‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 148 sur 155 · Roger Marx, op. cit., p · texte numérisé non relu

Roger Marx, op. cit., p

LKS SIMOX ET LliUKS CONTIi.MI'OKAIXS 22 3

eut une nicnlion très distinguée; les ouvrages de Brenct, de Droz et de Gatteaux ùircnt mentionnés avec éloges. Mais la gravure des gemmes ne joua dans ce concours et les suivants, qu'un rôle secondaire et effiicé vis-à-vis de la gravure en médailles, bien qu'il y eût, jusqu'en 1823, deux sections distinctes, l'une pour les médailles, l'autre pour les gemmes.

Il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici les premiers concours du Prix de Rome pour la gravure sur pierres iines.

1805. Sujet proposé : « Le Génie de la gravure présente un cachet à l'Empereur qui lui donne une couronne. » Grand Prix obtenu par P. X. Tiollier, qui, dans la suite, fut surtout médailleur.

1809. Sujet proposé : « Mars suivi de la \'ictoire. « Premier grand Prix : Gatteaux, connu surtout comme médailleur. Deuxième grand Prix .-Julien Jouanin.

1810. Sujet proposé : « Ulysse déguisé en mendiant est reconnu par son chien. » Grand Prix : P. André Durand; second grand Prix : J. F. Domard.

181 3. Sujet proposé : « Thésée relève la pierre sous laquelle son père avait caché ses armes. » Grand Prix : H. F. Brandt ' ; second grand Prix : Svlvestre Brun.

1814. Sujet proposé : « Guerrier saisissant ses armes sur l'autel de la Patrie. » Grand Prix : Antoine Desbœufs.

181 7. Sujet proposé : « Androclès condamné à combattre les bêtes féroces, est reconnu par un lion dont il avait jadis guéri la blessure dans les déserts d'Afrique. » Grand Prix : J. Sylvestre Brun, qui fut surtout statuaire.

1819. Sujet proposé : « Milon de Crotone attaqué par un lion. » Grand Prix : \'atinelle, qui fut surtout médailleur.

A partir de 1823, dans le concours pour le prix de Rome, les

I. Sur cet artiste et ses travaux à Rome, voir Millin, Magasin encyclopi'diquc, t V, 181S, p. 565.

deux sections, médailles et pierres fines, furent réunies en une seule. Dès lors, les concurrents ne considérèrent plus guère, saut exception, que la gravure en médailles : la gemme unique qu'ils durent fournir comme preuve de leur habileté technique dans la pratique du touret, n'étant que l'accessoire obligé de leur exposition. En effet, dés l'année 1824, le ministre de l'Intérieur faisait déposer au Cabinet des Médailles, une cornaline gravée, représentant Emlymion au repos [PI. XVI, fig. 1] : c'est l'œuvre qui fut récompensée. Nous ne connaissons pas l'auteur de cette intaille anonyme. Quelle qu'en soit la médiocrité, elle n'est pas pire que celle de toutes les oeuvres de glyptique qui furent exécutées dans la suite pour les mêmes concours, et dont divers échantillons sont exposés aujourd'hui au musée de l'Ecole des Beaux-Arts.

Dés le début de l'institution, d'ailleurs, la gravure sur pierres fines n'avait été qu'une préoccupation fort secondaire de la part des jeunes concurrents. Presque tous ceux dont nous avons, plus haut, relevé les noms, devinrent d'habiles statuaires ou se firent un nom comme médailleurs, mais ils ne cultivèrent la glvptique qu'accidentellement, au cours de leur carrière. Par exemple, Julien Jouanin dont nous trouvons, au Salon de 1851, une gemme, V Amour aiguisant ses traits, d'après Robert Lefèvre. Par exemple encore, un élève de Jeuftroy, Antoine Deshœufs, qui né à Paris en 1793, et mort en 1865, fut a la fois graveur en médailles, sur pierres fines et sculpteur: il porta le titre de graveur sur pierres fines du Cabinet du duc d'AngouIême. Nous possédons de lui, provenant de la collection Leturcq, une fort jolie intaille sur cornaline, qui représente Psyché et Cerbère [PI. XVI, fig. 11].

