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jet quelles sunt perdues ou, du uioins, égarées. Les vieux livres, les archives, les musées de nos villes de province, les trésors d'églises, les collections des curieux des derniers siècles, telles sont les cachettes où dorment, encore ignorés, la plupart des éléments de l'histoire de la glyptique carolingienne et des premiers temps de la féodalité.
Il n'y a pas lieu de faire honneur à l'art b\zantin des monuments énumérés dans ce chapitre, en dehors de ceux au sujet desquels nous venons d'indiquer nos hésitations forcées. Ils sont bien réellement, quoi qu'en ait dit Jules Labarte et son école, de travail occidental. Tout le prouve : d'abord la mention qu'on lit sur celui qui représente l'histoire de Suzanne : Lothariiis rcx ficri JHSsit; les effigies sigillaires que nous avons comparées; les légendes des sceaux de Lothaire II, roi de Lotharingie, et de Charles le Gros, gravées directement sur la gemme et de la main du même artiste qui a exécuté les portraits impériaux qu'elles entourent; la langue des inscriptions qui est le latin et non le grec ; la forme des lettres qui n'ont rien de byvantin : aucun trait, dans ces caractères, d'une belle écriture majuscule, ne trahit une main qui aurait été plus habituée à tracer des caractères grecs; le costume des personnages, l'analogie des compositions avec les miniatures des manuscrits carolingiens, le lieu de provenance, enlin, de ces intailles dont aucune n'est d'origine orientaie ou byzantine.
Une lettre de Servais Loup, abbé de Ferrières, montre la gravure des pierres fines en pleine activité en France, au milieu de ix'^^ siècle. Loup de Ferrières écrit, vers 850, à Charles le Chauve pour lui annoncer qu'il lui envoie des gemmes gravées et polies par son orfèvre ; il prie même le prince de donner son avis sur la gravure, parce que l'artiste serait honoré de recevoir les félicitations royales : Misi praeterea ceJsiludini vcslrae gemmas quas diuluiii opifex iioster exciilpendas et poliendas accepcrat :
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qttantni forDiaiii atquc iiitorou si approba-i'crilis. mciiioralo artifici graiidabor '.
Ce texte précieux est à peu près le seul, pour l'époque qui nous occupe, où il soit tait nettement allusion à la gravure des pierres tînes {f^iiiiiuas cxculpiDcUis). On s'attendrait pourtant à recueillir des renseignements sur la glyptique, dans l'histoire de ces moines artistes auxquels nous devons les beaux manuscrits, les travaux d'orfèvrerie, les émaux, les ivoires et les autres monuments d'art de l'époque carolingienne. Il n'en est rien : c'est en vain, par exemple, qu'on lit, avec la curiosité d'un chercheur, l'histoire de ce moine de Saint-Gall, Tutilon ou Tuotilo. mort vers 908. Xous y apprenons bien que Tutilon voyagea longtemps et dans tous pays pour développer son expérience et ses connaissances artistiques; qu'il exécuta, comme d'autres de ses confrères de la même abbaye, des peintures, des miniatures, des ouvrages d'orfèvrerie et de bijouterie; qu'il sculpta de merveilleuses tablettes d'ivoire; qu'il fut ca'hiliirci clci^nus. suivant les termes mêmes de son épitaphe '. Mais on ne nous dit quoi que ce soit de la gravure des gemmes qu'il n'a pourtant pas dû laisser à l'écart de sa compétence universelle. 11 n'y a presque rien non plus à tirer du f;tmeux traité didactique : De colorilms cl aiiibiis Roiinvioniiii. attribué au moine Héraclius "'. L'auteur, qui écrivait en Italie, vers la fin du x^ siècle, « à une époque, dit-il lui-même, où Rome était livrée à de honteux désordres, où les bonnes études, les arts et les mœurs étaient tombés dans un égal mépris » , décrit longuement la
1. B.S. Lufii Fa-raiiensis episto!ai-,Epist. xcvi (Patrologie .Migne, t. cxix.p. 571) ; lettre Lxxxvii de l'édition Desdevises du Désert, p. 161-162.
2. Mabillon, Jcla onlinis S. Bcnedicti , t. III, p. 559 et suiv. ; Em. Molinier, Hist. ge'ii. des arts appliques à l'industrie, t. I, Les Ivoires, p. 128 et suiv. ; t. IV, U orfèvrerie, p. 95.
3. Alben Ilg, Héraclius von den Farheu tind Kûusten der Ràmer. Vienne, 1875, in-S" ; Arthur Giry, Notice sur un traité du moyen d^e intitulé : De colorilms et arlibus Romanorum, dans le xxxv<; fasc. de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études (Mélanges Duruy), p. 209.