CHAPITRE PREMIER
La gravure sur pierres fines, en Occident, à l'époque mérovingienne.
La dccadL'Hce pi'dfondL' qui frappa, commi.' un mal incurable, tous les ressorts de la vie sociale en Occident, vers le temps de la chute de l'Empire romain, ne pouvait manquer de sceller de son empreinte fatale, un art aussi délicat et aussi raffiné que la gravure des pierres fines. En effet, tous les monuments de cette époque qui nous sont parvenus en font foi : au v^ siècle, on cesse, ou à peu près, de graver en camée, c'est-à-dire en relief, les sardonyx multicolores qui, au temps de Constantin et de Julien, incarnaient encore des œuvres dignes de la tradition antique. Le dernier terme de la décadence du camée romain est représenté, à nos yeux, par deux sardoines blondes sur lesquelles se détache
E. Babi£lox. — Hiiloire Je la onii'tire i'tir gentilles. I
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en haut relief la tête casquée de Minerve ou de la déesse Rome [PI. I, fig. 1 et 2| '. Ce ne sont plus, comme on en peut juger, que de pénibles ébauches, sans style et sans date bien précise, tristes et éloquents témoins d'un art impuissant non seulement à créer, mais à imiter. Nous citerons encore, en fait de camées occidentaux des bas temps romains, deux têtes grossières, en cornaline, dont les traits et la chevelure sont incisés avec autant de rudesse que d'inexpérience technique [PI. I, fig. 3 et 4] '; et enfin, une petite sardoine à deux couches du musée de Madrid, sur laquelle est gravée en relief l'inscription suivante :
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Ce texte, emprunté à l'Evangile de saint Jean racontant que les jambes du Christ mis en croix ne furent pas rompues par les bourreaux, était réputé investi d'une vertu prophylactique; on croyait qu'il préservait de la torture. Edmond Le Blant attribue au vi'^ siècle cette petite gemme latine dont le caractère magique nous initie déjà au rôle superstitieux des camées antiques à travers tout le moyen âge. 11 rappelle, par sa forme rectangulaire, sa fiicture et jusqu'à ses minuscules proportions, les nombreux camées grecs, sans types, gravés en Orient à cette même époque, avec des formules magiques ou votives, des devises pieuses ou amoureuses, et qui, suspendus à des colliers, servaient d'amulettes populaires^.
1. E. Babclon, Catalogue des camées antiques et nio.lenies de la BibUotKqtie Xationale, nos 29 et ;o.