AVANT-PROPOS XV
Le parti que j'ai cru pouvoir tirer, pour Thistoirc de la glyptique médiévale, des empreintes sigillaircs, dès le ix'-' siècle cl sans discontinuité jusqu'au x\^, ne pourra manquer de frapper ceux qui voudront bien prendre la peine de suivre pas à pas ma démonstration nécessairement un peu ardue et technique. Ces fragiles et précieuxreliefs en cire, — nous parlons de ceux qui ont été formés à ftiide de sceaux gemmés et non point de ceux qui proviennent de matrices métalliques, — sont loin d\'tre, aussi souvent qu'on l'a cru et répété, des empreintes d'intailles antiques que le moyen âge aurait recueillies et îitilisées. Un très grand nond're de ces sceaux en pierres fines Jurent, au contraire, gravés au moyen âge : il nous a été possible, par un examen comparatif, de surprendre le graveur, pour ainsi dire sur le fait et dans le secret de l'atelier, même lorsqu'il imite ou copie du mieux qu'il peut une gemme antique. Par ces empreintes, datées par les chartes auxquelles elles sont appendues, s'est révélée à nos yeux une partie de l'œuvre des cristalliers de l'époque romane et du xiii"-' siècle, si bien que la logique nous a conduit à leur restituer bon )iombre des cristaux gravés dont on faisait honneur éi l'art byr^anlin ou musulman. Ce sont encore les empreintes de sceaux, plus peut-être que le trop petit nombre des monuments originaux parvenus jusqu'éi nous, qui mus ont permis de ressaisir quelques épaves de l'œuvre des graveurs français du xiv^ siècle, dont la merveilleuse habileté technique est demeurée trop longtemps insoupçonnée. Et sous ce point de vue, il ne sera pas malaisé de constater que nous n'avons fait qu'effleurer, par une énumération rapide d'exemples choisis, un champ de recherches aussi vaste qu'intéressant pour l'histoire de l'art Jrançais.
A partir du xv!*^ siècle, notre étude change d'aspect et de caractère. Les monuments originaux deviennent nombreux : il s'agit d'en
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déterminer la patrie, d'en rechercher la paieruitc, d'en caractériser le mérite, et, ce qui est souvent plus difficile encore, d'en certifier l'authenticité.
Graver coniine les anciens, les égaler en traitant les mêmes sujets, leur emprunter jusqu'à leur )iont, faire passer pour antique une gravure moderne à force d'habileté dans l'imitation : telle était la constante préoccupation des artistes de la Renaissaiwe. Les collectionneurs du temps, leurs protecteurs, les encourageaient dans cette voie, les poussaient même à retravailler les gonnws antiques. Laurent et Pierre de Médias, par exemple, font retoucher les camées antiques qu'ils jugent convenable de moderniser, rassettar loro piètre, dit J^isari'. Par eux, les noms de Phrygillos, Pergamos, Olympios, Ouatas, Pvrgotèle, Athéniou, Dioscoride, Solon, Aspasius, Alexas, Pamphde, Epitynchanus, Evodus, Tryphon et vingt autres, ont été profiinés et prodigués sur des gemmes qui s'étalent dans toutes les grandes collections publiques ou privées, au milieu des rares pierres authentiquement signées. De sorte qu'aujourd'hui, distinguer parmi les gemmes de )ios musées un original de ses copies, rcconnaitrc les retouches et les fausses signatures, discerner les sujets modernes inventés d'après la conception antique, telle est la grande difficulté, la grosse affiiire. Quand il s'agit d'une médaille, d'une statuette de bron:^e, d'une inscription, la critique peut faire intervenir, entre autres, certains arguments extrinsèques : l'aspect de vétusté, l'usure qui provient d'un long usage, l'examen de la patine nous sont d'un grand secours, et nous les invoquons chaque jour, par exemple, pour démêler les médaillons de bron::^' des Padouans de leurs prototypes romains. Mais en glyp-