tout jeune dans l'atelier de François Perrier, atelier qu'il quitta bientôt pour suivre les leçons de Simon Youet, le maître en vogue, et à treize ans les portraits de sou père et

d*ua de ses oncles iavaienl fait ranger.au nombre des petits prodiges. Voyant les dispositions de son jeune élève, Simon Youet l'envoya étudier h Fontainebleau

les peintures élégantes du xvï siècle, et, après avoir passé deux ans à copier les chefs-d'œuvre rassemblés dans ce palais, Charles licbrun revînt à Paris, rapportant avec lui nombre d'études habilenH.'nt laites el surtout une excellente copie de la Sainte Famille de Raphaël, connue sous le nom de la Sainte Famille de François 1". Le chancelier Séguicr, ayant eu connaissance des débuts heureux du jeune peintre, lui commanda plusieurs tableaux décoratifs, qui, une fois exé^ eûtes, furent soumis au jugement de Nicolas Poussin; le grand peintre applaudit, dit on, à la facilité de composition de Ch. Lebrun, et, lors de son départ défmilif de Paris en 1G42, il emmena avec lui à Rome le jeune artiste, auquel il avait voué une véritable amitié. Lebrun séjourna quatre ans en Italie, étudia les chefs* d'œuvre de l'art antique, copia un grand nombre de tableaux des maîtres, ei, avant de revenir ù Taris, s'arrêta quelque traps à Lyon, où il exécuta plusieurs tableaux précieusement conserves aujourd'hui. La réputation avait précédé Ch. Lebrun dans la capitale, et, aussitôt qu*il eut mb le pied à Paris, les honneurs lui furent prodigués de toutes parts; chacun contribua de tout son pouvoir à le mettre à la téte de 1 école, poste qu'il occupa avec honneur et dignité; il fut nommé tour à tour écuyer, sieur de Thionvillc, jiromier peintre duHoi, directeur des manufactures royales des meubles

m . HISTOIRE DE LA GRAVDRE

de la couronne aux Gobelins, et mourut le 12 février 1G90, recteur de l'Académie de peinture et dé sculpture, après avoir été directeur et chancelier de ce

noble corps.

Charles Lebrun, comme presque tous les peintres de son temj)s, grava lui-même à Teau-forte quelques

plaudies; celles-ci ont un mérite plutôt de curiosité qu'une importance réelle au point de vue de Tart: aussi sommes-nous tout disposé à reconnaître une certaine habileté de main dans les (Jualre heures du jour (R. D. , 4- 7), ainsi que dans V Enfant Jésus jouant avec les inslrummts de sa passion (R. D., 1); mais nous devons avouer que Charles Lebrun aurait couru grand risque de demeurer inconnu, si ces estampes avaient été les seules œuvres sorties de sa main. Ces planches furent d'ailleurs gravées évidemment par le peintre alors qu'il était encore dans l'atelier de Simon Vouet : elles ont en effet toutes les qualités d'exécution que les graveurs de cette école possèdent à un si haut degré; mais» de même qu'elles ont ces qualités, elles ont aussi les défauts })ropres au maître, le manque de grandeur et l'absence de sentiment vrai. Nous apprécierons mieux Charlea Lebrun en passant en revue les estampes gravées d'après ses tableaux, et personne ne nous donnera une plus juste idée du talent quelquefois un peu emphatique, mais toujours élevé, de Charles Lebrun que les œuvres du plus gi^nd graveur d'histoire français, du Lyonnais G('rard Audran.

La famille très-nombreuse des Audran compta plu-

sieurs artistes; nous en dresserons la généalogie: Âdam Âudran est le premier dont le nom nous soit conservé; il était maître paulmier à Paris; après celui-ci on trouve Louis Audran, officier de louveterie 80118 Henri IV, père de Charles et de Claudel''.

Charles, qui a irès-souvent sipfiié ses ouvrages Karl Âudran, était graveur; né à Paris en 1594, il étudia son art chez Bloemaert et chez Martin Grenter, et mourut à Paris en 1674.

Son frère Claude était aussi graveur; né à Paris en 1597, il fut élève de Charles, et mourut à Lyon le 18 novembre 1677, laissant trois fils : Germain, Claude 11 et Gt'rard.

Germain fut graveur et travailla dans l'atelier de Charles, son oncle; né à Lyon le 6 décembre 1631, il mourut dans la même ville le 4 mai 1710.

Claude 11 était peintre; né à Lyon le 27 mars 1659, il mourut à Paris le 4 janvier 1684; élève de son oncle Charles.

Gérard Audran est le plus célèbre de la famille et nous occupera plus bas.

Germain Audran, l'aîné des trois fils de Claude 1*', eut quatre enfants qui tous aussi se livrèrent à la carrière des arts.

Claude Ilf, né à Lyon le 25 août 1G58, mourut à Paris le 27 mai 1754; il était élève de Claude Gillot.

Benoît l*', graveur, naquit h Lyon le 25 novembre 1G61 , et mourut près de Sens le 2 octobre 1721; il lut élève de Gérard Audran.

m HISTOIRE DE LA GRAVURE

Jean, né à Lyon le 28 avril 1667, mourut à Paris le 1 7 juin 1 756; élève de Gérard.

Louis, né à Lyon le 7 oi» 1670, mort à Paris vers 1712; graveur, élève de Gérard. -

Jean Âudran eut trois fils, qui tous trois s'attachèrent encore à Tétude des arts du dessin. L'aîné, Benoît II, fut graveur : né à Paris en 1700, il mourut dans la même ville en i 772 ; le second, Michel, fut entrepreneur des tapisseries des Gobelins en 1763 et mourut vers 1771, et le troisième, Gabriel, graveur amateur, fut négociant dans les îles.

Enfin, de Michel Audran, fils cadet de Jean Audran, naquirent iknoît III, graveur amateur, et Pierre Gabriel, graveur amateur et professeur d'hébreu; ce dernier était né à Paris en 4 744.

C'est le 2 août lG40que Gérard Audran naquit à Lyon; entouré dès l'enfance d'artistes et d'œuvres d*art, il fut naturellement entraîné vers Félude da dessin. Claude Audran put apprendie à son lils les premiers éléments de Part» mais bientôt Gérard Audran devint plus habile que son maître et tenta de voler do ses propres ailes. Les premières estampes que nous ayons rencontrées de Gérard furent gravées en 1660, et, si elles ne sont pas encore traitées avec cette liberté magistrale dont il fit j)reuve plus lard, elles olTrent cependant des qualités assez essentielles pour que l'on puisse déjà prévoir que Gérard Audran suit une voie qui doit le mener à bien. Après avoir longtemps étudié à Paris, le jeune artiste éprouva le

EN F RAiNCE. SId besoin d'aller s'inspirer des œuvres des maîtres italiens; il partit donc ea i666f et , dès qu'il fut arrivé à Borne, il entra dans l'atelier de Carie Maratte, artiste bien peu propre à améliorer le goût d'un élève, et dont il sut soigneusement dans la suite éviter l'influence. Gérard Âudran occupa tout son temps à étudier les statues antiques et les tableaux des maîtres; il acheva ainsi de se perioclionner dans 1 art du dessin; quelques planches exécutées en Italie par G. Âudran nous donnent bien la mesure du talent de cet artiste éminent. Le portrait de Jordanus Hilling est encore gravé uniquement au burin , mais avec un burin moelleux quoictue brillant, et le dessin de la petite tète est tellement soigné, tellement On et précis, que cette estampe peut être comptée parmi les meilleures de l'œuvre d* Âudran. Quant à la Vigne Sacchelti, plafond peint par Pielro de Cortone et gravé à Rome en 1668 par Gér. Âudran, c'est une planche tout à fait remarquable, préparée d'abord à l'eau-forte et renforcée dans quelques parties seulement d'un burui hçrdi qpi précise les vigueurs sans .alourdir aucunement le desshi. Les œuvres de Pietro de Cortone eurent A'bonneur une autre fois encore de servir de modèle au célèbre grayeur français; la jUtUerie Pampkile fournît à G. Âudran l'occasion d'exécuter quatorze planches qui ne sont pas cependant à la hauteur de , celles que nous venons d'indiquer; celles-oiy tracées uniquement à la pointe, furent terminées au burin d'une fagon un peu lourde; aussi préférons-nous, pour

m HISTOIRE DE LA GRAVURE

donner la mesure du talent que (iérard Audian monlra déjà en Italie, faire remarquer la science profonde déployée par Vartiste lyonnais dans quatre planches gravées d'après le Dominiquin, Uacid dansant devant iarche^ Judith montrant m peuple la tête d'Holo^ pheme, Estker devant Asiuérug^ et Salomon faùmt asseoir Bethsabé mr son trône. Ces quatre estampes, les dernières sans doute queG. Audran exécuta à Rome, sont traitées avec la grandeur de dessin et la prodigieuse habileté d'outil que nous aurons l'occasion de signaler dans les Batailla d* Alexandre.

Lorsque G. Âudran revint en France, Charles Lebrun mottnit la dernière main à une des œuvres les plus gigantesques que le xvu' siède ait produites ; les Batailles d'Alexandre avaient été composées et peintes en quelques années; il s'agissait d'en perpétuer le souvenir et d'en populariser le mérite par la gravure. Gérard Audran, dont les œuvres exécutées à Home «étaient parvenues en France, fut choisi par Ch. Lebrun pour mener à bonne ûn cette difticile entreprise; le Hoi accorda au graveur un logement aux Gobelins, une pension et le titre de graveur ordinaire du Roi. Jamais, peut être, artiste ne se montra plus digne d'une semblable distinction . Audran entreprit tout de suite et termina en six années la gravure des Batailles d\\lexandre : le Passage du Granique, 1672; la Bataille d'Af belles, 1674; V Entrée d'Alexandre dam BabyUmet 1675; Parus vaine^t^ 4678. La gravure de la Famille de Darius avait été cojaiiée à Gérard Édelinck. Quelques

rares épreuves non terminées de ces planches nous ^Di connaître les moyens qu'employait le graveur : le trait est d'abord indiqué à Teau-forte avec cette sûretc^ de main qui est le privilège d'un grand dessinateur; une fois la planche avancée à l'eau-forte, l'artiste rehausse avec un burin moelleux, mais énergique, les parties qu'il veut accentuer, el, toujours allenlii au dessin, il ne sacrifie jamais un des détails qui peuvent concourir à l'effet de son œuvre. Le burin et la pointe sont alternativement employés par lui et viennent au secours l'un de l'autre, comme les différentes teintes sous le pinceau du peintre. M. Gatteaux a écrit, à propos des Bataillen Âlemiulre ^ quelques lignes pleines de goût, qui nous semblent trouver naturellement leur place ici; nous les extrayons d*une notice réimprimée en 1851 dans Wivlûle sous ce titre : OontidérQXioM tur la gravure m taille-douce el mr Gérard Àudran r « . . . Plus le travail est considé^ rable, plus Gérard Audran a d'ardeur pour l'entreprendre; plus la tâche est pénible, plus ses forces redoublent; plus le modèle est varié, plus il est ingénieux dans le moyen qu'il emploie pour le copier. Aussi, ce qui eût occupé une grande partie de la vie d'un graveur ordinaire, il le fait en six années. 11 sait donner le mouvement aux figures et aux animaux, la vie aux plantes et aux arbres; la lumière est répandue partout; vêtements, armures, accessoires de toute espèce, paysage, arcluLcclure, tout est rendu avec une convenance admirable; plus les objets sont divers,

m HISTOIRE 1)E LA GRAVURE

plus il trouve de ressources pour les imiter. Pour colorer, pour aaimer ses gravures, il n*a à sa disposition que le noir et le blane, et cependant quel éclat et^ quelle variété dans les tons! Quelle force dans le mouvement des iîguresl Quelle énergie dans les exprès^ sions! Se servant judideusement, et toujours facilement, de l'e^au-forte et du burin, il sait, par des travaux ondoyants ou fermes, faibles ou vigoureux, obtenir des résultats que lui seul peut atteindre ; il sait répandre sur tout cet immense ouvrage une telle harmonie, il sait si bien employer, mais cacber, toutes les ressources de l'art, que le spectateur enchanté oublie le peintre et le graveur pour ne plus voir que les grandes scènes qui se déploient à ses yeux. . . »

En même temps que les BaUnUe$ £ Alexamdre^ Gérard Audran exécutait quelques planches également belles d'après d'autres artistes que Ch. Lebrun; le Pprku$ $auvéf d'après Nie. Poussin, valut au traducteur de cette œuvre admirable l'entrée à l'Académie le oi mars 1674, et, le 21 novembre 1681,1e titre le plus élevé que pût obtenir un graveur fut accordé à Gér. Audran : il fut nommé conseiller. L'œuvre de G. Audran, outre l'immense habileté qu'on y remarque, est aussi fort considérable. 11 comprend, entre autres, d'après Raphaël, le Buisson ardent ^ planche d'un effet un peu lourd; d'après Eustache Lesueur, le Ma/tigre de Saint Gerwm et de Saint iVotoû, V Aurore et le Mmigre de Smnt Ltmrenl, trois estampes d'un goût exquis de gravure; enlin, d'après Pierre Uignard»

EN FBANCE. «3 la Peste d'Erjine^ et les Plafonds du Val dr (irâceei delà Chambre du Roi à Versailles, Quelques statues du parc de Versailles par Michel Anguier, par Gaspard de Marsy et par Tiirarilon, fournirenl également à Gérard Audran i occasion de faire de nouveaux chefs-d'œuvre, et quelques dessins de Raphaël, de Jules Romain, de Palme le Vieux, de Nie. Poussin et de Rubens, donnent la meilleure idée de la science de dessin de Gér. Audran, et parmi ces faC'iimile il faut distinguer avant tous les autres le Mariage de la Vierge^ d'après Poussin, et V Adoration des Magea^ d'après Palme. En 1 685, Gér. Audran publia les Proporlùm du corpi kunmn mesurées mr les plus belles fiffiires de rantiquité, livre eiécuté avec un soin précieux et digne d'être consulté aujourd'hui plus fréquemment qu*il ne Test. Gérard Audran mounit à Paris le 26 juillet 1705, laissant après lui un certain nombre d'élèves qui surent longtemps encore continuer la manière qu'il avait inaugurée d'une façon si glorieuse.

