C. J. Buchha ltzen’s memoria meritorum Amaliæ Elisabethæ
Rinteln , 4\ 1652.
Hessische Denkwürdigkeiten.
R. W. Justi : Bruchstiicke ausdem Leben der Hess. Cass. Landgræfin Amalie Élisabeth.
Marburg, 4°, 1799.
Id. id. — Amalie Elisabeth Landgræfin von Hessen. Versucheiner Darstellung.
Giessen, 8“, 1812, avec deux portr.
Les historiens spéciaux de la Hesse et aussi Winckelmann , Wigand , Pufendorf, Hartmann , Theuthorn, Ritter, etc., etc., et les nombreux historiens de la guerre de trente ans.
choisit Wolfenbüttel et entra au service du duc régnant. Les rapports de la Hesse avec ses voisins étaient fréquents; il est possible que Siegen eût déjà des appuis à cette cour; d’ailleurs cette manière de passer d’un service à l’autre était une habitude 65. Il se maria bientôt avec la fdle du bailli d’Hildesheim, Michael Call, et eut plusieurs enfants.
Vers i654, des intérêts de succession l’engagèrent à passer en Hollande et à reprendre le nom de Sechten, qu’il n’avait pas l’habitude de porter. Il séjourna quelque temps à Cologne pour faire reconnaître ses droits à une part des revenus du fief de Sechten, et c’est à cette occasion que, pour mieux établir son identité, pour s’attirer en outre la bienveillance du chapitre, il grava une planche représentant saint Bruno qu’il souscrivit ainsi :
Dnis suis Patronis et benefactoribus offert hum11”6 Gartusia Ratisbonensis in honorem Sti. Brunonis conterranei sui totiusque cartusiana ordinis fecitL. a. S. Jn. S. A0 1 654-
Cette planche, intéressante sous le rapport historique 6b, l’est encore plus si l’on considère son exécution. Jusqu’alors Siegen avait hésité dans la technique de son invention, il avait tâtonné de progrès en progrès; ici il a conquis tout son avenir : il ne laisse plus aux perfectionnements que ce que le temps et la pratique amènent. De Cologne il passa à Bruxelles, où se réglaient ses intérêts. Pendant son séjour dans cette ville, il rencontra le prince Rupert; un amateur aussi distingué devait rechercher un homme aussi ingénieux, que sa position d’ailleurs de militaire et d’ancien serviteur de sa bellesœur rapprochait de lui tout naturellement. La vue de ses gravures, la demi-confidence de ses procédés, menaient forcément à leur entière communication, et il est certain qu’il était, à cette époque, le seul homme qui pût, par l’influence de son rang, et de ses rapports de famille, obtenir de l’inventeur la communication de son secret, et le
bJ Je trouve dans les états de service des différents emplois de cette époque plusieurs exemples , notamment entre la Hesse et Wolfenbüttel.
66 Hüsgen (Meusel’s neue Miscel) , etd’après lui Jusli ( cité plus haut), tirèrent de cette souscription la conséquence que L. de Siegen était de Cologne; on a vu qu'ils se trompèrent et que la famille seulement y prenait son origine.
seul homme peut-être dans cette haute position , qui pût y prendre un si vif intérêt.
Après avoir fait ensemble quelques essais sur les planches préparées par Siegen, et s’être mis au fait de la technique de cette invention si simple, Rupert aurait bientôt abandonné la pratique d’un art dont la préparation matérielle lui était trop pénible, s’il n’avait trouvé quelqu’un pour l’aider.
Les traditions conservées par Sandrart, Vertue et Decamps , nous apprennent en effet qu’il s’associa un aide, en lui confiant le secret de Siegen, sous la promesse de la plus absolue discrétion. Cet aide, c’était le peintre Wallerant Vaillant6’, qu’il entretenait à son service (who he maintened). Né à Lille en Flandre, en 1623, ayant étudié chez Er. Quellinus à Anvers, c’est dans le portrait sur-tout qu’il montrait un grand talent. On conserve , dans plusieurs collections, des portraits au crayon noir relevé de blanc, sur papier gris, qui font un effet remarquable, en même temps qu’ils montrent une légèreté pleine d’habileté. Un tel genre de talent était bien fait pour réussir dans le nouveau procédé de gravure, et, en effet, nous voyons dès ce moment, soit par son aide ou ses conseils, le prince Rupert obtenir d’excellents résultats; les planches terminées en 1 658, dont l’une à Francfort68, prouvent un grand entendement des
c7 Dans ce temps , W. Vaillant grava au burin , près du prince Rupert , le portrait de son frère aine, l’électeur Charles-Louis, qui porte la date de 1656.
