‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 150 sur 155 · CHAPITRE XI L'École contemporaine · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI L'École contemporaine

Pourtant, deux graveurs italiens, Calandrelli et Girometti avaient su encore perpétuer honorablement la tradition des Pichler et des JeuflFroy ; leur fécondité et l'excellence de leurs portraits sur gemmes, en camées ou en intailles, leur avaient conquis une notoriété européenne. Le succès de leurs œuvres à l'Exposition universelle de 1855, ne fut pas étranger aux efforts qu'on lit, un France, sous le second Empire, pour rendre à la glyptique un peu de son prestige d'autrefois.

En 1859, l'empereur Napoléon III demanda à Adolphe David qui avait exposé en 1857, un camée remarqué, le Naufrage ik la Méduse, d'entreprendre la gravure d'un camée qui pût être considéré comme le plus grand des temps modernes et représentât V Apothéose de Napoléon /", d'après le plafond peint par Ingres, en 1854, dans le salon d'honneur de l'ancien Hôtel de Ville de Paris.

La difficulté pour l'artiste consista d'abord à trouver une sardonvx digne de son sujet, comme ampleur, harmonie des nuances, horizontalité régulière et richesse des couches. « Après trois années d'attente, raconte A. Chabouillet, on désespérait de trouver une pierre de la dimension voulue, lorsque enfin, vers 1861, on présenta à l'administration un bloc de sardonvx qui, une fois débarrassé de ses irrégularités, devait présenter une surface de o m. 24 de hauteur, sur o m. 22 de largeur. C'était de quoi

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faire un camée assez grand pour figurer parmi les plus grands qui nous soient venus de l'antiquité '. »

Adolphe David s'installa à son touret ; mais graver une sardonvx de cette dimension est un travail de longue haleine; le quartz ne se laisse pas entamer, même par la poudre de diamant. aussi aisément que le marbre par le ciseau du sculpteur. Commencé en 1861. le camée fut achevé seulement en 1874, c'est-à-dire quatre ans après la chute de l'Empire [PI. XVII].

Si vous entreprenez de com-paver l'Jpolhéosc tic Xapolà»! I'^' avec les plus grands camées de l'antiquité conservés au Cabinet des Médailles ou dans la Galerie impériale de \'ienne, vous ne manquerez pas de déplorer tout d'abord l'infériorité de la gemme moderne, si pauvre de couches, si terne de nuances. Combien ce quartz nébuleux et cendré est loin de la splendeur de l'Apothéose d' Auguste ou dthGtorificatioii de GeiDimiiciis, avec leurs quatre ou cinq couches dont les nuances sans taches et bien unies caressent l'œil si agréablement! En outre, la composition est lourdement dessinée; la gravure elle-même, bien qu'exécutée avec conscience et fermeté de main, se ressent, il faut en convenir, des caractères que nous déplorions tout à l'heure chez les s^raveurs du milieu du siècle ; elle est sans charme, sans inspiration; ne semble-t-il pas que le char triomphal de Napoléon, loin de prendre son envolée vers les sphères héro'iques, est en voie de tomber lourdement pour s'abîmer dans les flots d'où émerge le rocher de Sainte-Hélène? La figure de l'Empereur n'est illuminée d'aucun éclair de génie, d'aucun rayonnement d'immortalité : c'est le masque froid du tombeau. Les deux autres camées du même artiste que possède le Cabinet des Médailles. Féuiis résistant ii F Amour et la Xviiiphc Aiindthéc ', sont encore infé-

1. A. Chabouillet, Le Carnée ivpréseiilaiil V Apothéose de Napoléon I", p. 4.

2. E. Babelon, Catalogue des Camées, n"* 445 et 485. Adolphe David né à Beaugé (Maine-et-Loire) en 1828, mourut en 1S96.

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