Après Gérard Audran, plusieurs graveurs, séduits sans doute par la manière de Ch. Lebrun, consacrent leur talent à multiplier les œuvres du premier peintre du Hoi. Parmi ceux-ci, le plus fécond est, peut-être, Gilles Rousselet, graveur au burin et dessinateur expérimenté. Les estampes de Bonsselet ne manquent pas d'une certaine harmonie, et la lumière distribuée savamment leur donne un aspect agréable; ainsi le Chfùt fnort veilU par m ange m pieun^ et un Chrift en croix, gravés d'après Ch. Lebrun, sont exécutés

m UISTOIRE D£ LA GRAVURE

d'une façon Irès-habile, et on s'explique morne diffîcilemeot comuncnl le même artiste qui sait à ses heures mettre autant de charme dans ses estampes a pu graver d'une façon aussi sèche une Sainte Famille que l'éditeur Alexandre Boudan dédie à Ëlizabelh Turpin, et une autre Sainte Famille dikns laquelle la Vierge, les mains jointes, contemple Tenfant Jésus tenant une leuilie sur laquelle se trouvent des caractères hébreux. Bans ces deux estampes, que tout amateur délicat doit rejeter, Gilles Rousselet conserve enr core son goût de dessin ordinaire, mais il semble ignorer absolument la dégradation des tons, et donne la même valeur à tous les objets. Quelques artistes contemporains, Jacques Stella et Pbilippe de Champagne, plusieurs peintres italiens, Raphaël, Titien et TAIbane, servirent de modèle à Rousselet; mais ici le graveur est moins à l'aise, il ne comprend pas assez complètement les beautés de lart italien, et donne aux Vierges de Raphaël la physionomie des Vierges de Ch. Lebrun ou de Jacques Stella.

Gérard Édelinck mérite, ne serait-ce que pour la Famille de Darim (R. D., 42), d*étre mis à la tête des meilleurs graveurs du règne de Louis XI Y. Originaire de la Flandre, il semble avoir porté en France avec lui le secret de ce coloris éclatant que l*école flamande possède à un si haut degré; mais la supériorité de G. Ëdelinck sur la plupart de ses contemporains consiste surtout dans la scrupuleuse et inlelligenle science de son dessin. Sans être pour nous à la hauteur des

EN FUA.NCK.

Bataillei d'Alexandre de Gérard Âudran, la Famille de Darius n'en est pas moins encore une œuvre admirable, bien supérieure même au S(nnt ( harles Borromée(^. D., 29), au Saint Louis (K, D., 28), gravés par le même artiste d*après Ch. Lebrun. Ces dernières planches sont Irop métalliques, cl elles ont te tort d*avoir amené cette école, à la tête de laquelle se trouve Jean-Georges Wille. Dans la Madeleine (R. D., 52) au contraire, Gérard Ëdelinck repa-

^ rait avec cette ampleur de burin et ce dessin puissant que la Famille de lïarfun annonce; la taille est menée simplement, on ne remarque aucun de ces lours de force dont les graveurs de profession abusent trop souvent; l'œuvre de Lebrun est rendue sans prétention, et la graviire offre un charme égal à celui de • la peinture originale. Ce ne fut cependant pas d'après

. un tableau de Lebrun que Gérard Ëdelinck grava son chef-d'œuvre; cunfiant dans son savoir, Édelinck s'adressa à ikphaël, et il grava la Sainte Famille de François P (R. D. , 4) avec une habileté dont la France n'avait eu avant lui aucun exemple.

Là où Gérard Audran avait lui-môme échoué, Gérard Ëdelinck sut réussir; le style si pur et si élevé de la Sainte Famille de François 1" impressionna tellement Gérard Édelinck, que cet artiste sut mettre absolument de côté sen taient personnel pour se laisser guider par le chef-d'œuvre qu'il avait sous les yeux. Quittant la façon toute particulière à laquelle les

œuvres françaises, reproduites par lui jusqu'alors,

226 HISTOIRE DE LA GUAVlUE

i'avaient naturellement accoutumé, Gérard Ëdelmck semble emprunter le grand goût de Tltalie pour multiplier l'œuvre sublime du peintre d'Urbin; il trace les contours qui lui sont indiqués par le maître avec an trait pur et scrupuleusement exacl; le burin, docile au sentiment de celui qui le guide^ vient à souhait servir le graveur, et, avec le secours unique du dessin, G. Ëdelinck parvient à indiquer selon leur véritable valeur tous les tons de l'œuvre peintci l'expression des tètes n'a été ni changée, ni modifiée; en un mot, Testampe de G. Édelînck d'après Raphaël, mise en parallèle avec le tableau du musée du Louvre, nonseulement soutient pariàitement le rapprochement, mais elle est digne, tant Finterprétatîon est eiacte et intelligcute, d'être regardée comme la rcproduclion la plus complète qui ait été laite jusqu'à ce jour d'un tableau de Raphaël.

A côté des compositions d'histoire que Ch. Lebrun enfante avec une facilité rare, il faut aussi faire mention de cette science de la décoration que personne, sans excepter même les peintres de Fontainebleau, ne sut mieux que lui mettre en pratique. Saint-André grava à l*eau-forte, d'une pointe grasse et savante, les décorations de la Petite (ialerie du Louvre^ et Ch. Simonneau exécuta, à Teau-forte aussi, le plafond du Grand escalier du Châtem de Vertaitles^ Ces deux artistes surent conserver dans leurs interprétations le caractère exact des (l'uvres originales, tout en faisant preuve d'une habileté bien personnelle : le premier, disciple de Gé-

EN FRÂ5iCE. S31

rard Aiidran, rappelle quelquefois son maître; le seeondy paiement élève da même arliste, mais élève attardé, reproduit avec un trait fin et docile le dessin <|iril a sous les yeux, dessin «l'une ricliesse rcolleinent extraordinaire; tous deux, eu un mot, savent faire valoir l'œuvre qu'ils reproduisent, autant que ToBuvre elle-nième les fait valoir.

Portrailide aussi distingué qu'habile compositeur, Charles Lebrun peint presque tous les personnages illustres de son temps ; il sait donner à la physionomie du Hoi, du chancelier iS'e^i^ier, de Ftniquelj de Colbertf àeMazarin^ de Pomponne de BeUièwe^ de PerrauU et à*hraèl Silvestre^ un caractère bien personnel, que Nanteuil, Édelincket Van Schuppen nous transmirent soigneusement. A ses débuts, Ch. Lebrun ne dédaigna pas d'exécuter quelques figures comiques, telles que Jodelet eschappé des flammes ^ Gros-Guillaume^ Polichi' tielle^ PmUalm^ Briguelle et IHvelin^ types bizarres et curieux dont le souvenir eût pu se perdre sans le$ estampes qui en furent gravées par Gilles Rousselet ou Grégoire Huret. Bernard Picart et Folkema reproduisent au burin les célèbres tapisseries de VHi^oire de }JéJixigref que Lebrun avait dessinées pour la manufacture des Gobelins, et I. H. Martin, dans une gravure au trait, nous fait connaître une première pensée, non exécutée, de Lebrun, pour les Batailles d'Alexa/ndre^ la Bataille de Porm et d'Alexandre, Enfin, c'est k Pierre Daret que nous devons'Ies estampes exécutées, sans doute, d'après les premiers dessins de

228 HISTOIRE liE LÀ GKAVIRE

Ch. î.ebpun : VAveuqle de Smyme, la Comédie den Tinleries et la }Inria)me^ Iraijédie^ compositions simples et sagement disposées, qui rappellent les maîtres chez lesquels Ch. Lebrun étudia dans son enfance.

Si, pendant une grande partie du règne de Louis XI V « Charles Lebrun domina presque exclusivement Tari et

les artistes, il eut cependant quelques rivaux, et Pierre Mignard prit un jour la place que Ch. Lebrun semblait avoir accaparée. Loin de nous la pensée de mettre sur la même ligne ces deux artistes; nous reconnaissons parfaitement à Charles Lebrun une supcriorité incontestable sur Pierre Mignard; mais, cette supériorité évidente une fois constatée, il importe de dire quel fut le talent de Pierre Mignard et comment les graveurs surent interpréter les œuvres nombreuses qu'il produisait.

Le véritable maître de Pierre Mignard fut Simon Vouet ; on ne peut guère compter, en efletf un certain Mean Boucher, de Bourges, qui apprit uniquement au jeune homme, dont l'instruction lui était contiée, les premiers éléments du dessin. Après avoir fréquenté Patelier de Simon Vouet, Pierre Mignard voulut aller à Rome étudier d'après les maîtres de l'art : il séjourna vingt-deux ans en Italie, et ne revint en France que vers 1657. A son retour, il passa par Avignon, où il lia connaissance avec Molière, et par Lyon, où il laissa un certain nombre de portraits ; et, à son arrivée à Paris, il fut nommé directeur de PAcadémie de Saint-

KN FILVNCE. 229

Luc; mais la mort de Lebrun, arrivée en 1690, permit à Mignard de se présenter à l'Académie royale, el, par une cxcoplion unique que sou talent justiiiait pleinement, il fut, le même jonr, reçu académicien, pro. fesseiir, recteur, directeur et chancelier. Cette hante faveur devait imposer à F. Mignard une tâche difficile, c'était de conserver une réputation que la Gloire du Val-de-Grâce, célébrée par Molière, et les plafonds de la Petite Galerie de VermUles lui avaient méritée ; mais la mort vint le surprendre, le 15 mai 1695, alors qu*il mettait la dernière main à une esquisse pour la coupole de Téirliso dos Invalides.

Nous avons dit que Mignard devait être regardé comme inférieur à Ch. Ijcbrun ; nous nous expliquons. Si un talent peut-être égal de composition a été départi à ces deux artistes, el s'ils ont entendu tous deux avec un pareil bonheur Vart de la décoration, Mignard ne sut pas donner à ses figures une expression en rap[)ort avec la majesté des sujets; il n*y a pas une tête, dans toutes \e& Batailles d'Alexandre^ qui ne soit grandiose et majestueuse, tandis que, dans la coupole du \ aide-Grâce y plus d'une fois on s'étonne de trouver de Tafféterie, de la migmrdiie^ là où Ton croyait trouver delà force et de l'âme. Arrivé après Nicolas Poussin et après Charles Lebrun, Pierre Mignard conserve encore un goût assez élevé qu'il emprunte à ses pi*édécesseurs, mais il n'a pas en lui les qualités nécessaires pour régénérer Técole ; il tient le juste milieu entre la grande peinture d'histoire, que Lebrun représente si complé-

tement, et la peinture vide, monotone et sans consistance que les Coypel vont inaugurer en France. Lorsque Migi\ard se trouve face à face avec la nature, il devient alors plus habile, et les portraits qu'il exécute se font remarquer par une véritable entente de la couleur et par uu dessin précis, quoique un peu maniéré ; mais, ici comme ailleurs, Texpression est trop sacrifiée, et un portrait dont la physionomie n'est pas caractérisée d'une façon bien déterminée court grand risque de perdre bientôt Festime qui l'entoura à son apparition. C'est un peu ce qui arriva à Pierre Mignard : comblé de la fortune de son vivant, il fut bientôt laissé de côté après sa mort, et si Ton doit avouer que cette disgrâce fut trop sévère, il faut reconnaître aussi que les louanges dont il avait été Tobjet étaient quelque peu exagérées.

Une seule gravure à Feau^forte de Pierre Mignard nous est connue ; elle a été décrite par M. Robert Duménil et a du être exécutée par l'artiste alors qu'il était encore jeune : c'est une SairUe Sdtolasliqne à ge* nom devant la Vierge. Le dessin est insuffisant, la composition trop compliquée, et la gravure elle-même dénote une grande inexpérience; aussi la rareté, plutôt que le mérite, a-t-elle dû faire rechercher des amateurs cette estampe, qui n'ajoute rien à la réputation du peintre. Si P. Mignard ne sut pas se servir de la pointe avec liabileté, quelques artistes se chargèrent de multiplier ses œuvres principales, et, parmi ceux-ci, le plus habile est encore Gérard Audran. Outre le pla-

EiN FRANCK. S3f

fond du Val-éMiréce et les plafonds de la Petite fia*

lerie de Versailles^ G. Audran exécuta, avec sa façon large et puissante, la PeUe d'Eçfine^ une des compositions les plus soignées de Pierre Mignard. L'cBuVre d'Audran, accomplie dans son genre, est supérieure, sans contredit, au tableau : une harmonie bien entendue donne à oette composition un aspect réellement sinistre, et l'expression de quelques physionomies a gagné à être rendue par G. Audran; or c'est là une grande qualité du talent si élevé de cet artiste de savoir donner de l'unité aux tableaux qu'il grave, sans cependant s'écarter de l'œuvre originale qu'il a sous le» yeux.

François de Poilly grava également, mais alors tout à fait servilement, un certain nombre de Saintes Famillet et de Vierge$f d'après P. filignard : celles-ci, exécutées avec un burin propre et bien conduit, ont le mérite de relié ter absolument les œuvres du peintre; aussi nous permettrons-nous de reconnaître aux estampes les mêmes défeuts que nous signalions dans les tableaux, défauts dont il ne faut accuser que le peintre. Van Schuppen, BouUel, Jean Boulanger et Gagnière ont reproduit également la physionomie des peintures de P. xMignard; mais ils n'ont pas su toujours faire valoir suffisamment les qualités du peintre. Tons les grands burinistes du règne de Louis XIV, Gérard Édelinck, U. Nanleuil, Roullet, Trouvain, Van Schuppen, Ant. Masson, J. Lenfant, Vermeulen et Pilau, multiplient à Penvi les portraits de P. Mignard,

«32 mSTOlKE l)K LA r.RAVinE

ot ceux-ci deviennent, avec l'aide de ces artistes, d'excellentes productions, productions d*autant meilleures qu'exécutées du vivant des personnages dont elles fixent les traits, elles ont pu être rendues plus parfaites par les graveurs, qui tous avaient une connaissance approfondie du dessin.