68 W. Vaillant était également à cette époque (juillet et août 1658) à Francfort pendant le couronnement de Léopold I; on sait qu’il fit les portraits des principaux personnages venus pour assister à cette cérémonie. Le duc de Grammont, enchanté de son talent, l’emmena à Paris, où il grava son portrait, et il dessina d’après nature les membres de la famille royale. J’ai trouvé à Dresde , dans le cabinet de gravures , un grand volume in-folio dans son ancienne reliure contenant douze portraits originaux de cette époque. II porte en titre écrit à la main :
Originalia derer Churfürstl : und anderen Hohenstandcs Personen so bey der Wahl des rœm. Reysers Leopoldi ao. 1658zuFranckfurth am mayn zugegen gewesen vonW. Vaillant berühmten Mahler bey dem Wahltag zu Franckfurth am Mayn 1658 verferttiget.
Chaque dessin est précédé d’un titre écrit portant les noms et qualités; les portraits de l’empereur Léopold et de Jean-Georges duc de Saxe , qui étaient les mieux conservés, ont été placés dans de superbes anciens cadres d’ébène et présentent un échantillon remarquable de ce genre de dessin; les autres (parmi lesquels je remarque le duc deGrandmont et Joanne Philippus archevesque duc deSchonborn , le même que Eltz a gravé) sont très effacés et endommagés.
moyens de créer l’effet; et, de même que c est avec lui qu’il créa les plus belles planches, de même aussi cessa-t-il de travailler dès qu’il l’eut quitté. Mais, avant ce temps, ce secret avait été divulgué; c’est vers i656 qu’il faut placer l’histoire, recueillie par Descamps, du fils, mauvais sujet qui , pour gagner quelque argent, va vendre le secret en trompant son vieux père ®9.
Confiance ou trahison, il est certain qu’on en était maître à Mayence à cette époque; le chanoine capitulaire de Mayence, nommé Furstenberg , non seulement l’exécutait avec assez de talent, mais avait formé des élèves; nous voyons Johann Fréd. d’Eltz et Kremer, qui gravent d’après lui. La manière dont le premier signe ses gravures, dont les autres publient le nom de leur maître, ferait croire à une communication amicale; mais, d’un autre coté, nous voyons, à la même époque, Siegen, revendiquer pour ainsi dire ses droits dans la souscription de la Sainte Famille aux lunettes. « Hujus sculpturæ modi primus inventor,» il s’établit ainsi au milieu de concurrents. Ce point est peu important, et ne s’éclaircira positivement que lorsqu’on aura^ trouvé la date de i653 sur une gravure exécutée par un autre que Siegen , c’est-à-dire antérieurement à l’époque où nous savons que le prince retourna en Allemagne.
Quoi qu’il en soit, on voit que, malgré la précaution de tous les initiés, l’art s’étend et marche en Allemagne. Après Vaillant, Furstenberg, Eltz, puis Kremer, en même temps à Bruxelles Léonart, et à Francfort Thomas, peintre, attaché à la cour de Léopold. Ce dernier retourne à Vienne, et en i65q apprend le secret à Gérard Booms, qui va à Prague le mettre en œuvre. Mais laissons ces émigrations, plus tard il faudra les suivre attentivement. Voyons comment cette nouvelle invention alla faire des prodiges en Angleterre.
Charles II avait quitté Paris au mois de juin i654; après s’être arrêté quelque temps à Spa et à Aix-la-Chapelle, il se fixa à Cologne jusqu’en mai 1657. Au commencement de 1660 il passa à Bréda; c’est là que s’ouvrirent les négociations, et d’où il partit comme en
% Decamps, tome II, page 331.
triomphe pour la Haye au mois de mai 1660, et pour Londres le 3 juin de la même année.
