‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 12 sur 90 · DE LA · texte numérisé non relu

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n Qu'entendez-vous par la Grèce? demande ironiquement Philippe de Macédoine aux Étolicns, quand ceux-ci lui reprochent d'être un roi barbare. Où placezvous ses limites ? Et vous-mêmes, pour la plupart, êtesvous Grecs ? »

1. Principaux ouvrages à consulter : Strabon, Géographie ; Pausanias, Description de la Grèce; Barthélémy, forage du Jeune Anacharsis^Nannerl, Géographie des Grecs, etc.; Gosselin, Géographie des Grecs ; Kruse, Hellas; Cramer, Description of ancient Greece; Buchon, la Grèce continentale et la Marée; PouquevilW , Voyage en Grèce ; Choiseul-Gouflier, forage pittoresque en Grèce; Stuart, Antiquités Athènes; Dodwell, Travrls in Greece; Geil.i /tin. of Greece, Journey in the Morea; colonel lyake, Morea et Northern Greece, 1830-ti; Cousincry, forage dans la Macédoine, 1831; l Expédition scientifique de Morée, avec les excellents travaux géographiques de Puillon Bohlaye que cette publication renferme ; enfin pour les cartes Y Atlas de Kiepert. Mais à tous ces travaux il est indispensable de joindre aujourd'hui ceux des élèves de l'F.cole d'Athènes, qui les complètent ou les rectifient, et qu'on trou\era dans les Archives des missions littéraires ou dans leurs publications particulières. Ainsi, le Péloponnèse et Y Acropole, de M. Beulé, les mémoires de MM. Girard sur YEubée, Mé/ières sur le Pélion et fOssa, Benoît sur Santorin, Fustel de Coulanges sur file de Chio, About sur Ègine, Heu/ey sur le mont Olympe et Y Acarnaniey Bertrand sur YArgolide et CArcadic, etc.

t CHAPITRE I.

Ce nom eut la même fortune que celui d'Italie; tous deux voyagèrent d'une extrémité à l'autre de la péninsule qu'ils servirent plus tard à désigner tout entière. Un petit canton de l'Épi re s'appela d'abord ainsi; mais le mot gagna de proche eu proche, et s'étendit peu à peu sur la ïhessalie, les pays au sud des Thermopyles et le Péloponnèse. Dans la suite il comprit encore l'Épire, l'IUyrie jusqu'à Épidamne, enfin la Macédoine. Par une autre singularité, le nom de G'èce était inconnu à la Grèce. Elle s'appelait elle-même Iicllas, le pays des Hellènes. Nous ignorons les motifs qui ont fait prévaloir le mot de' Gra cia dans la langue romaine1; mais nousmêmes ne désignons-nous pas les peuples d'outre-Rhin par un nom qu'ils ne connaissent point?

La Grèce est l'une des trois péninsules qui terminent l'Europe au sud. Si l'on mesurait son étendue au bruit qu'elle a fait dans le monde, elle serait une vaste région; en réalité, elle est le plus petit pays de l'Europe. Sa superficie, les îles comprises, est loin d'égaler celle du Portugal; mais ses rivages sont si bien découpés, que leur étendue surpasse celle de tout le littoral espagnol. Il n'y

1 . Le mot Grec parait signifier vieux. Frérct {Observations sur t oriente des premiers habitants de la Grèce, p. 87) donnait le même sens au mot Pélasges. Au lieu rlc tirer le mot Gree de Y^xj;, Yp^a ou d'une forme plus aneienne, M. liergmann [les Peuples primitifs de la rai e de Japhet) lui donne le sens celtique de montagnards [gruach en gaélique, monceau, montagne). Quant au mot Ueltas, il le tire de Faoç, marais : les Helles ou Hellènes auraient été les habitants de* marais ou des plaines, comme les Grecs étaient ceux des montagnes. Les deux noms, suivant Aristote (Mrtcorol.j I, 14), étaient originaires des environs de Dodone et des l>ords de J'Achelous, contrée à la fois couverte de marécages et de montagnes : ''^M; t4 fy't*** ^lotlv t( rapt tt(v Aoo(.w)v xat trjv A/ùfisW... «ôxouv yip ot «Afol tvraSOa y.x\ of xoXogjxevot t<Stc jjùv rpxixot, v-jv ôê "KX/^veç. Le nom de Grecs, que gardèrent sans doute plusieurs peuplades de l'Épire, fut étendu par les Italiens aux Hellènes places derrière elles, de la mdme manière que nous avons donné à tous les Germains le nom d'Allemands, qui n'appartient qu'aux peuples de la Souabe, les Alamanni, avec qui nos populations gallo-franques Curent les premiers rapports. Dans la tradition, Hellen, père de la race hellénique, s'unit à Orseis, nymphe des montagnes. Serait-ce un souvenir de l'antique union des hommes de la plaine avec ceux des montagnes? Les prêtres de Jupiter à Dodone sont appelés li/lol par Homère et 'LUo( par Pindaxe, ce qui est le même mot.