Sébastien Bourdon avait été, avec Charles Lebrun, un des douze anciens de TAcadémie; il avait même, dès 1648, rempli les fonctions de professeur, el les œuvres peintes et gravées qui nous restent de cet artiste nous font aisément comprendre la distinction toute particulière dont il avait été l objet de la pari de ses contemporains. Né en i 61 6^ Sébastien Bourdon, après avoir étudié, comme presque tons les artistes de son temps, dans l'aLelierde Simon Vouel, parlit pour l'Italie et visita Rome et Venise; il rapporta de ce voyage un goût de dessin qu'il faut définir : tantôt guidé par le charme de l'école do Parme, tantôt influencé par l'éclatante couleur vénitienne, quelquefois aussi singulièrement dominé par le génie profond de notre compatriote Nicolas Poussin, Séb. Bourdon exécuta des œuvres qui procèdent à la fois de Parmesan, de Castiglione et de Técole romaine comprise par Poussin ; les compositions qu'il exécute sont sages et simples, ses personnages sont facilement groupés, mais le dessin est souvent indécis et quelquefois sent trop la convention ; en un mot, Sébasiien Bourdon, n'ayant pas en lui ce qu'il faut pour inventer, puise de tous côtés et exécute des œuvra sages, personnelles même

BN FRANGE. 235

si l'on veut, mais manquant d'une originalité bien réelle. Les eaux-fortes gravées par Séb. Bourdon sont

exécutées facilenicnl, mais elles sont toutes trop semblables ; il suffît, en eflet, pour se faire une opinion sur le talent de Bourdon comme graveur, de connaître une seule de ses eaux-fortes. Ainsi, que Ton voie la Fuite m Egypte (B. D. 24) ou les Œuvres de-mûéri' ewrde (B. D., 2-8), on est certain de noter la même sagesse de composition et la môme finesse de pointe. Les graveurs, sans doute peu attirés par le talent de Séb. Bourdon, ne reproduisirent qu'un petit nombre d'œuvrcs de cet artiste; nous ci lirons cependant Van Schuppen, François de Poilly, Michel Natalis, J. B. Brebès, G. Bousselet et Guillaume Vallet; mais les gravures de ces artistes d'api ès Séh. Bourdon sont souvent faibles et même quelquei'ois assez indigues de la réputation de leurs auteurs. Samuel Bernard réussit cependant à rendre avec une couleur assez heureuse ÀUjancLX découvert par Ulysse (H. i)., 8). Sébastien Bourdon mourut à Paris, le 8 mai i671 ; il était à celte époque Recteur de l'Académie de peinture.

Après avoir étudié la peinture dans l'atelier de Séb. Bourdon, r^icolas Loir se rendit à Borne et trouva, à l'école de Nicolas Poussin, des enseign (Clients qui répondirent mieux ù ses goûts ; il s'attacha donc à imiter la manière de ce maître et semble même, dans ses estampes, avoir été l'élève de Jean Pesne, le plus habile graveur des œuvres de Nicolas Poussin. Tous les genres furent traités par Nicolas Loir, qui réussit également

dans tous ses essais. 11 grava uniqueaient à l'eau-forte, et ses gravures, d'une composition un peu sècbe, sont exécutées avec simplicité. Une suite de Saintes Familles (R. D., \'i'2) rappelle singulièrement la manière de Séb. Bourdon, mais il faut se souvenir que Séb. Bourdon fut lui-même élève de N. Poussin. Dans quelques ornements, Nicolas Loir trouve des agencements heureux et d'une sobriété fort élégante. Alexis Loir multiplie un ^rand nombre des œuvres de son frère Nicolas et a un talent analogue, talent qui consiste plutôt dans un dessin sage et distingué que dans une originalité bien tranchée.

A coté (les artistes de génie qui occupaient au XVII* siècle les premières places dans l'école française, se groupe toute une série de peintres habiles et consciencieux ({ui obtinrent de leur vivant d(>s suffrages que la postérité n'a pas ratifiés. Le plus habile parmi ceux-ci est, sans contredit, le peintre Jacques Stella, chef d'une famille d'artistes et graveur plus audacieux que réellement savant. Né à Lyoft en 1-596, J. Stella eut de son temps une grande réputation comme peintre; il alla on Italie, à Tàge de vingt ans, et reçui du grand-duc de Toscane des enoouragemmits et des commandes. Il se lia à Rome avec Nicolas Poussin, dont il imila la manière; et, revenu en France vers 1055, il fut présenté par le cardinal de Richelieu au Roi Louis XIII, qui lui donna une pension de mille livres, un logement au Louvre et le titre de peinU'e du Hoi. Les œuvres de Jacques Stella sont généralement com-

posées et exécutées avec soin, mais elles manquent

souvent d'unité. On ne peut cependant adresser ce reproche à la suite de la Pamon, gravée par Claudine Stella, qui /long temps attribuée faussement à Nicolas Poussin, a été reconnue récemment pour être l'œuvre de Jacques Stella, car le grand goût de dessin de ces compositions justifiait pleinement cette attribution illustre

Jacques Stella grava lui-même à l'eau-forte quelques planches qui ont pour mérite principal la rareté ; en

effet, on s'étonne justement de trouver dans les gravures d^un peintre d'histoire une préoccupation con» stante de la manière de Ganta Gallina et de celle de Jacques Callot, si l'on ne rélléchissait que \e Sauveifr descendu de la Croix ^ 1657 (U. D., 1), et la Cérémonie de 4a présentaiim de» tnbaJU au granèduc de To$mis^ 1621 (R. D., 5), ont dû être gravés à Florence, alors que ces deux artistes jouissaient de la plus grande vogue. Si Jacques Stella ne donne pas dans ses estampes une idée juste de son talent arrivé à sa maturité, il eut le bonheur de trouver dans sa famille un interprète savant, fidèle et dévoué : Claudine Stella, dont nous

' Xoiis avions nou.*i-mènio, dans la Revue universelle des Arts, affirim- d'une façon trop al)solnc quo ^'ic. Poussin et non pas J. Stella était le vérUable auteur de la Passion. Il panit dans la même Hcvue, quelque temps aprt^s, une réfutation concluante qui détrnisail complètement roi)iiiiotï que nous avions émise rl'après le f;oùt élevé des eonqtositiotis do J. Stella. Les épreuves anciennes et du premier tira;^(' pinlcnl toutes, le nom de Jacipics Stella; on n\ a sulislitué qu'assez l;ird même, et probaldemcnt dans uu but purement commercial, le nom de Kicidas Poussin. ^

m HISTOIRE DR LA GRAVURE

avoDsdéjà parlé plus haut lorsqu'il s'agissail de Mcolas Poiissiii, en même temps qu'elle mullipliait les œuvres de ce maître, gravait avec un burin simple et harmonieux un j^^rand nombre de compositions de son oncle Jacques Stella, et, parmi les meilleures planches de celte artiste, il faut compter le Sommeil de i'Enfant JcsuSf les Postui ak's el U s Jciix de r enfance, estampes où les qualités du peintre lyonnais apparaissent tout entières. Les Poilly, Gilles Rdusselet et d'autres graveurs encore, lenlèrenl également de reproduire les œuvres de J. Stella, mais ils ne purent jamais saisir aussi heureusement que Claudine Stella les qualités essenlielles du talciil de J. Slella, la sagesse dans la conception et la sobriété dans l'exécution.

Nous ne saurions reconnaître aux œuvres de Louis de BouUongne le père l'élégance el la grâce queFélibien etDargenviile leur accordent; les quelques eauxforles que nous connaissons de cet artiste, la Flaget" lalhin de Saint Andréa d'après Paul Véronèse (R. D. , 9), et une certaine Artémiu (H. D , 12), du dessin même de BouUongne, dénotent une connaissance incomplète du dessin et une véritable, inexpérience de Teau-forle. 11 en est à peu près de même d'un Livre de fortraiinre publié par Louis de BouUongne en IM8 (R. D., 14-39), livre que les artistes devront consulter avec métiance.

Le talent de Michel-Ange Corneille a une malheureuse analogie avec celui de Louis de BouUongne; le dessin de ces deux peintres-graveurs est également

Digjtized by

KN FRAXCK. t237 lourd el dénué docliarni<î, et si la ra(;on de graver de M. A. Goraeilie esl inoins inexpérimentée, la diitcrence n'est cependant pas facile à saisir. Les quatre compositions inspirées à Corneille par Haphaël : Dieu apparamaiU à AbraJium (R. D., 1), Ahraliam quitte sonpays et va en Chanaan (R. D., 2), Abraham délivre Lot (R. 1)., o), et les Apjnrts du sacriftcc d'haae (R. D., 4 ), rappellent singulièrement la manière de graver de Nicolas Chapron. Il ne sufBt pas du reste de connaître ces estampes pour apprécier juslemenl le talent de M. A. Coineille; la Vienje nffraut rmjuM Jém à l'adoration de SahU Jean (R. D., 14), et Notre- Dame des Auges (R. D., 24), planches dans lesquelles le burin vient en aide à l'eau-forle, sont exécutées avec plus de goût, et « pourraient, dit l'indulgent Wattelet, contribuer beaucoup à faîn» vaif^cre chez les graveurs la froideur que le uiéumisme de leur art est capable d'inspirer* »

A en croire la signature G. Cortesefe.^ que Jacques Courtois, dit le Bourguignon, met au bas de ses estampes, on serait tenté de le regarder comme Italien; mais, au goût de son dessin, c'est dans l'école française qu'il faut le classer, et dans la partie de l'école française la plus bizarre et la plus fantasque. Si, comme on le prétend, ce fut après avoir vu la célèbre Bataille de Constantin composée par Raphaël, mais exécutée par Jules Romain, que Jacques Courtois songea à s'adonner exclusivement aux tableaux do batailles, on

-m HISTOIRE DE LA GUAVinK

doit s*étonner que la vue de oe chef-d'oBuvre ait eu

une aussi médiocre influence sur le dessin de cet Jirtiste. On ne retrouve, eu effet, dans la SuUe de BataiUe$ (R.D., 1-8) aucune des qualités du grand peintre romain, et, alors que chaque groupe de la Bataille de Cnnslaiilin est dessiné avec pi'écision et soigneusement étudié, la fougue seule, dans les estampes de Jacques Courtois, est estimable et mérite d*étre remarquée.

De même que Jacques Courtois, Josepli Parrocel sait mieux donner le mouvement à ses Ggures que dessiner correctement. Chaque personnage pris isolé* ment dans les eaux-fortes de J. Parrocel est incomplet et pourrait diflicilement tenir sur les jambes; pris dans un ensemble, il vil, agit et se ment avec acharncnienl et vigueur. Ainsi, dans les Quatre heures du jour (B. D., 82-85) et dans les iHvm mjeU de guerre (R. D., 87-90), J. Parrocel peint Faction avec chaleur et arrive à passionner; ses cavaliers se batlenL bien, ses chevaux écumants sont réellement blessés et meurent encore pleins de vie. Dans les Miracle» de JésHS'Clirist (U. 4 1-80), au contraire, compositions habiles, mais d*un dessin presque nul, on sent l'artiste géné dans son allure et voulant contraindre son talent essentiellement militaire pour aborder un moment la peinture religieuse, genre où la fougue est souvent déplacée.

C*est pour trois paysages gravés à reau-lorLe que n(ms j)laçons ici Francisque Millet, imitateur de Nicolas Poussin et artiste du plus grand talent. Les trois

estampes que M. Robert Dunénil donne avec certitude à Francisque Alillct sont gravées d'une pointe savante; la composition est heureusement disposée et la couleur superbe; faut-il ajouter aussi que ces gravures sont de la plus grande raretc' et manquent aux plus ricb^ collections? Outre les œuvres gravées par le peintre lui-même, un autre peintre-graveur, Théodore, semble avoir mis sa pointe au service de Francisque Millet, Élève de cb maître, nous apprend Florent le Comte, Théodore ne grava jamais que d*après Millet, et il sut rendre habilement les ([uaiités de sage ordonnance que , Ton remarque justement dans les œuvres du peintre. Cependant la façon de procéder de Théodore est souvent trop monotone, et les estampes qu'il grave ne rendent pas suffisamment Teffet du tableau de Millet, effet toujours juste et souvent im{)osant.

Simon Guillain, qui fut un des douze anciens de l'Académie de peinture, exécuta à l'eau-forte, pendant le voyage qu*i1 fit en Italie, un certain nombre de pièces d'après Annibal Carrache. Les Cri» de Bnlogne^ 1 646, ot la Vie de ton Diego annoncent un artiste peu expérimenté qui n*a qu'une notion très-imparfaite du dessin. 11 est vrai de dire que les originaux offerts au graveur étaient d'un goût douteux et d'une exécution souvent négligée; malgré cela, les estampes queS.Guil* lain nous a laissées sont encore très-inférieures aux dessins qu'il eut sous les yeux.

On a voulu voir dans le nom d'Albert Flamen une origine flamande, que M. Robert Duménil conteste

240 HISTOIRE ilË LA GltAYlHE

avec raison en l'aisanl remarquer que toutes les estampes de cet artiste turent publiées à Paris. La ayant égard au talent spirituel d'A. Flamen, on s'apercevra facilement ([ue sa pointe vive et alerte n'a aucune analogie avec les eaux-fortes des niaîlies llamands du xvn' siècle. Le goût du dessin, le choix des sujets, des Poissons de Dwr (P». D., 415-450), des Poissom d'eau douce (R. D , 4514bl), des Oisenux (R.D., 389-414), ont pu induire en erreur; mais la façon libre avec laquelle sont gravées les vues du Château de Lom/vC' toiie (R. D., b24'b*jo) et toutes les planches que nous venons de mentionner se rapproche de la gravure d'Israël Silveslre plus que d'aucune autre. Enfin, plutôt que d'établir un parallèle entre Albert Flanien et les maîtres flamands, nous préférerions indiquer l'analogie qui existe entre les œuvres de cet artiste et agiles de Wenceslas Hoilar.