Le mois suivant, le prince fit le voyage d’Angleterre pour complimenter son ancien maître, droit qu’il avait mieux que tout autre, ayant été un des derniersà lui manquer dansle malheur. 11 fut accueilli avec bonté, comblé d’honneurs avec munificence, et s établit à Londres, n’oubliant pas, au milieu de ce nouvel éclat, ses anciennes occupations de prédilection. Il rencontra dans cette ville, par-tout où il s’agissait d’améliorations dans les industries ou de perfectionnements dans les arts , un homme intéressant, J . Evelyn , qui justement à cette époque ( 1661) s’occupait d une histoire des progrès de la gravure. Le prince lui montra ses estampes au racloir ; il fit plus, il grava devant lui (le i3 mars de cette année 70 ) et 1 initia à 1 usage des divers instruments, à l’emploi de tous les procédés. Nous avons vu comment J. Evelyn s’exprima avec admiration sur cette découverte , et ses éloges ont une valeur, parceque, au fait des plus belles productions des autres manières de gravures, il pouvait mieux apprécier le mérite nouveau de celle-ci.
Une fois mise en circulation, le prince abandonna cette occupation71, pour courir après d’autres expériences et tenter l’inconnu. C’est alors qu’il poursuivit des essais hydrauliques, des inventions d’instruments astronomiques, des perfectionnements dans la fabrication de la poudre, la fonte des métaux, le coulage des canons et des verreries, etc. , etc. 7\
70 On trouve dans le journal d’Evelyn cette date : « Tins afternoone Prince Rupert sliewed me, with his owne hand, the new way of graving called mezzotinto. »
71 Sa dernière planche serait l’Ermite de 1664. ( Voir le Catalogue. )
72 Hoake Micrographia , page 12 , cite une invention : « To make small sliot of different sizes, communicated hy his Highness P. R. London , folio 1667. (Voir les Histoires de la Société royale , les Transactions philosophiques , et les différents ouvrages sur l’origine des Inventions). La Palatine , dans ses rudes mémoires, parle de l’effet que les occupations du prince Rupert faisaient sur l'opinion. « J’ai entendu raconter qu’en Angleterre on a pris feu mon oncle pour un sorcier, son gros chien noir pour le diable. Aussi, quand il vint à l’armée et marcha contre l’ennemi , des régiments entiers fuirent devant lui. » Mémoires et Fragments historiques delà duchesse d’Orléans. Il y en a plusieurs éditions (1788, 1789, 1791, 1807, 1820, 1803, etc.); la dernière, Paris, 8°, 1832.
La vie retirée qu’il avait menée sur le continent , la vie de marin qu’il avait reprise momentanément73, les occupations d’art et de mécanique qui remplissaient alors ses moments, devaient le rendrepeu propre au ton de la cour74; aussi Clarendon, tout en faisant l’éloge de son courage, lui reproche sa sauvagerie et le manque des manières qui conviennent à sa position. Hamilton, dans les mémoires du marquis de Grammont, trouve moyen de s’occuper de lui, pour prouver quellepuissance l’amour avaitpriseàcette cour, puisqu’il avaitadouci la rudesse de ce vieux militaire. « Adieu les alambics , les creusets , les fourneaux et le noir attirail de la soufflerie ; adieu tous les instruments de mathématiques et les spéculations. 11 ne fut plus question chez lui que de poudre et d’essence.» Page 25p. Londres, 4°, (1792) ’5. Une petite comédienne du nom de M15 Hughes, qui vint jouer à la cour, opéra ce prodige momentané76; il en eut une fille
73 Au commencement de 1665, l’Angleterre entra en guerre avec la Hollande. De ce moment, Rupert avait repris sa vie de marin ; et, quelle que soit la différence des opinions sur la nation qui peut s’attribuer la victoire , tous les auteurs , poètes comme historiens , sont unanimes sur le courage que déploya le prince dans les différentes affaires, sur l’habileté qu’il montra comme amiral.
74 Le roi le chargeait de préférence des ordres qui concernaient les arts. Lorsque , par une ordonnance en date du 20 février 1677, il accorde une pension de 100 liv. sterl. aux frères van der Velde , il s’adresse au prince Rupert. <t Charles II by the grâce of God , etc. — To our dear cousin prince Rupert , etc. , page 316!, tom. VI, a Cat. rais, by J. Smith. London , 8°, 1835.
