G. Demay, op. cit., p. xxiii, n
CHAPITRE V Le roi Charles V et ses frères, les ducs de Berry et d'Anjou.
La seconde moitié du xiV^ siècle pourrait être appelée l'apogée de la glyptique française, aussi bien à cause des œuvres remarquables qu'elle enfanta, que pour les amateurs de goût qui collectionnèrent ces œuvres et surent prodiguer les encouragements aux artistes. Le roi Charles V (1364-1380) et ses trois frères, Jean, duc de Berry (y 14 16), Louis l", duc d'Anjou (7 1384) et le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi (7 1404) ont fait rédiger des inventaires détaillés de leurs collections d'objets d'art et de bijoux". Le nombre et la richesse des joyaux rehaussés de camées et d'intailles, qu'avaient réussi à rassembler ces véritables Mécènes, confondent notre imagination tout autant que les anciens Trésors des palais et des églises de Constantinople.
Vases de toutes formes, couronnes et chaperons scintillants de perles, d'émaux ou de pierres précieuses, ceintures garnies d'or et de camées, anneaux et colliers, meubles, coflrets, reliures, ustensiles, armes ei harnachements constellés de gemmes, la descrip-
I. Jules Labarte, Inventaire du mobilier de Charles V, 1879, 111-4°; J- J- Guiffrey, Inventaire de Jean, duc de Berry, 1894 et 1896, 2 vol. 111-8°; L. de Laborde, Inventaire dm joyaux de Louis de France, duc i Anjou, dans le t. II de sa Notice des émaux, bijoux, etc. du musée du Louvre; Bernard Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne de la maison de Valois (1363-1477). Tome I, Philippe le Hardi. Paris, 1902, in-S».
tion de toutes ces richesses donne une idée saisissante du luxe de la cour des princes français, peu d'années avant le désastre d'Azincourt(i4i5) : jamais Bourges, Angers, Dijon ne revirent de pareils jours de splendeur artistique. Sans doute, ces documents si explicites renferment des descriptions naïves et désignent souvent sous des noms chrétiens des gemmes de l'antiquité païenne. Les cavaliers qui y sont décrits comme étant des saints Georges sont peut-être parfois des intailles romaines; Hercule étouffant le lion s'appelle David; Persée avec la tête de Gorgone devient David vainqueur de Goliath; les \'énus ou les Léda sont des Vierges Marie; les Amours ou les Mctoires, des Anges; les têtes de Méduse sont appelées des saintes Faces, des Véroniques; les Némésis accompagnées de la roue sont des saintes Gatherines. Mais à côté de ces appellations singulières, on trouve décrites des gemmes à sujets sûrement chrétiens, analogues aux intailles des cristalliers des xii'^ et xiii'-' siècles que nous avons signalées dans le précédent chapitre, et qui ne peuvent remonter jusqu'à l'époque romaine ; l'art byzantin, pour d'autres raisons, ne saurait revendiquer qu'un petit nombre d'entre ces types. Ils représentent ÏJinioiiciatioii Xoslrc-Duiiic, l'Yiiiagc de Kosirc-Diiiiw tenant son Enfant. FYniage de ^'ostre Seigneur, le Cnicifjienniil Xostre Seigneur, etc., ou bien, des portraits à la mode du temps, des chevaliers, la lance au poing et bardés de fer, des fleurs de lis, des crosses épiscopales, des écussons, des lettres gothiques '. Gilons, à titre d'exemples, quelques mentions non équivoques, extraites de ces Inventaires.
Dans le testament de Jeanne d'Évreux en 1573, nous relevons :
« Un tableau cloant, d'argent doré, ou milieu duquel a un
I. Voyez de nombreuses citations dans L. de Laborde, Glonain' des émaux, \° Caniahieu, et dans V. Gay, Glossaire archi'ologLjue, \o Caniahieu.
camahieu, une Annonciation de Xostre Dame, semée de perles et de pierreries '. »
Dans l'Inventaire du mobilier du roi Charles \', en 1580 :
« N° 143. La vieille croix d'or aux camahieux, en laquelle a un grant camahieu où est l'Annunciacion de X. D. ou milieu, avec 5 autres camahieux, 5 balaiz, 9 esmeraudes et le remanant garny de menue pierrerie et de perles d'Escosse.
» N'=' 191. Un petit reliquaire où souloit avoir la \'éronique en un camahieu.
» N" 579. Un signet d"or pendant à une chesiiette d"or, et a ou mylieu dudit signet ung saphyr taillé à 5 fleurs de lyz.
» X" 580. Item, 2 signets pendanz à une chesne d'or, dont il y a, en l'un, ung saphir entaillé à ung LR (Liidoi'iciis i?t'.v) environné de fleurs de lys...; et l'autre a ung saphir ouquel a entaillé ung roy à cheval, armoyé de France.
» X" 607. Une bourse de satanin à cul de villain, à 3 escuçons de I-'rance de bordeure pourfillez de perles. Au dedans sont 2 sceaulx pendens à une chaync, l'un où est taillé un roy séant en une chayére en son estât royal tenant le sceptre, et en l'autre, a ung autre saphyr beslong où est taillé ung demy roy en estant tenant une espée en sa main.
» X°25i4. Une croix d'or...; et au pied dessoubz un camahieu d'un enfant blanc qu"un angre tient.
» N° 2412. Un camahieu où Xostre Seigneur est tenant un livre bordé d'or.
» X° 2964. Ung petit camahieu carré d'un ymage de S. Hustachc, et lui fault la teste, le tout enchassillé en or.
» X° 3026. Un camahieu sur champ rouge, où est un ymage de Xostre Dame, blanche, séant, garny d'or '.