Un artiste dont le nom est célèbre dans la curiosité, Jean Mariette, grava avec une pointe fine et souvent assez semblable à celle de Séb. Leclerc un grand nombre de vignettes qui devaient trouver leur emploi dans les livres publics au xvii" siècle. Le dessin de ces estampes est soigné, mais manque uu peu d'ampleur. Dans les gravures exécutées au burin par Jean Mariette, cette mesquinerie de dessin se fait également remarquer; les tableaux qu'il reproduit ne sont d'ailleurs pas toujours d'un bien bon goût, et le nombre, relativement assez considérable, des planches qu'il grava d'après les Corneille et d'après Bérain, manquent de

noblesse. Jean Mariette, en même temps qu*il pratiquait l'art de la gravure, faisait le commerce d'estampes, et on rencontre fréquemment son exeudit au bas de planches publiées au xvii* siècle.

Personne ne sul, en France, comme François Spierre rendre la peinture du Gorrëge, peinture suave et puissante à la fois, qui résume à elle seule toute une partie de l'art, la grâce. Élève de François de Poilly, Spierre se fit bientôt une manière à lui, qui était pleine de qualités. Dessinateur habile, mais dessinateur à la façon des maîtres de Panne, il arrivait à fondre les contours dans une ligne vaporeuse qui arrêtait suffisamment le regard pour lui permettre de comprendre l'objet représenté, mais qui ne l'absorbait pas tellement qu'elle l'empêchât d'embrasser l'ensemble de la composition. C*est, il est vrai, d'après la meilleure estampe de François Spierre, la Vierge et r enfant Jé$u$^ que nous portons ce jugement favorable; les nombreuses compositions de Pietro de Cortone et de Ciro-Ferri, que cet artiste multiplia, ne sauraient en effet donner une juste idée de son savoir. Autant le chef de l'école de Parme inspire le graveur lorrain (Spierre était né à Nancy en 1645), autant les peintures de la décadence italienne entravent son élan; le burin habile de François Spierre donne encore un résultat satisfaisant, mais le dessin de ces peintures, généralement pleines d affectation, nuit aux estampe» et empêche qu'on admire pleinement leurs qualités essentielles.

iti

Dans le chapitre précédeDt, nous avons négligé à dessein de parler des graveurs de portraits, nous rëservanl de grouper ici cette série intéressante d'artistes qui, prenant la physionomie humaine comme but de leurs efforts, ont chereho, avant tout, à rendre l'esprit de leurs modèles. Un seul grand artiste en ce genre, d'ailleurs, eût dû trouver place sous le règne de Louis XIII, et nous avons préféré commencer par €0 nom illustre la liste des portraitistes du xvu' siècle.

Jean Morin naquit tout au Commencement du xvji'' siècle, et fut élève, selon toute probabilité^ de Philippe (Je Champagne, peintre flamand d'origine, mais devenu Français par le long séjour qu'il fit en France. Guidé dans ses études par un maître aussi savant, J. Morin dut promptement développer les facultés heureuses dont il était doué. Phil. de Champagne avait conservé de sa patrie cette couleur harmooieuse <jue l'on admire avec raison dans les œuvres des primitifs Flamands; il avait emprunté à la France Texpression élevée et la pensée, et, à Faide de ces éminentes qualités, était parvenu à exécuter un vrai chef-d'œuvre, le portrait de la sœur Catherine Agnèi Àmauld, (Livret du Louvre. — Ëcole flamande, n* 83.) Ce dessin précis, celte couleur sobre et lumineuse, cette entente de la physionomie, on les retrouve dans les estampes de Jean Morin. Le portrait du cardinal Bentivoglio (R. D., 45), gravé d'après Ant. Van Dyck, est, sans contredit, le chef-d'œuvre de l'artiste. Après avoir arrêté, par un contour fidèle, les traits ca-

ràetéristiques du visage, J . Morin modèle les chairs avec

ujie infinité de petits points obtenus au moyen d'un travail que Teau-iorte rend moelleux, procédé d'un emploi si difficile, qu'Ant. ¥an Dyck et J. Morin sont les deux seuls artistes qui soient parvenus à en tirer un parti saiisfaisanl. A côté de cet admirable portrait de Bentivoglio, il en est vingt autres que nous po^irrions citer, qui sont traités avec une puissance analogue. L'imprimeur Ant, Vitré (R. D., 88), ïabbé de Richelieu (R. D., 85), Margi(erite lemon, maîtresse de Van Dyck (R. D., 62), J, F. P. de Gondy (R. D., 54), N. Clmêtyn{ii. D., 51), l'architecte ieme/r/er (H. D., 69), sont autant d'œuvreà exquises dignes d'être mises à côté des estampes les plus célèbres. Moins heureux lorsqu'il grave des Paysages d'après Fouquière ou d'après Poelembourg, J. Morin retrouve, dans quelques comportions, son prodigieux talent ; une Sainte Julienne à genoux, priant devant unautel (U. D., 1 1), donne l'idée la plus juste du calme profond qui règne dans Tâme de la religieuse. Cette estampe, composée et gravée par J. Morin, serait digne en tout point d'être signée du nom bien plus célèbre de Philippe de Champagne. La Vierge et Penfani Jéim^ gravée d*après Raphaël (R. D., 14), quoique n'étant pas absolument dans le caractère du maître italien, mérite encore, à cause du charme de la gravure, d'être appréciée des véritables amis de l'art français; c'est une œuvre dont le seul tort consiste à avoir été traduite par un artiste doué d'un talent trop personnel

et U'op français. J. Morin mourut vers i666, laissant après lui quelques élèves, pâles imitateurs de son talent : Alix, Nicolas de Plaltcmontagne et Jean Boulanger.

C'est pour le portrait de Dmergier de Hmranne

(R. D., 5) que Jean Alix mérite d'être nommé, la physionomie de ce personnage est assez heureusement saisie, mais la gravure est ici plus faible que dans les œuvres les moins importantes de J. Morin. Alix recouvre le pointillé qu'il emploie de tailles qui alourdissent la srravure sans profit pour le dessin. Nicolas de Platlemonlagne réussit mieux dans rimitalion des procédés de Morin, mais il demeure encore bien loin de son maître. Le portrait à'Olimer de Cattellan (R. D., ^2\) est pourvu de grandes qualités de dessin; mais il est à regretter que la vie manque presque totalement à cette téte, qui devient alors banale. On pourrait en dire autant d'autres portraits gravés par iSicolas de Piattemontagnc> tels que HaberL de Montmaur (R. D., 24), le cardinal de Bérulle (R. D., 20), et le prêtre irlandais lioger O^Moloy (R. D., ^8); quant au portrait de Vincenl Barthélémy (R. D., 19)^ la physionomie est plus habilement exprimée, mais,, en revanche,' la gravure est sèche et monotone. Nicolas de Platlemontagno, neveu de J. Morin, avait été reçu académicien en 1668 et obtint le titre de professeur. Parmi les compositions qu'il grava, on ne peut réellement compter que le Corps de J. C. dam le sépulciT (R. D., 9), planche q|ii conserve, entre autres qua-

litës analogues à Morin, la souplesse de l'outil. Cette ressemblance disparaît absolument dans la Madeleine

(R. D., H), et dans une AU é(fnrie (R. D., \A) où Apollon semble venir en aide à une femme éplorée.

S*il faut admettre, ayee quelques auteurs dignes de foi, que J. Boulanger fut élève de Morin, on est contraint d'avouer que c'est parmi les plus faibles qu'il le faut ranger. Gomment reconnaître, en effet, un mérite ijuelconque dans les portraits àe Saint yincciit de Paul, à! Henri de CastUle, ou de Henri de Lavât, portraits gravés à la pointe sèche avec la maladresse d'un débutant? C'est le fondateur du séminaire Saint- Sulpicc, Jacques (Hier^ qui inspira à Jean Boulanger sa meilleure planche; encore le pointillé, employé systématiquement par le graveur, est-il d'un effet désagréable et fort éloigné du modelé si précis de J. Morin.

Quelques auteurs ont eu le tort, selon nous, de traiter trop légèrement Nie. Regnesson, en ne voyant en lui que le maître de Nanleuil et en n'examinant pas avec assez de soin les estampes exécutées par ce graveur. Nous avons à cœur de faire réparation de cette sévérité presque injuste; et, après avoir considéré attentivement l'œuvre de Regnesson, nous trouvons que l'artiste Rémois, dans ses portraits, exprime quelquefois la physionomie d'une façon très-heureuse, et que )a gravure toujours soignée de ses estampes est souvent colorée et puissante. En eliel, les portraits de Fotsîn, d'après Phil. de Champagne, de la duehem

240 HISTOIIIE DE LA GUAVURE

d$ Nemours^ d'après Fr. Chauveaa, de la princem de

Conti^ d'après Boaubrun, et de Pierre Garyant^ du propre dessin de Regnesson, attestent une connaissance de la forme que Ton chercherait en vain à nier. Il* est vrai que, si l'on ne connaît de Nie. Regncsson que les compositions qu'il grava d'après plusieurs maîtres, on sera contraint d'être sévère; mais, après tout, Regnesson grava un plus grand nombre de portraits que de sujets d'autre sorte. Ces portraits, sagement dessinés, sont quelquefois très-heurensement réunis.

On croyait, récemment encore, connaître toutes les estampes dues au burin de Robert Nanteuil, lorsqu'une trouvaille inattendue^ vint prouver aux amateurs de la gravure française que les débuts de Robert Nanteuil dans l'art de la gravure étaient presque absolument ignorés : découverte précieuse, puisqu'elle permettra de suivre Robert Nanteuil dans ses premiers travaux, incomplète cependant, puisque l'indication de ces estampes existe 'seule jusqu'à ce jour.

La date exacte de la naissance de Robert Nanteuil n'est pas connue; Baldinucci le fait naître en 1618,

M. Robert Duménil en 16r»0, et le Mercure galant dit qu'il mourut en décembre 1678, âgé de cinquantecinq ans, ce qui ferait remonter sa naissance à l'année

• Voir Maya.'iin piltomijur, octobre 1859, pages 321-525 : l'artirlo, de môme «idc la (iécuuvL-i tc est dù à M. Bictiard, conservateur -adjuiul de la Bihliotbèquc iin})érialc.

EN F UÂ.NC£. 347

1625. Les registres de l*ëtat civil de Reims pourraient seuls trancher cette question, restée jusqu'à ce jour indécise. Les essais de gravure de R. Nanteuii ne sont presque pas connus, et nous ajouterons qu'ils sont peu dignes de l'être ; en effet, le Busle d'un religicujc^ gravé en 1644 (R. D., 9), n'annonce guère le talent dont Nanteuil lit preuve dans la suite. Ayant commencé à graver pendant qu'il faisait ses études che« les Jésuites de Reims, Robert fauteuil trouva plus de facilité lors(}iril se pla(;a sous la dépendance d*un maître; ce maître fut Nie. Hegnesson. 11 tsl probable que, sentant que l'étude approfondie du dessin était indispensable au graveur, Nanteuil s'adressa en même temps à un peintre pour apprendre de lui ce que Nie. Regnesson ne pouvait qu'imparfaitement lui ensmgner.

Avant d'être arrivé à se former une manière persfonnelle, parfaitement originale, il est curieux de suivre R. Nanteuil dans ses tâtonnements et dans ses hésitations ; tantôt il cherche à imiter les estampes pointtUées de J. Boulanger, comme dans les portraits des frèr«s DupiUs (R. D., 89); tantôt il a la malencontreuse idée de vouloir singer la manière de Claude Mellan, et il grave presque à une seule taille les portraits de Ch. Bètume, 1651 (R. D., 38), et du comte de Chaviijny (R. D., 6()) ; quelquefois aussi, mais alors il est déjà en progrès, il se tourne du côté de Gilles Rousselet et grave, avec des procédés analogues à ceux de cet artiste, le portrait de François de Clernwnt'

âi8 HISTOIRE DE LÂ GRÂYUR£

Tonnerre, ëvéque de Noyon, 1655 (R. D., 68). Après

avoir ainsi tenté d'imiter les procédés de quelques-uns de ses. prédécesseurs, Nanteuil se sent assez maître de lui pour Toler de ses propres ailes ; et, libre de toute école, libre par cela seul (}iie son talent est mûr, il exécute un grand nombre de portraits qui n'ont pu être surpassés. Jamais emphatiques, toujours simplement posés et facilement agencés, les portraits gravés par R. Nanleuil se distinguent de tous les autres par un dessin fin et savant, par une expression toujours juste et tellement caractérisée, qu'il est impossible qtt*elle ne soit pas sincère. Pomponne de Bellièvre (R. D., 37), Gilles Ménage (R. D., 188), le poète Jeati Loret (R. D., 150), le marqms de Castelnau (R. D., 58), La Mothe Lerayer (R. D., 145), Hon, Courtin (R. D., 80), la duchem de Nemmrs (R. D., 200), /. B. Van Steenberghen (R. D., 226), et vingt autres portraits, sont des cbefs-d'œuvre que l'on ne saurait se lasser d'admirer; la physionomie est si vivante, les yeux et la bouche, parties du visage où résident particulièrement rintelligence et 1 expression, sont dessinés avec une telle justesse, que Ton doit s'associer pleinement à Topinion des auteurs contemporains qui ont tous vanté la ressemblance des portraits faits par Nanteuil. Il y a certaines choses qui ne sont pas du domaine de la gravure, et les portraits grands comme nature, quelquefois même plus grands, nous semblent être dans cette catégorie. Malgré toute sa science de graveur, Robert Nanteuil n*a pu éviter d'indiquer les

EN FRANCE. i49

plans innombrables de la figure humaine avec des tailles, savamment fondues, il est vrai, mais trop apparentes cependant, et alors le travail, forcément visible, ôte à rœil la possibilité de juger facilement la physionomie. Ce n^proche s'adresse aux j)orlrails de lùuû Bomherat (R. D., 46), du cardinal de Bomlha (R. D., 52), d'Hardamn de Péréftxe (H. D., 214), et à quelques autres; nous devons excepter de ce nombre les portraits de Tarenne (R. D., 255) etdelouû XI dit anx pattes de lion (R. D., 161), qui, malgré leurs proportions énormes, possèdent les qualités que nous signalions dans les meillears portraits gravés par R. Nantenil.

