‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 47 sur 155 · I. Chabouillet, Catalogue, n · texte numérisé non relu

I. Chabouillet, Catalogue, n

Sans doute, un grand nombre de gemmes antiques ont été encastrées dans les sceaux pendant toute la durée du moyen âge mais le moyen âge lui-même ne s'est pas fait faute de graver des gemmes, soit en copiant ou imitant les sujets antiques, soit en s'inspirant de types contemporains. Les trois quarts des gemmes sigillaires qu'on a. jusqu'ici, considérées comme des intailles de l'antiquité sont certainement du moyen âge ; l'examen comparatif de leurs types et de leur style permet de l'établir en toute sécurité '. Il faudrait donc distinguer avec soin : i° les gemmes qui sont réellement antiques; 2° celles qui sont des copies ou des imitations de gemmes antiques par des artistes du moyen âge; 3° enfin, les gemmes directement inspirées de sujets contemporains. Nous ne saurions entrer, ici, dans cet examen aussi minutieux qu'intéressant, qui nécessiterait de longs développements. Pour les gemmes antiques, la constatation de leur existence au moyen âge, soit comme sceaux, soit comme décoration de reliquaires ou d'autres objets d'orfèvrerie, couperait court aux arguments par lesquels on a, parfois, entrepris de démontrer que telles ou telles de ces gemmes sont dues à des artistes de la Renaissance italienne ou plus modernes encore. Quant aux gemmes gravées au moyen âge, leur étude permettrait d'établir que les graveurs français de l'époque gothique étaient aussi

I. Sur les pierres gravées employées comme sceaux au moyen âge, voyez surtout les ouvrages suivants : Douet d'Arcq, Colleclion des sceaux des Archives de l'Empire, p. 274; G. Demay, Inventaire des sceaux de l'Artois et de la Picardie, préface (avec planches^ ; Schuermans, Intailles antiques employées au moyen âge, 1872, in-8 ; Wiggert, dans les Milthcilungen des thïiringisch-sàchsischen Vereines \ur Erforschung des vaterlàndiscben Altcrthums, t. VII, Heft 4 ; E. Geib, Siegel deulscher Kônige uiui Kaiser, dans \' Archivalische Zeilschrift, Neue Folge, II, p. 83 et 158; Roach Smith, Médiéval seals set U'ith ancienl gems, dans ses Collectanea antiqua, t. IV, 1857, p. 65 et pi. XVIII, XIX et XX ; C. W. King, Antique gems and rings, t. II, pi. XVII, fig. i ; pi. XXXIX, fig. 9 et pi. XLIX, fig. 8 ; A. Lecoy de La Marche, Les sceaux, p. 21 et suiv. ; G. Schumberger, Mélanges d'archéologie byzantine, p. 22; \V. de Gny [B'irch, Catalogue 0/ Seals in the Department oj Manuscripts in the British Muséum. 6 vol. in-80 avec pi.

habiles à copier et à imiter les œuvres antiques, que le furent leurs prédécesseurs des temps carolingiens et leurs successeurs italiens; elle aboutirait aussi à démontrer qu'ils surent, à l'occasion, être originaux et créer des types sigillaires, aussi bien sur les gemmes que sur les matrices de bronze. Mais nous sommes obligés de nous restreindre et de planter seulement, comme en passant, les premiers jalons de ce vaste champ d'études; essayons toutefois de fixer, par quelques exemples topiques, les prodromes de ce chapitre nouveau de l'histoire de l'art français au moyen âge.

Il ne faut pas voir des gravures antiques, mais bien au contraire des intailles contemporaines, dans la plupart des gemmes sigillaires du moyen âge qui représentent des cavaliers. Nous en donnons, sur notre planche \'l, un certain nombre de spécimens dont le seul rapprochement est éloquent par lui-même.

Le n" I, intaille au sceau de Pierre de Longueville, sur une charte de la fin du xu--' siècle, a pour type un cavalier dont la lance est ornée d'une oriflamme ou gonfanon, type qui ne saurait remonter à l'antiquité '. Ce type du cavalier ou plutôt du chevalier à l'oriflamme se retrouve, avec des modifications dans la pose du cheval et les détails de la gravure, sur l'intaillc au contre-sceau de Jean, comte de Soissons, seigneur d'Amboise, en 1262 -; sur l'intaille au contre-sceau de Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, en 1233 [PI. 'VI, fig. 2] ' ; sur l'intaille au contre-sceau de Henri d'Apremont en 13 51 [PI. VI, fig. 3] ^ et sur beaucoup d'autres qu'il est superflu d'énumérer.

Notre n" 4, intaille au sceau de Jean de Paye, archevêque de

1. G. Dema3% Inventaire des sceaux delà Normandie, p. 40, n° 558.

2. G. Demay, Inventaire des sceaux de la Picardie, p. 6, n" 37.

3. G. Demay, Inventaire des sceaux de l'Artois, p. xvi, n" 187.

4. G. Demay, op. cit., p. xxiv, no 549 ; voyez encore un type analogue sur les nos 547 et 348.

Tours, en ]2io, représente, comme tant de gemmes sigiilaires du même temps, saint Georges à cheval transperçant le dragon de sa lance dont la hampe est terminée par une croix: on voit une autre croisette devant la tète du cavalier '. Un type presque semblable figure sur les intailles sigiilaires de Tofficial de Cambrai en 1362, et de Joret Layr, receveur du comté deMontfort, en 1415 =.

Le n" 3, intaille au contre-sceau du chapitre de Saint-Pierre et Saint-Julien du Mans, en 1291. a pour type un cavalier à la chasse sur le point d'atteindre un cerf '. Le n° 6, intaille au contre-sceau de Gilles de Hallu. en 1237, représente un chevalier couvert de sa cotte de mailles; il tient de la main droite une longue lance crucigère; le cheval lui-même est tout caparaçonné *.

Ces exemples que nous pourrions décupler, rien qu'en consultant le musée sigillographiquc des Archives nationales, donnent le type du chevalier avec les variétés que présentent aussi les sceaux en métal. Sur toutes ces gemmes, ce type est gravé d'une manière rude et assez maladroite; il y a partout parité de stvle et de conception esthétique, qu'il s'agisse d'un chasseur, d'un guerrier, d'un saint Georires. d'un saint Maurice. Comment donc des centaines d'intailles du même stvle. de tvpes aussi voisins les uns des autres, et souvent avec des emblèmes chrétiens, pourraient-elles, si elles étaient antiques, avoir été réunies, simultanément retrouvées aux xii'^ ou xiii^ siècles, pour servir de sceaux? Poser la question, c'est la résoudre ; sans compter qu'une description plus détaillée que celle que nous avons donnée, relèverait d'autres particularités de costume, d'attitude et d'attributs qui interdisent de placer la gravure de ces gemmes à une époque autre que celle où elles furent encastrées dans les matrices des

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