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a pas de pays au monde qui, à surface égale, présente tant d'îles, de golfes, de péninsules et de ports, et où par conséquent s'accomplisse mieux cette union de la terre et des eaux, qui est pour la nature la suprême beauté, et pour l'homme la meilleure condition du développement social. Aussi la mer a-t-elle été de tout temps la grande route des Grecs, et si bien qu'ils n'en ont à peu près pas connu d'autres. La forte expression latine slruere viam, qui rappelle une des gloires de Rome, ses grandes voies militaires, ne trouverait pas à s'appliquer en Grèce. Ce seul fait montre la différence profonde des deux peuples, l'un qui a pris possession de la terre par son agriculture, ses routes monumentales, ses forteresses, et qui y a gagné ses rudes vertus, sa vie grossière, toutes ses victoires et sa domination pesante; l'autre qui a eu la mer pour domaine, le commerce pour mobile, et pour parure les arts, qui ne se rencontrent point partout et toujours à côté de l'or, mais à qui l'or est nécessaire pour s'épanouir, même sur la plus belle des terres et sous le plus magnifique climat.

Au nord, la Grèce tient au massif des Alpes orientales, qui l'isolent, par des obstacles presque insurmontables, de la vallée du Danube, une des grandes routes des migrations asiatiques en Europe. Aussi ces invasions ontelles passé près d'elle san3 la toucher, de même qu'elle n'a porté de ce côté ni ses colonies, ni sa civilisation, ni sa langue. Par sa configuration , la Grèce regarde au sud. Elle plonge par trois pointes dans la Méditerranée, presque sous la latitude de Gibraltar et en face d'une des plus fertiles provinces de l'Afrique. Séparée par la mer de l'Asie, de l'Afrique et de l'Italie, elle s'en rapproche par ses îles. Les Cyclades, qui commencent près du cap Sunion, vont se mêler aux Sporadcs, qui touchent à l'Asie. Par un temps clair, un navire a toujours la terre en vue. De Corcyre on voit l'Italie, du cap Malée les cimes neigeuses de la Crète, et de cette

île les montagnes de Rhodes et de la cote asiatique. Deux journées de navigation mènent de la Crète à Cyrène; il en faut trois ou quatre pour atteindre l'Egypte. Comment s'étonner que la Grèce ait rayonné bien au delà de ses frontières maritimes par son commerce, ses colonies et sa civilisation, quand tant de routes s'ouvraient devant elle 1 !

Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières *. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des îles surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense et sans fond que les eaux ont rempli, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi des îles brûlantes8. Milo, Cimoli , Thermia, Délos sortirent de l'abîme en même temps que le Taygète déchira les entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténare éleva au-dessus des vagues son front rugueux que la tempête seule aujourd'hui fouette et déchire.

Les anciens Grecs curent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes;

1. Strabon, liv. X, p. iG5. On a recueilli à Pikerli, près d'Athèn<*( des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d'antilopes et de girafes : ces déhris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeâtre qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nomhreuses îles de la Méditerranée orientale sont comme les témoins laissés au milieu des flots de cette antique union des trois continents.

2. C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvement du Tt'nare.

3. I*i dernière, la Nouvelle ou la Grande-Rrùlc'e (Néa, MEYdfXr; xoufiivr,) n'a commencé à paraître qu'en 1707; HaXacfa xautiivr, date du second siècle avant J.-C, Mtxpà xxjuivr, du commencement de l'empire romain.

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et en célébrant le» exploits de leurs dieux, ils faisaient l'histoire de leur terre. Écoutez la Théogonie d'Hésiode1 : « Voilà les Titans 61s de la Terre qui combàttent contre les Centimanes fils du Ciel. Autour d'eux la mer sans bornes mugit avec fracas; sous leurs pieds la terre gronde profondément ; le vaste ciel s'agite et gémit ; l'Olympe même tremble jusqu'en ses fondements, et les abîmes du Tartare retentissent du bruit des rochers qui s'écroulent. Jupiter déploie alors sa puissance. Des hauts sommets de l'Olympe, il lance des feux étincelants. Les foudres sortaient sans relâche de sa main redoutable. La terre s'embrasa, les vagues de l'Océan roulaient du feu, et des vapeurs étouffantes enveloppaient les Titans. Éblouis par la foudre, les yeux brûlés par l'éclair, ils sont précipités dans les abîmes de la terre. Briarée, Gygès et les autres fils du Ciel les y enchaînent de liens indestructibles; sur eux reposent les fondements de la mer et des continents qu'ils essayent parfois d'ébranler encore. »

Cependant ces montagnes forment en plusieurs points des chaînes continues. Ce que l'Apennin est pour l'Italie, le Pinde l'est pour la Grèce. Il se détache des Alpes orientales , comme l'Apennin des Alpes maritimes, et descend au sud, séparant l'Illyrie de la Macédoine, l'Épire de la Thessatie, et couvrant la péninsule d'innombrables ramifications. Les monts Cambuniens s'appuient, au nord des sources du Pe'née, sur cette chaîne centrale et courent droit à l'ést, vers les bords du golfe Thermaïque, où ils se relèvent pour former la masse colos-* sale de X Olympe, Cette montagne, haute de 3000 mètres, présente, en beaucoup d'endroits, l'aspect d'une muraille taillée à pic. Au midi, ses pieds baignent dans le Pénée; de l'autre côté du fleuve se dresse YOssa, le rival de l'Olympe et qui garde presque aussi longtemps que lui dans l'été les neiges de l'hiver.

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