Outre l'estime que i on doit à Nanteuil, comme artiste du plus grand mérite, Tart de la gravure lui doit eneore une véritable reconnaissance pour le célèbre édit de Sainl-Jean-de-Luz que Louis XIV rendit à sa sollicitation en 1660. Par cet édit la gravure était déclarée un art libéral, bien distinct des arts mécaniques, parmi lesquels elle avait été jusque-là injustement classée, et les graveurs, délivrés de la maîtrise qui entravait forcément leur verve, devenaient définitivement libres, et jouissaient, à dater de cette époque, des prérogatives attibuées aux autres artistes.

La signature suivante : Dont, TempcstI, discipolodi Hob, Nanteuil dal rira fece Vanno 1680, que nous trouvons au bas du portrait de Françoû Redi^ indique un élève de Nanteuil inconnu jusqu'à ce jour aux biographes du grand artiste. Ce Dom. Tempesti apprit

SàO UlSTOiRË D£ LA GRAVURE

de Nanteuil toat oe qu'il est matériellement, possible

d'apprendre d'un maître, le dessin el le maniement de l'outil; mais la physionomie et le caractère bien personnel qui régnent dans les portraits du maître sont absents dans les deux estampes que nous connaissons de l'élève, le portrait de Françoi» Redi et une copie en petit du Louis XIV dit aux pattes de lion ; les tailles sont, sans contredit, menées avec habileté, mais elles paraissent froides et rudes si on les compare aux OBUvres de R. Nanteuil; enfin la physionomiei toujours si vivantt^ dans les portraits du Kémois, manque chez l'italien d'individualité.

Nous avons dit plus haut avec quel prodigieux talent Gérard Ëdclinck avait traduit un certain nombre de compositions grandioses; il nous reste à envisager ce graveur comme portraitiste et comme reproducteur de la fij^ure humaine. Ici encore, nous ne craignons pas de le dire, Gérard Édeiinck ne se trouve inférieur à aucun de ses contemporains.

Si jamais l'école flamande, — nous entendons ici l'école de gravure que P. P. liubens avait suscitée, ^ eut une influence immédiate sur quelqu'un de nos artistes, c'est, sans contredit, sur Gérard Édolinck plus que sur aucun autre. r<ié à Anvers en 1640 il peut

* 1640 nous semble être, en effet, la date la plus probable, puisque le fils de Gérard Édolinck, Nicolas Édelinck, inscrit sur le jwrtrait qu'il grave de son père : Mort le 2 avril 1707, âgé de C7 ans. Les dates de 1649 et 1637, données par quelques auteurs» doivent donc être re> jetées.

cependant être mis au nombre tics graveurs de l'école (rançaise^ puisque l'Académie le regarda comme Français en Tadroettant dans son sein, puisque d'ailleurs h plus grande partie des meilleures estampes de ce graveur furent exécutées eu France d'après des œuvres françaises.

L'œuvre de Gérard Kdclinck est d'iiiu' ('galité telle, qu'il est bien difiiciie de dire avec certitude quelles sont les premières estampes sorties de son burin ; le graveur n'a pas pris soin de nous conserver par des dates précises les années pendant lesquelles il grava tel ou tel portrait, et c*est donc un peu au hasard que nous passerons en revue les principales estampes d'Édelinck. Le portrait de Madame de Lavallière (R. D., 237) doit cependant être classé parmi les premiers, et l'adresse de Montcornet, éditeur du règne de Louis Xlll, semble nous autoriser à faire cette supposition. Outre cette preuve purement matérielle qui ne nous paraîtrait pas suffisante, nous reconnaissons dans cette estampe une inexpérience que nous ne retrouvons dans aucune aulre pièce de l'œuvre d'Édelinck, pas même dans les faibles portraits de Ténien (K. D., 526), de Durer (R. D., 195), ou de Jean Comin (R. D., 174). Dans ceux-ci, à côté d'une trop grande dureté de burin, on retrouve une main sûre, tandis que dans le portrait de Madame de Laval- Itère f l'inexpérience apparaît bien plutôt que la gène. Les Hanmei ilhuitres de Perrault furent ornés de portraits presque toujours gravés par Gérard Édelinck;

loin d'être exéculës un peu vile pour le commerce, ils sont au contraire finement gravés, et quelques-uns d*cnlre eux peuvent être regardés comme d'excellentes œuvres d'Édelinck : tels sont les portraits de B. Nanteuil (R. D., 282), de Jacq. Blanckard{K.b., i54), de Guil, Durait (R. D., 104) et de Jem Racine (R. D., 50:2). Quant aux chefs-d'œuvre tout à fait hors • ligne gravés par G. Édelinck, on les trouve dans les portraits de Charles Lehrwi (R. D., 238), de Frannns Turtebat (R. D., 528), de Rifjaud (R. D., 505), de Paul Tallemant (R. D., 524), de John Dryden (R. D., 187), de Farion (R. D., 200), de Martin De^ardiiM (R* D., 182), et surtout de Phil. de Cliampayae (R. D., 164). 11 est impossible, en eiTet, de déployer une science de dessin plus complète, de donner à ses personnages un aspect plus frappant de vérité et de fondre dans une couleur plus harmonieusement riche les traits caractéristiques d^une figure humaine. Si nous accordons une place hors ligne auxpurtrails que nous venons de citer, nous serions injuste en ne mettant pas presque sur le même rang un certain nombre de petits portraits gravés avec une finesse exquise, qui, pour être moins importants, ont nécessité une science presque aussi grande ; du nombre de ceux-ci, petites merveilles de finesse et d'expression, sont les portraits de Jean Hérauld (R. D., 218), J. Mascaron^ diaprés Van Schuppen (R. D., 270), Madame ifeifimmto», d'après de Troy (R. D., 27G), Sainl-Écremont (R. D., 506), Claude de Sainte-Marlhe (R. D., 308), Françoise de

FRAiNCE. S53

Va9sé(^. D., 334j, et Aïe. Vcrien^ d'après Jouvenel (R. D.» 535).

Comparé à Robert Nanteoil, Gérard£delinckoblieiil

fecilemenl le premier rang : chez ces deux artistes, le dessio est également précis, la physionomie aussi j usinent eiprimée, la pose aussi heureusement choisie; mais la couleur, calme et doue*: dans les portraits de Nanteuil, est toujours plus riche dans les œuvres d'Édelinck. Nous croyons reconnaître dans G. Kdelînck une organisation d*artîste plus complète que chez B. jNauteuii, organisation tout exceptionnelle qui lui donne rang parmi les maîtres. Gérard Édelinck mourut à Paris le 2 avril 1707; il avait été reçu académicien le 0 mars 1077 sur la préseulatiou d'une Tkèie dessinée par Charles Lebrun.

Plusieurs de nos plus habiles portraitistes du règne de Louis XIV nous viennent de la Flandre et doivent être compris dans ce trayail uniquement parce que, arrivés fort jeunes en France, ils empruntent au goût frani^ais plus qu ils n'apportent avec eux. Pierre Van Scliuppen, né à Anvers en 1623, fut appelé en France en même temps que Gérard Édelinck, et, de même que ce grand artiste, aussitôt qu'il fut arrivé dans notre patrie, il modiûa sa man jère aigué pour adopter un genre de gravure moelleux et séduisant. Quelques portraits, une Sainte Famille^ gravée en lt)33 d'après Gaspard de Crayer, une Madeleine^ exécutée vers la même époque, d'après Jean Meyssens, nous donnent la mesure du talent de Van Schiippen tant

m HISTOIRE DE LA GRAVURE

qu'il reste dans son pays. Arrivé à Paris, il entre dans l'atelier de R. Nanteuil pour se perfectionner en même temps dans le dessin et dans la ^vure; et il sort bientôt dessinateur plus habile et graveur plus expérimenté. C'est à cette époque que Van Schuppen se crée une manière perisonnellequi mérite d'être singfulièrement estimée pour son charme et sa simplicité. Tantôt confiant en son propre savoir, Van Schuppen desdne lui-même et grave ad mmm quelques portraits ; tantôt il demande à Gaude Lefebyre Tappui de son lalent et grave d'après cet artiste les portraits de PhiLj duc d'Orléans, de Claude Bazin et d'Armand de Simiane$; mais le plus souTent il grave indistinctement d'après les œuvres de tous ses contempoi aiiis avec une habileté personnelle qui fait estimer pour eux-mêmes les portraits de la mère Angékque Arnaud, diaprés Phil. de Champagne, de Madame Deskoulicres, d'après El. Sophie Chéron, de Van der Meur Im, d'après ÎS'ic. de Largillière, de C. N. de la Reynie^ d*après P. Mignard, deux portraits du eardincU JKturo* rin et plusieurs du Roi Louis XIV»

Van Schuppen gagne beaucoup à être jugé comme portraitiste; cette science de la physionomie, cette douceur même de burin, ne se retrouvent plus dans les compositions qu'il grava; aussi reproche-t-on avec raison à la Vierge à la Chaûe, d'après Raphaël (1661), à une Sainte Famille, d'après Jacq. Stella, et à une autre Sainte Famille^ d'après Séb. Bourdon (l(i70), un dessin lourd et rond qui donne aux figures une ex-

EN FRANCE. m

pression niaise; et le burin semble malaisé et rebelle, alors que dans les portraits il semble obéir sans effort à la volonté de Tartiste qui le guide.

C'est encore à la Flandre que nous sommes redevables de Nicolas Pitau, graveur Anversois, qui vint à Paris à peu près à la même époque que G. Édelinck et que Van Schuppen. Nous savons par une Viei ge et l'eitjatU JésuSy publiée chez Van Merle ^ rue Suiiil- Jaeques à la ville d'Amert^ que Pitau était arrivé à Paris avant 1859, et cette estampe assez faible nous permet de constater que le graveur, Anversois d'origine, acquit en France l'habileté réelle que dénotent ses portraits de Benjamin Prioli, de 7%. Bignon^ de Jacques Favier dv Boulay, d'Alexandre Pelan et de Giupard de h ienhel* Ces portraits, qui se distinguent par une physionomie vivante et bien personnelle, sont gravés dans un goût analogue è celui de 6. fidelinck ; ils sont uniquement au burin, et le travail brillant, sans être trop métallique cependant, annonce un co* loriste rompu aux difficultés de son art. Nie. Pitau a de moins que G. Édelinck la prodigieuse facilité; il atteint quelquefois, comme dans le portrait de B^ Prioli^ un résultat presque satisfaisant.»

Si Pierre Lombart est né à Paris, et il faut se ranger à cette opinion émise par tous les biographes, il appartient micore à la classe des artistes que nous appel* lerons les imitateurs de Gérard Ëdelinck. A ses débuts, P. Lorabart, qui a été élève de S. Youet, conserve les procédés de son maître, et cherche à imiter dans ses

gravures la manière de Grcg. Huret et de Gilles Rousselet. QuiUaul la France brusquement pour se rendre en Angleterre, il apprénd d'AnU Yan Dyck l'art d& la couleur et de rharmonie ; mais, avant de pouvoir travailler librement, il livre son talent à un éditeur qui lui confie, concurremment avec Wenceslas HoUar, Tillustration d*un Vhgile {Londm, 1654, with annotations by /. Ofjilhy), tâche dont les deux artistes s'acquittèrent sans succès et comme à regret. Aussitôt que P. Lombart se met à graver quelques portraits, il fait preuve d'un savoir réel et travaille avec feu et dessine en vrai coloriste. Parmi les meilleures estampes en ce genre dues au burin de Pierre Lombart, nous de- . vons compter les portraits de Pierre Uela/imay^ d'iltigiiUiii deSei vien (1G6G), ûePliHippey duc de Savoie ^ tous trois d'après de la Mare Richart, de Jean de Go^ monl, d'aprrs L Vanloo (16d5, dernier juillet), de Vincent Nevelet^ du Gazelier de Hollande Lafand, d'après H. Gascard, et les portraits à mi-corps des principales dames fAnghterre^ d'après Antoine Van Dyck.

S'ilsu£ûsait, pour être un excellent graveur, de dessiner correctement et d'exécuter avec le burin de véritables tours de force, Antoine Masson occuperait certainement une des premières places dans la gravure. 11 est impossible, en effet, d'avoir montré une plus grande aisance dans le maniement du burin que ne Ta fait Masson dans plusieurs de ses portraits; mais est-ce bien là le but auquel doit viser le graveur? Masson

EN FRANCE. 9S7 dut, dit-on, à ses premières études chez un orfèvre cette préoccupation ccmstante à montrer son halHleté matérielle, et il faut lui pardonner en vertu de cette cause, tout en reconnaissanl que les portraits de Uri^ iocier (R. D., 15), de Dupuis (H. D., 25), du coihVi dV/arcotirl (R. D., 34), deCAor/es Patin (Vi, D., 60), ei de G. Charrier (R. D., 16), auraient singulièrement gagné à être exécutés plus simploment, comme le prouve le portrait d'Anne d* Autriche (R. D., 11), qui» gravé d*ttne façon sobre et moelleuse, mérite d'être regardé comme la meilleure estanipe en ce genre produite par Ant. Masson. Non content d'être uniquement un portraitiste de talent, Masson sut prouver que son burin pouvait transcrire les compositions, cl il grava, d'après Titien , les Pèlerins d'Emmam (H . D. , 5), planche célèbre qui passe encore pour l'œuvre principale du maître. Nous reliouvons on effet dans cette estampe une plus grande sobriété de tailles, et, quoi* que le graveur ne puisse jamais oublier absolument qu'il a été orfèvre, il maîtrise son burin autant que possil)le cl parvient à rendre avec bonheur l'œuvre du grand coloriste ; aussi somme»>nous disposé à nous ranger à Topinion générale qui s'est accordée à dire que Ant. Masson ne lit jamais preuve d'un plus grand talent. Mé à Louvry, près d'Orléans, en 1656, Antoine Masson mourut à Paris en i 700 ; il avait été reçu membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture le 25 février 1679.