Si l'on en juge par celles de leurs œuvres qui sont conservées au Cabinet des Médailles, les graveurs de la fin du xvni^ siècle et du commencement du xix"-', s'inspiraient exclusivement de l'antiquité. Eût-il pu, d'ailleurs, en être autrement, alors que, dans la

sculptua', régnait Caiiova, cl dans la peinture Louis David? (kimmc tous les arts mineurs, la glyptique s'abandonne sans résistance au mouvement auquel ces grands chefs d'école donnent l'impulsion.

Les modes pompéiennes, en se substituant à celles du xviii'-' siècle, avaient créé un style et un goût qui rappelaient la Rome des Césars. Sous cette influence antique, Napoléon eut. en 1808, l'idée de foire composer pour l'impératrice Joséphine, qui aimait beaucoup les camées, une parure de gemmes prélevées sur la collection du Cabinet des Médailles.

Une commission, régulièrement nommée par le ministre de l'Intérieur s'étant transportée à la Bibliothèque, choisit quatre-vingt-deux camées ou intailles plus particulièrement propres à la parure qu'on se proposait d'exécuter et qui semblèrent d'un intérêt secondaire au point de vue archéologique : on les incorpora au mobilier de la Couronne. Vingt-quatre de ces camées furent montés par Nitot, en une parure composée d'un diadème, d'un collier, d'un peigne, de pendants d'oreilles, d'un médaillon et de bracelets. Mais, en dépit du

I. D'après Eug. Fonlcnzv, Les bijoux aiitiins et mocivnif s E. Babelon. — Histoire de la gravure sur gemni£S.

is

226 LES SIMON ET LHURS CONTEMPORAIXS

choix spécial qui avait clé tait et de rhabileté reconnue du joaillier, malgré même les 22 7 ) perles qui entouraient les camées, cette parure fut jugée d'un aspect peu heureux : Timpératrice dut renoncer à la porter '. Néanmoins Texemple avait été donné, et dans toutes les classes de la société, les élégantes firent entrer les camées dans la composition des tours de cou, des broches et des colliers (ci-dessus, fig. 33). C'étaient des sardonyx riches de tons et de couleurs, avec des portraits de famille, pour les personnes de haut rang ou de la bourgeoisie; des camées sur jaspe, sur jais, sur cailloux du Rhin ou des torrents alpestres, sur coquilles ou même en corne fondue, pour le jascran des ouvrières des villes ou des paysannes.

Cette mode continua sous la Restauration et la monarchie de Juillet; mais la vulgarisation du camée, loin de donner à la glyptique un élan de réhabilitation artistique, ne fit, au contraire, que la faire descendre au niveau d'une industrie vulgaire. L'Italie surtout se mit à produire, à Rome et à Xaples. des camées et des intailles exécutés avec une rapidité étonnante et une dextérité de main-d'o-'uvre qui n'avaient d'égal que la médiocrité des gemmes et le manque d'originalité des sujets. Sans tomber dans l'examen de ces travaux d'artisans pourvoyeurs de la bijouterie populaire et qui encombrent aujourd'hui les vitrines des marchands de bric-à-brac de nos faubourgs, il faut reconnaître que les graveurs dignes du nom d'artistes, au milieu du xix'= siècle, étaient eux-mêmes loin de pouvoir soutenir la comparaison avec Jeuflroy et ses contemporains. Il n'est que juste de dire que s'ils gardèrent, dans la pratique de leur art, les procédés habiles et le tour de main de leurs aînés, la correction technique de leurs travaux ne suffit pas à pallier leur pauvreté d'invention, la banale infériorité de leurs gemmes, la froide correction de leur

Page 1