75 Cette édition est la plus recherchée ù cause des portraits au pointillé , dont l’un par Bartolozzi , page 236. On trouve dans les notes , page 34, renvoyant à la page 106 : « On croit que (le prince Rupert ) inventa l’art de graver en manière noire, n Une multitude d’autres éditions ont paru en français et en anglais , l’une avec des notes de Walpole ; la plus correcte est celle de Paris, 8°, 1812.
76 On pourrait trouver une] autre distraction de ce genre dans sa liaison avec la fille de Henri Bard , vicomte de Bellcmont , dont il eut un fils, appelé communément Dudley Rupert. II m’est aussi tombé sous la main un appel fait à la générosité du prince Rupert ; il est intitulé :
“ The case of madam Mary Cartelon in an appeal to his illustrious Higness prince Rupert. »
London , 12°, 1663, avec son portrait.
Mary Carleton , née à Colen ( Cologne ) , lui dit : <c Your Highness drew your first princely breath , which hath since filled the trump of famé within the limits of that circle of the Rhine where I was born. » La nature de sa biographie rend probable que leurs rapports dataient de souvenirs moins innocents.
nommée Ruperta. Malgré cette distraction, il vivait retiré au château de Windsor, dont il était gouverneur, et il aurait pu remplir à cette nouvelle cour la place queWalpole lui desirait dansl’autre. «How the Muse of arts would hâve repaid the patronage of the monarch when for his first artist she would hâve presented liirn with his nephew ! »
Sa vie s’écoula ainsi honorablement, il savait se rendre utile au milieu de la paix et dans ses vieux jours, comme il l’avait fait dans sa jeunesse au milieu des combats et des aventures périlleuses. 11 termina cette glorieuse carrière dans sa maison de Springgardens le 29 nov. 1682.
Avant d'examiner les progrès que le nouvel art fit en Angleterre et sur le continent, nous retournerons rendre les derniers devoirs à Siegen. Il paraîtrait qu’il abandonna bientôt l’occupation chérie de sa jeunesse, soit qu’il se vît dépasser, ou qu’il eut regret du peu de reconnaissance qu’on lui exprimait sur son invention. Sa carrière militaire avait été aussi brillante qu’elle pouvait l’être en temps de paix, puisqu’en 1674 il avait le rang de Obristwachmeister, qui correspond à celui de major de nos jours, mais nullement au titre de lieut.-colonel qu’on lui donne d’ordinaire. Aussi 1 adresse des lettres qu’on lui écrit porte-t-elle au « Herrn Major von Siegen. »
Il paraît que la mort d’une de ses parentes (une Ferez) du côté maternel l’appela alors de nouveau dans les Pays-Bas, et qu’un legs fixé par elle en sa faveur dans ses dernières volontés, et consistant principalement en plusieurs maisons sises à Anvers, 1 obligea à légitimer sa qualité de fils de Jean de Siegen. C’est à cette occasion qu’il écrivit à Cassel en 1674 et mars 1675, pour se procurer les attestations nécessaires rendues sur les témoignages de ses deux nièces, qui avaient continué d’habiter cette ville. De ce moment , et pour mieux établir sa parenté , il ne signe plus que Louis Siegen de Sechten.
En 1676, aprèsavoir réglé toutes les difficultés de cette succession, il était de retour à Wolfenbiittel et vivait au milieu de sa famille. Les vieux jours de cet homme durent être embellis parla manière dont il vit se répandre de tous côtés l’art qu il avait créé. 11 y avait alors
peu de graveurs, et pas un peintre peut-être qui n’essayassent de produire rapidement et avec effet sur le cuivre ce qui jusqu’alors était réservé à l’artiste de profession ; et en même temps que le résultat faisait honneur à son invention, la publicité revendiquait son nom; Sandrart publiait ses droits.
J’aime à me le représenter appuyé le soir sur son bâton, son enfant et son chien près de lui ; le regard prolongé qui démêle dans l’avenir la justice qu’on lui rendra un jour
ri J’ignore la date de sa mort; je n’ai pu trouver aucun acte qui la précisât.