Il y eut à Abbeville, pendant tout le xvn' siècle, une

sorte d'école de gravure qui vint tour à lour se fondre dans l'école Parisienne, et qui compta au nombre de «es plus illustres adeptes la famille desPoilly. Panni ceux-ci, le plus habile fut François dePoilly, né à Abbevilleen 1022, et mort à Paris au mois de mars 1695. Après avoir appris les éléments du dessin diez son père, artiste aujourd'hui absolument ignoré, François de Poiliy vint à Paris dans l'atelier de Pierre Daret ; m séjour de trois ans chez ce graveur le mit à même •de travailler seul dans la suite. Après avoir publié (juelques estampes, — la Vmon (rEzéchiel^ d'après Raphaël, une Sainte Famille^ d'après Jacques Stella, «t d'autres encore, — Fr. de Poiliy songea en 1649 à aller à Rome se former le goût à l'école des grands maîtres; il ne revint en France qu'en 1656, et, devenu maître à son tour, il eut pour élèves Nicolas de Poiliy, son frère, Gér. Scotin, J. L. Roullet, et même Gérard Édelinck, qui, après avoir étudié dans sa patrie sous Corneille Galle, vint «e perfectionner chez lui. Nous avons dit ailleurs avec quelle scrupuleuse exactitude Fr. de Poiliy reproduisit les compositions de ses contemporains; ici nous ne nous occuperons que des portraits : ceux du roi L(m$ XIII ^ A*Atme d^Autriche et du duc d'AnjoUy ressemblent singulièrement encore aux gravures de P. Daret : ils sont d'ailleurs publiés par l'éditeur habituel de cet artiste, Balthasar Montcornel. Le portrait du pape Alexandre VU, gravé à Rome [Fram. Poiliy^ sculp. Romx)^ est lourd et d'un dessin insuffisant; tandis que Ton trouve un

ciiaraie réel dans les portraits de Louise de Pnc^ gouvernanle des enfants de France, à' Abraham FaJbert^ diaprés L. Ferdinand, de TàJkm et de Pierre de Feu*mat^ portraits gravés sagement et qui, outre leur qualité essentielle de ressemblancei se distinguent encore pac la finesse de Texpression et le charme de Texéculion. François de Poilly fui un jour coloriste ; c'est lorsqu'il grava d'après Phil. de Champagne le portrait de Biffnant i664; il sut transporter sur son estampe le sentiment élevé de la couleur que Champagne avait inscrit sur la toile.

Nicolas de Poilly naquit à Âbbeville quatre ans après son frère François, en 1626; il étudia dans la maison paternelle et grava tout à fait dans le goût de François de Poilly. Son dessin est également correct, son burin aussi docile, mais i! manque à ses portraits l'expression et la vie; cependant quelques-uns d'entre eux furent plus heureusement réussis, tels que bmii XlVf d'après Me. Mignard, Noél de Bomlhnt d*après Phil. de Champagne, et le cmrdinal Mazarin, encadré dans une allégorie. Nicolas de Poilly mourut à Paris en 1696 et laissa un fils, Jean-Baptiste de Pmlly, quîs*écarta complètement du genre de gravure adopté par son père et par son oncle : il préparait ses planches à l'eau-forte et les terminait au burin ; mais ce procédé, qui avait été si merveilleusement employé par Gérard Audran, devint, entre les mains de J. B. de Poilly, lourd et sans valeur ^

> VAbiieviUois Robert Hccquet publia en 1 75â un Catalogue de rcsavre

De même que François et que Mcoias de Poilly, Jean Lenfant naquit à Abbeville et apprit dans cette cité les' premiers éléments de Fart du graveur. Dès son arrivée à Paris, il cnlra dans l'alelier de son compatriote Claude Meilan, et exécuta sous la direction de œt artiste un assez grand nombre d*images de piété qui n'auraient certainement pas suffi à conserver son nom, si quelques portraits gravés soigneusement en dehors de Patelier n'avaient témoigné de son goût et de son savoir. Jean Lenfant était peintre en même temps que graveur, et i! ^-lava })lusieurs portraits diaprés des pastels faits de|sa main, entre autres. le portrait du sculpteur Nicolas Bhneity estampe sagement conçue et agréablement traitée. Les portraits de Loméfvie de Brienne^ d'après Ch. Lebrun, 1662, de Fretmel, 1666, et de Nicolas Martinea/u, 1666, donnent également une idée juste du talent de J. Lenfant, talent que l'on peut définir en disant que les estampes de ce peintre-graveur sont l'expression exacte delà gravure d'un pastel, par sa nature vaporeux et fragile. Les figures de J. Lenfant sont modelées avec douceur, et les contours, arrêtés faiblement, sont indiqués avec un trait indécis que vient fondre une lumière bien distribuée et donnant une harmonie parfaite. On trouve souvent au bas des portraits grade F. de Poilly, auquel nous n'avons pas cru devoir rcn\oyi'i% purco cjuo. lesuicnies numéros se trourant répétés plusieurs fois, la rcclierclie eût «té pénible et 80*jvent d*aueun profit.

Digjtized by

vés par J. Lenfant un monogramme formé d'un L. et d'un J . enlacés.

Encore un portraitiste picard, mais celui-ci sera le dernier; il naquit à Montdidier vers 1666, et il s'appelait Antoine Trouvain. Huber et Host veulent reconnaître à son talent une certaine analogie avec celui de Bernard Picart; or il nous est impossible de nous ranger à cette opinion. Nous trouvons, une bien plus grande ressemblance entre le talent de Trouvain et de Gérard Édelinck, et nous croyons ainsi, d'ailleurs, mieux lionorer l'artiste picard. C'est, en effet, une œuvre vraiment superbe que le portrait (ÏArmaiide de Lorraine à^Harcmrly abbesse de Soissons ; si les vêtements ne sont pas traités avec une grande habileté, la physionomie, partie importante dans un portrait, est d^inée avec cette sûreté de main et cette fierté de couleur que nous admirions dans les plus beaux portraits de Gérard Édelinck. Souvent moins heureux, il est vrai, Ant. Trouvain exécute des planches uniquement destinées au commerce; celles-ci manquent de vigueur et ne sont pas suffisamment harmonieuses; on les oublie bien vite heureusement, si Ton fait attention aux csnvres tout à fait sérieuses de cet ai^ liste, parmi lesquelles nous rangerons encore le portrait du peintre René-Atttoine Hornsse^ portrait qui valut à son auteur le titre d'académicien.

Jean-Louis Roullet, né à Arles en* 1645, vînt de bonne heure à Paris et apprit les premiers éléments de l'art chez Jean Lenfant; il passa de là dans l'atelier

m HISTOIRE DE tA GRAVURE

de François de Poilly, et ce fut à ce deriiiei' arlisle qu'il emprunta surtout sa manière de graver, quelquefois assez harmonieuse, mais trop souvent aussi timide et inquiète. En effet, les portraits de Lully et du marquis de Betnnghen^ d'après P. Mignard, de Cem, Letellier, d'après Largillière, et de Hil, Clémenty manquent d'énergie cl n'ont pas celle personnalité bien déterminée que l'on admire une lois seulement dans un portrait de Rouilet, dans celui de /. Chailhm de Thoisy^ d'après Car. Gérardîn. Parmi les compositions gravées par Roullet, la plus importante représente les SairUe$ femmes au tombeau du Christ; cette estampe, des^nëe avec soin, rend heureusement le tableau bien connu d'Annibal (larraclie, et, malgré la malheureuse tendance de Roullet à prendre pour modèles les œuvres de la décadence italienne, il est impossible de ne pas reconnaître à cet artiste une véritable facilité à s'identiUer avec les tableaux qu'il reproduit. Jean-Louis Roullet mourut à Paris en 1699.

Deux artistes qui acquirent comme peintres une réputation méritée, Louis Ferdinand et Claude Lefebvre, s'adonnèrent également à la gravure des portraits. Louis Ferdinand, qui naquit à Paris vers 1(350, avait eu l'honneur d'être un des maîtres de Nicolas Poussin, et il voulut nous conserver les traits de son illustre élève. Poussin est vu de prolîl et a une figure pleine et encore jeune; une légère moustache abrite la lèvre supérieure du grand peintre, et la physionomie

EN FUA.XCE. m

pensante de Tauleur des Sept ioeremeni» est bien ex-

prirnée. Cette planche, sans conimlii inlV-ricure aux deux portraits du même personnage gravés par Jean Pesne, mérite cependant d'être appréciée ; elle nous^ fait connaître Nicolas Poussin à un âge où les travaux immenses qu'il termina avec un si grand génie n ament pas encore convert dé rides son noble fronts Le PortraU de femme gravé d'après- Ant. Van Dyck, par L. Ferdinand, est peut-être plus agréable comme gravure que le portrait de Nie. Poussin, mais il n'est peut-être pas assez puissant pour rendre Téclatante coulour (le l'original. Oulre ces deux portraits, on connaît encore de L. Ferdinand le Livre de la poi^ trailurepourlajeune$9e^ Parif, LangloûdU Ciartre$y 1644, ouvrage que les artistes consulteraient encore aujourd'hui avec fruit.

Claude Lefebvre grava trois portraits à Peau-forte avec la verve qu'il apportait dans l'exécution de sestableaux ; sa propre image^ exécutée largement et à grands traits, a une allure franche el dégagée, h laquelle nous ne pouvons comparer que les plus belleseaux-fortes d Ant. Van Dyck; la vie règne dans leî^ yeux, la parole est sur les lèvres, et le peintre s'est représenté avec une telle vérité, que la ressemblance est certaine. 11 faut encore ranger parmi les meilleurs portraits gravés au xvn*" siècle, à cause de leur dessin expressif, ceux de l'imprimeur parisien Alexandre Boudan (R. D., 2) et du médecin Charles Patm (R, D., 5) ; exécutés avec moins de verve, ils possèdent ce-

264 lilSïOlRË DE LA GRAVURE

pendant des qualités fort louables, une physionomie

bien exprimée, et un caiactère tout à fait personnel. Claude Lefebvre, né à Fontainebleauj fut élève d'Ëustache Lesueur et de Charles Lebrun; il mourut à Paris, âgé de quarante-deux ans, en avril 1675, le jour de Saint-Marc. Gérard Ëdelinck, Van Schuppen, Nie. Pitau, Sarrabat et Jean Len£uit gravèrent un assez grand nombre des portraits qu'il avait peints avec cette puissante harmonie dont il semble avoir emprunté le secret à la Flandre.

Moins heureux que les artistes que nous venons de citer, René Lochon, né à Poissy vers 1656, exécuta, avec un burin dur et nullement pittoresque, un grand nombre de portraits bien peu dignes d'é^ étudiés. Si Ton excepte, en efl'et, quelques planches gravées par R. Lochon dans le goût de J. Lenlanti tels que les portraits de BalU Phd^peaux, de Louis Mesner et de Salmonelns, d'après P. Mignard, on devra avouer que le plus souvent son dessin est insuftisaat et sa gravure grossière et inexpérimentée.

Nicolas de Larmessin dut certainement tenir atelier; il est impossible, en effet, d'admettre qu'un seul artiste ait pu exécuter dans son existence un nombre aussi considérable de planches que semble Pindiquer ce nom placé au bas d'une multitude de portraits gravés par différentes mains, mais uniquement retouchés par le maître de Patelier. I^s portraits au bas desquels se trouve la signature de Nie. de Larmessin sont, d'ailleurs, dénués presque toujours

EN FRAISCË. S65

d'originalité et manquent alwolanient de caractère.

Les uns regardent Balthasar Montcornel comme un grayeur, les autres comme un simple éditeur employant à son service un certain nombre d*artistes de son temps. Nous nous rangeons voluntiei-sà cette dernière hypothèse, qui nous parait la plus plausible, et nous pensons qu'il est inutile de s'appesantir sur les portraits publiés par ce marchand, aUcndu que, le plus souvent, ils sont copiés d'après des originaux connus dont ils ne se sont approprié aucune des qualités.

La plupart des porti'aits publiés par Balthasar Montcornel passèrent ensuite dans la boutique de Louis Boissevin, autre éditeur du règne de Louis XIV ; l'adresse du marchand fut seule changée, et le travail du graveur, disparaissant de plus en plus à chaque tirage, fut bientôt réduit k néant; quelques manœuvres furent alors chargés de retoucher les planches détériorées par le tirage, el c'est ensuite chez Odieuvre, et enfin chez Desrochers, que les portraits, publiés originairement chez Montcornet, furent utilisés pour la dernière fois.

Ce fut pendant les années 1641 ou 1642 que la

gravure en manière noire ' fui inventée par Louis Sie-

* Pour graver eniaimère noire, oo prend une planche de cuivre ou d'acier planée bien également, sur laquelle on paase, en le balançant bien également aussi, un instrument nommé berceau, outil de forme demi-circulaire ajant h une de aes extrémités une infinité de petites a^

m JllSTOlRË DE LA GKAVliK£

gen de Sechten^; celuî-oî exécuta à Cologne sa première planche, et passa ensuite à Bruxelles ; il se lia d'amitié, dans cette dernière ville, avec le prince Rupert, grand protecteur des arts» et c*est dans cette ville aussi qu'il confia à son illustre ami le secret de son invention* IjC prince Rupert, voulant s'essayer dans ce genre de gravure, attadia à sa personne le graveur Yallerant-yaillant, artiste français de naissance, — il était né à Lille en 1623, — mais tellement Flamand par le goût, qu'il nous paraît difficile de le compter au nombre de nos compatriotes.

La gravure en manière noire fut quelque temps avant d'être exercée en France; mise en usage par un artiste flamand, elle demeura longtemps dans le pays

pérités. Lorsqu'au moyen de ce berceau on a obtenu une surfiice unifoimément YeUmtée, ï Faide d'un racîeir, on aplanit les paÂîes que r<m veut voir apparaître en lumière, et on use pkw ou moins les asp^ rités, selon que Ton veut obtenir des parties plus ou moins daires.

* Depuis que ces lignes ont été écrites» on a décourert une fort curieuse série d'estampes qui viennent jeter un jour nouveau .<'ur Tori^ne de la gravure en manière noire. On lit sur la premi^ planche d'une suite qui représente le Christ et les douze apôtres : Aibn. Retter. in chro Patri ac D.D. Antonio cclcberr. Monaster. ad S. S. Crucem Aug. Vind. Privpoo diynm° 1" In.'^ul'^ duo suo rlcm. /las Chri. opt. max. et S. S. Apostol. effig. nouo hoc in xre typi génère efl'orni''^ olmru . ergo D . /i' Frnnciscus Aspriich. B. 1001 . La date est certaine, et l'auteur, en annonçant ces planches, gravées dans un genre nouveau^ semble tonir k fiûre counaitre qu'il est rinventeur de la gravure en manière noire. ïfagler [KmsUexicotit I, p. 176), et, après hii. Ch. Leblanc {Manuel de FAmaleur d^eêtampet, I, p. G 1 ), avaient men> ticHUié ces estampes sans les tvoir vues. Le Cabinet des estampes de ris en a fait féœounent racquisition, et chacun peut maintenant vérifier lui-même les débuts d'un art dont on assignait jusqu^ présent l*origine i Tannée 1641.

qui l'avait enfantée, avant d'attirer l'attention des artistes français et avant d'exciter leur émulation, et ce fut Isaac Sarnabat qui osa, un des premiers en France, abordor celte manière jusqu'alors inusitée. L audace dont il lit preuve lui réussit ; à un dessin plus agréable que réellement distingué il joignait une couleur harmonieuse. Le portrait du yraveur Etienne Gantrel^ d'après Largillière (R. D., 22), Vjh/nralimi de$ berd'après L. Herluyson (R. D., i), et les portraits du marquis de Praslain, G. J. B. de Chmcul^ d'après

H. Rigaud (R. D., 17), eld' Alexandre Bou dan (R, 1)., 16), sont peut-être les meilleui*es estampes de l'œuvre considérable d'Isaac Sarrabat. La manière noire, par son essence môme, court grand risque d'être peu harmonieuse et monotone si elle est conûée à des artistes médiocrement expérimentés, et il hut savoir gré à

I. Sarrabat d'avoir réussi à lui conserver le ran^j élevé que l'inventeur, Louis Siegen, lui avait assigné dès l'origine.

Après les estampes gravées par I. Sarrabat, on trouve dans le précieux recueil connu sous le nom de Cahma'Royer'd*AguUle9, un assez grand nombre de gravures exécutées avec ce procédé. Le propriétaire même de la collection, M. Boyer-d'Âguilles, outre quelques gravures au burin, s'essaya aussi dans la manière noire, et M. Robert Duménil décrit plusieurs estampes traitées par ce graveur amateur avec un lalent réel. La meilleure des planches en ce genre que nous ayons notée est un Saint Jean^Baptiitey d'après

268 niSTOlUE DE LA GRAVIUE

Manfredi (R. D., 6), gravure harmonieuse el d'une

agréable correction. Mais dans celte publication du cabinet Boyer-d'Aguilles, publication dont les exemplaires andens sont d'une grande rareté, il faut surtout remarquer les estampes de Sébastien Barras, artiste provençal auquel M. Boyer-d'Aguilles avait confié le soin de peindre plusieurs plafonds de son hôtel. On ignore aujourd'hui quel fut le maître de cet artiste, mais nous présumons qu'ayant voyag«3 assez jeune, Sébastien Barras vint à Paris, et, arriva ni à l'époque où la découverte de Louis Siegen venait d*étre connue, c'est dans la capitale qu'il apprit les premiers éléments de cet art. Quoi qu'il en soit, et quel que soit le maître de Barras, celui-ci mérite une place honorable dans l'histoire de la gravure française , il sut dans ses gravures rendre habilement la manièie des jieiulres dont îl reproduisait les œuvres, et, mis en parallèle avec Jacques Coelemans, graveur Anversois établi à Âix, il est presque toujours supérieur pour le dessin, et même pour la gravure, à l'artiste d'origine étrangère. Jacob et Loten, d'après Michel-Ânge de Caravage (R. D., 16), Lazarus Maliarkijsus^ médecin Anversois, d'après Ant. Van Dyck(r{. D., 54), le Chirurgien de village^ d'après D. Téniers (R. D., 20), donnent fort bien l'idée de ce lalent flexible et surtout harmonieux. Soit que les planches en manière noire de Séb. Barras aient été gravées trop légèrement, soit qu'elles aient été détruites, M. Boyer-d'Aguilles fit graver à nouveau les tableaux qu'elles reproduisaient par Jacques CoelemanSi

EX FRANCR. SAO

et, si les oslaiii j)es que nous venons de désigner comme gravées par Tartisle provençal sont supérieures aux planches correspondantes du graveur Anversois, nous sommes forcé d*avouer ia supériorité de ce dernier ]^ur \c Satyre bucantf gravé d'après Nicolas Poussin, (R. Q., 2^). La manière noire, dont le velouté sied si bien aux peintures vivement accentuées, ne se prête pas d'une façon aussi heureuse aux exigences d'un dessin rigoureux; aussi les œuvres du grand maître normand gagnent-elles toujours à être reproduites par des gr;neui's austères ennemis de l'exagération pittoresque . 6éb, Barras, à l'exception de quelques voyages faits m France, passa toute son existence à Âix ; né • dans cette ville en 4655, il y mourut en 1705, et, si aucune peinture de cet arlisle n'est venue à notre connaissance, les estampes qu'il nous a laissées nous permettent de penser que son organisation était celle d'un coloriste sage et quelquefois puissant.

Dans sa curieuse et substantielle Hûtoiix de la gror vure en manière nùirey M. le comte Léon de Laborde cite encore un a^rtain nombre de graveurs français qui pratiquèrent ce genre de gravure; mais ceux-ci, le plus souvent graveurs au burin, trouveront place ou ont déjà trouvé place dans d'autres parties de notre travail; aussi nous contenterons-nous de citer ici uniquement les noms des principaux : nous indiquerons donc sommairement André Bouys pour son propre porlruil, Jean Cossin pour une Sainte Aynès^ Bernard pour une Vierge^ d'après le Corrége, et Ber-

m HISTOIRE D£ LA GRAVURE

nard Picart pour un portrait de Démoeriie gravé à Paris en 1098.

Malgré les artistes que nous veaDm de mentionner qui mettent à profit en France la découverte de Louis Sicgen, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que la gravure en manière noire ne trouva pas dans notre pays d*aussi habiles interprètes que dans les pays voisins du nôtre. Artistes de talent, sans doute, ils acquièrent, par Tétude un savoir réel, mais les peintres qui leur servent habituellement de modèles n'ont pas, le plus souvent, cette puissance de coloris et celte énergie de pinceau que la manière noire semble spécialement destinée à reproduire. C'est dans la patrie de la eouleur, en effet, c*est en Flandre que la gravure en manière noire produit, à son origine, les plus vrais chefs-d'œuvre ; ce sera plus tard en Angleterre, alors que le peintre Josué Reynolds aura produit ses nieneilles de clair-obscur, que ce procédé particulier trouvera ses meilleurs modèles et donnera ses plus étonnants résultats. M. de Laborde S*étonne avec raison que l'Espagne, le pays de la riche lumière et de la peinture éclatante, n'ait pas vu naHre de graveurs en manière noire ; lacune d'autant plus regrettable qu'aucun artiste n'eût autant gagné à être reproduit de cette sorte que Murillo, Velasquez, Hibera ou Zurbaran. Il fallut deux siècles pour que l'Espagne enfantât un artiste qui mît à profit les mer* veilleuses ressources de la gravure en manière noire j ce fut le Êuitasque F. Goja .

FRANCE. m Sous le rcp\e de Louis XIV, règne long de durée cl i^mpli de fails, lesgraveui^s, occupés par le Uoi à d'importants travaux, n*eureiit guère le loisir d'eiëcuter des estampes historiques; on doit donc peu s*étonner de l'absence, presque complète de ces gravures intimes qui peignent une époque, ou qui, pour le moins» révèlent un fait inconnu. Outre les caricatures contre les Espagnols el conlre les Hollandais que I on défait dans presque toutes les rencontres, nous n*auron$ qu^un petit nombre d'estampes à signaler. L'éditeur Lagniet, graveur même peut-être, en même leni[)s qu'il est le plus impitoyable railleur des nations vaincues, nous transmet une estampe sur la régence d'Anne d'Autriche. P. Daret en fait autant; Nicolas Picart grave à l'occasion de la bataille de liocroy une curieuse estampe, les Yidoires pràenîéei m Roi par M. le duc fAngum ; Boulenois compose et grave sur les conquêtes du jeune Roi une estampe allégorique représentant la soumission des villes prises, estampe qui te vent à Chartres chez Louis Mocqu^, rue des TroiS'Mallihy et qui n'a qu'un mérite d'art fort secondaire; c'est Abraham Bosse, T historiographe habituel des mcBurs sous Louis XUI, qui consacre le souvenir du Martiujc du Uoi de Volotjne^ Wladislas /F, avec L, Marie de Gcnzague^ jirimesse de Mantone et de Metert, h ^septembre 1645. La bataille de Lens oflfire à Boulanger Toccasion de faire une caricature contre le général Beck défait dans cette bataille, le Beck de Espagnol pris par le Français^ et Frosne reproduit

m lUSTÛlRE D£ LÂ GUAYLRE

la mort glorieuse du maréchal de Gassion, tué pendant

le siège, le 28 seplembre i 747. Le Beiour de Gotmse est une allégorie non signée sur l'abondance qui va remplacer la disette que le blocus de Paris par le princcde Condé a naturellement amenée; le Uoi rentre à Paris a\ec sa mère le 18 août 1649, et P. Bertrand publie une estampe destinée à consacrer le souvenir de ce relour ; Humbelot nous apprend les honneurs que l'on rend au jeune souverain, et, le 7 septembre 1651 , lorsque le Roi se rend au Parlement pour la déclaration de sa majorité, A. Boudan fait graver spiriUiellemenl à l'eau-forte le cortège royal. Aussitôt que Mazarin n'est plus en faveur, en même temps que les Mazarinades imprimées paraissent de tous côtés, les Mazarinades «rravées ne font pas non plus défaut; c'est Jean Lepaulre qui grave la meilleure représentation du sacre du Roi, le 6 juin 1654. Le 9 juin 1660, le mariage de Louis XT? avec Marie Thérèse d'Autriche fait paraître un certain nombre d estampes que leurs auteurs ne signent pas. Abraham Bosse, P. Landry et Nie. de Larmessin composent à Toccasion de la naissance du Dauphin plusieurs allégories qu'ils gravent eux- mêmes. L'académie de Saint-Luc est déGnitivement remplacée par l'académie royale, le 10 septembre 1664; une estampe anonyme consacre colle défaite et cette victoire. Le 24 mars 1668, jour du baptême du Dauphin à Saint-Germain en Laye, paraît une estampe de F. Lapointe; Romyn de Hooghe publie en 1072 une suite de sept planches sur les

EN' FBANXE. S73

cruautés exercées par les Français à Bodegrave et à Swamerdam, série qu'il ne faut pas coiD[>arer auxJtffshret de la gtterre de Jacq. Callot. Van der Meulen peint toutes les victoires de Louis XIV et conlie la gravure de ses tableaux à Bauduin ou ù K. lionnart. Chaque fois qu'une espérance de paix est donnée à la France, (juelques estampes paraissent, et chaque fois aussi qu'une nouvelle guerre est annoncée, les graveurs se mettent également à Tœuvre pour prédire de nouvelles victoires. Nie. Bonnart dessine et grave d'un hurin Irès-peu pittoresque une quantité énorme de costumes; l'ingénieur Jacques Gomhoust dresse le plan le plus détaillé de la ville de Paris, tandis que Hollandais Zeenian, établi en France, grave d'une eau-forte grasse et soignée quelques vues de Paris.

Nous n'avons pas encore parlé de (oute une série d'estampes historiques, la partiel» plus intéressante de toutes sous Louis XiY, les aimanachs. On avait déjà vu avant cette époque quelques-unes de ces grandes feuilles sur lesquelles les événements importa ntft accomplis dans l'année étaient succinctement indiqués; mais sous le règne de Louis XIV le nombre en augmenta tellement, et cette sorte de souvenir gravé lui si généialcnient en vogue, que c'est à cette place qu'il nous semble opportun d'en parler. Le plus souvent dans ces estampes l'imag^erie a une plus grande part que l'art proprement dit; cependant quelquesuns des plus habiles artistes ne dédaignèrent pas absolument ce genre de travaux. G. Édelinck, les l^oiiiy,

m UISTÛIRË DE LA GRAVURE.

Séb. lederc, Albert Flamen , signèrent de lenr nom

quelques almanachs, pour un portrait qu'ils avaient dessiné ou gravé, et les artistes secondaires trouvèrent dans ces travaux une occasbn de se faire connaître, (ju'ils n'eurent garde d'omettre. Pendant longtemps rejetées par les collectionneurs et négligées des marchands, ces estampes, si précieuses au point de vue de rhisloire, disparurent peu à peu et servirent d'enveloppes à des estampes qu'aujourd'hui on dédaigne à leur tour; de là vient la rareté réelle de ces almanachs, qui nous donnait soit l'image du souverain entouré de figures allégoriques, soit la j\aissance du duc de . Bourrue (1685), soit la Créatim de$ chevaliers du Saint-Esprit (16S%8oii\e Siège de Compiègm (1699), soit la \'ue de l'exposiium dam la galerie du Lourre (1099), soit eacore la Foire de Bezons (1695), ou bien le BremU des modes françaises (1669). Malgré la grossièreté du travail, les graveurs mettaient dans leurs estampes un accent de vérité dont on ne saurait aujourd'hui trop se féliciter : c'était révénement tel qu'il s'était passé, c'était souvent même un témoin oculaire qui gravait et transmettait ainsi à la postérité son impression personnelle, fi^oblin, ÏK Landry, Nie. deLarmessin, Ganièreet même Ant. Trouvain apposèrent leur excudit au bas d'un grand nombre de ces almanachs, auxquels souvent, sansdoute, ils avaient euxmêmes travaillé. Malheureusement cette mode passa trop vite, et, après la mort de Louis XIV, ces sortes d'estampes deviennent grossières et bien moins nom-

FRANGE. S75 breuses ; on emploie alors d'anciens cuivres que Ton se contente de retoucher en changeant les têtes des personnages, et bientôt les Étrennef tnignonnet^ coquets petits in-12, vont remplacer la Térité scrupuleuse des âlnianachs du grand Roi.

En même temps que la mode des énormes calendriers, était Tenue aussi Thabitudede faire graver des planclics immenses pour encadrer les thèses de théologie, de droit ou de philosopliie que les jeunes gens soutenaient devant les Facultés, invention Inzarre et coûleose que Téconomie moderne a complètement supprimée. De même que les almanachs, les thèses étaient le plus souvent exécutées par des artistes médiocres qui prêtaient leur concours au récipiendaire pour une modique somme d'argent; quehjuefois, cependant, les graveurs les plus habiles du règne de Louis XIV se chargèrent d'exécuter plusieurs planches en ce genre. Robert Nanteuil grave et signe de son nom l'estampe qui doit encadrer sa propre thèse de philosophie, 4645, estampe non décrite et encore inconnue; François de Poilly grave une bonne planche pour le Lyonnais Paul Pellot, qui expose ses principes de philosophie en 1680; Jean Lepautre compose, en rbonncur de Louis XIV, une fort belle allégorie à l'occasion de la thèse de philosophie que soutient Gilles Le Maistre de Ferrières en 1665, et Nie. Pitau grave de son burin le plus habile cette allégorie. Gérard Ëdelinck lui-même exécute, avec son prodigieux talent, quelques-unes de ces immenses gravuresi

et la meilleure qu'il met au jour dans celle dimension est diaprés Charles Lebrun. Le portrait du premier ministre JeanrBaptiste Colbert (R. D., 171) surmonte une série d'ornements agencés avec grandeur, et on lit au milieu de cette riche composition la thèse de philosophie soutenue au mois de juillet 1682 par Nicolas Morel, écrite soigneusement par Richer, le calligraphe ordinaire du siècle de Louis XIV.

On exécuta en France, pendant le règne de Louis XÏV, d'immenses travaux d'archileclure, et, pour ne citer que les plus importants, Jacques Lemercier construisit la Sorbonne, François Mansart éleva le château de Maisons et commença le Val-de- Grâce, qu'achevèrent d'autres architectes; Juh^-Hardouin Mansart donna tous les plans et surveilla T exécution du château de Versailles; Louis Le Veau travailla au l.ouvre, aux Tuileries, et fit entièrement le ciiàteau de Vaux; enfin, Charles Perrault exécuta la .colonnade du Louvre, morceau d'architecture qui, quoique singulièrement placé à côte d'une œuvre de la Renaissance ; mérite cependant, à cause de sa juste proportion, d'être compté au nombre des belles constructions du xvn* siècle. Un seul artiste s'attacha d'une lat^ou toute spéciale à repi oduire par la gravure les monuments qui s'élevaient de toutes parts, monumenls d'un aspect souvent majestueux. Cet artiste, nommé Jean Marot, naquit à Faris vers 1630; il fui bien plutôt un graveur d architecture qu'un archi-

icctc : on connaît, en eifel, peu d'édiûces élevés par lui, tandis que l'on peut citer un grand nombre de planches gravées de sa main, avec une exactitude intelligente, d'après les œuvres des arcliilecles. Les châteaux de Richelieu, de Madrid, au bois de fioulogne, du Louvre et de Vincennes, furent entre autres reproduits iidèlement par Jean Marot, el plusieurs maisons particulières, telles que les hôtels de Jabach, de Sully, de Bretonvilliers et de Liancourt, peuvent encore, grûce aux estampes de J. Marol, èlre vues lelles qu'elles étaient au xyii*" siècle. Mais l'ouvrage de Marot que les amateurs du vieux Paris et que les aréhitectes recherchent avec le plus de soin fut publié chez Jacques van Merlen, sous ce titre : Recueil des plu$ beaux édificei et frorUiipicei de$ égliset de Partie dédié à Henry de Harlay . . . Ici Tartiste choisit les monuments qu'il veut reproduire, et, qu'il nous montre Saint- Séverin ou la Sorbonne, Nolre DameHles-Champs ou rhostel de la Vrillière, il sait, avec un égal bonheur, joindre l'exactitude malhcmatique au charme du paysage.. Non content de reproduire avec talent les œuvres d'autrui, J. Marot voulut aussi composer des livres de plafonds, de cheminées et d'alcoves : dans ces ouvrages, gravés le plus ordinairement à l'eauforte, le dessin et la composition laissent souvent beaucoup à désirer, et ces planches paraissent plus faibles encore si on les compare aux compositions riches el poissantes de Jean Lepautre.

L'art de la décoration inlânenre sous. Louis XIII ne

peut guère être regardé que comme une transition entre la Renaissance, dont la sobre élégance disparaît,

et l'art grandiose, quelquefois même un peu emphatique, que le règne de Louis XIV amène avec lui. Jean Lepautre résume à lui seul toutes les branches de l'art; il grave les compositions d*autrui, il compose une infinité d'ornements, et semble exécuter avec la même facilité des plafonds, des trophées, des frises, des serrures, des lits, des alcôves, des cadres, des portes, des lambris, des cheminées, des consoles, des autels ou des chaires. Toujours libre dans ses allures, il grave d'une pointe grasse et dégagée ces mille objets qu'il conçoit sans peine, et inaugure ainsi un art tout à fait en rapport avec le goût de son temps, goftt peut-être un peu suspect, mais à coup sûr bien personnel. Destiné par sa famille à être menuisier, Jean Lepautre ne put contraindre son génie. 11 dessinait toute la journée au lieu de raboter ; les progrès qu'il fit bientôt lui permirent de vivre de son talent, et il quitta l'atelier du menuisier pour Tatelier d'un peintre dont le nom . n'a pas été conservé; l'eût-ii été, d'ailleurs, il est peu probable que ce nom eût pu éclairer l'histoire sur les débuts de Lepautre, car le génie primesautier de cet artiste se fût sans doute fort mal accommodé d'une règle quelconque. L'œuvre de J. Lepautre est trètfconsidérable ; il se compose d'environ deux mille sept cents pièces, et, malgré le goût homogène qui se remarque dans toutes les estampes qui le composent, jamais le graveur ne s'est répété, et jamais non plus il

EN FUANCE. m

n'a produit une planche qui dénote l'impuissance ou même la lassitude. Les auteurs qui ont eu avant nous la mission d'étudier le talent de J. Lepautre s'accordent tous à louer la facilité inouïe do cet artiste: Pierre^ean Mariette, juge compétent en pareilles matières, nous dit « quà peine se donnoit-il le temps de faire des dessins de ce qu'il gravoit : il se contenloit, le plus souvent, d'en tracer une légère pensée qu'il réformoit ensuite sur le cuivre, suivant qu'il lui paroissoit convenable, et il ne se donnoil jamais la peine de retoucher ses plnni lies pour leur donner un air de propreté. » L'Académie royale de peinture et de sculpture avait appelé Jean Lepautre dans son sein le I l avril 1077, et ce grand artiste mourut à Paris cinq ans plus tard, en 1682 ; il était né dans la même ville en 1617.

Le talent de Jean Berain était beaucoup moins tlexible que celui de J. Lepautre. Ces deux artistes, qui travaillaient à côté l'un de l'autre et qui suivaient pour ainsi dire la môme voie (Jean Berain naquit à Paris vers 1656 et mourut au mois de janvier 1711, dessinateur ordinaire du cabinet du Roi), différaient essentiellement dans leur manière : Lepautre, génie fougueux, ne puisait qu'en lui-même les mille compositions qu'il inventait sans cesse ; Berain, au contraire, étudiait soigneusement les œuvres rde ses prédécesseurs, et semble s'être particulièrement inspiré des arabesques que Raphaël peignit au Vatican. Pendant de longues années, Jean Berain fut chargé de.

m HISTOrRE DE LA GRAVURE

ilcssiner les décors vA les costumes du théâtre de rOpéra de Paris, et on doit reconnaître qu'il remplit sa mission avec un grand talent ; si les costumes de J. Berain nous pMraissent aujuurdliui assez roides et peu spirituels, il faut faire bien attention que ces dessins, destinés à des costumiers et à des décorateurs souvent assez indifférents aux règles de Tart, devaient être indiqués, avant tout, d'une façon catégorique qui ne permit aucune interprétation. Outre ces ornements et ces costumes, J. Berain composa une série de catafalques que grava, dans le goût de Sébastien Leclerc, Pierre Mariette; il exécuta aussi, mais alors lui-même, Dicerm pièceit trè»*utile$ pour les anfuebuziers^ noumllement inventées et gravées par Jean Berain le jeune, et se vendent chezi'aïUeur, à ParU^ •avec privilège du Bùit 1659; livre gravé au burin avec une certaine netteté et contenant des sujets fort heureusement appropriés aux armes qu'ils devaient orner. Jean Berain, ne pouvant pas à lui seul graver toutes les compositions qu*il inventait, confia le soin de reproduire ses œuvres à plusieurs de ses conlemporains, qui s'acquittèrent de leur tâche avec talent. Parmi les plus habiles, il faut compter Bolivar, Pierre Lepautie et M. Daigremont.

On rencontre assez souvent, au bas de petites planches représentant des armoiries ou des écussons renfermant des lettres enlacées, le nom d'un certain C. Berain qu'il ne faut pas confondre avec l'artiste qnê nous venons de mentionner. Ces estampes, le plus

souvent gravées péniblement, sont dénuées de la franchise de burin qui distingue les œuvres de J. Berain.

Daniel Marot, ornemaniste fécond et recommandable à plus d'un litre, l'ut exclu de France, nous apprend?. J. Mariette, parce qu*ii apprtenait à la religion prétendue réformée. Retiré en Hollande, il publia un grand nombre de planches qui furent réunies à Amsterdam en 1712 avec ce titre imprimé : Œuvres du mur Marot^ ardiiteete de Guillaume Hl^ roi de la Brarule-Bretagne^ covtenmU plusieurs pensées utiles aux architectes^ peintres^ sculpteurs ^ orf/tres^ jardinien et autref. Ce volume, qui renferme, en effet, toute espèce de documents, est toujours consulté avec fruit par les artistes. Français d origine, et dépaysé uniquement par force, Daniel Marot a conservé à peu près le goAt français du règne de Louis XIV ; il a vu les œuvres de J. Lepautre et a su faire de nombreux emprunts à ce maître, emprunts permis puisqu'ils n'existent que dans la manière, mais bien faciles à constater. C'est uniquement à l'eau- forte que ;^ravc Daniel Marot, et cette eau-forle pittoresque dénote une pointe exercée; mais le long séjour que D. Marot fit en Hollande donna à son dessin une certaine lourdeur que l'on ne retrouve dans aucune œuvre française de cette époque

* Nous avons été à même <le voir, dans la grande salle d'audiences (In palais des Stathonders, h la Haye, un plafond exéculé d'après le.s dessins de Daniel Marot. Celle œuvre grandiose dénote une entente de la décoration tout à fait remarquable : OanM Uarot a eu, da reste, la

m HISTOIRE DE LA GRAVURE

Avant de terminer l'examen des estampes gravées sous le règne de Louis XIY, il faut mentionner un recueil qui fait un grand honneur à celui qui en décréta l'exécution. Louis XIV, voulant encourager d'une façon toute spéciale les graveurs et l'art de la gravrtre, eut l'heureuse idée de confier aux plus habiles artistes de son temps la reproduction des cliâteaux royaux, des jardins, des gaieries et enlin des tableaux qui se trouvaient en sa possession ; il joignit à cette série déjà considérable les gravures des combats qu'il avait livrés, des victoires qu'il avait remportées, el ouvrit par ce moyen une carrière jusqu'alors sans débouché et peu lucrative pour ceux qui la suivaient. C'est dans cette grande collection, connue sous le nom de Cabi^ net du Roi, que parurent les Baiaûles Alexandre, par Gér. Audran, le SakUe F amlle de François 1" , par 6. Ëdelinck, et mille autres précieuses estampes que les artistes n'auraient pu entreprendre à leurs frais, el que les éditeurs n'auraient pas osé publier. Honneur donc au souverain qui sut inaugurer une coutume qui s'est perpétuée jusqu'à nous, et qui sut donner un élan favorable à un art qui, sans cette haute et intelligente protection, eût couru grand risque de s'anéantir. Une fois la première impulsion donnée, l'entreprise réussit, et chacun eut à cœur d'en facilitei' le succès. Le chevalier de Beaulieu, après avoir perdu un bras , employa la main qui lui restait à dessiner les Batailles

précaution de conserver le souvenir de cet important travail dams une estampe gravée par lui-même avec toute rexaclkodo désirable.

e>' FKANCE. 285

auxquelles il avait pris part, et il donna en mourant à M. Desroches, qui avait épousé sa nièce, ses dessins que celui-ci augmenta et fit graver ; ne pouvant faire face aux dépenses que nécessitaient ces gravures, ' Tabbé Desroches, (rère du neveu de Beaulieu, fit don au Roi des dessins et des estampes dont il avait hérité par testament, et ces ripliesses vinrent augmenter le Cabinet du Roi. fii^lôt la Révolution de i 789 survint, et toutes les planches gravées qui se trouvaient à l'Académie royale, à la surintendance de Versailles, aux Menus-Plaisirs, à la Maison de ville de Paris et dans les couvents, furent réunies aux planches que possédait la nation, et c'est ainsi que pendant l'espace d'un siècle, de 1670 à 1789, le Cabinet du Roi contint près de quatre mille planches qui, avec quelques gravures acquises depuis et commandées aux plus habiles graveurs, forment aujourd'hui la chalcographie . impériale du Musée du Louvre.

Page 1